La lutte des classes s’intensifie en Grande-Bretagne, où les cheminots sont en grève. La presse de caniveau crie à la « guerre de classe ». Et pour une fois, elle a raison. Voici la traduction d’un article publié par nos camarades de Socialist Appeal, la section britannique de la TMI.

Le 21 juin, les cheminots ont entamé la première des trois journées de grève planifiées cette semaine. A travers le pays, les gares ont fermé et les trains se sont arrêtés.

A Londres, les grévistes des chemins de fer ont été rejoints par des employés des transports publics, syndiqués à la RMT (« Rail, Maritime and Transport »), qui ont mis le métro à l’arrêt et paralysé la capitale.

Il s’agit de la plus grande grève des chemins de fer depuis des décennies. Elle s’annonce comme un grand combat pour l’ensemble du mouvement ouvrier. Les cheminots luttent pour défendre leurs emplois, leurs salaires et leurs conditions de travail.

Cette lutte pourrait bien être la première d’une série de grandes grèves, dans les mois à venir, car c’est l’ensemble de la classe ouvrière qui va devoir se battre pour protéger son niveau de vie face à l’inflation et aux coupes salariales.

Il est donc vital que les cheminots gagnent cette grève, car cela encouragerait toute la classe ouvrière.

Hystérie médiatique

Cette seule journée de grève a suffi à effrayer la classe dirigeante, qui a commencé à attaquer et diffamer le syndicat des cheminots. L’appareil médiatique du patronat a lancé une offensive féroce contre la RMT. Le syndicat a été qualifié d’« extrémiste », son secrétaire général Mick Lynch de « marxiste », et ses membres « surpayés » de victimes d’un « chantage » orchestré par leurs dirigeants pour « miner » le pays.

Il faut s’attendre à ce genre de mensonges et d’hystérie, dès lors que la classe ouvrière organisée passe à l’action et se bat pour ses propres intérêts.

Ceci dit, la presse à scandales a dit la vérité sur un point. Le Sun, torchon du milliardaire Murdoch, titrait ce matin : « C’est la guerre de classe ! », alertant sur la possibilité d’une vague de grèves durant l’été, à l’initiative d’autres secteurs de la classe ouvrière.

Mick Lynch a su se défendre face aux chiens de garde des capitalistes – qu’il s’agisse de journalistes sensationnalistes ou de députés conservateurs. Dans de nombreuses interventions médiatiques, le secrétaire général de la RMT a méthodiquement réfuté leurs inepties en mettant en avant les raisons réelles de la grève.

Malgré le déluge de propagande réactionnaire, un sondage récent a montré qu’une majorité de la population (58 %) soutient la grève. Alors que les patrons font tout pour diaboliser la RMT, les personnes interrogées par cette même enquête ont répondu que le gouvernement conservateur portait une plus forte responsabilité dans le déclenchement de la grève que le syndicat.

En effet, les revendications de la RMT – défense des emplois et hausse réelle des salaires – ont un écho certain parmi les travailleurs britanniques solidaires des grévistes, alors que l’inflation s’élève à 9,1 %, un chiffre inédit depuis quarante ans.

Le Parti « travailliste »

Dans sa quête de respectabilité, dirigeant du Parti travailliste, « Sir » Keir Starmer, a conseillé au groupe parlementaire de son parti de ne pas se rendre sur les piquets de grève de la RMT. Mais même cette attitude lamentable n’a même pas réussi à apaiser les capitalistes. Malgré les efforts de la direction travailliste pour tenir le parti à distance des grèves, les Conservateurs et la presse de droite ont continuellement essayé de lier les deux – alors même que la RMT n’est pas affiliée au Parti travailliste !

Le refus de Starmer de soutenir la grève a écœuré les travailleurs et les militants du mouvement ouvrier. Cependant, un certain nombre de députés travaillistes ont désobéi aux ordres de leur chef et sont allés sur les piquets de grève pour exprimer leur solidarité. Leur résistance est bienvenue. Le soutien aux travailleurs en lutte est le strict minimum attendu de n’importe quel élu « travailliste ».

Les piquets de grève

Les militants de Socialist Appeal ont aussi affiché leur solidarité avec les grévistes, hier, en se rendant sur des piquets de grève, d’un bout à l’autre du pays. Les grévistes nous ont raconté des anecdotes témoignant d’une culture de harcèlement et de racisme de la part de la direction de l’entreprise, qui affecte la santé mentale des travailleurs.

Des membres d’autres syndicats – dont la CWU, Unison, la NEU et Unite – sont aussi venus pour apporter leur soutien.

Nos camarades ont discuté avec des membres locaux de la RMT. Ces derniers ont souligné que les Conservateurs essayaient d’instrumentaliser leur opposition à cette grève pour attaquer l’ensemble du mouvement ouvrier. Mais la situation se retourne contre eux, car la plupart des travailleurs font face, eux aussi, à des attaques sur leurs salaires réels et leurs conditions de travail, si bien qu’ils soutiennent le mouvement de grève.

Un des grévistes a déclaré que la seule issue était de mobiliser l’ensemble du mouvement syndical, dans l’optique d’une grève générale pour renverser les Conservateurs.

Les camarades intervenant sur le piquet de grève de Liverpool Street ont interviewé le secrétaire des cheminots de Londres-Est, Walé Agunbiadé, qui a également évoqué la force du soutien public, ainsi que les inégalités croissantes.

Les militants londoniens de Socialist Appeal ont aussi rejoint le piquet de la gare de Kings Cross, pour y aider à distribuer des tracts de la RMT et parler de la grève avec les passants. Les camarades ont constaté une ambiance optimiste sur le piquet de grève. Sur la grande ligne de chemin de fer de la côte est [qui relie Londres à Edimbourg], seuls 30 % du service était assuré, alors que le patronat espérait qu’il tourne à 80 %. De nombreuses voitures ont klaxonné en solidarité avec les grévistes, tandis que les piétons saluaient le piquet en levant le pouce.

Nos camarades se sont également rendus sur le piquet de grève de Newcastle. Le soutien de la population locale y était évident. Un passant a déclaré : « Il était tant qu’on se lève face aux patrons, qui croient pouvoir s’en sortir en traitant leurs employés comme cela ! »

Un gréviste nous a dit : « Le soutien du public est important. Les gens comprennent que nous ne gagnons pas 41 000 livres par an [chiffre avancé par la droite]. Les attaques et les mensonges des Conservateurs ne les ont pas trompés. » Un autre gréviste a enchainé : « Pourquoi est-ce qu’on serait en grève si on gagnait plus de 40 000 livres par an ? Ils racontent vraiment des bêtises. »

A Leeds aussi le piquet de grève était d’une grande solidité. Les travailleurs parlaient de la sécurité comme de leur préoccupation majeure, avant même les salaires, car les coupes budgétaires conduisent à une augmentation des risques – et même à des morts.

Les membres de la RMT ont clairement compris le rôle de leur grève, comme première vague d’un tsunami d’actions militantes. Beaucoup d’entre eux ont exprimé l’idée qu’ils n’étaient pas seulement en grève pour eux-mêmes, mais pour l’ensemble de la classe ouvrière.

Nos camarades ont également soutenu des piquets de grève dans les villes de Sheffield, Norwich, Ipswich, Cardiff, Clacton-on-Sea, Cambridge, Morpeth, Acton, et bien d’autres, aux quatre coins du pays.

Un tournant décisif

Cette grève pourrait marquer un tournant décisif dans la lutte des classes en Grande-Bretagne. Tous les regards se tournent vers la RMT. Une victoire des grévistes stimulerait l’ensemble du mouvement syndical, qui a déjà gagné en dynamisme au cours de l’année passée, comme en témoigne la multiplication des grèves et des conflits dans différentes régions et branches d’industrie.

Ce fait est d’ailleurs reconnu par les Conservateurs. Le député Dominic Raab a déclaré que « nous [comprenez : la classe dirigeante] ne pouvons pas permettre aux syndicats de gagner cette bataille ». Il est donc vital que l’ensemble du mouvement ouvrier apporte son soutien à la RMT.

Une grève nationale des enseignants est déjà envisagée. Le syndicat NEU a averti le gouvernement qu’il s’en remettrait au vote de ses membres si la revendication de hausse des salaires n’était pas satisfaite.

Plus de 115 000 postiers du Royal Mail – organisés par la CWU – sont également prêts à voter une grève pour leurs salaires.

Le mouvement pourrait s’étendre aussi à la Fonction publique, aux tribunaux et à l’industrie des télécommunications. Il est hors de doute que des victoires de ces travailleurs inciteraient également les employés du système de santé et des administrations locales à se mobiliser à leur tour.

Les dirigeants syndicaux doivent fournir une stratégie de combat, en organisant une action coordonnée entre les différents mouvements – non seulement pour renforcer chacune de ces luttes et obtenir des victoires, mais aussi pour renverser ce gouvernement des milliardaires et des patrons.

Comme l’a correctement exprimé Nick Oung, membre de la RMT et militant de Socialist Appeal : « Plus grande sera notre grève, meilleure sera notre victoire ! »

Avec 50,48 % des voix, Gustavo Petro et Francia Marquez ont remporté la course à l’élection présidentielle colombienne contre le démagogue de droite Rodolfo Hernandez. L’importance historique de la victoire de Petro, Marquez et du Pacto Histórico ne peut être sous-estimée. Gustavo Petro est devenu le premier président de gauche de l’histoire de la Colombie. Sa présidence représente un tournant dans la lutte des classes d’un pays où l’oligarchie capitaliste agit en bourreau en toute impunité.

N’oublions pas qu’il s’agit d’un pays dans lequel tous les candidats qui se sont directement opposés à l’oligarchie dans le passé ont été assassinés (Jorge Eliécer Gaitán, Jaime Pardo Leal, Bernardo Jaramillo, Carlos Pizarro, Luís Carlos Galán), et dans lequel la formation d’un parti de la gauche a été opposée par l’assassinat massif de ses militants (comme ce fut le cas pour l’Union patriotique, qui a vu 1163 de ses militants tués en huit ans, dont deux candidats à la présidence, 13 députés et 11 maires locaux). La victoire d’un parti de masse qui se considère comme étant de gauche est un événement sans précédent, qui reflète la profondeur de la crise que traverse le capitalisme colombien et international.

La victoire de Petro est une défaite pour l’uribisme et aura pour effet d’accroître la confiance des masses dans leur propre force. C’est ce que craint la classe dirigeante, c’est-à-dire que la présidence de Petro ouvre davantage les vannes de la lutte pour de meilleures conditions de vie et qu’elle devienne un torrent déchaîné qu’elle ne pourra pas contrôler.

Les leçons de 2018

La troisième tentative de Petro pour gagner la présidence a reflété une correction partielle des défauts qui ont défini sa campagne au second tour en 2018. Par exemple, le changement d’orientation vers la mobilisation des masses (par des efforts massifs pour transporter les électeurs abstentionnistes, la création de comités de témoins électoraux pour prévenir la fraude, etc.) sont des événements nouveaux qui apprendront à toute une couche de travailleurs, de jeunes et de paysans qu’ils ne peuvent pas compter uniquement sur les avantages de la démocratie bourgeoise pour gagner, mais qu’ils ne peuvent compter que sur leurs propres forces. 

Petro a redoublé d’efforts dans des régions perdues en 2018, comme la côte atlantique et l’Amazonie. Cependant, il faut dire que la manière dont il y est parvenu n’a pas seulement consisté à organiser des événements plus importants dans toutes les régions, mais aussi à compter sur le soutien des « caciques » locaux (chefs traditionnels liés à la politique traditionnelle) de chaque département pour mobiliser les votes. Les alliances avec des personnages douteux comme Zulema Jattin et William Montes, coordonnées par des personnalités comme Roy Barreras, Armando Benedetti et Alfonso Prada (des proches de l’ancien président Santos) sont des démonstrations du côté faible du petrisme.

Image : Gobierno de Colombia

En comparaison, Hernandez a obtenu 10,5 millions de voix, soit la quasi-totalité de sa propre base et celle de Federico « Fico » Gutierrez, le candidat de droite battu au premier tour, qui a totalisé 11 millions. Par conséquent, la différence entre les 8,5 millions de Petro au premier tour et les 11,2 millions qu’il a obtenus au second est principalement due à l’augmentation du taux de participation, qui est passé de 55% à 58%. Cela indique la tactique du Pacto Histórico tout au long de ce second tour, où il s’est concentré sur la recherche de ceux qui se sont abstenus de voter au premier tour, au lieu d’édulcorer le programme politique qui avait été convenu depuis le premier tour.

Or, il faut savoir que le programme politique du Pacto Histórico en 2022 est le résultat des modérations et atténuations que Petro avait déjà faites au second tour de 2018.

Une victoire historique

Cette victoire n’aurait tout simplement pas été possible sans la mobilisation de masse sans précédent de la grève nationale de 2021. Pendant ces trois mois, l’uribisme a été mis en échec et la classe dirigeante a vu la Primera Linea organisée par la jeunesse pour se défendre comme le signe avant-coureur de sa chute. La seule chose qui a alors sauvé le gouvernement d’Iván Duque a été le rôle des dirigeants syndicaux, qui ont démobilisé les travailleurs syndiqués et servi de freins au mouvement. Mais l’avertissement a fait réfléchir le secteur le plus intelligent de la bourgeoisie. Cet état d’esprit s’est reflété dans les déclarations d’Alejandro Gaviria au Financial Times de Londres : « Nous dormons au sommet d’un volcan. Il y a beaucoup d’insatisfaction. Il serait préférable d’avoir une explosion contrôlée avec Petro plutôt que de mettre le volcan en bouteille. Le pays réclame du changement. »

La signification historique de cette victoire vient aussi du fait que Petro a gagné grâce à la formation d’une coalition de tous les partis de gauche de masse du pays. Du Parti communiste colombien à Colombia Humana, Petro a formé une coalition de masse. Cependant, dans ses efforts pour conquérir la présidence, le Pacto Histórico a ouvert la porte aux partisans de l’ancien président Santos (qui était à l’origine ministre sous Uribe et est ensuite devenu président lui-même). C’est la contradiction qui définit le Pacto Histórico de Petro. Il s’agit d’un parti de masse dont la base veut lutter pour une amélioration substantielle de ses conditions de vie et pour des revendications historiques (telles que la réforme agraire et la réforme du système de santé), mais dont la direction est liée à ceux qui ont gagné leur fortune grâce à l’accumulation de terres et à la privatisation de la santé dans les années 90. 

Plusieurs épisodes au cours de la formation du Pacto Histórico ont reflété cette tension, du scandale de la liste fermée aux « Petrovideos » (vidéos dans lesquelles les dirigeants du Pacto Histórico discutent entre eux de la manière de gagner les votes des riches et même des entreprises financières comme Supergiros). Parallèlement, l’élection de Francia Márquez au poste de vice-présidente démontre le besoin de Petro d’offrir à la section la plus militante de sa base, qui souhaite un changement radical, une place de choix dans la coalition. Dès le début, Francia Márquez a clairement indiqué qu’elle n’avait pas l’intention d’avoir un rôle décoratif. En fait, sa tendance à parler ouvertement de ses divergences avec la direction a mis en question sa candidature pour la vice-présidence et a fini par faire fuir César Gaviria, le principal dirigeant du parti libéral.

Il est fort possible que Francia joue un rôle très important dans la lutte au sein du Pacto Histórico contre ceux qui décident que la défense des intérêts des patrons est plus importante que la réalisation des réformes qui les ont portés au pouvoir. Mais ce ne sera que dans la mesure où la base du Pacto Histórico répondra à la nécessité de rompre avec ces dirigeants et d’imposer des mesures de contrôle démocratique par la base (comme le principe de l’élection aux postes de direction et le droit de révocation) au sein de la coalition.

Les limites du « petrismo »

Les quatre années de la présidence de Petro seront marquées par la crise internationale du capitalisme et les ravages qu’elle a causés à l’économie colombienne. Dans un pays où la dette extérieure équivaut à 50% du PIB, où l’inflation a fait du peso colombien la monnaie la plus dévaluée au monde, et où le chômage est le plus élevé du continent (10% selon The Economist), il est clair que le gouvernement Petro sera mis à l’épreuve. 

Soyons clairs, le programme de Petro est réformiste. Son slogan est celui d’un capitalisme plus humain. Ce qui a valu à Petro la haine de la classe dirigeante est le fait qu’il a proposé des réformes qui, dans le contexte du capitalisme colombien arriéré, dominé par l’impérialisme, impliquent de grandes pertes pour les véritables propriétaires de l’économie colombienne: l’impérialisme américain et ses marionnettes dans l’oligarchie capitaliste.

Par exemple, sa proposition d’arrêter l’exploration pétrolière et minière (« dès le premier jour ») afin d’entamer une transition vers des sources d’énergie vertes est une attaque directe contre les profits d’une classe dirigeante dont le pétrole est la principale exportation. De même, sa proposition de créer un système public de retraite, dans un pays où 90% des travailleurs ne reçoivent pas une pension suffisante pour prendre leur retraite, a suscité l’intérêt des travailleurs et des paysans. En même temps, elle a été attaquée par l’oligarchie colombienne qui utilise l’argent des retraites pour investir et obtenir des gains personnels, sans que les retraités en profitent vraiment. 

Il faut dire que ces propositions ne sont pas celles d’un « communiste fou » prêt à exproprier et à nationaliser tous les secteurs de l’industrie. Ces propositions ne commencent pas à toucher aux sources du pouvoir de l’oligarchie colombienne. Sa proposition de réforme agraire commence par la perspective d’acheter les terres improductives des latifundistes lorsque ces derniers ne souhaitent pas exploiter leurs terres et refusent de payer leurs impôts (Programme du Pacto Histórico, p. 19).

Ces propositions, et leurs tentatives de conciliation avec la classe dirigeante, sont les points faibles d’un gouvernement Petro. Pour voir ce côté faible, nous n’avons pas besoin de regarder au-delà de son discours d’acceptation, dans lequel il invite l’opposition à gouverner avec lui et déclare « à ceux qui ont dit que nous allions détruire la propriété privée, je dirais la chose suivante: Nous allons développer le capitalisme colombien. Nous devons vaincre le féodalisme colombien ».

Nous devons préciser que le retard de la Colombie n’est pas le produit du « féodalisme ». En Colombie, il existe un « marché libre », un esclavage salarial et la propriété privée des moyens de production. Ce sont les caractéristiques du capitalisme. Mais le capitalisme colombien est défini par un développement inégal et combiné, où l’oligarchie des propriétaires terriens dépend de la concentration des terres et du soutien financier de l’impérialisme américain, ce qui la place dans une position de subordination par rapport à l’économie capitaliste mondiale.

L’économie colombienne en paie toutefois le prix, car elle est reléguée au rang d’exportatrice de matières premières, bloquée sur le plan manufacturier et dans sa capacité à importer des techniques. Autrement dit, le retard de l’économie colombienne profite à l’impérialisme américain. Il faut rejeter la perspective étapiste selon laquelle le développement économique de la Colombie devrait suivre certaines étapes nécessaires, le socialisme ne pouvant dans chaque pays individuellement qu’après avoir passé à travers l’étape du socialisme. L’important est de comprendre que l’économie mondiale est capitaliste, et que cela rend nécessaire la lutte pour le socialisme dans chaque pays. Le « capitalisme démocratique et productif » dont parle Petro n’existe pas et ne peut exister en Colombie à l’époque de la domination impérialiste.

L’assaut de la classe dirigeante

La réponse de la classe dirigeante à la victoire de Petro a été une acceptation assortie de conditions implicites. Tant Alvaro Uribe Velez que Rodolfo Hernández ont « accepté » la victoire de Petro. Mais ils l’ont fait en rappelant qu’ils ne sont prêts à accepter un gouvernement Petro que dans la mesure où il « respecte les institutions ».

Ils insistent sur la nécessité de parvenir à un « grand accord national » (langage que Petro a également adopté) et sur le fait qu’il doit gouverner « non seulement pour ceux qui ont voté pour lui, mais aussi pour ceux qui se sont opposés à lui ». En revanche, lorsqu’un candidat capitaliste de droite comme Duque gagne, ils disent qu’il a « le mandat pour appliquer son programme sans inquiétude ».

Ce qui motive leur acceptation de la victoire de Petro, c’est leur besoin d’éviter une nouvelle explosion sociale, dans laquelle la bourgeoisie colombienne, qui est consciente de la diminution de ses appuis, se sent peu sûre de maintenir son emprise sur le pouvoir. Mais plus encore, elle a une stratégie à long terme consistant à compter sur les institutions démocratiques bourgeoises pour détourner le mouvement derrière Petro vers les canaux les plus sûrs possibles afin de le défaire.

Il devra non seulement faire face à l’opposition des éléments les plus conservateurs du pays, qui disposent encore d’une grande partie des sièges législatifs, mais le gouvernement du Pacto Histórico devra également faire face au fait que, bien qu’il ait le plus grand nombre de sénateurs et le deuxième plus grand nombre de représentants, il est toujours minoritaire dans les deux chambres.

La classe dirigeante utilisera tous les moyens à sa disposition pour saboter toute mesure progressiste que le président démocratiquement élu osera prendre. Elle utilisera les médias pour mener une campagne sans précédent de calomnie et de diffamation, elle aura recours au sabotage de l’appareil d’État bourgeois, du système judiciaire et des forces armées. Nous verrons la menace d’une grève des investissements et d’une fuite des capitaux. La direction du Pacte dira alors qu’il faut modérer les réformes afin de les faire passer par « consensus ».

Notre réponse à ces conditions défavorables doit être une mobilisation de masse dans les rues pour faire pression sur les dirigeants de ces partis qui utilisent leur pouvoir pour arrêter le changement. Il n’y a rien de plus démocratique et de plus puissant que des travailleurs en mouvement et il est temps de le prouver.

La lutte continue

La victoire de Petro représente un grand soupir de soulagement pour ceux qui craignaient une victoire de Rodolfo Hernández et la poursuite des politiques d’austérité et de répression qui ont défini les quatre années d’Iván Duque. De plus, la victoire de Petro incarne aujourd’hui les aspirations de millions de Colombiens qui veulent mettre fin à l’arriération du pays. Sa victoire est un événement historique, et elle a été célébrée à juste titre comme telle dimanche soir par des dizaines de milliers de personnes dans tout le pays. Mais ce n’est qu’un premier pas. Il sera important pour les marxistes de surveiller attentivement les actions du gouvernement Petro.

Petro est à la croisée des chemins : il peut gouverner pour la masse des travailleurs qui l’ont élu, ou gouverner pour l’oligarchie. Dans la mesure où il met en œuvre des réformes qui améliorent la qualité de vie des masses, il s’attirera la haine des hommes d’affaires, des grands propriétaires terriens et de l’impérialisme américain. L’économie colombienne est tellement arriérée qu’il est impossible de redistribuer les profits sans les retirer à l’oligarchie. S’il hésite ou fait des concessions à l’oligarchie au nom de la conciliation des classes, il démoralisera sa propre base de soutien et préparera sa chute.

Tant que les moyens de production seront entre les mains de l’oligarchie, Petro ne pourra pas les contrôler et ne pourra donc jamais développer la capacité productive du pays. Le coût des investissements est trop élevé pour les patrons, qui ne s’intéressent qu’aux profits. Et toute dépense dans les infrastructures sociales ou les réformes signifierait que l’on retire de l’argent aux impérialistes de Washington.

La seule façon d’avancer est de rompre avec la logique du capitalisme. La jeunesse, la paysannerie et la classe ouvrière colombienne ne peuvent compter que sur leur propre force : celle qui a fait vaciller la classe dirigeante pendant trois mois en 2021 et mis fin à la réforme fiscale. Il est urgent de former une solution de rechange révolutionnaire qui puisse défendre ce programme lors des débats qui vont s’ouvrir dans les organisations de masse.

Tout pas en avant que le gouvernement fait devra être défendu dans la rue face à la résistance de la classe dirigeante. Chaque hésitation ou recul du gouvernement devra être combattu par la lutte de masse dans les rues.

La tâche des marxistes au cours des quatre prochaines années est claire : former un lien avec la section la plus avancée des masses qui descendront dans la rue pour s’organiser; offrir une tactique et une stratégie dans chaque combat qui peut nous faire gagner les réformes que cette présidence promet; augmenter la confiance de la classe ouvrière dans sa propre force; et gagner les meilleurs éléments du mouvement ouvrier. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons construire une véritable solution révolutionnaire capable de convertir la lutte pour les réformes en lutte pour le socialisme afin de mettre fin à l’oligarchie colombienne – une cabale de parasites dont le seul intérêt est d’accumuler toujours plus de richesses pour eux-mêmes et leurs amis à Washington.

La Cour suprême des États-Unis a invalidé l’arrêt Roe v. Wade qui, depuis 1973, protège constitutionnellement le droit des femmes à se faire avorter. Des dizaines d’États devraient annoncer des interdictions et des restrictions de l’avortement à des degrés divers dans les jours et les semaines à venir.

Cette attaque vicieuse contre un droit démocratique élémentaire, annoncée il y a plusieurs mois par une fuite d’un projet de décision, s’inscrit dans le cadre d’une « guerre culturelle » réactionnaire menée par une section particulièrement dégénérée de la classe dirigeante américaine. Elle cherche à exciter les couches les plus arriérées de la société américaine qui, en cette période de crise économique profonde, s’est fortement polarisée alors que la vie de millions de personnes devient insupportable.

Les démocrates se sont montrés totalement impuissants à résister à cette nouvelle dérive vers la barbarie, bien qu’ils contrôlent la Maison Blanche, le Congrès et le Sénat. La classe ouvrière doit maintenant passer à l’offensive pour défendre le droit des femmes à l’autonomie corporelle ainsi que toutes les libertés fondamentales conquises de haute lutte dans le passé.

Attiser la réaction

Comme annoncé par le projet de décision qui a fuité en mai dernier, ce nouveau jugement, rédigé par le juge de la Cour suprême Samuel Alito, soutient que puisque « la Constitution ne fait aucune référence à l’avortement […] aucun droit de ce type n’est implicitement protégé par une disposition constitutionnelle ».

Roe v. Wade a toujours été un bouclier fragile pour le droit d’accéder légalement aux avortements, car il ne repose pas sur la protection constitutionelle de l’autonomie corporelle ou des droits des femmes, mais sur la protection de la « vie privée » (c’est-à-dire que l’État n’a pas le droit de connaître les décisions d’une femme concernant sa santé reproductive).

Mais la question fondamentale ici ne concerne pas les subtilités juridiques. Le système juridique bourgeois n’est pas un arbitre neutre de la justice, mais d’abord et avant tout un appareil destiné à protéger les intérêts bourgeois. Et la Cour suprême actuelle s’est révélée représenter l’aile la plus arriérée, la plus myope et la plus brutale de la classe dirigeante américaine.

Cette section, qui s’est regroupée autour de l’ancien président Donald Trump, est désormais totalement dominante au sein du Parti républicain et s’acharne à faire appel aux préjugés les plus bas de la société (sexisme, racisme, homophobie, fondamentalisme religieux, etc.) pour animer sa base sociale et détourner l’attention des difficultés économiques et des troubles sociaux qui s’abattent sur le capitalisme américain.

Treize États (dont le Texas, le Missouri et la Louisiane) ont déjà mis en place des lois interdisant l’avortement, qui entreront immédiatement en vigueur dès l’annulation officielle de l’arrêt Roe v. Wade. Au total, on s’attend à ce que 26 États « rouges » déclarent de nouvelles restrictions au droit à l’avortement, dont la Floride, l’Alabama et l’Arizona.

Cela signifie que, dans plus de la moitié des États-Unis d’Amérique, au gré des caprices d’un organe non démocratique et non élu composé de neuf juges réactionnaires, des dizaines de millions de femmes seront privées d’accès à l’avortement légal d’un seul coup.

Une décision en faveur de la misère et de la mort

Bien sûr, cela n’empêchera pas les avortements de se produire, mais obligera simplement les femmes, en particulier les pauvres et les femmes de la classe ouvrière, à rechercher des avortements dangereux et illégaux.

L’avortement légal est une procédure relativement sécuritaire, avec un taux de mortalité d’environ 0,4 pour 100 000 aux États-Unis (selon une étude de 2018). 

Cela se compare favorablement au taux de mortalité maternelle lié à l’accouchement, qui est plus élevé aux États-Unis que dans toute autre nation industrialisée, soit 17 pour 100 000 naissances (et 37 pour 100 000 pour les femmes noires). Ce taux est à comparer aux trois décès ou moins pour 100 000 naissances enregistrés en Norvège, en Suède et en Nouvelle-Zélande.

Parallèlement, selon l’Organisation mondiale de la santé, les avortements illégaux ont un taux de mortalité moyen de 8%. Avec le tsunami d’interdictions d’avortement qui s’apprête à déferler sur les États du Sud en particulier, des millions de femmes seront contraintes de se tourner vers des avortements dangereux, insalubres et clandestins, ce qui fera monter en flèche le nombre de décès liés à l’avortement.

Les femmes pauvres et de la classe ouvrière qui ne souhaitent pas risquer leur vie dans une procédure aussi risquée mettront leurs enfants au monde dans une société écrasée par une crise croissante du coût de la vie. Alors que le président Joe Biden consacre des dizaines de milliards de dollars et des montagnes de matériel militaire à la guerre par procuration que les États-Unis mènent contre la Russie en Ukraine, des dizaines de millions d’Américains luttent pour leur survie.

L’inflation a atteint 8,6% en juin, engloutissant les chèques de paie et laissant les familles ouvrières dans l’incapacité de se procurer les produits de première nécessité.

Les prix des denrées alimentaires devraient augmenter de plus de 9% en 2022, tandis que le prix de l’essence a atteint en juin 5 dollars le gallon, un record en 40 ans. Par ailleurs, une pénurie de lait maternisé en mai a plongé d’innombrables parents dans un véritable cauchemar, et le coût de la garde d’enfants a augmenté de 5 à 15% cette année.

En bref, le coût pour se chauffer, aller reconduire ses enfants à l’école, se rendre au travail et nourrir ses enfants atteint des niveaux intolérables pour les parents de la classe ouvrière.

Combiné à une série de nouvelles restrictions draconiennes sur l’avortement légal, la conséquence inévitable sera que des millions d’Américains, et les femmes en particulier, seront poussés encore plus loin dans la pauvreté extrême. Cela signifiera également qu’une génération d’enfants sera élevée dans des conditions de grande précarité.

C’est le seul avenir que le capitalisme promet à la classe ouvrière du pays le plus riche du monde.

La passivité des démocrates 

Les politiciens républicains occupant divers postes dans l’État ont accueilli la décision de la Cour suprême avec joie. Le gouverneur du Mississippi, Tate Reeves, a salué une décision qui « aura comme conséquence directe que plus de coeurs battront, plus de poussettes circuleront, plus de bulletins de notes seront distribués, plus de matchs de petite ligue seront joués et plus de vies bien remplies seront vécues. C’est un jour joyeux! »

Pendant ce temps, l’ancien vice-président Mike Pence a déclaré : « Ayant reçu cette seconde chance pour la vie, nous ne devons pas nous reposer et ne devons pas relâcher nos efforts jusqu’à ce que le caractère sacré de la vie soit rétabli au centre de la loi américaine dans chaque État du pays. »

Pour leur part, les démocrates se sont lamentés et ont secoué la tête de désespoir. Dans un dégoûtant moment d’hypocrisie, même le sénateur particulièrement à droite et ouvertement anti-avortement de la Virginie-Occidentale, Joe Manchin, s’est dit « alarmé » et « déçu » par la décision de la Cour suprême.

La cheffe du groupe parlementaire démocrate, Nancy Pelosi, a vivement accusé « la Cour suprême contrôlée par les républicains » d’avoir atteint « l’objectif sombre et extrême » de son parti. 

« Les femmes américaines ont aujourd’hui moins de liberté que leurs mères », a-t-elle ajouté. « Cette décision cruelle est scandaleuse et déchirante. »

Quant à lui, le président Biden a précédemment fait des commentaires tièdes selon lesquels il s’opposait à la démarche « radicale » de renverser Roe v. Wade, et a souligné la nécessité d’élire « plus de sénateurs pro-choix et une majorité pro-choix à la Chambre pour adopter une loi qui codifie Roe v. Wade ».

Il s’agit du même Joe Biden qui avait déjà voté en faveur de l’annulation de l’arrêt Roe v. Wade, qu’il avait décrit en 1974 comme allant « trop loin », affirmant que les femmes ne devraient pas avoir le droit exclusif de décider de ce qu’il advient de leur corps. 

Il avait également soutenu l’amendement Hyde en 1981, interdisant l’utilisation de fonds fédéraux pour financer l’avortement (il n’est revenu sur cette décision qu’en 2019), et prête même son nom à l’amendement dit « Biden » qui a interdit l’utilisation de l’aide étrangère pour la recherche biomédicale liée à l’avortement.

Malgré toutes leurs prétentions à représenter une solution « progressiste » aux républicains, et toute la pression exercée sur les travailleurs et les jeunes américains pour qu’ils soutiennent Joe Biden, ce dinosaure de l’establishment, afin de battre le « fasciste » Trump, les démocrates ont à peine levé le petit doigt pour protéger les droits les plus fondamentaux des femmes.

Joe Biden a même résisté aux appels à prendre des mesures aussi élémentaires que de fournir des ressources aux femmes pour qu’elles puissent se rendre dans des États où l’avortement restera légal.

Comparez la résistance molle des démocrates à la décision de la Cour suprême avec leur détermination à faire en sorte qu’un flot d’armes parvienne à l’Ukraine, prolongeant un conflit brutal qui a des effets catastrophiques dans le monde entier, simplement pour servir les intérêts de l’impérialisme américain.

Comme nous l’avons dit à maintes reprises : il n’y a pas une once de contenu progressiste dans le Parti démocrate, qui est entièrement au service du capitalisme américain, et implacablement opposé aux intérêts des travailleurs, femmes et hommes.

Le problème ne concerne toutefois pas seulement les démocrates, mais l’ensemble de l’appareil d’État capitaliste aux États-Unis, qui contient plusieurs mécanismes extrêmement antidémocratiques, notamment le collège électoral et la Cour suprême. Comme l’ont écrit précédemment nos camarades américains du journal Socialist Revolution 

« Après des décennies à se soumettre aux règles du jeu, il devrait être clair comme de l’eau de roche que les règles du jeu sont truquées depuis le début. Le fait que même Roe risque d’être renversé devrait faire voler en éclats toute illusion sur la Cour suprême, la Constitution, les démocrates et toute la structure de la démocratie bourgeoise américaine. Ce sont les institutions d’une classe exploiteuse et oppressive dont les intérêts sont diamétralement opposés à ceux des travailleurs. C’est le résultat de la confiance dans la légalité bourgeoise au lieu de la lutte des classes. C’est le fruit de la politique du “moindre mal” et de la collaboration de classe. La réponse n’est pas de se battre pour un “moindre” mal pour la classe ouvrière, mais de mettre fin à tous les maux de la société de classe! La voie à suivre ne passe pas par la collaboration entre les classes, mais par l’indépendance de classe et la formation d’un parti ouvrier de masse. »

Il faut riposter!

L’invalidation de Roe v. Wade est un symptôme de la décadence sénile du capitalisme américain. Ses dirigeants sont désespérément divisés, et une grande partie de la classe dirigeante américaine cherche à mobiliser les bas-fonds de la société américaine dans sa quête étroite de pouvoir, même au prix d’un discrédit total des principales institutions de l’État.

Déjà, Trump se prépare à une campagne de réélection, qu’il a toutes les chances de remporter contre la piètre figure de Joe Biden, dont le taux d’approbation s’est effondré à seulement 36%.

Celui-ci a déçu même les faibles attentes qu’il a suscitées lors de l’élection de 2020, et Trump se prépare à surfer sur une vague de colère, de désespoir et de chauvinisme réactionnaire pour reconquérir la Maison Blanche, en ciblant les personnes de couleur, les personnes LGBT, les migrants et les femmes.

Le capitalisme est incapable de garantir ne serait-ce que les victoires et concessions de base obtenues par la lutte des classes dans le passé. Dans ces conditions de crise historique, seule la classe ouvrière, mobilisée par ses organisations de masse et prête à se battre, est capable de défendre les droits des femmes, ainsi que toutes ses conquêtes démocratiques. 

Au-delà de cela, ce n’est que par une lutte concertée pour abattre ce système infâme et établir une société socialiste que nous pourrons mettre fin aux conditions barbares auxquelles les travailleurs aux États-Unis et au-delà sont de plus en plus soumis.

Des manifestations d’urgence sont déjà organisées dans tout le pays. En lançant un assaut contre les droits des femmes, la Cour suprême risque de provoquer une opposition aux proportions énormes.

Nous devrions nous rappeler que l’accès à des avortements légaux a été l’un des accomplissements de la révolution russe de 1917. Et ce sera une nouvelle révolution socialiste, aux États-Unis et dans le monde entier, qui mettra fin à l’oppression une fois pour toutes, et assurera une existence décente et digne à l’humanité.

Comme nous l’avons écrit en mai dernier :

« La nouvelle de la position majoritaire de la Cour suprême est un signal d’alarme brutal pour tous les travailleurs. C’est la “nouvelle normalité” de la vie sous le capitalisme (en réalité, un retour à l’“ancienne normalité”) aggravée par les convulsions d’un système en phase terminale qui ne peut temporairement contrer sa chute qu’en reprenant tous les acquis gagnés par les luttes passées de la classe ouvrière. Alors oui, nous devons manifester, mais avant tout, nous devons nous préparer à la lutte des classes, à la guerre des classes et à la révolution socialiste. La route ne sera pas facile, mais il n’y a pas de plus grande cause – et pas d’autre solution. »

Voici un témoignage sur les difficultés que rencontrent encore aujourd'hui des femmes qui désirent avorter en Belgique.

Depuis le 13 juin, l’Equateur est balayé par une mobilisation révolutionnaire. Des dizaines de milliers de personnes se mobilisent à travers tout le pays, de la région côtière à l’Amazonie en passant par les Andes, à l’appel de la Confédération des Nationalités Indigènes de l’Equateur (CONAIE). Alors que des grèves ont éclaté dans les transports ou encore dans l’industrie pétrolière, des masses d’Equatoriens, indigènes ou non, ont répondu à l’appel de la CONAIE et ont marché sur la capitale Quito.

Le gouvernement du millionnaire Guillermo Lasso a refusé toute discussion sur les revendications de la CONAIE. Celle-ci demande notamment que les prix soient régulés ou encore que les dettes privées soient soumises à un moratoire. Alors que l’Equateur a été durement frappé par la crise économique et par la pandémie, Lasso applique au contraire fidèlement les recommandations du FMI et multiplie les mesures d’austérité et les privatisations. En septembre dernier, il a par exemple annoncé une « Loi de création d’opportunités » qui prévoit la réduction des impôts sur la succession, l’« assouplissement » du code du travail et des zones franches pour les investissements étrangers.

En 2019, une mobilisation de masse avait abouti au retrait d’un précédent décret d’austérité que le gouvernement de l’époque voulait imposer. Malheureusement, la mobilisation s’était arrêtée là. Un nouveau gouvernement de droite est ensuite arrivé au pouvoir et tente d’appliquer la même politique que son prédécesseur, la seule qui convienne aux intérêts de la bourgeoisie et des impérialistes.

Une mobilisation fulgurante

Dès le 14 juin, les premiers groupes d’indigènes sont arrivés à Quito, où ils ont été confrontés à une répression féroce. Le principal dirigeant de la CONAIE, Leonidas Iza a été arrêté dès son arrivée dans la capitale, en même temps que de nombreux autres militants. Lasso a affirmé vouloir interpeller tous les « auteurs intellectuels et matériels d’actes violents », une définition si large qu’elle légitime toute répression. Et ce d’autant plus que le gouvernement a assimilé les manifestations à du « terrorisme ».

L’armée a été mobilisée et déployée dans le centre historique de la capitale. Des locaux associatifs et militants, mais aussi des lieux publics ont été occupés par les soldats pour empêcher qu’ils ne servent de lieux de rassemblement pour le mouvement. C’est le cas par exemple du parc Arbolito ou de la Maison de la culture. Le 17 juin, le gouvernement a proclamé l’état d’urgence et a instauré un couvre-feu ainsi que la censure des médias.

Le mouvement n’a malgré tout pas reculé. Puisque le centre-ville était militarisé, les étudiants ont occupé l’université pour y accueillir les rassemblements. Des blocages ont été mis en place sur les routes pour empêcher l’arrivée de renforts de l’armée et certaines vidéos montrent même la police reculer face à des manifestants dans les rues de Quito. Le 15 juin, la mobilisation a finalement réussi à obtenir la libération de Leonidas Iza. Celui-ci a immédiatement appelé à continuer la lutte.

Les dirigeants de la CONAIE ont par ailleurs affirmé qu’ils refusaient toute discussion avec le gouvernement tant que la répression continuerait. Loin de se limiter aux seuls indigènes (qui représentent tout de même entre 25 et 40 % de la population du pays), le mouvement a été rejoint par les étudiants et les syndicats de travailleurs. Un appel à la grève générale a été lancé pour le mercredi 22 juin. Ce jour-là, les manifestants ont tenté d’occuper le parlement pour contraindre le gouvernement à reculer. La répression policière a été violente et un manifestant a été tué. C’est le quatrième depuis le début du mouvement, sans compter des centaines de blessés.

Quelles perspectives ?

La mobilisation en Equateur se trouve à la croisée des chemins : d’un côté, le gouvernement de Lasso, qui défend les intérêts de la bourgeoisie et ne semble pas prêt à reculer ; de l’autre, le mouvement de masse, qui commence à s’organiser. Une « Assemblée du peuple » s’est tenue à Quito ce jeudi et a pris la décision de continuer la mobilisation jusqu’à la victoire. C’est un pas dans la bonne direction. Des assemblées de ce type doivent s’organiser dans tout le pays, pour structurer le mouvement à l’échelle nationale et représenter fidèlement la volonté des masses et des travailleurs. Pour faire face à la répression, il faut aussi renouer avec l’expérience du mouvement de 2019. Une « garde indigène » avait alors été organisée pour protéger les manifestants. Il faut la remettre sur pied pour pouvoir repousser les attaques de l’armée et de la police.

Enfin, l’expérience accumulée depuis le mouvement de 2019 montre qu’aucun gouvernement bourgeois ne mettra en place une autre politique que celle de Lasso. Dans la situation actuelle de crise économique mondiale, le capitalisme ne peut plus offrir de concessions durables aux travailleurs, surtout dans un pays soumis à l’impérialisme comme l’Equateur. Si le mouvement actuel se contente d’obtenir des promesses du gouvernement, celui-ci tentera de gagner du temps pour revenir à la charge une fois la mobilisation retombée. Pour pouvoir véritablement satisfaire leurs revendications et obtenir une vie décente, les travailleurs et les indigènes d’Equateur doivent se préparer à prendre le pouvoir entre leurs mains.

Comme chaque année, la Tendance Marxiste Internationale (TMI), dont Révolution-Vonk est la section belge, organise une grande collecte auprès de ses militants et sympathisants. Le résultat de cette collecte sera annoncé lors de l’Ecole mondiale de la TMI, qui se tiendra en ligne du 23 au 26 juillet, et à laquelle tous nos sympathisants sont invités à participer. Elle réunira des milliers de révolutionnaires des quatre coins du monde.

Une fois de plus, les résultats du deuxième tour d’une élection législative s’écartent très nettement des « projections » publiées par les sondeurs, en amont du scrutin. Aucun n’avait anticipé un aussi mauvais résultat pour LREM, qui manque la majorité absolue de 43 sièges. Et pour cause : aucun n’avait anticipé le résultat du RN, qui entre en force à l’Assemblée nationale (89 sièges). Les deux faits sont liés : face au RN, les candidats de LREM ont perdu beaucoup plus de duels que « prévu ». Mais la NUPES, elle aussi, en a perdu davantage qu’anticipé, face au RN.

Pour LREM, le premier tour des législatives était un net revers ; le deuxième est une défaite, voire une débâcle. Macron tablait sur une majorité absolue ou, a minima, sur une majorité relative suffisamment forte pour lui permettre de faire voter ses textes en s’appuyant sur une fraction des députés Républicains, qui sont divisés sur l’attitude à adopter à l’égard du gouvernement. Mais à 43 sièges de la majorité absolue, et avec seulement 64 députés Républicains ou UDI, les choses s’annoncent beaucoup plus compliquées pour le chef de l’Etat.

Dans les jours qui viennent, les tractations vont aller bon train, depuis l’Elysée, pour tenter de dégager un semblant de majorité parlementaire. D’éclatantes promotions seront proposées aux uns et aux autres. Reste à savoir quels députés Républicains (notamment) auront le cœur de s’embarquer dans la galère d’un gouvernement qui, dès sa formation, sera très fragilisé – non seulement à l’Assemblée nationale, mais aussi et surtout dans la masse de la population.

L’abstention s’élève à 53,8 %, auxquels s’ajoutent 3,5 % de votes blancs ou nuls. Seuls 42,7 % des inscrits ont voté pour l’un des candidats en lice. Autrement dit, si le gouvernement est minoritaire à l’Assemblée nationale, il l’est bien plus encore dans la population, et surtout dans la masse de la jeunesse et du salariat. En retour, la fragilité du gouvernement, à l’Assemblée nationale, aura pour effet d’encourager la jeunesse et les travailleurs à se mobiliser contre la politique réactionnaire de Macron. Du point de vue de la bourgeoisie française, qui a urgemment besoin de contre-réformes drastiques, c’est une très mauvaise nouvelle. Aussi exercera-t-elle de fortes pressions sur LREM et les Républicains pour qu’ils parviennent à constituer une sorte de majorité parlementaire. Mais la fracturation de l’Assemblée nationale, la soif de revanche des Républicains et le profond rejet de Macron, dans la masse de la population, sont tels que l’équation semble beaucoup plus compliquée que prévu.

Avec 142 députés, les résultats de la NUPES se situent dans la « tranche basse » des projections publiées par les sondeurs, la semaine dernière. Bien sûr, à la faveur de l’accord de premier tour entre la FI, le PS, les Verts et le PCF, cela se traduit tout de même par une forte progression en nombre de sièges, surtout pour la FI et les Verts. Du point de vue des luttes à venir contre la politique du gouvernement, la percée de la FI (84 sièges) peut être une très bonne nouvelle. Cependant, au regard des 7,7 millions de voix recueillies par Jean-Luc Mélenchon, le 10 avril dernier, le succès de la NUPES doit être relativisé.

Comme nous l’avons souligné en analysant son résultat en nombre de voix, la NUPES n’a pas suscité de dynamique électorale au premier tour. Force est de constater qu’elle n’en a pas suscité davantage au deuxième. Nous analyserons ultérieurement le détail de ses résultats, notamment en fonction des types de duels dans lesquels elle était engagée. Mais d’ores et déjà, deux faits majeurs sautent aux yeux. Premièrement, malgré les appels des dirigeants de la NUPES, dans l’entre-deux tours, les abstentionnistes du premier tour ne se sont pas mobilisés. Deuxièmement, nous l’avons dit : la NUPES perd un nombre significatif de ses duels face au RN.

Révolution a appelé à voter pour la NUPES, qui était la seule alternative à la droite et l’extrême droite. Mais nous avions prévenu que cette union de la FI avec des partis discrédités ne pouvait pas susciter d’enthousiasme dans les couches les plus exploitées et opprimées de la population. Par ailleurs, nous avions souligné que le soi-disant « front républicain contre le RN », dans l’entre-deux tours de la présidentielle, ne pouvait que renforcer le RN, au lieu de l’affaiblir. Les résultats des législatives le confirment. Dimanche, d’ailleurs, le soi-disant « front républicain » a volé en éclat. Ceci dit, au-delà de l’erreur du « front républicain », le succès du RN confirme une tendance lourde, qui ne date pas d’hier : la polarisation politique croissante – vers la gauche et vers la droite. Si cette polarisation s’exprime plus nettement vers la droite, aux législatives, c’est parce que la NUPES, dans sa composition même, n’était pas le véhicule idéal pour que la polarisation s’exprime clairement sur la gauche.

Un profond remaniement ministériel est à l’ordre du jour. Mais avant même de voir le jour, le prochain gouvernement est déjà en crise. Encore une fois, la jeunesse et les travailleurs verront dans cette faiblesse du pouvoir un encouragement à se mobiliser contre la politique réactionnaire qu’exige la bourgeoisie. Dans ce contexte, les dirigeants de la gauche et du mouvement syndical – en particulier ceux de la FI et de la CGT – font face à d’énormes responsabilités. Dès à présent, ils doivent préparer de grandes luttes sociales, non seulement pour faire obstacle à la politique réactionnaire du gouvernement Macron, mais aussi dans le but de précipiter sa chute et son remplacement par un gouvernement de gauche doté d’un programme de rupture avec le système capitaliste. Nous sommes conscients du fait que telle n’est pas, à ce jour, l’orientation des dirigeants de la FI et de la confédération de la CGT. Mais c’est l’orientation que Révolution défendra dans les mois qui viennent, car c’est la seule qui corresponde aux besoins objectifs de la jeunesse et du mouvement ouvrier, sur fond de profonde crise économique, sociale et environnementale.

Lisez le tract que nous allons diffuser lors de la grande manifestation syndicale du 20 juin

Le premier tour des élections législatives a été marqué par un nouveau record de l’abstention lors de ce scrutin : 52,5 %, contre 51,3 % en 2017 et 42,8 % en 2012. Lorsqu’elle atteint un tel niveau, l’abstention devient l’élément le plus significatif du résultat.

L’hôpital Saint-Pierre, grand hôpital public du centre-ville bruxellois, connaît un mouvement important des travailleurs du gardiennage contre la privatisation de leur service.

En effet, le gardiennage y est encore « interne », une exception de nos jours. Ce combat contre la privatisation dans ce très grand hôpital (plus de 2400 travailleurs, près de 600 lits), montre la conscience claire qu’ont les travailleurs dans la nécessité de revendiquer des services publics pour le bien de tous, travailleurs comme patients.

« Le principal défi pour une grève réussie dans l’éducation est de fermer les écoles en construisant et en préservant l’unité d’action parmi les enseignants, tout en obtenant le soutien du public. »

C’est ce que conclut Eric Blanc à partir de son enquête « Red State » qui porte sur les grandes grèves de l’éducation en 2018 dans certains États sous contrôle républicain[1]. Le contexte social dans ces Etats est extrêmement défavorable aux organisations syndicales. Mais malgré cela, à partir de réseaux de militants convaincus et persévérants, plusieurs grèves de masse ont été préparées en quelques mois, avec des résultats impressionnants.

Le temps de travail et le temps libre sont des enjeux importants ! La durée du temps de travail recouvre aujourd’hui des réalités très complexes, entre CDD et CDI, temps partiels, stages et autres aménagements. Flexibilité et disponibilité sont vues par les entreprises comme des valeurs essentielles du travail. Dans cette optique sont remis en cause les horaires, les week-ends, l’âge de la pension ou certains jours fériés.

En début de semaine dernière, le gouvernement suédois a déposé une demande formelle d’adhésion à l’OTAN. Nos camarades de Revolution, la section suédoise de la TMI, s’y opposent et ont publié cette déclaration le 18 mai.

L’impérialisme américain est le plus puissant soutien de l’exploitation capitaliste, de la pauvreté et de la misère. Le gouvernement de Stockholm a décidé qu’il était dans l’intérêt de l’impérialisme suédois de rejoindre l’OTAN, l’alliance militaire que dirigent les Etats-Unis. Nous déclarons : à bas l’OTAN, à bas l’impérialisme – vive la solidarité internationale de la classe ouvrière !

Il y a à peine plus de vingt ans, après le 11 septembre 2001, l’impérialisme américain invoquait l’Article 5 de la charte de l’OTAN, le Traité de l’Atlantique Nord. Cet article stipule qu’une attaque militaire contre l’un des Etats membres équivaut à une attaque contre chacun d’entre eux.

Cet article était alors activé pour une raison : rallier les Etats membres de l’OTAN pour rejoindre l’invasion de l’Afghanistan. Ils ont ensuite passé vingt ans à « promouvoir la démocratie et la liberté » en rasant le pays, en détruisant des millions de vies et en laissant derrière eux un pays au bord de la dislocation, placé de nouveau sous le joug des Talibans.

L’OTAN est l’expression militaire de l’impérialisme américain, et il n’est pas nécessaire de mentionner la longue liste de ses crimes (de guerre). La bourgeoisie suédoise, qui cherche à se présenter comme défenseure de la « paix », de la « démocratie », etc., prétend naturellement que l’OTAN est un outil de défense. Ce n’est vrai que si vous voulez dire par là la défense du droit des Etats-Unis, de la France, de l’Allemagne, de la Grande-Bretagne… à assassiner, piller et voler librement à travers le monde. Les travailleurs suédois ne seront pas plus en sécurité au sein d’une telle alliance – bien au contraire.

Des intérêts impérialistes

L’impérialisme suédois est un joueur trop petit pour pouvoir prétendre jouer un rôle significatif dans la plupart des conflits impliquant les autres puissances impérialistes. Son rôle principal a été d’exporter énormément d’armes : en 2021, son plus gros client était les Emirats arabes unis – et sa principale victime, le peuple du Yémen.

A l’heure actuelle, les impérialistes suédois sont occupés à faire progresser leurs intérêts dans les pays baltes. Par exemple, plus de la moitié du système bancaire y est désormais la propriété de seulement deux banques suédoises (Swedbank et SEB). Cela a placé les impérialistes suédois en conflit avec l’impérialisme russe, plus puissant. La bourgeoisie suédoise pousse depuis longtemps pour un durcissement de la position de l’OTAN en Europe de l’Est et de la Baltique. En rejoignant officiellement l’Alliance atlantique, elle peut renforcer son influence pour défendre ses investissements et ses profits.

Autrefois, la Suède avait l’habitude de tenter de se doter d’une façade humanitaire. Officiellement neutre et se présentant comme une amie des petites nations et des pays opprimés, elle était en réalité fermement alignée sur l’OTAN et les Etats-Unis pendant la Guerre froide. Depuis la chute de l’Union soviétique, elle s’est progressivement rapprochée de l’OTAN et a abandonné toute prétention à la neutralité. En 1994, la Suède a rejoint un projet de l’OTAN au nom orwellien de « Partenariat pour la paix ». Et, à partir de 2003, les troupes suédoises ont combattu en Afghanistan sous la direction de l’OTAN, en tant que membre de la Force Internationale d’Assistance et de Sécurité (FIAS). En 2014, la Suède a signé un Mémorandum d’entente avec l’OTAN, qui permettait à l’Alliance d’utiliser plus facilement la Suède pour ses exercices militaires et comme base pour ses opérations contre la Russie.

Avec l’invasion de l’Ukraine, la bourgeoisie suédoise a relâché une avalanche de propagande pour pousser la population à soutenir les impérialismes suédois, européen et américain. Ils ont affirmé contre toute évidence que Poutine souhaitait envahir la Suède et occuper l’île de Gotland dans la mer Baltique, et d’autres inepties du même genre. Personne ne peut prendre ça au sérieux. Le seul cas de figure où la Russie pourrait être amenée à attaquer frontalement la Suède serait dans le cadre d’une campagne de guerre ouverte contre les puissances d’Europe centrale – à commencer par l’Allemagne. Tout le monde peut comprendre que Poutine n’aurait aucune chance de gagner une telle guerre. Un tel scénario est complètement exclu. Le principal objectif de cette campagne de propagande est d’effrayer les travailleurs pour qu’ils soutiennent l’adhésion de la Suède à l’OTAN.

Pendant des années, les impérialistes suédois ont forgé tout un tas d’histoires paranoïaques sur des sous-marins soviétiques, puis russes, qui violeraient les eaux territoriales suédoises. En 2014, des observations de soi-disant sous-marins russes par d’anciens militaires ont été largement médiatisées par la presse bourgeoise, et confirmées par l’armée suédoise. Sans surprise, il fut plus tard démontré qu’il s’agissait de faux. Le sous-marin suspect n’était en réalité que des pièces d’équipement météorologique défectueux, comme l’ont révélé des sources militaires.

La trahison des partis ouvriers

Le gouvernement social-démocrate ne s’est pas contenté d’envoyer des armes pour aider à la guerre par procuration que mènent les Etats-Unis en Ukraine, mais a également augmenté les dépenses militaires pour atteindre les exigences de l’OTAN, soit 2 % de son PIB. La direction du parti s’est rallié à une position ouvertement pro-OTAN dans les jours qui ont suivi l’invasion de l’Ukraine. La classe dirigeante suédoise a vu qu’une opportunité apparaissait pour adhérer à l’OTAN. Ces dernières semaines, le Parti social-démocrate a mené une véritable parodie de « discussions » et de « débats » internes, du genre de celui de la semaine dernière auquel personne n’a semblé juger utile d’inviter qui que ce soit d’hostile à l’OTAN. C’est une parodie de démocratie interne, où toutes les décisions ont été prises en avance par les dirigeants droitiers.

La seule opinion qui importe pour ces dirigeants sociaux-démocrates est celle de la classe dirigeante suédoise. En avril, le gouvernement suédois, représenté par le ministre des Finances Damberg, a rencontré le président finlandais et les représentants militaires à Helsinki. Avait été aussi invité le chef d’une des principales grandes familles capitalistes de Suède, Jacob Wallenberg. Soit dit en passant, cette famille contrôle aussi SAAB, le plus gros exportateur d’armes suédois, ainsi que la banque SEB, déjà mentionnée plus haut.

Plusieurs représentants des grosses entreprises se sont prononcés en faveur de l’adhésion à l’OTAN, et les représentants des entreprises de Finlande ont déclaré que si la Suède ne rejoignait pas l’OTAN, cela pourrait « être négatif pour attirer des investissements étrangers ». Jacob Wallenberg a salué le choix des dirigeants sociaux-démocrates en faveur de l’adhésion à l’OTAN, ce qui rend encore plus clair que ces derniers bénéficient du soutien et de l’approbation de la bourgeoisie. « Les entreprises suédoises ont toujours joué un rôle actif dans la sécurité de la Suède, la défense de notre pays et la nécessité de collaborer avec d’autres », affirme Wallenberg.

Les capitalistes suédois se frottent en effet les mains en imaginant les opportunités que l’adhésion à l’OTAN va ouvrir pour eux, en particulier dans l’industrie de l’armement. Un article du quotidien patronal Dagens industri décrivait avec enthousiasme les perspectives que la guerre en Ukraine représentait pour SAAB, et soulignait que l’adhésion à l’OTAN en ouvrait bien d’autres encore : « L’adhésion de la Suède à l’OTAN est une opportunité exaltante pour SAAB. Cela ouvrirait de nouveaux marchés pour notre entreprise, et les ventes seraient facilitées… SAAB aurait alors une opportunité en or d’augmenter ses prix et d’être payé plus, afin que les actionnaires en bénéficient eux aussi. »

Malheureusement, la direction du Parti de gauche a plié sous la pression de la bourgeoisie. Il est vrai que, formellement, le parti maintient son opposition à l’OTAN, mais cette opposition est faible et extrêmement confuse. Ses dirigeants ont par exemple voté pour la hausse du budget de défense jusqu’au montant exigé pour adhérer à l’OTAN (2 % du PIB). Ils ont également plusieurs fois affirmé qu’il était important de signer des accords de défense avec d’autres pays et ont voté pour l’envoi d’armes à l’Ukraine, ce qui ne sert qu’à prolonger la guerre.

Nooshi Dadgostar, qui est un des dirigeants du Parti de gauche, a déclaré en avril : « Ma position, c’est que nous sommes plus en sécurité en Suède si nous sommes en dehors de toute alliance militaire. Mais c’est important qu’on ait un consensus large. Qu’on décide de ça ensemble, comme un seul peuple, une seule nation. Je ne suis pas souvent d’accord avec [l’ancien Premier ministre conservateur] Carl Bildt, mais sur cette question, c’est le cas. Il y a la gauche et il y a la droite, mais l’armée suédoise, c’est tous les Suédois unis. »

Depuis le premier jour de la guerre, cette propagande nationaliste a été au cœur de la ligne de la direction du Parti de gauche. En laissant leur opposition de pure forme à l’OTAN, ils ne se différencient presque pas des autres partis et des médias : ils parlent de la nécessité de faire front ensemble face à la « menace russe », de défendre la sécurité de la Suède, etc. Ils ne se sont pas opposés à l’OTAN sur le principe qu’il s’agit d’une alliance pour mener des guerres impérialistes et pour l’exploitation. À la place, ils se sont concentrés sur des points complètement secondaires, tels que le fait que des « nations non-démocratiques » comme la Hongrie ou la Turquie en étaient membres, ou que Donald Trump pourrait redevenir président des Etats-Unis. Cela vient renforcer la position défendue par les libéraux, pour qui bombarder des civils, raser des pays entiers et perpétrer des crimes de guerre est acceptable tant que c’est fait par leurs propres représentants, des gens comme Obama ou Biden. En fin de compte, au lieu de marquer une opposition claire à l’OTAN, ils se sont concentrés sur l’idée que la question soit tranchée par un référendum.

Cette trahison par les dirigeants des principaux partis ouvriers a décapité le mouvement. Cela a donné à la classe dirigeante la parfaite opportunité de formaliser leur collaboration avec l’impérialisme américain, par le biais de l’adhésion à l’OTAN.

Non à l’OTAN !

Malgré une propagande militaire incessante dans tous les médias bourgeois, plus de la moitié de la population suédoise est encore opposée à l’OTAN, ou hésite. Cela démontre que cet outil impérialiste suscite un très sain scepticisme dans des couches importantes de la population et de la classe ouvrière.

La gauche et le mouvement ouvrier devraient dénoncer l’adhésion à l’OTAN comme un outil de guerre et d’oppression. Il est évident que ce n’est pas ce que feront les directions actuelles du mouvement ouvrier et des syndicats. C’est pourquoi nous devons nous battre pour réarmer le mouvement ouvrier avec un programme révolutionnaire et authentiquement internationaliste.

La véritable alternative à l’adhésion à l’OTAN n’est pas de revenir à la soi-disant neutralité, qui consistait à conclure des alliances secrètes dont les capitalistes pensaient qu’elles allaient accroître leur part des profits impérialistes à l’échelle internationale. La véritable alternative est une lutte sans concessions contre l’impérialisme. Cette lutte doit reposer sur la solidarité internationale de la classe ouvrière et sur un programme pour la révolution socialiste mondiale.

La TMI en Suède, Revolution, va continuer son combat contre l’OTAN, l’impérialisme suédois et le système capitaliste. La décision de demander à intégrer l’OTAN démontre la décomposition de l’impérialisme suédois et la nécessité d’abolir le capitalisme pour garantir la paix et la sécurité à tous.

  • Pas un homme, pas un sou pour la machine de guerre de l’OTAN !
  • A bas l’impérialisme ! A bas le capitalisme !
  • Luttons pour le socialisme ! Vive la solidarité internationale de la classe ouvrière !

L’augmentation du prix de l’énergie et l’inflation généralisée poussent les loyers des kots étudiants à la hausse. Les premiers effets se font déjà sentir: plusieurs étudiants néo louvanistes dont les charges ne sont pas comprises dans leurs loyers ont fait part sur les réseaux sociaux d’une augmentation de leurs charges, La VUB (une université bruxelloise néerlandophone) a augmenté la grille des loyers des logements étudiants qu’elle loue1 d’au moins 50€ … Et ceci, alors que la VUB a fait des marges bénéficiaires de plus de 10 millions en 2021 et de plus de 40 millions en 20202.

Caché derrière grandes puissances de l'OTAN on retrouve l'impérialisme belge. La classe dirigeante belge s'est longtemps présentée comme le plus fidèle serviteur d'une Union européenne plus forte et économiquement agressive. Ainsi, elle pense pouvoir accéder à des marchés qui seraient autrement inaccessibles.

La NUPES suscite l’adhésion de millions de jeunes et de travailleurs. Ils considèrent cette alliance électorale comme la seule possibilité de battre la droite aux élections législatives – ou, au minimum, comme un bon moyen de renforcer l’opposition de gauche au sein de la prochaine Assemblée nationale, et en particulier le groupe parlementaire de la FI.

Par ailleurs, les « accords » constitutifs de la NUPES reprennent plusieurs mesures clés du programme officiel de la FI (sur les retraites, le Smic, le blocage des prix, etc.) Sur ce plan, l’alliance apparaît donc aux électeurs de Mélenchon comme un prolongement direct du programme officiel de la FI, L’Avenir en commun. Ainsi, la NUPES n’ouvrirait pas seulement la perspective de battre la droite ; elle ouvrirait aussi, et surtout, la perspective d’un gouvernement de gauche qui – à la différence de celui de François Hollande (2012-2017) – engagerait une véritable politique de réformes sociales progressistes.

Révolution est évidemment favorable à la défaite de la droite et de l’extrême droite, les 12 et 19 juin prochains. Nous appelons nos lecteurs à voter pour les candidats de la NUPES. Cependant, cette alliance soulève un certain nombre de problèmes qui ne sont pas du tout secondaires.

Réformisme

En amont de l’élection présidentielle, Révolution a appelé à se mobiliser autour du candidat de la FI. Comme en 2017, notre soutien avait un caractère critique. Comme organisation marxiste, nous avons de nombreuses divergences avec les idées et le programme de la FI. Nous en avons donné un aperçu dans une brochure. Son argument central peut se résumer ainsi : un gouvernement de la FI serait immédiatement confronté à d’énormes pressions de la classe dirigeante française – et internationale – pour qu’il renonce à son programme de réformes sociales. Face à ces pressions colossales, un gouvernement de la FI ferait rapidement face à deux options : soit capituler, c’est-à-dire renoncer à la mise en œuvre de son programme (comme l’a fait Tsipras en Grèce, en 2015) – soit, au contraire, passer à l’offensive, c’est-à-dire engager une politique de rupture avec le système capitaliste en nationalisant tous les grands leviers de l’économie, sous le contrôle démocratique des salariés.

La carence majeure de L’Avenir en commun réside précisément dans le fait de ne pas tenir compte de cette alternative. Il ne vise pas la rupture avec le système capitaliste. Dès lors, un gouvernement de la FI serait vulnérable aux pressions – inévitables et implacables – de la classe dirigeante.

Ce qui vaut pour un gouvernement de la FI – appuyé sur une majorité de députés « insoumis » – vaut aussi, à plus forte raison, dans l’hypothèse d’un gouvernement de la NUPES, dont la majorité parlementaire serait composée non seulement de députés de la FI, mais également de députés du PS et d’EELV. En effet, si L’Avenir en commun n’envisage pas de rompre avec le capitalisme, les dirigeants du PS et des Verts l’envisagent encore moins. Le PS et les Verts représentent l’aile droite du réformisme : toute leur politique se déploie strictement – et fermement – dans les étroites limites du système capitaliste.

Olivier Faure, Julien Bayou et compagnie considèrent l’économie de marché et la grande propriété capitaliste comme d’implacables nécessités avec lesquelles il faut composer. Et comme la bourgeoisie exige des contre-réformes drastiques, sur fond de crise économique et de déclin du capitalisme français, les dirigeants des Verts et du PS n’osent pas proposer de sérieuses réformes progressistes. Leur véritable programme – celui qu’ils ont défendu pour l’élection présidentielle – est extrêmement modéré. Lorsqu’ils sont au pouvoir, ils abandonnent la plupart de leurs réformes archi-modérées et mènent une politique de contre-réformes, sous la dictée du Medef. Le gouvernement de François Hollande en fut une illustration limpide.

La fragilité de l’« accord »

Il est vrai que pour constituer la NUPES, les dirigeants des Verts et du PS ont dû signer des « accords » dont le contenu programmatique est plus à gauche que les programmes présidentiels de Jadot et Hidalgo. Cependant, l’unique raison de ce « virage à gauche » est évidente : sans la NUPES, le PS et les Verts auraient subi une déroute aux élections législatives, compte tenu de leurs scores respectifs à la présidentielle (1,7 % et 4,6 %) et du score de la FI (22 %). La NUPES offre aux Verts et au PS de bien meilleures perspectives, en termes de sièges « gagnables », que n’en aurait offertes une campagne sans alliance nationale avec la FI, dès le premier tour.

Lors des négociations avec les Verts et le PS, la direction de la FI était donc en position de force pour les contraindre de signer des « accords » contenant plusieurs mesures clés de L’Avenir en commun. [1] Cependant, supposons que la NUPES remporte les élections législatives. La classe dirigeante s’opposera immédiatement, et très fermement, à la mise en œuvre de son programme. Elle exercera différents types de pressions, notamment économiques : chantage à l’emploi, fuite des capitaux, etc. De l’Elysée, Macron fera tout ce qui est en son pouvoir pour s’opposer aux réformes sociales du gouvernement. Enfin, la pression de la classe dirigeante trouvera de solides relais parmi les députés Verts et PS. Forts de leur poids dans la majorité parlementaire, ces derniers seront en position d’exiger de la FI qu’elle renonce à la mise en œuvre de son programme. Autrement dit, la pression de la bourgeoisie trouvera une expression directe dans cette composante de la majorité parlementaire.

Pour éviter la fracturation de cette majorité, et donc la chute du gouvernement, la FI serait poussée à réviser à la baisse ses objectifs programmatiques. Mais la pression de la bourgeoisie ne cesserait pas de s’exercer : elle exigerait sans cesse de nouvelles concessions, ce qui entraînerait la FI sur la trajectoire parcourue par Podemos, en Espagne, dans le cadre de sa participation au gouvernement du PSOE. A force de concessions programmatiques, Podemos a détruit une bonne partie du soutien qu’il avait conquis dans les couches les plus radicalisées de la jeunesse et de la classe ouvrière espagnoles.

On pourrait nous objecter que le PSOE, en Espagne, compte beaucoup plus de députés que Podemos, alors que la FI s’est réservée une large majorité des sièges « gagnables ». Mais cela ne règle pas le problème que nous soulevons, car en vertu de l’accord constitutif de la NUPES, il est absolument exclu que les députés de la FI soient majoritaires à l’Assemblée nationale, en juin prochain. Si la NUPES remporte les élections, la majorité parlementaire dépendra, mathématiquement, des députés du PS et des Verts. Or, une fois élus, ces derniers évoqueront des circonstances « impérieuses » pour remettre en cause le programme de la NUPES.

Nous ne sommes pas opposés à tout type d’accord de la FI avec le PS et les Verts. Par exemple, des accords de désistement, au deuxième tour, auraient pu être justifiés dans certains cas. Mais l’ampleur de l’accord constitutif de la NUPES place la FI dans une situation telle que, si elle dirige le prochain gouvernement, elle subira des pressions droitières venant d’une fraction décisive de sa propre majorité. C’est la raison fondamentale de notre opposition à cet accord.

Démobilisation

Ceci dit, une victoire de la NUPES est loin d’être évidente. Dans la masse de la jeunesse et du salariat, le PS et les Verts sont énormément discrédités. Il est vrai que des millions d’entre eux voteront quand même pour la NUPES, car celle-ci est dominée par la FI et reprend des mesures clés de son programme. Mais il est possible qu’une importante fraction de la jeunesse et du salariat s’abstienne – ou, comme à la présidentielle, vote pour le RN.

C’est l’autre problème que pose la NUPES : une alliance avec les Verts et le PS n’est pas de nature à mobiliser les millions d’exploités et d’opprimés qui, face aux trahisons successives de ces deux partis, se sont réfugiés dans l’abstention ou dans le vote RN. Par ailleurs, une fraction de l’électorat de Mélenchon à la présidentielle se démobilisera, pour les mêmes raisons. Compte tenu de la lamentable campagne présidentielle de Fabien Roussel, même la participation du PCF à la NUPES n’est pas de nature à susciter beaucoup d’enthousiasme dans l’électorat de Mélenchon.

Sur le terrain, on constate une certaine démobilisation des militants de la FI dans des circonscriptions qui ont été attribuées au PS, aux Verts et au PCF. C’était prévisible.

Electoralisme

Parmi les militants de la FI circule un argument « pragmatique » qui peut se formuler ainsi : « Certes, la NUPES ne suscite peut-être pas un enthousiasme général, en particulier dans les 220 circonscriptions réservées au PS, aux Verts et au PCF. Mais grâce à cet accord, la FI remportera davantage de sièges qu’elle n’en aurait gagnés à l’issue d’une campagne électorale menée sous son propre drapeau. Tactiquement, c’est bien joué ». Cela ne nous semble pas évident. Compte tenu des scores respectifs des composantes de la NUPES à l’élection présidentielle, une campagne radicale de la FI, sous son propre drapeau, aurait certainement obtenu de bons résultats.

Mais l’essentiel est ailleurs. Même si on le suppose exact, le calcul « pragmatique » en question pose problème : il subordonne entièrement la stratégie de la FI au seul et unique objectif d’obtenir un maximum de députés – à l’exclusion de toute autre considération. Or il y a bien d’autres considérations en jeu dans la lutte contre la droite et la classe dirigeante.

Premièrement, la NUPES affaiblit la FI sur le plan organisationnel : dans les circonscriptions réservées à ses partenaires, de nombreux militants jettent l’éponge. C’est d’autant plus regrettable que la FI a enregistré une vague d’adhésions significative avant et après le premier tour de la présidentielle.

Deuxièmement, la NUPES est un obstacle à la progression de la FI parmi les millions de travailleurs, de chômeurs et de pauvres qui, suite aux trahisons de la « vieille gauche », s’abstiennent ou votent pour le RN.

Enfin, la direction de la FI devrait expliquer la nécessité de préparer de grandes mobilisations sociales sous la forme de manifestations et de grèves, sans lesquelles aucune victoire de notre classe ne sera possible.

[1] Le plus significatif, à cet égard, ce n’est pas ce que les Verts et le PS ont accepté de signer ; c’est plutôt la résistance qu’ils ont opposée à certaines formulations de la FI. Par exemple, dans l’accord signé avec le PS, la « planification écologique » a été transformée en « démarche de planification ». Pour le dirigeant « socialiste » moyen, l’idée de « planification » évoque un monde infernal dans lequel l’économie de marché ne pourrait plus se déployer librement. La « démarche » vers l’enfer ouvre au moins la possibilité de faire demi-tour avant d’en franchir le seuil.

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Ces derniers semaines le monde sanitaire et des soins en France est bouleversé par la publication d’une enquête sur les conditions de vie des résidents en EPHAD (Etablissement d’hébergement pour personnes âgés dépendantes) [le terme qu’on utilise en France pour les maisons de repos] qui raconte aussi à quoi sont confrontées les travailleuses (dans le secteur du soin la plupart des salariés sont des travailleuses).

« Les conditions économiques avaient d’abord transformé la masse du pays en travailleurs. La domination du capital a créé à cette masse une situation commune, des intérêts communs. Ainsi cette masse est déjà une classe vis-à-vis du capital, mais pas encore pour elle-même. Dans la lutte… cette masse se réunit, elle se constitue en classe pour elle-même. Les intérêts qu’elle défend deviennent des intérêts de classe. » -Karl Marx, 1847

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