Tout est bon pour les dirigeants capitalistes pour essayer de resserrer les rangs autour de ce concept interclassiste qu'est la nation. On le savait. Mais si la FIFA se met à vendre ses services au plus offrant, alors les Mondiaux de foot deviennent de véritables entreprises de légitimation des politiques menées par les pouvoirs en place dans les pays qui l’organisent.

L’inflation n’est plus sous contrôle. Comme un tourbillon, les prix de l'énergie rongent les revenus et les économies des ménages. La forte hausse des prix de l'énergie se répercute sur tous les biens et toutes les activités économiques. Il n'y a pas d'échappatoire. Il y a douze mois, les gouvernements tentent encore de nous apaiser : l'inflation sera de courte durée et limitée, affirmaient-ils. On s'attendait aussi à ce que la pandémie se transforme en un nouveau rebond économique durable. Au lieu de cela, nous avons une guerre en Ukraine, une perturbation continue des chaînes d'approvisionnement internationales et une tempête inflationniste. Aujourd'hui, l'inflation est le sujet de discussion numéro un de la population et elle est "là pour rester". Jusqu'à récemment, l'inflation était un concept abstrait dans un manuel d’économie. L'ampleur et la rapidité de la perte de pouvoir d'achat qu'elle entraîne ont rarement été observées. Ce que nous vivons actuellement est la plus grande contraction des revenus de l'après-guerre. En d'autres termes, la plus forte baisse du pouvoir d'achat en temps de paix. Les plus pauvres des pauvres ne sont pas les seuls à se retrouver sur le grill social. Les personnes à faibles et moyens revenus sont particulièrement touchées. Les médias l'appellent à tort la « classe moyenne inférieure ». En fait, il s'agit souvent de familles avec deux revenus qui font partie de la classe travailleuse.

Insécurité sociale

Le stress et l'incertitude qu'elle engendre imprègnent cependant l'ensemble du tissu social. La conclusion du baromètre du pouvoir d'achat du quotidien Le Soir est irrévocable. « La perte de revenus est généralisée malgré l'index et les politiciens ne parviennent pas à protéger la classe moyenne inférieure ». Une famille à deux revenus avec deux enfants perd plus de 8 % de son pouvoir d'achat. Dans la vie quotidienne, cela entraîne des changements profonds dans le comportement des gens. Une étude a récemment constaté un changement dans les habitudes alimentaires. Les ventes de porc et de poulet (moins chers) augmentent donc au détriment d'autres viandes plus coûteuses. La mutuelle de santé socialiste Solidaris tire également la sonnette d'alarme : le nombre de dépressions a augmenté de moitié et une personne sur trois en souffre. Les couples ressentent également la pression : les relations s'effondrent en raison de l'insécurité et du stress accrus, selon les thérapeutes. Les CPAS croulent sous les demandes d'aide. « Aujourd'hui, on voit arriver au CPAS des ménages où Monsieur et Madame travaillent», témoigne un travailleur social. Les fonds supplémentaires ne suivent pas et les assistants sociaux ont exprimé une opposition massive à cette situation pénible. Dans les 19 communes bruxelloises, ils sont en lutte depuis de nombreuses semaines en exigeant d’urgence des moyens financiers pour leurs institutions.

Des profits obscènes

Mais tout le monde ne ressent pas la tempête inflationniste de la même manière. De gros, très gros profits sont empochés par les capitalistes de l'énergie et les géants de l'alimentation. La multinationale alimentaire Cargil, par exemple, a enregistré son plus gros bénéfice en 157 ans. TotalEnergies, le géant français de l'énergie, a doublé ses bénéfices en six mois à peine. Avec 10 milliards d'euros, l'entreprise se dirige vers une année de tous les records. Entre le deuxième trimestre de l'année dernière et le deuxième trimestre de cette année, les dividendes versés en Belgique ont augmenté de 25 %. Jamais auparavant il n'y a eu autant de milliardaires. Cette contradiction entre le passage successif, rapide et brutal d'une crise à une autre, d'une part, et l'accumulation obscène de profits, d'autre part, ne passe pas inaperçue. Elle provoque l'indignation et la colère.

De la peur à la colère collective

En tant que matérialistes, nous pensons que la conscience, en dernière analyse, est déterminée par des conditions matérielles concrètes. Marx l'a formulé comme suit : « c’est la vie qui détermine la conscience ». Cela s'applique non seulement à la conscience individuelle mais aussi à la psychologie des masses. En général, la conscience est conservatrice, très conservatrice. Elle est en retard sur les événements objectifs. Ce conservatisme « naturel » n'aime pas le changement, et encore moins les révolutions. Elle y résiste jusqu'à ce que la réalité objective s'impose irrévocablement. L'inertie dans la conscience de masse est une grande force.

Ainsi, Frederick Engels s'est plaint un jour à Marx : « Les masses sont sacrément sans vie après une si longue période de prospérité. Une pression chronique est nécessaire pendant un certain temps pour réchauffer la population. Le prolétariat sera alors mieux à même de frapper, avec une meilleure conscience de sa cause et avec une plus grande unité... » (Correspondance, 15 novembre 1857).

De grands chocs sont nécessaires pour sortir la conscience d'un long sommeil. Aujourd'hui, la classe travailleuse subit un bouleversement. Sa vision du monde est en train de changer. Un sentiment général de malaise s'est emparé de la population. Ce sentiment commence à se transformer en colère. Le Premier ministre, Alexander De Croo, a prévenu : « Nous courons un risque sérieux d'agitation sociale fondamentale » (Bloomberg, 8 septembre 2022).

Le Financial Times, porte-parole du capital international, analyse la situation comme suit : « La pression économique entraîne l'instabilité politique - et aujourd'hui, la pression économique est omniprésente ».

Personne ne peut nier aujourd'hui qu’il y a de l’électricité dans l'air. Nous ne savons pas quand la foudre va frapper. Mais tôt ou tard, nous connaîtrons une lourde décharge sociale. Au loin, on peut déjà entendre le tonnerre qui approche. C'est une particularité de la situation actuelle. Nous le voyons sous nos yeux dans les pays voisins, la France et la Grande-Bretagne. La Belgique ne va pas y échapper. La grève générale qui a eu lieu le 9 novembre en est une étape importante. Dans une telle situation, la demande de changement de l'ensemble du système va inévitablement croître.

La question n'est pas de savoir si une révolution est nécessaire. Le capitalisme est gravement malade et fait face à une impasse. D'une part, il ne produit plus que des crises, des guerres et de la misère - d'autre part, il génère de plus en plus de grèves, de protestations et de révoltes. Nous sommes entrés à échelle planétaire dans une période extrêmement turbulente - la période de la révolution mondiale !

La CNE, le syndicat ‘vert’ des employés, s’est décidée à faire de la journée du 9 novembre une grève générale. Jalil Bourhidane, permanent CNE Commerce à Bruxelles nous explique comment se prépare la grève sur le terrain. Il n’a aucun doute, la grève sera bien suivie dans le commerce.

Depuis près de six mois, le secrétaire général du syndicat Kurier (qui organise les coursiers de la livraison alimentaire), Kirill Ukrainstev, est en garde à vue. Il est accusé d’avoir organisé des évènements publics illégaux. En réalité, il est persécuté pour ses activités syndicales et pour avoir défendu les droits d’une des couches les plus défavorisées et les moins protégées de la classe ouvrière.

Certaines des idées et des pratiques du courant « opéraïste » italien refont surface aujourd’hui sur le terrain syndical au sein de groupes anarchistes et staliniens. Alessandro Giardiello, de la section italienne de la TMI (Sinistra Classe Rivoluzione), nous explique l’origine, les idées et l’impact du courant opéraïste dans les années 60 et 70.

Journée de formation et de discussion
Première session à 14h00 :
La guerre et l'impérialisme aujourd'hui
Deuxième session à 16h00 :
Une société alternative est-elle possible et pourquoi avons-nous besoin d'une révolution pour cela ?

Le mouvement de révolte des masses iraniennes dure depuis plus de quatre semaines et la répression déchaînée par le régime n’a eu pour effet que de pousser de nouvelles couches de la population dans la lutte. La jeunesse des rues et des universités a maintenant reçu le renfort de milliers de lycéens, de commerçants des bazars, mais aussi d’importants secteurs de la classe ouvrière. Une série de grèves a commencé dans le secteur pétrolier et pétrochimique, le cœur de l’économie iranienne.

En deux semaines, la grève des travailleurs des raffineries a fait nettement bondir la température sociale. Une fois de plus, les grévistes nous rappellent que pas une roue ne tourne, dans le pays, sans l’aimable permission de la classe ouvrière. A l’inverse, si les PDG et les grands actionnaires de Total et Exxon disparaissaient pendant 15 jours (et même davantage), cela passerait totalement inaperçu.

Le 13 septembre, une jeune femme kurde nommée Jîna Emînî était arrêtée à Téhéran par la « Police de la moralité », qui lui reprochait de porter son hijab d’une façon « incorrecte ». Après avoir battu son frère, ils ont torturé la jeune femme jusqu’à ce qu’elle perde connaissance. Après avoir été emmenée à l’hôpital, elle est finalement morte de ses blessures le 16 septembre.

Dans cet article, Alan Woods pose une question extrêmement pertinente pour les révolutionnaires : pourquoi, si le capitalisme est à l’agonie, ce système n’a-t-il pas encore été renversé ? En répondant à cette question, il explore les lois qui régissent les révolutions et le développement de la conscience, ainsi que le rôle décisif que joue le facteur subjectif de la direction révolutionnaire dans le processus historique.

Les manifestations en Iran, déclenchées par le meurtre d’une jeune femme kurde, Mahsa Amini, se sont maintenant étendues à au moins 140 villes dans toutes les provinces du pays. Elles se sont transformées en un soulèvement national, incomparable à tout autre mouvement précédent dans l’histoire de la République islamique. 

Avec le règne le plus long de l’histoire du Royaume-Uni, la reine Elizabeth II était une véritable relique héritée d’une période de stabilité révolue. Avec sa mort, c’est un nouveau pilier de l’establishment britannique qui s’effrite, en un signe avant-coureur des bouleversements révolutionnaires qui approchent.

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Cet article a été écrit le 28 juin.

Aux premières heures du vendredi 24 juin, des centaines de migrants ont tenté de traverser la frontière entre le Maroc et l’Espagne à Melilla. Ils ont été victimes d’une répression féroce de la part de la police espagnole et de la gendarmerie marocaine. A l’heure où nous écrivons, le bilan de cette tragique journée est, selon les ONG locales, de 37 morts et 76 blessés dont 13 graves. Cette catastrophe s’est produite à peine quelques mois après la signature d’un traité entre le gouvernement espagnol et la dictature marocaine.

La lutte des classes s’intensifie en Grande-Bretagne, où les cheminots sont en grève. La presse de caniveau crie à la « guerre de classe ». Et pour une fois, elle a raison. Voici la traduction d’un article publié par nos camarades de Socialist Appeal, la section britannique de la TMI.

Le 21 juin, les cheminots ont entamé la première des trois journées de grève planifiées cette semaine. A travers le pays, les gares ont fermé et les trains se sont arrêtés.

A Londres, les grévistes des chemins de fer ont été rejoints par des employés des transports publics, syndiqués à la RMT (« Rail, Maritime and Transport »), qui ont mis le métro à l’arrêt et paralysé la capitale.

Il s’agit de la plus grande grève des chemins de fer depuis des décennies. Elle s’annonce comme un grand combat pour l’ensemble du mouvement ouvrier. Les cheminots luttent pour défendre leurs emplois, leurs salaires et leurs conditions de travail.

Cette lutte pourrait bien être la première d’une série de grandes grèves, dans les mois à venir, car c’est l’ensemble de la classe ouvrière qui va devoir se battre pour protéger son niveau de vie face à l’inflation et aux coupes salariales.

Il est donc vital que les cheminots gagnent cette grève, car cela encouragerait toute la classe ouvrière.

Hystérie médiatique

Cette seule journée de grève a suffi à effrayer la classe dirigeante, qui a commencé à attaquer et diffamer le syndicat des cheminots. L’appareil médiatique du patronat a lancé une offensive féroce contre la RMT. Le syndicat a été qualifié d’« extrémiste », son secrétaire général Mick Lynch de « marxiste », et ses membres « surpayés » de victimes d’un « chantage » orchestré par leurs dirigeants pour « miner » le pays.

Il faut s’attendre à ce genre de mensonges et d’hystérie, dès lors que la classe ouvrière organisée passe à l’action et se bat pour ses propres intérêts.

Ceci dit, la presse à scandales a dit la vérité sur un point. Le Sun, torchon du milliardaire Murdoch, titrait ce matin : « C’est la guerre de classe ! », alertant sur la possibilité d’une vague de grèves durant l’été, à l’initiative d’autres secteurs de la classe ouvrière.

Mick Lynch a su se défendre face aux chiens de garde des capitalistes – qu’il s’agisse de journalistes sensationnalistes ou de députés conservateurs. Dans de nombreuses interventions médiatiques, le secrétaire général de la RMT a méthodiquement réfuté leurs inepties en mettant en avant les raisons réelles de la grève.

Malgré le déluge de propagande réactionnaire, un sondage récent a montré qu’une majorité de la population (58 %) soutient la grève. Alors que les patrons font tout pour diaboliser la RMT, les personnes interrogées par cette même enquête ont répondu que le gouvernement conservateur portait une plus forte responsabilité dans le déclenchement de la grève que le syndicat.

En effet, les revendications de la RMT – défense des emplois et hausse réelle des salaires – ont un écho certain parmi les travailleurs britanniques solidaires des grévistes, alors que l’inflation s’élève à 9,1 %, un chiffre inédit depuis quarante ans.

Le Parti « travailliste »

Dans sa quête de respectabilité, dirigeant du Parti travailliste, « Sir » Keir Starmer, a conseillé au groupe parlementaire de son parti de ne pas se rendre sur les piquets de grève de la RMT. Mais même cette attitude lamentable n’a même pas réussi à apaiser les capitalistes. Malgré les efforts de la direction travailliste pour tenir le parti à distance des grèves, les Conservateurs et la presse de droite ont continuellement essayé de lier les deux – alors même que la RMT n’est pas affiliée au Parti travailliste !

Le refus de Starmer de soutenir la grève a écœuré les travailleurs et les militants du mouvement ouvrier. Cependant, un certain nombre de députés travaillistes ont désobéi aux ordres de leur chef et sont allés sur les piquets de grève pour exprimer leur solidarité. Leur résistance est bienvenue. Le soutien aux travailleurs en lutte est le strict minimum attendu de n’importe quel élu « travailliste ».

Les piquets de grève

Les militants de Socialist Appeal ont aussi affiché leur solidarité avec les grévistes, hier, en se rendant sur des piquets de grève, d’un bout à l’autre du pays. Les grévistes nous ont raconté des anecdotes témoignant d’une culture de harcèlement et de racisme de la part de la direction de l’entreprise, qui affecte la santé mentale des travailleurs.

Des membres d’autres syndicats – dont la CWU, Unison, la NEU et Unite – sont aussi venus pour apporter leur soutien.

Nos camarades ont discuté avec des membres locaux de la RMT. Ces derniers ont souligné que les Conservateurs essayaient d’instrumentaliser leur opposition à cette grève pour attaquer l’ensemble du mouvement ouvrier. Mais la situation se retourne contre eux, car la plupart des travailleurs font face, eux aussi, à des attaques sur leurs salaires réels et leurs conditions de travail, si bien qu’ils soutiennent le mouvement de grève.

Un des grévistes a déclaré que la seule issue était de mobiliser l’ensemble du mouvement syndical, dans l’optique d’une grève générale pour renverser les Conservateurs.

Les camarades intervenant sur le piquet de grève de Liverpool Street ont interviewé le secrétaire des cheminots de Londres-Est, Walé Agunbiadé, qui a également évoqué la force du soutien public, ainsi que les inégalités croissantes.

Les militants londoniens de Socialist Appeal ont aussi rejoint le piquet de la gare de Kings Cross, pour y aider à distribuer des tracts de la RMT et parler de la grève avec les passants. Les camarades ont constaté une ambiance optimiste sur le piquet de grève. Sur la grande ligne de chemin de fer de la côte est [qui relie Londres à Edimbourg], seuls 30 % du service était assuré, alors que le patronat espérait qu’il tourne à 80 %. De nombreuses voitures ont klaxonné en solidarité avec les grévistes, tandis que les piétons saluaient le piquet en levant le pouce.

Nos camarades se sont également rendus sur le piquet de grève de Newcastle. Le soutien de la population locale y était évident. Un passant a déclaré : « Il était tant qu’on se lève face aux patrons, qui croient pouvoir s’en sortir en traitant leurs employés comme cela ! »

Un gréviste nous a dit : « Le soutien du public est important. Les gens comprennent que nous ne gagnons pas 41 000 livres par an [chiffre avancé par la droite]. Les attaques et les mensonges des Conservateurs ne les ont pas trompés. » Un autre gréviste a enchainé : « Pourquoi est-ce qu’on serait en grève si on gagnait plus de 40 000 livres par an ? Ils racontent vraiment des bêtises. »

A Leeds aussi le piquet de grève était d’une grande solidité. Les travailleurs parlaient de la sécurité comme de leur préoccupation majeure, avant même les salaires, car les coupes budgétaires conduisent à une augmentation des risques – et même à des morts.

Les membres de la RMT ont clairement compris le rôle de leur grève, comme première vague d’un tsunami d’actions militantes. Beaucoup d’entre eux ont exprimé l’idée qu’ils n’étaient pas seulement en grève pour eux-mêmes, mais pour l’ensemble de la classe ouvrière.

Nos camarades ont également soutenu des piquets de grève dans les villes de Sheffield, Norwich, Ipswich, Cardiff, Clacton-on-Sea, Cambridge, Morpeth, Acton, et bien d’autres, aux quatre coins du pays.

Un tournant décisif

Cette grève pourrait marquer un tournant décisif dans la lutte des classes en Grande-Bretagne. Tous les regards se tournent vers la RMT. Une victoire des grévistes stimulerait l’ensemble du mouvement syndical, qui a déjà gagné en dynamisme au cours de l’année passée, comme en témoigne la multiplication des grèves et des conflits dans différentes régions et branches d’industrie.

Ce fait est d’ailleurs reconnu par les Conservateurs. Le député Dominic Raab a déclaré que « nous [comprenez : la classe dirigeante] ne pouvons pas permettre aux syndicats de gagner cette bataille ». Il est donc vital que l’ensemble du mouvement ouvrier apporte son soutien à la RMT.

Une grève nationale des enseignants est déjà envisagée. Le syndicat NEU a averti le gouvernement qu’il s’en remettrait au vote de ses membres si la revendication de hausse des salaires n’était pas satisfaite.

Plus de 115 000 postiers du Royal Mail – organisés par la CWU – sont également prêts à voter une grève pour leurs salaires.

Le mouvement pourrait s’étendre aussi à la Fonction publique, aux tribunaux et à l’industrie des télécommunications. Il est hors de doute que des victoires de ces travailleurs inciteraient également les employés du système de santé et des administrations locales à se mobiliser à leur tour.

Les dirigeants syndicaux doivent fournir une stratégie de combat, en organisant une action coordonnée entre les différents mouvements – non seulement pour renforcer chacune de ces luttes et obtenir des victoires, mais aussi pour renverser ce gouvernement des milliardaires et des patrons.

Comme l’a correctement exprimé Nick Oung, membre de la RMT et militant de Socialist Appeal : « Plus grande sera notre grève, meilleure sera notre victoire ! »

Cet article a été écrit le 26 juin.

Le 13 juin, une grève a été lancée en Equateur par la Confédération des nationalités indigènes de l’Equateur (CONAIE). Celle-ci réclame notamment le blocage des prix du carburant, des biens de première nécessité, et la fin des politiques de privatisations. Ces demandes sont en contradiction directe avec les « recommandations » du Fonds Monétaire International, comme avec la politique du gouvernement de Guillermo Lasso.

Le Gouvernement Lasso

Lasso a été élu président il y a à peine plus d’un an, mais la situation politique du pays a déjà atteint un point de rupture. Dans un premier temps, Lasso s’est appuyé sur une majorité parlementaire de bric et de broc, grâce à une alliance avec le parti social-chrétien (droite) et à des accords avec les partisans de l’ancien président Rafael Correa (centre-gauche). Il a récemment renversé cet équilibre et tenté de former une alliance avec les centristes du Parti de la gauche démocratique et avec le parti indigène Pachakutik, qui est en quelque sorte l’aile parlementaire de la CONAIECes deux organisations ont été soumises à de fortes tensions internes après que leurs directions aient accepté cette proposition de Lasso. Malgré ces manœuvres parlementaires confuses, le gouvernement n’a pu faire passer qu’un seul projet de loi et le parlement est resté largement paralysé.

Dévasté par la pandémie et la crise économique, l’Equateur connaît un chômage très élevé, alors que Lasso avait promis que ses réformes libérales allaient multiplier les créations d’emplois. Malgré l’augmentation du salaire minimum durant la pandémie, la majorité des citoyens sont toujours en « situation d’insécurité économique ». De même, alors que la sécurité avait été un des axes principaux de la campagne électorale de Lasso, son bilan sur ce point n’est pas brillant : les chiffres de la criminalité sont toujours aussi effrayants, et le pays a été le théâtre de mutineries de prisonniers d’une violence sans précédent. Plusieurs centaines de prisonniers ont été massacrés par la police et les gardiens de prison depuis décembre 2020.

La seule réaction du président Lasso face à tous ces échecs fut d’en rejeter la responsabilité sur ses opposants politiques, mais aussi sur ses alliés ou anciens alliés, notamment le parti social-chrétien. En dehors de l’Assemblée nationale, le comportement de Lasso est identique : il accuse les dirigeants syndicaux et associatifs d’être des « conspirateurs » et les menace d’emprisonnement, tout en affirmant pourtant être partisan du « dialogue » !

Une mobilisation de masse

Le mouvement de grève lancé par la CONAIE s’articule autour d’une série de revendications économiques et politiques, parmi lesquelles figurent la réduction du prix du carburant, l’annulation des dettes des paysans auprès des banques publiques, le respect des libertés collectives, la fin des privatisations ou encore le contrôle des prix des biens de première nécessité.

Les cinq organisations indigènes à l’origine du mouvement ont voulu que celui-ci monte progressivement en puissance. Il a donc d’abord commencé en province, sous une forme très limitée, avant de s’étendre ces dernières semaines à l’ensemble du pays. Comme l’explique le président de la CONAIE, Leonidas Iza : « Après un an de dialogue durant lequel nous n’avons pas été écoutés, nous avons appelé à la mobilisation dans la rue non pas seulement des organisations, mais aussi des simples citoyens ».

L’appel à la grève générale a eu un grand écho parmi les indigènes, la jeunesse et les travailleurs, du fait des nombreuses attaques qu’ils ont subies ces dernières années. Dès son déclenchement, la grève a paralysé de larges parties du pays : de la côte jusqu’à l’Amazonie, en passant par les montagnes de la Cordillère. Dans plusieurs villes, notamment la capitale Quito, les étudiants ont aussi rejoint le mouvement en masse.

En réaction, le ministre de l’Intérieur, Patricio Carrillo, a lancé une campagne de calomnies pour réduire le mouvement à des « routes barrées, des puits de pétrole bloqués, des kidnappings de militaires et policiers, ainsi que des pillages ». De son côté, le président Lasso a traité les manifestants de « hooligans » qui voudraient provoquer le chaos. Ces mensonges avaient pour but de justifier la répression que le gouvernement a déclenchée contre la mobilisation.

Répression

Tôt dans la matinée du 14 juin, le lendemain de cette première journée de grève, la police équatorienne a annoncé sur Twitter avoir arrêté Leonidas Iza, le président de la CONAIE, car elle le soupçonnait d’avoir « commis des crimes », sans plus de précisions... L’avocat de Iza, Lenin Sarzosa, a affirmé que l’arrestation de son client était parfaitement illégale, car elle n’a été demandée par aucun juge, et n’a fait l’objet d’aucun rapport formel de la part de la police.

Loin d’affaiblir le mouvement, cette arrestation l’a au contraire poussé en avant. La CONAIE a immédiatement déclaré qu’elle « appelait les membres de notre organisation à radicaliser leurs méthodes, pour la liberté de notre dirigeant et la dignité de notre lutte ». Alors que l’on était toujours sans nouvelles d’Iza, des indigènes membres de l’organisation Jatarishum ont même fait prisonniers cinq policiers et les ont emmenés dans leur village !

Léonidas Iza a finalement été libéré sous caution le 15 juin, mais il reste sous le coup d’une menace d’arrestation immédiate s’il venait à nouveau à « enfreindre la loi ». Parallèlement, Lasso a lâché la bride aux forces de répression : six manifestants ont d’ores et déjà été tués et des centaines d’autres blessés. Le gouvernement espérait qu’en réprimant les manifestations et en faisant pression sur la direction de la CONAIE, il pourrait reprendre le contrôle de la situation.

Les choses ne sont pas si simples. Le déclenchement d’un nouveau soulèvement populaire en Equateur n’est pas le fruit de la seule volonté des dirigeants de la CONAIE, quand bien même celle-ci a joué un rôle important dans le mouvement. Ces manifestations sont une réponse à la dégradation continue des conditions de vie des masses. Elles expriment un rejet de la politique capitaliste du gouvernement Lasso et du FMI. Dans ces conditions, le gouvernement joue avec le feu, car la répression peut encore radicaliser davantage le mouvement, alors que celui-ci a déjà pris un caractère clairement insurrectionnel dans certaines régions.

Le 22 juin, dixième jour de la grève, des colonnes de manifestants venus de province ont atteint la capitale, après avoir défié l’état d’urgence instauré par Lasso et balayé les barrages de police qui se trouvaient sur leur chemin. A Ambato, capitale de la province de Tungurahua au sud de Quito, les manifestants ont repoussé la police et pris le contrôle des bâtiments gouvernementaux. Ils ont renommé le gouvernorat « maison du peuple ».

Plus le mouvement avance, plus la question du pouvoir semble se poser avec clarté. Cette situation a plongé le gouvernement et la classe dirigeante dans une profonde panique. Les partis d’opposition, bourgeois comme réformistes, sont terrifiés face à ce mouvement qui pourrait tout à fait les balayer en même temps que Lasso. Ils se sont donc lancés dans une tentative pour détourner le mouvement et le canaliser vers la voie plus sûre (pour eux) d’une destitution de Lasso par le parlement, sans succès pour l’instant. De son côté, Lasso a tenté de faire reculer le mouvement en faisant des concessions symboliques. Le 27 juin, il a ainsi annoncé une baisse du prix du carburant. Il n’est pas du tout certain que ces mesures réussissent à faire revenir la situation à la normale.

Perspectives pour le mouvement

La situation est aujourd’hui particulièrement favorable au mouvement : le gouvernement est placé sur la défensive et des divisions apparaissent au sein de la classe dirigeante. Pour autant, la victoire de la mobilisation n’est pas acquise. En 2019, un précédent mouvement contre l’austérité avait placé le gouvernement de Lenin Moreno le dos au mur. Mais ses dirigeants avaient accepté un accord de sortie de crise, qui avait permis à Moreno et la classe dirigeante de reprendre le contrôle de la situation. La CONAIE avait même ensuite conclu un « pacte » avec le gouvernement de Moreno, sans que celui ne tienne aucun de ses engagements. En 2021, lors des élections, des dirigeants de la CONAIE (parmi lesquels Leonidas Iza) ont commis une autre erreur en appelant à l’abstention plutôt que d’apporter un soutien critique au candidat du parti de centre-gauche de Correa. Cela avait facilité l’arrivée au pouvoir de Guillermo Lasso sur un programme encore plus réactionnaire que celui de Moreno.

Pour que le mouvement actuel soit victorieux, il est nécessaire de tirer les leçons de ces erreurs. La CONAIE appelle à un mouvement reconductible illimité. C’est tout à fait correct, mais cela ne suffira pas. Par ailleurs, les paysans indigènes jouent un rôle crucial dans la mobilisation, mais pour gagner, ils ont besoin de l’appui des travailleurs et de la jeunesse des centres urbains. La mobilisation doit donc se structurer de la façon la plus large et la plus démocratique possible, pour pouvoir intégrer dans la lutte tous les secteurs du salariat et de la paysannerie. En 2019, les « assemblées du peuple » ont été un pas dans cette direction. Il est nécessaire de les récréer partout où c’est possible, et de les structurer au niveau national pour doter le mouvement d’une direction démocratique et centralisée, qui n’hésitera pas à mener la mobilisation jusqu’à la victoire.

Face à la répression policière, il est nécessaire de défendre le mouvement. En 2019, une « Garde indigène » s’était constituée. Il faut la prendre pour modèle en l’élargissant pour constituer une véritable autodéfense ouvrière et paysanne. Des appels à la désobéissance doivent aussi être adressés aux soldats et aux policiers, pour tenter de diviser, voire de paralyser les forces de répression.

Enfin, le mouvement doit se doter d’un programme cohérent. Dans le contexte actuel de crise mondiale du capitalisme, encore plus intense dans un pays dominé par l’impérialisme comme l’est l’Equateur, il est exclu que le gouvernement fasse des concessions importantes et durables. Par contre, si le mouvement se développe et se renforce, il peut prendre un caractère révolutionnaire et faire tomber le gouvernement Lasso. La mobilisation doit se fixer comme objectif immédiat de renverser ce gouvernement au service des capitalistes et des impérialistes, pour placer les travailleurs au pouvoir et ainsi pouvoir mettre en place de véritables mesures de lutte contre la pauvreté et le chômage.

Avec 50,48 % des voix, Gustavo Petro et Francia Marquez ont remporté la course à l’élection présidentielle colombienne contre le démagogue de droite Rodolfo Hernandez. L’importance historique de la victoire de Petro, Marquez et du Pacto Histórico ne peut être sous-estimée. Gustavo Petro est devenu le premier président de gauche de l’histoire de la Colombie. Sa présidence représente un tournant dans la lutte des classes d’un pays où l’oligarchie capitaliste agit en bourreau en toute impunité.

N’oublions pas qu’il s’agit d’un pays dans lequel tous les candidats qui se sont directement opposés à l’oligarchie dans le passé ont été assassinés (Jorge Eliécer Gaitán, Jaime Pardo Leal, Bernardo Jaramillo, Carlos Pizarro, Luís Carlos Galán), et dans lequel la formation d’un parti de la gauche a été opposée par l’assassinat massif de ses militants (comme ce fut le cas pour l’Union patriotique, qui a vu 1163 de ses militants tués en huit ans, dont deux candidats à la présidence, 13 députés et 11 maires locaux). La victoire d’un parti de masse qui se considère comme étant de gauche est un événement sans précédent, qui reflète la profondeur de la crise que traverse le capitalisme colombien et international.

La victoire de Petro est une défaite pour l’uribisme et aura pour effet d’accroître la confiance des masses dans leur propre force. C’est ce que craint la classe dirigeante, c’est-à-dire que la présidence de Petro ouvre davantage les vannes de la lutte pour de meilleures conditions de vie et qu’elle devienne un torrent déchaîné qu’elle ne pourra pas contrôler.

Les leçons de 2018

La troisième tentative de Petro pour gagner la présidence a reflété une correction partielle des défauts qui ont défini sa campagne au second tour en 2018. Par exemple, le changement d’orientation vers la mobilisation des masses (par des efforts massifs pour transporter les électeurs abstentionnistes, la création de comités de témoins électoraux pour prévenir la fraude, etc.) sont des événements nouveaux qui apprendront à toute une couche de travailleurs, de jeunes et de paysans qu’ils ne peuvent pas compter uniquement sur les avantages de la démocratie bourgeoise pour gagner, mais qu’ils ne peuvent compter que sur leurs propres forces. 

Petro a redoublé d’efforts dans des régions perdues en 2018, comme la côte atlantique et l’Amazonie. Cependant, il faut dire que la manière dont il y est parvenu n’a pas seulement consisté à organiser des événements plus importants dans toutes les régions, mais aussi à compter sur le soutien des « caciques » locaux (chefs traditionnels liés à la politique traditionnelle) de chaque département pour mobiliser les votes. Les alliances avec des personnages douteux comme Zulema Jattin et William Montes, coordonnées par des personnalités comme Roy Barreras, Armando Benedetti et Alfonso Prada (des proches de l’ancien président Santos) sont des démonstrations du côté faible du petrisme.

Image : Gobierno de Colombia

En comparaison, Hernandez a obtenu 10,5 millions de voix, soit la quasi-totalité de sa propre base et celle de Federico « Fico » Gutierrez, le candidat de droite battu au premier tour, qui a totalisé 11 millions. Par conséquent, la différence entre les 8,5 millions de Petro au premier tour et les 11,2 millions qu’il a obtenus au second est principalement due à l’augmentation du taux de participation, qui est passé de 55% à 58%. Cela indique la tactique du Pacto Histórico tout au long de ce second tour, où il s’est concentré sur la recherche de ceux qui se sont abstenus de voter au premier tour, au lieu d’édulcorer le programme politique qui avait été convenu depuis le premier tour.

Or, il faut savoir que le programme politique du Pacto Histórico en 2022 est le résultat des modérations et atténuations que Petro avait déjà faites au second tour de 2018.

Une victoire historique

Cette victoire n’aurait tout simplement pas été possible sans la mobilisation de masse sans précédent de la grève nationale de 2021. Pendant ces trois mois, l’uribisme a été mis en échec et la classe dirigeante a vu la Primera Linea organisée par la jeunesse pour se défendre comme le signe avant-coureur de sa chute. La seule chose qui a alors sauvé le gouvernement d’Iván Duque a été le rôle des dirigeants syndicaux, qui ont démobilisé les travailleurs syndiqués et servi de freins au mouvement. Mais l’avertissement a fait réfléchir le secteur le plus intelligent de la bourgeoisie. Cet état d’esprit s’est reflété dans les déclarations d’Alejandro Gaviria au Financial Times de Londres : « Nous dormons au sommet d’un volcan. Il y a beaucoup d’insatisfaction. Il serait préférable d’avoir une explosion contrôlée avec Petro plutôt que de mettre le volcan en bouteille. Le pays réclame du changement. »

La signification historique de cette victoire vient aussi du fait que Petro a gagné grâce à la formation d’une coalition de tous les partis de gauche de masse du pays. Du Parti communiste colombien à Colombia Humana, Petro a formé une coalition de masse. Cependant, dans ses efforts pour conquérir la présidence, le Pacto Histórico a ouvert la porte aux partisans de l’ancien président Santos (qui était à l’origine ministre sous Uribe et est ensuite devenu président lui-même). C’est la contradiction qui définit le Pacto Histórico de Petro. Il s’agit d’un parti de masse dont la base veut lutter pour une amélioration substantielle de ses conditions de vie et pour des revendications historiques (telles que la réforme agraire et la réforme du système de santé), mais dont la direction est liée à ceux qui ont gagné leur fortune grâce à l’accumulation de terres et à la privatisation de la santé dans les années 90. 

Plusieurs épisodes au cours de la formation du Pacto Histórico ont reflété cette tension, du scandale de la liste fermée aux « Petrovideos » (vidéos dans lesquelles les dirigeants du Pacto Histórico discutent entre eux de la manière de gagner les votes des riches et même des entreprises financières comme Supergiros). Parallèlement, l’élection de Francia Márquez au poste de vice-présidente démontre le besoin de Petro d’offrir à la section la plus militante de sa base, qui souhaite un changement radical, une place de choix dans la coalition. Dès le début, Francia Márquez a clairement indiqué qu’elle n’avait pas l’intention d’avoir un rôle décoratif. En fait, sa tendance à parler ouvertement de ses divergences avec la direction a mis en question sa candidature pour la vice-présidence et a fini par faire fuir César Gaviria, le principal dirigeant du parti libéral.

Il est fort possible que Francia joue un rôle très important dans la lutte au sein du Pacto Histórico contre ceux qui décident que la défense des intérêts des patrons est plus importante que la réalisation des réformes qui les ont portés au pouvoir. Mais ce ne sera que dans la mesure où la base du Pacto Histórico répondra à la nécessité de rompre avec ces dirigeants et d’imposer des mesures de contrôle démocratique par la base (comme le principe de l’élection aux postes de direction et le droit de révocation) au sein de la coalition.

Les limites du « petrismo »

Les quatre années de la présidence de Petro seront marquées par la crise internationale du capitalisme et les ravages qu’elle a causés à l’économie colombienne. Dans un pays où la dette extérieure équivaut à 50% du PIB, où l’inflation a fait du peso colombien la monnaie la plus dévaluée au monde, et où le chômage est le plus élevé du continent (10% selon The Economist), il est clair que le gouvernement Petro sera mis à l’épreuve. 

Soyons clairs, le programme de Petro est réformiste. Son slogan est celui d’un capitalisme plus humain. Ce qui a valu à Petro la haine de la classe dirigeante est le fait qu’il a proposé des réformes qui, dans le contexte du capitalisme colombien arriéré, dominé par l’impérialisme, impliquent de grandes pertes pour les véritables propriétaires de l’économie colombienne: l’impérialisme américain et ses marionnettes dans l’oligarchie capitaliste.

Par exemple, sa proposition d’arrêter l’exploration pétrolière et minière (« dès le premier jour ») afin d’entamer une transition vers des sources d’énergie vertes est une attaque directe contre les profits d’une classe dirigeante dont le pétrole est la principale exportation. De même, sa proposition de créer un système public de retraite, dans un pays où 90% des travailleurs ne reçoivent pas une pension suffisante pour prendre leur retraite, a suscité l’intérêt des travailleurs et des paysans. En même temps, elle a été attaquée par l’oligarchie colombienne qui utilise l’argent des retraites pour investir et obtenir des gains personnels, sans que les retraités en profitent vraiment. 

Il faut dire que ces propositions ne sont pas celles d’un « communiste fou » prêt à exproprier et à nationaliser tous les secteurs de l’industrie. Ces propositions ne commencent pas à toucher aux sources du pouvoir de l’oligarchie colombienne. Sa proposition de réforme agraire commence par la perspective d’acheter les terres improductives des latifundistes lorsque ces derniers ne souhaitent pas exploiter leurs terres et refusent de payer leurs impôts (Programme du Pacto Histórico, p. 19).

Ces propositions, et leurs tentatives de conciliation avec la classe dirigeante, sont les points faibles d’un gouvernement Petro. Pour voir ce côté faible, nous n’avons pas besoin de regarder au-delà de son discours d’acceptation, dans lequel il invite l’opposition à gouverner avec lui et déclare « à ceux qui ont dit que nous allions détruire la propriété privée, je dirais la chose suivante: Nous allons développer le capitalisme colombien. Nous devons vaincre le féodalisme colombien ».

Nous devons préciser que le retard de la Colombie n’est pas le produit du « féodalisme ». En Colombie, il existe un « marché libre », un esclavage salarial et la propriété privée des moyens de production. Ce sont les caractéristiques du capitalisme. Mais le capitalisme colombien est défini par un développement inégal et combiné, où l’oligarchie des propriétaires terriens dépend de la concentration des terres et du soutien financier de l’impérialisme américain, ce qui la place dans une position de subordination par rapport à l’économie capitaliste mondiale.

L’économie colombienne en paie toutefois le prix, car elle est reléguée au rang d’exportatrice de matières premières, bloquée sur le plan manufacturier et dans sa capacité à importer des techniques. Autrement dit, le retard de l’économie colombienne profite à l’impérialisme américain. Il faut rejeter la perspective étapiste selon laquelle le développement économique de la Colombie devrait suivre certaines étapes nécessaires, le socialisme ne pouvant dans chaque pays individuellement qu’après avoir passé à travers l’étape du socialisme. L’important est de comprendre que l’économie mondiale est capitaliste, et que cela rend nécessaire la lutte pour le socialisme dans chaque pays. Le « capitalisme démocratique et productif » dont parle Petro n’existe pas et ne peut exister en Colombie à l’époque de la domination impérialiste.

L’assaut de la classe dirigeante

La réponse de la classe dirigeante à la victoire de Petro a été une acceptation assortie de conditions implicites. Tant Alvaro Uribe Velez que Rodolfo Hernández ont « accepté » la victoire de Petro. Mais ils l’ont fait en rappelant qu’ils ne sont prêts à accepter un gouvernement Petro que dans la mesure où il « respecte les institutions ».

Ils insistent sur la nécessité de parvenir à un « grand accord national » (langage que Petro a également adopté) et sur le fait qu’il doit gouverner « non seulement pour ceux qui ont voté pour lui, mais aussi pour ceux qui se sont opposés à lui ». En revanche, lorsqu’un candidat capitaliste de droite comme Duque gagne, ils disent qu’il a « le mandat pour appliquer son programme sans inquiétude ».

Ce qui motive leur acceptation de la victoire de Petro, c’est leur besoin d’éviter une nouvelle explosion sociale, dans laquelle la bourgeoisie colombienne, qui est consciente de la diminution de ses appuis, se sent peu sûre de maintenir son emprise sur le pouvoir. Mais plus encore, elle a une stratégie à long terme consistant à compter sur les institutions démocratiques bourgeoises pour détourner le mouvement derrière Petro vers les canaux les plus sûrs possibles afin de le défaire.

Il devra non seulement faire face à l’opposition des éléments les plus conservateurs du pays, qui disposent encore d’une grande partie des sièges législatifs, mais le gouvernement du Pacto Histórico devra également faire face au fait que, bien qu’il ait le plus grand nombre de sénateurs et le deuxième plus grand nombre de représentants, il est toujours minoritaire dans les deux chambres.

La classe dirigeante utilisera tous les moyens à sa disposition pour saboter toute mesure progressiste que le président démocratiquement élu osera prendre. Elle utilisera les médias pour mener une campagne sans précédent de calomnie et de diffamation, elle aura recours au sabotage de l’appareil d’État bourgeois, du système judiciaire et des forces armées. Nous verrons la menace d’une grève des investissements et d’une fuite des capitaux. La direction du Pacte dira alors qu’il faut modérer les réformes afin de les faire passer par « consensus ».

Notre réponse à ces conditions défavorables doit être une mobilisation de masse dans les rues pour faire pression sur les dirigeants de ces partis qui utilisent leur pouvoir pour arrêter le changement. Il n’y a rien de plus démocratique et de plus puissant que des travailleurs en mouvement et il est temps de le prouver.

La lutte continue

La victoire de Petro représente un grand soupir de soulagement pour ceux qui craignaient une victoire de Rodolfo Hernández et la poursuite des politiques d’austérité et de répression qui ont défini les quatre années d’Iván Duque. De plus, la victoire de Petro incarne aujourd’hui les aspirations de millions de Colombiens qui veulent mettre fin à l’arriération du pays. Sa victoire est un événement historique, et elle a été célébrée à juste titre comme telle dimanche soir par des dizaines de milliers de personnes dans tout le pays. Mais ce n’est qu’un premier pas. Il sera important pour les marxistes de surveiller attentivement les actions du gouvernement Petro.

Petro est à la croisée des chemins : il peut gouverner pour la masse des travailleurs qui l’ont élu, ou gouverner pour l’oligarchie. Dans la mesure où il met en œuvre des réformes qui améliorent la qualité de vie des masses, il s’attirera la haine des hommes d’affaires, des grands propriétaires terriens et de l’impérialisme américain. L’économie colombienne est tellement arriérée qu’il est impossible de redistribuer les profits sans les retirer à l’oligarchie. S’il hésite ou fait des concessions à l’oligarchie au nom de la conciliation des classes, il démoralisera sa propre base de soutien et préparera sa chute.

Tant que les moyens de production seront entre les mains de l’oligarchie, Petro ne pourra pas les contrôler et ne pourra donc jamais développer la capacité productive du pays. Le coût des investissements est trop élevé pour les patrons, qui ne s’intéressent qu’aux profits. Et toute dépense dans les infrastructures sociales ou les réformes signifierait que l’on retire de l’argent aux impérialistes de Washington.

La seule façon d’avancer est de rompre avec la logique du capitalisme. La jeunesse, la paysannerie et la classe ouvrière colombienne ne peuvent compter que sur leur propre force : celle qui a fait vaciller la classe dirigeante pendant trois mois en 2021 et mis fin à la réforme fiscale. Il est urgent de former une solution de rechange révolutionnaire qui puisse défendre ce programme lors des débats qui vont s’ouvrir dans les organisations de masse.

Tout pas en avant que le gouvernement fait devra être défendu dans la rue face à la résistance de la classe dirigeante. Chaque hésitation ou recul du gouvernement devra être combattu par la lutte de masse dans les rues.

La tâche des marxistes au cours des quatre prochaines années est claire : former un lien avec la section la plus avancée des masses qui descendront dans la rue pour s’organiser; offrir une tactique et une stratégie dans chaque combat qui peut nous faire gagner les réformes que cette présidence promet; augmenter la confiance de la classe ouvrière dans sa propre force; et gagner les meilleurs éléments du mouvement ouvrier. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons construire une véritable solution révolutionnaire capable de convertir la lutte pour les réformes en lutte pour le socialisme afin de mettre fin à l’oligarchie colombienne – une cabale de parasites dont le seul intérêt est d’accumuler toujours plus de richesses pour eux-mêmes et leurs amis à Washington.

La Cour suprême des États-Unis a invalidé l’arrêt Roe v. Wade qui, depuis 1973, protège constitutionnellement le droit des femmes à se faire avorter. Des dizaines d’États devraient annoncer des interdictions et des restrictions de l’avortement à des degrés divers dans les jours et les semaines à venir.

Cette attaque vicieuse contre un droit démocratique élémentaire, annoncée il y a plusieurs mois par une fuite d’un projet de décision, s’inscrit dans le cadre d’une « guerre culturelle » réactionnaire menée par une section particulièrement dégénérée de la classe dirigeante américaine. Elle cherche à exciter les couches les plus arriérées de la société américaine qui, en cette période de crise économique profonde, s’est fortement polarisée alors que la vie de millions de personnes devient insupportable.

Les démocrates se sont montrés totalement impuissants à résister à cette nouvelle dérive vers la barbarie, bien qu’ils contrôlent la Maison Blanche, le Congrès et le Sénat. La classe ouvrière doit maintenant passer à l’offensive pour défendre le droit des femmes à l’autonomie corporelle ainsi que toutes les libertés fondamentales conquises de haute lutte dans le passé.

Attiser la réaction

Comme annoncé par le projet de décision qui a fuité en mai dernier, ce nouveau jugement, rédigé par le juge de la Cour suprême Samuel Alito, soutient que puisque « la Constitution ne fait aucune référence à l’avortement […] aucun droit de ce type n’est implicitement protégé par une disposition constitutionnelle ».

Roe v. Wade a toujours été un bouclier fragile pour le droit d’accéder légalement aux avortements, car il ne repose pas sur la protection constitutionelle de l’autonomie corporelle ou des droits des femmes, mais sur la protection de la « vie privée » (c’est-à-dire que l’État n’a pas le droit de connaître les décisions d’une femme concernant sa santé reproductive).

Mais la question fondamentale ici ne concerne pas les subtilités juridiques. Le système juridique bourgeois n’est pas un arbitre neutre de la justice, mais d’abord et avant tout un appareil destiné à protéger les intérêts bourgeois. Et la Cour suprême actuelle s’est révélée représenter l’aile la plus arriérée, la plus myope et la plus brutale de la classe dirigeante américaine.

Cette section, qui s’est regroupée autour de l’ancien président Donald Trump, est désormais totalement dominante au sein du Parti républicain et s’acharne à faire appel aux préjugés les plus bas de la société (sexisme, racisme, homophobie, fondamentalisme religieux, etc.) pour animer sa base sociale et détourner l’attention des difficultés économiques et des troubles sociaux qui s’abattent sur le capitalisme américain.

Treize États (dont le Texas, le Missouri et la Louisiane) ont déjà mis en place des lois interdisant l’avortement, qui entreront immédiatement en vigueur dès l’annulation officielle de l’arrêt Roe v. Wade. Au total, on s’attend à ce que 26 États « rouges » déclarent de nouvelles restrictions au droit à l’avortement, dont la Floride, l’Alabama et l’Arizona.

Cela signifie que, dans plus de la moitié des États-Unis d’Amérique, au gré des caprices d’un organe non démocratique et non élu composé de neuf juges réactionnaires, des dizaines de millions de femmes seront privées d’accès à l’avortement légal d’un seul coup.

Une décision en faveur de la misère et de la mort

Bien sûr, cela n’empêchera pas les avortements de se produire, mais obligera simplement les femmes, en particulier les pauvres et les femmes de la classe ouvrière, à rechercher des avortements dangereux et illégaux.

L’avortement légal est une procédure relativement sécuritaire, avec un taux de mortalité d’environ 0,4 pour 100 000 aux États-Unis (selon une étude de 2018). 

Cela se compare favorablement au taux de mortalité maternelle lié à l’accouchement, qui est plus élevé aux États-Unis que dans toute autre nation industrialisée, soit 17 pour 100 000 naissances (et 37 pour 100 000 pour les femmes noires). Ce taux est à comparer aux trois décès ou moins pour 100 000 naissances enregistrés en Norvège, en Suède et en Nouvelle-Zélande.

Parallèlement, selon l’Organisation mondiale de la santé, les avortements illégaux ont un taux de mortalité moyen de 8%. Avec le tsunami d’interdictions d’avortement qui s’apprête à déferler sur les États du Sud en particulier, des millions de femmes seront contraintes de se tourner vers des avortements dangereux, insalubres et clandestins, ce qui fera monter en flèche le nombre de décès liés à l’avortement.

Les femmes pauvres et de la classe ouvrière qui ne souhaitent pas risquer leur vie dans une procédure aussi risquée mettront leurs enfants au monde dans une société écrasée par une crise croissante du coût de la vie. Alors que le président Joe Biden consacre des dizaines de milliards de dollars et des montagnes de matériel militaire à la guerre par procuration que les États-Unis mènent contre la Russie en Ukraine, des dizaines de millions d’Américains luttent pour leur survie.

L’inflation a atteint 8,6% en juin, engloutissant les chèques de paie et laissant les familles ouvrières dans l’incapacité de se procurer les produits de première nécessité.

Les prix des denrées alimentaires devraient augmenter de plus de 9% en 2022, tandis que le prix de l’essence a atteint en juin 5 dollars le gallon, un record en 40 ans. Par ailleurs, une pénurie de lait maternisé en mai a plongé d’innombrables parents dans un véritable cauchemar, et le coût de la garde d’enfants a augmenté de 5 à 15% cette année.

En bref, le coût pour se chauffer, aller reconduire ses enfants à l’école, se rendre au travail et nourrir ses enfants atteint des niveaux intolérables pour les parents de la classe ouvrière.

Combiné à une série de nouvelles restrictions draconiennes sur l’avortement légal, la conséquence inévitable sera que des millions d’Américains, et les femmes en particulier, seront poussés encore plus loin dans la pauvreté extrême. Cela signifiera également qu’une génération d’enfants sera élevée dans des conditions de grande précarité.

C’est le seul avenir que le capitalisme promet à la classe ouvrière du pays le plus riche du monde.

La passivité des démocrates 

Les politiciens républicains occupant divers postes dans l’État ont accueilli la décision de la Cour suprême avec joie. Le gouverneur du Mississippi, Tate Reeves, a salué une décision qui « aura comme conséquence directe que plus de coeurs battront, plus de poussettes circuleront, plus de bulletins de notes seront distribués, plus de matchs de petite ligue seront joués et plus de vies bien remplies seront vécues. C’est un jour joyeux! »

Pendant ce temps, l’ancien vice-président Mike Pence a déclaré : « Ayant reçu cette seconde chance pour la vie, nous ne devons pas nous reposer et ne devons pas relâcher nos efforts jusqu’à ce que le caractère sacré de la vie soit rétabli au centre de la loi américaine dans chaque État du pays. »

Pour leur part, les démocrates se sont lamentés et ont secoué la tête de désespoir. Dans un dégoûtant moment d’hypocrisie, même le sénateur particulièrement à droite et ouvertement anti-avortement de la Virginie-Occidentale, Joe Manchin, s’est dit « alarmé » et « déçu » par la décision de la Cour suprême.

La cheffe du groupe parlementaire démocrate, Nancy Pelosi, a vivement accusé « la Cour suprême contrôlée par les républicains » d’avoir atteint « l’objectif sombre et extrême » de son parti. 

« Les femmes américaines ont aujourd’hui moins de liberté que leurs mères », a-t-elle ajouté. « Cette décision cruelle est scandaleuse et déchirante. »

Quant à lui, le président Biden a précédemment fait des commentaires tièdes selon lesquels il s’opposait à la démarche « radicale » de renverser Roe v. Wade, et a souligné la nécessité d’élire « plus de sénateurs pro-choix et une majorité pro-choix à la Chambre pour adopter une loi qui codifie Roe v. Wade ».

Il s’agit du même Joe Biden qui avait déjà voté en faveur de l’annulation de l’arrêt Roe v. Wade, qu’il avait décrit en 1974 comme allant « trop loin », affirmant que les femmes ne devraient pas avoir le droit exclusif de décider de ce qu’il advient de leur corps. 

Il avait également soutenu l’amendement Hyde en 1981, interdisant l’utilisation de fonds fédéraux pour financer l’avortement (il n’est revenu sur cette décision qu’en 2019), et prête même son nom à l’amendement dit « Biden » qui a interdit l’utilisation de l’aide étrangère pour la recherche biomédicale liée à l’avortement.

Malgré toutes leurs prétentions à représenter une solution « progressiste » aux républicains, et toute la pression exercée sur les travailleurs et les jeunes américains pour qu’ils soutiennent Joe Biden, ce dinosaure de l’establishment, afin de battre le « fasciste » Trump, les démocrates ont à peine levé le petit doigt pour protéger les droits les plus fondamentaux des femmes.

Joe Biden a même résisté aux appels à prendre des mesures aussi élémentaires que de fournir des ressources aux femmes pour qu’elles puissent se rendre dans des États où l’avortement restera légal.

Comparez la résistance molle des démocrates à la décision de la Cour suprême avec leur détermination à faire en sorte qu’un flot d’armes parvienne à l’Ukraine, prolongeant un conflit brutal qui a des effets catastrophiques dans le monde entier, simplement pour servir les intérêts de l’impérialisme américain.

Comme nous l’avons dit à maintes reprises : il n’y a pas une once de contenu progressiste dans le Parti démocrate, qui est entièrement au service du capitalisme américain, et implacablement opposé aux intérêts des travailleurs, femmes et hommes.

Le problème ne concerne toutefois pas seulement les démocrates, mais l’ensemble de l’appareil d’État capitaliste aux États-Unis, qui contient plusieurs mécanismes extrêmement antidémocratiques, notamment le collège électoral et la Cour suprême. Comme l’ont écrit précédemment nos camarades américains du journal Socialist Revolution 

« Après des décennies à se soumettre aux règles du jeu, il devrait être clair comme de l’eau de roche que les règles du jeu sont truquées depuis le début. Le fait que même Roe risque d’être renversé devrait faire voler en éclats toute illusion sur la Cour suprême, la Constitution, les démocrates et toute la structure de la démocratie bourgeoise américaine. Ce sont les institutions d’une classe exploiteuse et oppressive dont les intérêts sont diamétralement opposés à ceux des travailleurs. C’est le résultat de la confiance dans la légalité bourgeoise au lieu de la lutte des classes. C’est le fruit de la politique du “moindre mal” et de la collaboration de classe. La réponse n’est pas de se battre pour un “moindre” mal pour la classe ouvrière, mais de mettre fin à tous les maux de la société de classe! La voie à suivre ne passe pas par la collaboration entre les classes, mais par l’indépendance de classe et la formation d’un parti ouvrier de masse. »

Il faut riposter!

L’invalidation de Roe v. Wade est un symptôme de la décadence sénile du capitalisme américain. Ses dirigeants sont désespérément divisés, et une grande partie de la classe dirigeante américaine cherche à mobiliser les bas-fonds de la société américaine dans sa quête étroite de pouvoir, même au prix d’un discrédit total des principales institutions de l’État.

Déjà, Trump se prépare à une campagne de réélection, qu’il a toutes les chances de remporter contre la piètre figure de Joe Biden, dont le taux d’approbation s’est effondré à seulement 36%.

Celui-ci a déçu même les faibles attentes qu’il a suscitées lors de l’élection de 2020, et Trump se prépare à surfer sur une vague de colère, de désespoir et de chauvinisme réactionnaire pour reconquérir la Maison Blanche, en ciblant les personnes de couleur, les personnes LGBT, les migrants et les femmes.

Le capitalisme est incapable de garantir ne serait-ce que les victoires et concessions de base obtenues par la lutte des classes dans le passé. Dans ces conditions de crise historique, seule la classe ouvrière, mobilisée par ses organisations de masse et prête à se battre, est capable de défendre les droits des femmes, ainsi que toutes ses conquêtes démocratiques. 

Au-delà de cela, ce n’est que par une lutte concertée pour abattre ce système infâme et établir une société socialiste que nous pourrons mettre fin aux conditions barbares auxquelles les travailleurs aux États-Unis et au-delà sont de plus en plus soumis.

Des manifestations d’urgence sont déjà organisées dans tout le pays. En lançant un assaut contre les droits des femmes, la Cour suprême risque de provoquer une opposition aux proportions énormes.

Nous devrions nous rappeler que l’accès à des avortements légaux a été l’un des accomplissements de la révolution russe de 1917. Et ce sera une nouvelle révolution socialiste, aux États-Unis et dans le monde entier, qui mettra fin à l’oppression une fois pour toutes, et assurera une existence décente et digne à l’humanité.

Comme nous l’avons écrit en mai dernier :

« La nouvelle de la position majoritaire de la Cour suprême est un signal d’alarme brutal pour tous les travailleurs. C’est la “nouvelle normalité” de la vie sous le capitalisme (en réalité, un retour à l’“ancienne normalité”) aggravée par les convulsions d’un système en phase terminale qui ne peut temporairement contrer sa chute qu’en reprenant tous les acquis gagnés par les luttes passées de la classe ouvrière. Alors oui, nous devons manifester, mais avant tout, nous devons nous préparer à la lutte des classes, à la guerre des classes et à la révolution socialiste. La route ne sera pas facile, mais il n’y a pas de plus grande cause – et pas d’autre solution. »

Voici un témoignage sur les difficultés que rencontrent encore aujourd'hui des femmes qui désirent avorter en Belgique.

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