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« Nous pensions que la paix était devenue l’état naturel de l’Europe »

Isabelle Davion, spécialiste d’histoire diplomatique et stratégique et maîtresse de conférences à Sorbonne Université (1)

L’invasion militaire russe de l’Ukraine a catapulté soudainement la question de la guerre au centre des préoccupations de millions de personnes. L’abomination des bombardements, des milliers de morts et de blessés civils et militaires, les traumatismes psychologiques, l’accélération de la course à l’armement et les millions de réfugiés provoquent une énorme commotion et anxiété dans la population. Jusqu’il y a peu, nombreux étaient ceux qui pensaient que la guerre était un fléau qui frappait surtout les pays « arriérés » et « lointains », en Afrique ou au Moyen Orient. Depuis la seconde guerre mondiale jusqu’à la guerre de Yougoslavie il y a 30 ans et surtout depuis un mois en Ukraine, la paix semblait acquise en Europe. Pour beaucoup d’européens il est difficile encore maintenant de comprendre l’analyse qu’avait fait le Comte Kropotkin quand il affirmait que « la guerre est l’état naturel de l’Europe ». Nous avons tous été éduqués en pensant le contraire. Dans l’Europe « civilisée », toutes les querelles entre pays pouvaient se résoudre de façon pacifique sans recourir à l’usage de la force et des armes. Les institutions internationales de tout type (les Nations Unies, l’Union européenne, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, le Groupe de Visegrad et autres) semblaient capables par le « dialogue » et le « compromis » de résoudre n’importe quel problème.

Mais la réalité est très différente. Le grand philosophe Héraclite le savait déjà quand il a écrit que : « La guerre est le père de toutes choses, de toutes le roi ». L’autre philosophe dialecticien, Hegel, va dans le même sens : « En fin de compte toutes les choses importantes se décident par la force », affirme-t-il.

Dans l’histoire de l’humanité et dans le capitalisme, la guerre n’est pas une aberration. L’usage de la force n’est pas une aberration. La question n’est pas que la « paix naturelle » entre les hommes soit interrompue par la guerre. On devrait plutôt dire que la paix interrompt des périodes de guerre. L’exception est la paix et non la guerre. Les relations entre les nations fonctionnent de la même manière que les relations entre les classes sociales. Les conflits entre nations sont aussi normaux que les conflits entre les classes sociales. La guerre fait partie de la nature du capitalisme.

« La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens »

Pourquoi y a-t-il des guerres ? Est-ce le propre de l’homme d’être guerrier ? Est-ce notre nature qui pousse aux conflits militaires ? Non, nous ne le croyons pas. Les raisons des conflits armés et violents sont matérielles et non psychologiques ou culturells. On ne peut considérer la guerre indépendamment des intérêts politiques, économiques et financiers. Les capitalistes font la guerre pour obtenir des bénéfices, pour conquérir des territoires, pour vendre plus de marchandises. Les rapports impérialistes, les rapports de domination d’une nation sur une autre font que la guerre est l’état « naturel »  du capitalisme. Attention, il faut éviter d’avoir une vision trop réductrice des motivations guerrières de la classe capitaliste. Il y a par exemple la question du prestige. Le prestige d’une nation joue un rôle de premier plan dans les relations internationales. Le conflit militaire en 1982, dans lequel se sont affrontées l’Argentine et la Grande Bretagne pour le contrôle des îles des Malouines est un bon exemple de l’importance du prestige. Certains ont prétendu que Londres voulait garder le contrôle de cet archipel car ses eaux regorgeaient de poissons ou de possibles gisements de pétrole. Rien de tout cela n’était vrai évidemment. L’empire déclinant de la Grande Bretagne ne pouvait pas se permettre l’occupation par l’armée argentine des rochers qu’il considérait « territoire national ». Son autorité sur la scène mondiale en souffrirait. Et avec la perte d’autorité vient la perte d’influence dans son ‘Commonwealth’, le résidu de son empire où le soleil ne se couchait jamais.

Le grand penseur de la guerre, le prussien von Clausewitz, comprenait que « la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens ». On pourrait ajouter à cela que la politique extérieure, c'est-à-dire la politique internationale qui établit des rapports avec d’autres nations, ne peut jamais vraiment différer de la politique intérieure. En tous cas dans son contenu de classe, la politique extérieure découle des mêmes intérêts capitalistes que la politique extérieure. La politique internationale d’un état national et de son gouvernement n’est pas contradictoire avec sa politique nationale. Ceci implique que le mouvement ouvrier et ses organisations s’il veut rester indépendant ne peut se rallier au nom de la défense de la Nation ou des valeurs « qui sont les nôtres », à la politique internationale de la classe capitaliste.

Quelle attitude avoir face aux guerres ?

Lénine nous est d’un grand secours pour répondre à cette question. Voici comment il ouvre son fameux texte sur le « Socialisme et la guerre » (2) :

« Les socialistes ont toujours condamné les guerres entre peuples comme une entreprise barbare et bestiale. Mais notre attitude à l'égard de la guerre est foncièrement différente de celle des pacifistes (partisans et propagandistes de la paix) bourgeois et des anarchistes. »

« Nous nous distinguons des premiers en ce sens que nous comprenons le lien inévitable qui rattache les guerres à la lutte des classes à l'intérieur du pays, que nous comprenons qu'il est impossible de supprimer les guerres sans supprimer les classes et sans instaurer le socialisme; et aussi en ce sens que nous reconnaissons parfaitement la légitimité, le caractère progressiste et la nécessité des guerres civiles, c’est à dire des guerres de la classe opprimée contre celle qui l'opprime, des esclaves contre les propriétaires d'esclaves, des paysans serfs contre les seigneurs terriens, des ouvriers salariés contre la bourgeoisie. »

« Nous autres, marxistes, différons des pacifistes aussi bien que des anarchistes en ce sens que nous reconnaissons la nécessité d'analyser historiquement (du point de vue du matérialisme dialectique de Marx) chaque guerre prise à part. L'histoire a connu maintes guerres qui, malgré les horreurs, les atrocités, les calamités et les souffrances qu'elles comportent inévitablement, furent progressives, c'est à dire utiles au développement de l'humanité en aidant à détruire des institutions particulièrement nuisibles et réactionnaires (par exemple, l’autocratie ou le servage) et les despotismes les plus barbares d'Europe (turc et russe). »

Il faut donc examiner les particularités de chaque guerre avant de déterminer notre attitude. La guerre de guérilla menée par les paysans pauvres au Nicaragua contre la dictature Somoziste dans les années 70 n’est pas la même que la guerre menée par les Etats-Unis contre le Vietnam. Et la résistance armée des vietnamiens contre l’invasion américaine a eu tout notre soutien. Il y a des guerres de libération et des guerres impérialistes. Il faut savoir faire cette importante distinction et ne pas avoir une attitude « absolue » face à la guerre ou la condamner sans égard quant à son contenu social et politique. Il y a donc des guerres progressistes et des guerres réactionnaires, des guerres que tout marxiste doit appuyer et d’autres que nous repoussons avec toute notre énergie.

Guerres progressistes et guerres réactionnaires

L’Europe, au 19ème siècle, a été le théâtre de plusieurs guerres de libération et d’unification nationale. Celles-ci étaient clairement progressistes car elles mettaient fin au morcellement féodal, à l’oppression nationale et créait des états nations. Face au féodalisme et à la classe aristocratique, l’avènement du capitalisme représentait une progression historique. C’est au sein de ces états nations que le capitalisme pouvait s’épanouir et que se développait une puissante classe ouvrière. Au 20ème siècle et en ce début du 21ème siècle les guerres sont surtout des guerres impérialistes, c'est-à-dire des guerres de rapine directement entre empires établies ou émergents ou par d’autres nations interposées. Ces dernières sont de plus en plus présentes. Ce sont des guerres « par procuration ». Derrière les groupes ou nations en conflit se cachent des puissances plus grandes. Celles-ci tirent les ficelles en marionnettiste cynique. Les petits états alors ne sont que des pions aux mains des plus grands états. Pour justifier leur soutien militaire et financier elles se drapent de grandes valeurs : le droit à l’autodétermination, la défense d’un petit pays contre l’appétit territorial d’un pays voisin, la défense de la démocratie, la préservation de la civilisation contre la barbarie etc. L’Etat nation, qui au 19ème siècle représentait une avancée sur l’échelle de l’histoire est aujourd’hui devenu un obstacle pour le développement de l’humanité.

Notre attitude face à la guerre n’est pas non plus déterminée par la question de savoir « qui a commencé ? ». Qui a tiré la première balle ou lancé le premier obus est totalement sans importance. Cette question fait partie de la propagande guerrière des parties en conflit.

La masse de la population de chaque pays déteste la guerre, mais pour la mobiliser malgré tout, chaque parti belligérant doit réussir à influencer l'opinion publique et à susciter l'enthousiasme pour la guerre. Il s'agit essentiellement de faire porter la responsabilité du déclenchement de la guerre au camp adverse.

La diplomatie et les médias bourgeois sont à cet égard les principaux outils de la classe dirigeante. Ils veillent régulièrement à ce que la première victime de toute guerre soit la vérité. Le mouvement ouvrier a pour mission de démasquer cette propagande de guerre et de dévoiler les véritables intérêts qui la sous-tendent. La question de savoir qui a tiré le premier coup de feu et qui a attaqué est évidemment importante en ce qui concerne la perception d'une guerre. On le voit très clairement dans la guerre actuelle en Ukraine, où une grande partie de la population est sincèrement indignée par l'invasion russe. Voltaire écrivait déjà : « La guerre offensive est la guerre d'un tyran ; mais celui qui se défend est dans son droit ». C'est toutefois une conception à courte vue de la question. On trouve toujours un prétexte pour une guerre s'il y a des intérêts sous-jacents à la mener. Celui qui a tiré le premier coup de feu ne répond pas à la question de savoir qui est l'agresseur et qui est le défenseur, ou même si les deux parties sont des agresseurs.

Par exemple, l'affirmation selon laquelle la raison de la Première Guerre mondiale est l'assassinat de l'héritier du trône autrichien n'explique rien. La monarchie austro-hongroise n'était pas une « victime » que la classe ouvrière aurait eu pour mission de défendre, et la prétendue libération de la Bosnie-Herzégovine n'était pas le véritable motif de la guerre du côté de la Triple-Entente adverse.

Pourtant, les partis sociaux-démocrates de presque tous les pays ont soutenu leur propre classe dirigeante et ont argumenté sur les raisons de cette guerre en fonction des prétextes avancés par le gouvernement de leur pays.

L'exemple de la guerre franco-allemande de 1870, à partir de laquelle Marx et Engels ont élaboré leur position sur la guerre, montre que la question de la « guerre d'agression » et de la « guerre de défense » est beaucoup plus complexe que la propagande de guerre présente. A l'époque, Bismarck voulait la guerre, car il voyait dans une victoire la clé de la formation de l'Etat national allemand sous la direction de la Prusse. Mais au lieu d'attaquer lui-même, il préférait, pour des raisons tactiques et malgré sa stratégie offensive, provoquer la France afin que Paris fasse le premier pas. Marx et Engels ont néanmoins évalué cette guerre indépendamment de la considération de savoir qui avait tiré le premier coup de feu ou qui avait envahi le pays adverse, mais en se basant sur des considérations historiques. Quelles seraient les conséquences objectives de la guerre ? Quel serait l'impact sur le développement de la classe ouvrière ? Et bien que les marxistes aient reconnu que, dans les conditions historiques concrètes, une victoire de la Prusse serait progressiste, avant même que Berlin ne transforme la « guerre défensive» en « guerre d'annexion » et ne s'empare de l'Alsace-Lorraine, ils s'opposèrent néanmoins au Parlement au soutien des crédits de guerre et refusèrent d'accorder leur confiance au gouvernement. August Bebel, dirigeant du parti social-démocrate allemand, l'a formulé ainsi :

« En tant que membres de l'Association Internationale des Travailleurs, qui combat tous les oppresseurs sans distinction de nationalité, qui cherche à unir tous les opprimés en une grande union fraternelle, nous ne pouvons pas nous déclarer directement ou indirectement pour la guerre actuelle ».

Comment empêcher les guerres ?

Voyant s’approcher la grande déflagration guerrière de 1914 à 1918, le mouvement ouvrier international s’interrogeait comment il allait pouvoir l’arrêter. Plusieurs congrès de la Deuxième Internationale ont débattu de cette question. Nombreux étaient ceux qui s’imaginaient que des accords internationaux de paix et de désarmement pouvaient y remédier. Leur explication consistait à dire qu’aussi bien la classe travailleuse que la bourgeoisie avaient un intérêt commun à préserver le monde d’une guerre imminente. Mais la première guerre mondiale qui allait éclater quelques années plus tard allait prouver le contraire. Les marxistes conséquents dans la Deuxième Internationale défendaient un autre point de vue. Rosa Luxemburg, leader de la gauche du parti social-démocrate allemand, critiquait les « amis de la paix » qui pensent que la paix mondiale et le désarmement peuvent être réalisés dans le cadre de l'ordre social actuel, alors qu'en réalité, cela ne serait possible qu'après une révolution socialiste mondiale réussie. Il en résulte également deux stratégies politiques opposées dans les mouvements anti-guerre. Le pacifisme aspire à des mesures prétendument « réalistes » pour endiguer le militarisme et tend à s'orienter vers la diplomatie des dirigeants et à y voir une issue au scénario de guerre.

Le fait que le pacifisme ne pose pas la question de classe lui permet d'exister tranquillement comme feuille de vigne de la gauche et d'être utilisé à mauvais escient sur le plan de la politique symbolique. Mais le mouvement ouvrier doit, selon Rosa Luxemburg, transformer toute illusion et combattre la diplomatie bourgeoise de la paix. Cette apologie de la « diplomatie de la paix » se retrouve dans les revendications du mouvement pacifiste belge et dans les propositions du PTB.

Le pacifisme trouve sa force motrice dans l'abomination la guerre. Mais il ne résout pas le problème, car il ne supprime pas la cause de la guerre, la logique du profit capitaliste et les contradictions impérialistes. Tôt ou tard, dans toute guerre, les gouvernements feront la paix. Mais celle-ci n'est qu'un répit qui laisse les contradictions sous-jacentes non résolues et ne constitue généralement que le point de départ de conflits futurs. Si les gouvernements bourgeois, comme la Grande-Bretagne avant la Seconde Guerre mondiale, en appellent à la « paix », c'est parce qu'ils ont plus à perdre qu'à gagner dans un conflit militaire ouvert ou qu'ils ne peuvent pas faire la guerre dans la situation concrète.

Lénine et Trotsky rejetaient également le mot d'ordre pacifiste de « désarmement » ou posaient la question de savoir qui devait être désarmé et à qui les armes devaient être retirées. L'objectif n'est pas un accord de désarmement entre les gouvernements des grandes puissances. Si l'on veut mettre fin aux guerres ou les empêcher, la classe ouvrière doit désarmer la classe dirigeante. Mais pour cela, il faudrait que la classe ouvrière s'arme et impose sa volonté à la bourgeoisie.

Au début du 20e siècle, la lutte contre le militarisme et la guerre impérialiste était une pierre angulaire du programme et de la pratique politique des partis ouvriers sociaux-démocrates. Si une guerre devait éclater, on répondrait par une grève générale et la tactique de la révolution prolétarienne. Le modèle était la Commune de Paris de 1871, qui a transformé la guerre entre les gouvernements en une guerre civile - plus concrètement, une guerre de la classe opprimée contre la classe dominante - d'où est né à Paris le premier Etat ouvrier de l'histoire. Lorsque la Première Guerre mondiale a éclaté en 1914, les manifestes anti-guerre ne valaient plus rien. Dans presque chaque pays, la bureaucratie social-démocrate du parti et des syndicats soutenait majoritairement sa propre bourgeoisie et sa dynastie dirigeante en proclamant la paix civile et en votant des crédits de guerre. Cela a conduit à l'effondrement de la Deuxième Internationale, et seule une petite minorité, restée fidèle à l'internationalisme, s'est opposée à la guerre : Lénine, Trotsky, Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht en tête. Pour les marxistes conséquents l’ennemi principal se trouvait …dans leur propre pays. C’est le slogan que met en avant le grand anti-militariste allemand, Karl Liebknecht.

Ce qui mit fin à la première guerre mondiale fut la révolution russe de 1917 et les mutineries massives dans la l’armée allemande forçant l’état major du Kaiser à déposer les armes. Les révolutions russes et allemandes sont les conséquences directes de la guerre.

Mais la Première Guerre mondiale n'a pas réussi à résoudre le conflit entre les puissances impérialistes. Après que la social-démocratie eut empêché la victoire de la révolution en Allemagne et en Autriche et qu'après des années de crise, le fascisme eut conquis le pouvoir, la voie était libre pour une nouvelle guerre mondiale. Cette fois-ci, l'impérialisme avait un caractère encore plus violent, qui s'est déchaîné sur l'humanité dans les horreurs de la Seconde Guerre mondiale.

La destruction massive des forces productives au cours de cette guerre mondiale, associée aux innovations technologiques de l'industrie de guerre, a jeté les bases d'une résolution temporaire des contradictions inter-impérialistes et d'un boom d'après-guerre qui a duré plusieurs décennies. Pour toute une époque historique, les contradictions du système capitaliste semblaient résolues. Le monde était désormais marqué par la « guerre froide » entre la nouvelle puissance hégémonique à l'Ouest, les États-Unis, d'une part, et l'Union soviétique, d'autre part. Les contradictions entre les puissances capitalistes persistaient, mais celles-ci passaient au second plan face à l'antagonisme entre deux systèmes économiques fondamentalement différents. Grâce à l' « équilibre de la terreur », avec un énorme arsenal nucléaire des deux côtés, une nouvelle guerre mondiale était exclue. A cela s'ajoutaient la lassitude de la classe ouvrière en Occident et la force des partis ouvriers en Europe.

Mais cette époque a été marquée par une série de mouvements de libération nationale, encouragés par l'existence de l'Union soviétique et de la Chine maoïste. De nombreux pays ont tenté de se libérer du joug impérialiste, y compris militairement si nécessaire. Certaines de ces guerres d'indépendance contre le pouvoir colonial français ou britannique ont commencé dès la Seconde Guerre mondiale. La bourgeoisie britannique, par exemple, se plaignait que cela aiderait Hitler et voyait dans ces mouvements révolutionnaires (par exemple en Inde) une « trahison ». Les marxistes britanniques, en revanche, soutenaient cette lutte pour l'indépendance parce qu'elle affaiblissait l'impérialisme britannique.

Sur ce point, il est évident qu'un pacifisme abstrait, qui rejette toute forme de violence pour des raisons morales, ne peut pas être la solution.

« De leurs épées ils feront des socs de charrue, et de leurs lances, des faucilles »

Le 20ème siècle est le plus meurtrier de l’histoire. 187 millions de personnes sont mortes dans les guerres du siècle précédent. Cela équivaut à 10% de la population mondiale de 1913. (3) Malgré la Convention de Genève, « codifiant » la guerre et autres traités sur le contrôle de l’armement et sur les crimes de guerre, la guerre moderne n’est pas moins meurtrière et dévastatrice. Toutes les tentatives pour « civiliser » la guerre se sont révélées vaines. Si pendant la première guerre mondiale « seulement » 5% des victimes étaient des civils, dans la seconde guerre mondiale cette part s’élève à 66%. Aujourd’hui au début du 21ème siècle les « non-combattants » représentent entre 80 et 90% des victimes. Tous les mécanismes du monde pour « réguler » les relations entre états capitalistes n’empêcheront pas les guerres et ne les rendront pas moins barbares. Les capitalistes eux-mêmes le savent très bien. Ils investissent d’ailleurs énormément dans l’armement. Comme nous l’avons écrit en début de cet article : la guerre est inhérente au capitalisme. C’est un important « régulateur » des rapports de forces entre nations. Il n’est plus question aujourd’hui de la soi-disant « dividende de paix » soulevée après l’implosion de l’Union Soviétique et la fin de la guerre froide. En ce moment, les dépenses militaires approchent les 2000 milliards (2000.000.000.000) de dollars à l’échelle mondiale. Il est vraiment difficile de concevoir cette somme astronomique. La guerre en Ukraine est l’excuse pour de nombreux états de renouer avec la course aux armements. En quelques semaines les gouvernements européens, canadiens et des Etats-Unis ont annoncé une forte hausse de leurs dépenses militaires (4). Fait notable, l’Allemagne double son budget de défense cette année ! Les dépenses militaires et l’industrie de l’armement représentent un énorme gaspillage du potentiel productif de la société. Imaginez-vous ce qu’on pourrait faire avec cette somme pour mettre fin aux fléaux de la faim et de la soif dans le monde, des maladies les plus courantes et pour garantir un enseignement de qualité aux jeunes de la planète. Il suffirait par exemple d’investir entre 39 à 50 milliards jusqu’à 2030 pour éradiquer la faim dans le monde (5). Cela représente 2,5% des dépenses militaires dans le monde. Mais ceci ne fait pas partie des priorités des capitalistes. Pour mettre fin aux guerres il faudra donc mettre fin à ce système mortifère. Rien ne peut nous détourner de cet horizon.

 
 
 

Ce texte est composé d’extraits de La Révolution trahie (1936), un livre de Léon Trotsky sur la dégénérescence stalinienne de la Révolution russe. Ci-dessous, Trotsky analyse les causes et conséquences de la contre-révolution stalinienne dans le domaine des droits des femmes.

La philosophie de Georg W. F. Hegel (1770-1831) a joué un rôle déterminant dans la genèse du socialisme scientifique. Ses deux fondateurs, Karl Marx et Friedrich Engels, ont commencé leur vie intellectuelle comme disciples de Hegel, dont ils ont assimilé et développé l’enseignement le plus précieux : la méthode de pensée dialectique. Et malgré tous les accomplissements ultérieurs de la philosophie marxiste, les écrits de Hegel figurent toujours parmi les sommets de la pensée dialectique.

Le capitalisme est en crise à l'échelle mondiale. La classe dirigeante attribue la crise au coronavirus. Mais ce virus ne fait que faire remonter à la surface les contradictions qui se sont accumulées depuis des décennies au sein du système capitaliste. Cela ouvre une nouvelle période historique de turbulences, d'instabilité et de lutte des classes intense.

Louis XIV aurait dit un jour : “L’Etat c’est moi’. Depuis le renversement des monarchies féodales, l’Etat a sensiblement changé sa représentation. Maintenant, nous sommes toutes et tous censés être l’Etat.

Le destin posthume du dirigeant communiste Antonio Gramsci (1891-1937) est un cas flagrant d’embaumement de la pensée politique d’un marxiste révolutionnaire. Très rares sont ceux qui le critiquent, y compris parmi les réformistes les plus acharnés. En Italie, à partir de la Deuxième Guerre mondiale, la bureaucratie stalinienne du Parti Communiste Italien (PCI) a utilisé Gramsci pour justifier chaque tournant à droite de sa politique, y compris le « Compromis historique », c’est-à-dire l’alliance du PCI avec la Démocratie Chrétienne, prônée à l’apogée de la lutte des classes des années 1970.

Les dernières années ont vu un renouveau de la lutte contre l’oppression des femmes à une échelle internationale. Des mouvements pour le droit à l’avortement en Irlande, en Argentine et en Pologne, la marche mondiale des femmes contre Trump, la grève féministe en Espagne : une nouvelle génération entre sur la scène politique et souhaite lutter contre les inégalités et la violence auxquelles les femmes restent confrontées. Ces jeunes veulent changer profondément la société, et cherchent les idées pour y arriver.

Parmi les arguments souvent avancés par les (ex-)staliniens et les réformistes contre le marxisme, il en est un qui occupe une place particulière : une « révolution mondiale » serait utopique car, nous dit-on, « la révolution ne peut pas éclater dans tous les pays en même temps » ! Un argument imparable ?

Des dirigeants de plusieurs partis de la « gauche radicale », notamment en Europe, se réclament d’un « populisme de gauche ». C’est le cas de dirigeants de Podemos, en Espagne, mais aussi de dirigeants de la France insoumise. En Belgique des dirigeants du PS comme Paul Magnette ou des syndicalistes de la FGTB y font référence. Parmi les intellectuels qui ont tenté de donner un fondement théorique au « populisme de gauche », Ernesto Laclau et Chantal Mouffe occupent une place centrale.

Nous publions ci-dessous de larges extraits d’un article publié récemment par nos camarades de Lucha de clases, section espagnole de la Tendance Marxiste Internationale. Il s’agit d’une analyse marxiste – et critique – des idées de Mouffe et de Laclau.

Aujourd’hui, c’est exactement le 170ème anniversaire de la publication du Manifeste Communiste. Rares sont les livres qui ont autant marqué l’histoire et le destin de l’humanité. A l’occasion de cet anniversaire nous republions un article d’Alan Woods rédigé lors des 150 ans du Manifeste.

Article écrit par nos camarades de la Tendance Marxiste Internationale au Québec.

Il y a 150 ans, Karl Marx, le fondateur du socialisme scientifique, publiait son opus magnumLe Capital. Cet ouvrage colossal représente l’aboutissement des recherches de Marx sur les mécanismes fondamentaux du système capitaliste. Cent cinquante ans après Le Capital, à l’heure où les économistes libéraux échouent lamentablement à comprendre comment le développement du capital a pu mener l’économie capitaliste au bord du gouffre, les idées de Marx – qui étaient perçues jusqu’à récemment par bien des « intellectuels » bien-pensants comme désuètes, archaïques – ressurgissent et montrent toute leur actualité.

La crise du capitalisme a ouvert une période de questionnement et de mouvements de masse tout autour du globe. Des Indignados espagnols aux manifestations à la place Syntagma en Grèce, en passant par Nuit Debout en France, la jeunesse se lève et tente de défier le système capitaliste. Nous avons également vu, au cours des dernières années, de nombreux mouvements de masse contre les multiples formes d’oppression que les différentes couches de la classe ouvrière subissent sous le capitalisme.

L’allocation universelle (AU) , un revenu de base inconditionnel offert aux citoyens, a fait sa place dans le discours économique des dernières années, trouvant des défenseurs autant au sein de la droite que de la gauche, qui y voient une solution aux symptômes et aux maux qui affligent le capitalisme frappé par la crise. Tradcution de l'article d''Adam Booth, Universal basic income: utopian dream or libertarian nightmare ?  (In Defence of Marxism).

Vous trouverez ici le document audio d'une présentation par Vincent R. Beaudoin, militant à La Riposte socialiste (section francophone-candienne de la TMI), consistant en une introduction à la théorie économique marxiste.

Cet article fut originalement publié le 12 mars 2014 sur le site web de nos camarades britanniques de la Fédération étudiante marxiste (Marxist Student Federation).

Les idées du féminisme ont traditionnellement trouvé un soutien dans les universités, et ces idées bénéficient actuellement d'un regain de popularité parmi les étudiant-es. À une époque où les idées du marxisme trouvent également un écho croissant dans le mouvement étudiant, quelle attitude les marxistes prennent-ils envers les différentes idées féministes? Jusqu'où ces écoles de pensée sont-elles compatibles? Quels sont les points de désaccord entre elles? Et qu'est-ce que cela signifie que de s'appeler une « féministe-marxiste » ?

La crise mondiale qui a éclaté en 2008 est un tournant de l’histoire, comme le fut la crise de 1929. Elle a et aura de conséquences colossales de différentes natures : sociales, politiques, diplomatiques, militaires – mais aussi idéologiques. A gauche, les eaux stagnantes des vieux programmes réformistes seront balayées par une radicalité nouvelle. Face au chaos du « libre marché », l’objectif de socialiser et planifier l’économie au profit du plus grand nombre occupera une place de plus en plus importante dans les débats du mouvement ouvrier. Ce processus idéologique adoptera différents rythmes et formes, suivant les pays. Mais partout il trouvera sa voie. Comme l’écrivait Victor Hugo : « Rien n’est plus puissant qu’une idée dont l’heure est venue ».

Le principe de l’égalité des sexes a finalement été inscrit dans la constitution belge en 2002, assez tardivement en comparaison des pays voisins. Malgré cela, discrimination salariale et sexisme sont toujours un lot quotidien pour la majorité des femmes. Comment mettre fin à l’oppression des femmes ?

Lors du Jeudi du Marxisme du 21 mai, Annick Hebrant a fait un exposé à propos de la justice de classe. Vous trouverez le lien vers l'enregistrement audio ci-dessous.

Ce texte, écrit en octobre 2014, est la préface à la nouvelle édition mexicaine de L'impérialisme, stade suprême du capitalisme (Lénine).

Les idées de Marx n’ont jamais été aussi pertinentes qu’aujourd’hui. C’est ce que prouve, à elle seule, la soif de théorie marxiste qui existe de nos jours. Dans cet article achevé en juin 2013, Alan Woods s’intéresse aux principales idées de Karl Marx et à leur pertinence face à la crise actuelle.