Le premier tour de la présidentielle française aura lieu dans moins de cinquante jours. Il s'agit certainement de l'élection la plus imprévisible de l'histoire de la Ve République. Nous publions ici l'éditorial de nos camarades français de Révolution sur la situation politique française.

Le dimanche 5 février, Jean-Luc Mélenchon, candidat aux présidentielles françaises 2017 pour la France Insoumise, a tenu une conférence publique à Lyon. Aux 12.000 personnes présentes à Lyon s’ajoutaient les 6.000 participant-e-s à la diffusion d’un hologramme dans la banlieue parisienne ainsi que 40.000 internautes suivant le live sur facebook (selon les organisateurs). Ces chiffres impressionnants font preuve d’un grand intérêt à l’égard d’un candidat qui souhaite « une Révolution citoyenne ». La Jeunesse Socialiste Genève et le courant marxiste l’étincelle étaient présents sur place.

La défaite de Manuel Valls à la primaire du PS a été célébrée, ou au moins appréciée, très au-delà des 1,2 million d’électeurs de Benoit Hamon. L’ex-Premier ministre est l’un des représentants les plus conséquents de la ligne droitière, pro-capitaliste, de la direction du Parti Socialiste. Lors de la primaire du PS de 2011, il fut très minoritaire : 5,6 % des suffrages. Malgré cela, le président Hollande lui confia d’abord le Ministère de l’Intérieur, puis Matignon. La logique de cette promotion était claire : face à la profonde crise du capitalisme, la classe dirigeante française exigeait de sévères contre-réformes – et donc, pour les mener, un chef du gouvernement doté d’une certaine poigne, d’un cynisme sans faille et d’un dévouement total à la cause du grand Capital. Bref, Manuel Valls.

La présidentielle de 2017 ne sera pas une élection normale précédée d’une campagne normale. Ces dernières décennies, ce scrutin consistait en général en un duel annoncé entre le candidat du PS et un candidat de la droite traditionnelle. Cette norme, cependant, a connu une première exception le 21 avril 2002, lorsque Jean-Marie Le Pen éliminait Lionel Jospin (PS) dès le premier tour.

Le 21 juillet dernier, l’Assemblée nationale adoptait la loi Travail. Ce jour-là, l’hémicycle était pratiquement désert – ultime pied de nez de la « démocratie » bourgeoise à la grande majorité de la population, qui rejette cette contre-réforme.

Un article écrit par nos camarades français, mais qui s'applique aussi bien sur la Belgique. Ici aussi, l'épouvantail du burkini est agité pour faire distraction. La N-VA veut l'interdire sur les plages et dans les piscines. En réalite ce parti et les autres partis de droite veulent cacher leur politique brutale d'austérité derrière le burkini. 

La loi Travail sera adoptée à l’Assemblée nationale d’ici le 22 juillet, après un ultime retour au Sénat. Le gouvernement « socialiste » a donc remporté cette bataille. Pour ce faire, il a eu recours à des niveaux de répression policière inédits dans l’histoire récente du pays, ainsi qu’à une violente campagne d’insultes et de stigmatisation visant les militants de la CGT engagés dans la lutte. Après avoir instrumentalisé les « casseurs » pour discréditer le mouvement, le gouvernement en a pris prétexte pour soumettre les dernières manifestations parisiennes à un filtrage et un encadrement policier massifs, entravant de facto le droit de manifester.

La lutte contre la loi Travail est entrée dans une nouvelle phase, une phase décisive. Le développement de grèves et blocages reconductibles, dans plusieurs secteurs clés de l’économie, a changé la dynamique du mouvement. Tout s’accélère. Après une série de « journées d’action », ces deux derniers mois, auxquelles le gouvernement a répondu par la violence policière et le 49-3, l’objectif immédiat du mouvement est désormais de paralyser l’économie. C’est sa seule chance de victoire.

Le 51e congrès de la CGT, qui s’est tenu à Marseille du 18 au 22 avril, marque une différence qualitative par rapport aux précédents congrès. Il s’est tenu au beau milieu de la lutte contre la loi Travail. Or la stratégie de la direction confédérale de la CGT, dans ce combat, a suscité de nombreuses critiques. Les militants ont en mémoire l’échec de la même stratégie – celle des « grandes journées d’action » – lors de la lutte contre la réforme des retraites, en 2010. Pour cette raison (et d’autres), les interventions des délégués étaient nettement plus critiques que lors des précédents congrès.

A la veille de la nouvelle journée d'action du 28 avril, le rejet de la loi Travail, dans la jeunesse et le salariat, n’est plus à démontrer. D’après les sondages, 70 % de la population s’oppose à cette loi réactionnaire. Le 31 mars, plus d’un million de personnes manifestaient pour exiger son retrait. Le soir même se tenait la première Nuit Debout. Les lycéens et étudiants sont descendus dans les rues à de nombreuses reprises, malgré les violences et provocations policières.

Dès leur lancement à Paris, le 31 mars dernier, les Nuits Debout ont connu un immense succès. Très vite, le mouvement a essaimé dans d’autres villes françaises.

Les résultats du premier tour des élections régionales confirment et accélèrent la dynamique électorale qui s’est déjà manifestée à l’occasion de tous les scrutins intermédiaires depuis 2012. Les attentats du 13 novembre ont évidemment aidé le FN à réaliser cette nouvelle percée. Mais tous les éléments étaient déjà réunis et poussaient dans cette direction. Le FN bénéficie de la crise du capitalisme, de la croissance ininterrompue du chômage, de la politique d’austérité du gouvernement « socialiste », du discrédit qui frappe le parti de Nicolas Sarkozy – et enfin de l’incapacité du Front de Gauche à s’unir et constituer une alternative crédible. L’ensemble de ces éléments explique aussi le très haut niveau de l’abstention, qui concerne un électeur sur deux.

La tragédie du 13 novembre, à Paris, marque une étape sinistre dans l’expansion des attaques revendiquées par l’Etat Islamiques (EI). Par leur ampleur, leur férocité et leur caractère aléatoire, les attentats de vendredi font davantage penser à Beyrouth ou Bagdad qu’à Londres ou Paris. Le Moyen-Orient est arrivé en Europe.

Les attentats qui ont frappé Paris ont suscité la révulsion et la colère de millions de jeunes et de travailleurs. Trois jours plus tard, ces sentiments sont loin de s’éteindre. La peur de nouveaux attentats est palpable. Elle est nourrie par l’incapacité manifeste des autorités à empêcher le carnage de vendredi soir, dix mois après l’attaque visant Charlie Hebdo. Ce week-end, les rues quasi désertes des grandes villes témoignaient de cette angoisse collective.

Le terrorisme réactionnaire du fondamentalisme islamique vient encore de frapper, faisant au moins 128 morts et 200 blessés (dont 100 dans un état grave) dans une attaque coordonnée sur différents sites de Paris. C’est un attentat complètement réactionnaire contre des gens ordinaires, dont de nombreux jeunes, profitant de leur soirée dans des restaurants, des salles de concert ou au Stade de France. Nous condamnons ce gang de meurtriers et nous exprimons notre solidarité avec le peuple de Paris.

"La classe dirigeante et le gouvernement « socialiste » profiteront de ces attentats et de l’émotion qu’ils suscitent pour détourner l’attention des travailleurs de la crise, de ses conséquences sociales désastreuses et de la politique réactionnaire qui est menée dans l’intérêt d’une poignée de grands patrons. C’est le sens des nombreux appels à « l’union nationale », qui doivent être fermement rejetés par les organisations de gauche de la jeunesse et des travailleurs."

Nous publions l'édito du dernier journal que la section française de la TMI. La lutte des travailleurs d'Air France y a bouleversé l'ambiance sociale, donnant une nouvelle vigueur à la combativité de la classe ouvrière.

En moins de 24 heures, l’image du DRH d’Air France et sa chemise déchirée a fait le tour du monde. Le patronat et le gouvernement s’en sont servi pour matraquer l’opinion publique et faire passer les travailleurs d’Air France pour des « voyous », selon l’expression du Premier ministre. Sarkozy en a rajouté et a déploré la « chienlit », terme employé par De Gaulle en mai 68. Le spectre de mai 68 ressurgirait-il dans l’esprit de la classe dirigeante ?

L’annonce, par la direction d’Air France, de 2900 suppressions de postes est tombée comme un coup de tonnerre sur les salariés de cette grande entreprise. Ces dix dernières années, ils ont déjà consenti de nombreux sacrifices en termes de rémunérations et de conditions de travail. De nombreux postes ont été supprimés : les effectifs de l’entreprise sont passés de 65 000 en 2004 à 52 500 à ce jour. L’exaspération de nombreux salariés atteint des sommets, comme le montre par exemple la vidéo ci-dessous.

Plusieurs millions de personnes ont participé aux manifestations de ce week-end, à Paris et dans de nombreuses villes du pays. Le gouvernement et toute la société officielle avaient appelé à y participer. Dimanche soir, Manuel Valls déclarait que le peuple s’était rassemblé « derrière le président » François Hollande. Or en réalité, la grande majorité des manifestants ne voulaient pas se rassembler derrière le président, dont la popularité, à la veille de l’attentat, était la plus basse enregistrée par un président de la Ve République. Elles voulaient exprimer leur colère, leur inquiétude, leur solidarité avec les victimes, leur refus du racisme et du fondamentalisme religieux, leur attachement à la liberté d’expression – et d’autres idées et sentiments complètement étrangers à la personne et à l’autorité de François Hollande.

L’attaque terroriste contre Charlie Hebdo a provoqué une immense vague d’émotion, de colère et d’indignation dans tout le pays. Le soir même, plus d’une centaine de milliers de personnes sont descendues dans les rues de nombreuses villes. La révulsion que suscite cet acte barbare se double d’une émotion liée à la personnalité des victimes, dont plusieurs étaient très célèbres et appréciées.

Les élections municipales et européennes ont été un échec pour le Front de Gauche, au regard de ses ambitions et de son potentiel. Les européennes ont accentué le tableau des municipales – et il est clair : entre 2009 et 2014, le FN progresse de 3,6 millions de voix, le Front de Gauche de seulement 130 000 voix.

Nous avons rencontré un jeune responsable syndical de l’Union Locale de la CGT du plus grand aéroport de France. L’Union Locale coordonne le travail de 200 ‘bases’ syndicales à l’aéroport. Au total plus de 700 entreprises sont actives sur le site regroupant 90.000 travailleurs.  

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