Une fois de plus, les résultats du deuxième tour d’une élection législative s’écartent très nettement des « projections » publiées par les sondeurs, en amont du scrutin. Aucun n’avait anticipé un aussi mauvais résultat pour LREM, qui manque la majorité absolue de 43 sièges. Et pour cause : aucun n’avait anticipé le résultat du RN, qui entre en force à l’Assemblée nationale (89 sièges). Les deux faits sont liés : face au RN, les candidats de LREM ont perdu beaucoup plus de duels que « prévu ». Mais la NUPES, elle aussi, en a perdu davantage qu’anticipé, face au RN.

Pour LREM, le premier tour des législatives était un net revers ; le deuxième est une défaite, voire une débâcle. Macron tablait sur une majorité absolue ou, a minima, sur une majorité relative suffisamment forte pour lui permettre de faire voter ses textes en s’appuyant sur une fraction des députés Républicains, qui sont divisés sur l’attitude à adopter à l’égard du gouvernement. Mais à 43 sièges de la majorité absolue, et avec seulement 64 députés Républicains ou UDI, les choses s’annoncent beaucoup plus compliquées pour le chef de l’Etat.

Dans les jours qui viennent, les tractations vont aller bon train, depuis l’Elysée, pour tenter de dégager un semblant de majorité parlementaire. D’éclatantes promotions seront proposées aux uns et aux autres. Reste à savoir quels députés Républicains (notamment) auront le cœur de s’embarquer dans la galère d’un gouvernement qui, dès sa formation, sera très fragilisé – non seulement à l’Assemblée nationale, mais aussi et surtout dans la masse de la population.

L’abstention s’élève à 53,8 %, auxquels s’ajoutent 3,5 % de votes blancs ou nuls. Seuls 42,7 % des inscrits ont voté pour l’un des candidats en lice. Autrement dit, si le gouvernement est minoritaire à l’Assemblée nationale, il l’est bien plus encore dans la population, et surtout dans la masse de la jeunesse et du salariat. En retour, la fragilité du gouvernement, à l’Assemblée nationale, aura pour effet d’encourager la jeunesse et les travailleurs à se mobiliser contre la politique réactionnaire de Macron. Du point de vue de la bourgeoisie française, qui a urgemment besoin de contre-réformes drastiques, c’est une très mauvaise nouvelle. Aussi exercera-t-elle de fortes pressions sur LREM et les Républicains pour qu’ils parviennent à constituer une sorte de majorité parlementaire. Mais la fracturation de l’Assemblée nationale, la soif de revanche des Républicains et le profond rejet de Macron, dans la masse de la population, sont tels que l’équation semble beaucoup plus compliquée que prévu.

Avec 142 députés, les résultats de la NUPES se situent dans la « tranche basse » des projections publiées par les sondeurs, la semaine dernière. Bien sûr, à la faveur de l’accord de premier tour entre la FI, le PS, les Verts et le PCF, cela se traduit tout de même par une forte progression en nombre de sièges, surtout pour la FI et les Verts. Du point de vue des luttes à venir contre la politique du gouvernement, la percée de la FI (84 sièges) peut être une très bonne nouvelle. Cependant, au regard des 7,7 millions de voix recueillies par Jean-Luc Mélenchon, le 10 avril dernier, le succès de la NUPES doit être relativisé.

Comme nous l’avons souligné en analysant son résultat en nombre de voix, la NUPES n’a pas suscité de dynamique électorale au premier tour. Force est de constater qu’elle n’en a pas suscité davantage au deuxième. Nous analyserons ultérieurement le détail de ses résultats, notamment en fonction des types de duels dans lesquels elle était engagée. Mais d’ores et déjà, deux faits majeurs sautent aux yeux. Premièrement, malgré les appels des dirigeants de la NUPES, dans l’entre-deux tours, les abstentionnistes du premier tour ne se sont pas mobilisés. Deuxièmement, nous l’avons dit : la NUPES perd un nombre significatif de ses duels face au RN.

Révolution a appelé à voter pour la NUPES, qui était la seule alternative à la droite et l’extrême droite. Mais nous avions prévenu que cette union de la FI avec des partis discrédités ne pouvait pas susciter d’enthousiasme dans les couches les plus exploitées et opprimées de la population. Par ailleurs, nous avions souligné que le soi-disant « front républicain contre le RN », dans l’entre-deux tours de la présidentielle, ne pouvait que renforcer le RN, au lieu de l’affaiblir. Les résultats des législatives le confirment. Dimanche, d’ailleurs, le soi-disant « front républicain » a volé en éclat. Ceci dit, au-delà de l’erreur du « front républicain », le succès du RN confirme une tendance lourde, qui ne date pas d’hier : la polarisation politique croissante – vers la gauche et vers la droite. Si cette polarisation s’exprime plus nettement vers la droite, aux législatives, c’est parce que la NUPES, dans sa composition même, n’était pas le véhicule idéal pour que la polarisation s’exprime clairement sur la gauche.

Un profond remaniement ministériel est à l’ordre du jour. Mais avant même de voir le jour, le prochain gouvernement est déjà en crise. Encore une fois, la jeunesse et les travailleurs verront dans cette faiblesse du pouvoir un encouragement à se mobiliser contre la politique réactionnaire qu’exige la bourgeoisie. Dans ce contexte, les dirigeants de la gauche et du mouvement syndical – en particulier ceux de la FI et de la CGT – font face à d’énormes responsabilités. Dès à présent, ils doivent préparer de grandes luttes sociales, non seulement pour faire obstacle à la politique réactionnaire du gouvernement Macron, mais aussi dans le but de précipiter sa chute et son remplacement par un gouvernement de gauche doté d’un programme de rupture avec le système capitaliste. Nous sommes conscients du fait que telle n’est pas, à ce jour, l’orientation des dirigeants de la FI et de la confédération de la CGT. Mais c’est l’orientation que Révolution défendra dans les mois qui viennent, car c’est la seule qui corresponde aux besoins objectifs de la jeunesse et du mouvement ouvrier, sur fond de profonde crise économique, sociale et environnementale.

Le premier tour des élections législatives a été marqué par un nouveau record de l’abstention lors de ce scrutin : 52,5 %, contre 51,3 % en 2017 et 42,8 % en 2012. Lorsqu’elle atteint un tel niveau, l’abstention devient l’élément le plus significatif du résultat.

La NUPES suscite l’adhésion de millions de jeunes et de travailleurs. Ils considèrent cette alliance électorale comme la seule possibilité de battre la droite aux élections législatives – ou, au minimum, comme un bon moyen de renforcer l’opposition de gauche au sein de la prochaine Assemblée nationale, et en particulier le groupe parlementaire de la FI.

Par ailleurs, les « accords » constitutifs de la NUPES reprennent plusieurs mesures clés du programme officiel de la FI (sur les retraites, le Smic, le blocage des prix, etc.) Sur ce plan, l’alliance apparaît donc aux électeurs de Mélenchon comme un prolongement direct du programme officiel de la FI, L’Avenir en commun. Ainsi, la NUPES n’ouvrirait pas seulement la perspective de battre la droite ; elle ouvrirait aussi, et surtout, la perspective d’un gouvernement de gauche qui – à la différence de celui de François Hollande (2012-2017) – engagerait une véritable politique de réformes sociales progressistes.

Révolution est évidemment favorable à la défaite de la droite et de l’extrême droite, les 12 et 19 juin prochains. Nous appelons nos lecteurs à voter pour les candidats de la NUPES. Cependant, cette alliance soulève un certain nombre de problèmes qui ne sont pas du tout secondaires.

Réformisme

En amont de l’élection présidentielle, Révolution a appelé à se mobiliser autour du candidat de la FI. Comme en 2017, notre soutien avait un caractère critique. Comme organisation marxiste, nous avons de nombreuses divergences avec les idées et le programme de la FI. Nous en avons donné un aperçu dans une brochure. Son argument central peut se résumer ainsi : un gouvernement de la FI serait immédiatement confronté à d’énormes pressions de la classe dirigeante française – et internationale – pour qu’il renonce à son programme de réformes sociales. Face à ces pressions colossales, un gouvernement de la FI ferait rapidement face à deux options : soit capituler, c’est-à-dire renoncer à la mise en œuvre de son programme (comme l’a fait Tsipras en Grèce, en 2015) – soit, au contraire, passer à l’offensive, c’est-à-dire engager une politique de rupture avec le système capitaliste en nationalisant tous les grands leviers de l’économie, sous le contrôle démocratique des salariés.

La carence majeure de L’Avenir en commun réside précisément dans le fait de ne pas tenir compte de cette alternative. Il ne vise pas la rupture avec le système capitaliste. Dès lors, un gouvernement de la FI serait vulnérable aux pressions – inévitables et implacables – de la classe dirigeante.

Ce qui vaut pour un gouvernement de la FI – appuyé sur une majorité de députés « insoumis » – vaut aussi, à plus forte raison, dans l’hypothèse d’un gouvernement de la NUPES, dont la majorité parlementaire serait composée non seulement de députés de la FI, mais également de députés du PS et d’EELV. En effet, si L’Avenir en commun n’envisage pas de rompre avec le capitalisme, les dirigeants du PS et des Verts l’envisagent encore moins. Le PS et les Verts représentent l’aile droite du réformisme : toute leur politique se déploie strictement – et fermement – dans les étroites limites du système capitaliste.

Olivier Faure, Julien Bayou et compagnie considèrent l’économie de marché et la grande propriété capitaliste comme d’implacables nécessités avec lesquelles il faut composer. Et comme la bourgeoisie exige des contre-réformes drastiques, sur fond de crise économique et de déclin du capitalisme français, les dirigeants des Verts et du PS n’osent pas proposer de sérieuses réformes progressistes. Leur véritable programme – celui qu’ils ont défendu pour l’élection présidentielle – est extrêmement modéré. Lorsqu’ils sont au pouvoir, ils abandonnent la plupart de leurs réformes archi-modérées et mènent une politique de contre-réformes, sous la dictée du Medef. Le gouvernement de François Hollande en fut une illustration limpide.

La fragilité de l’« accord »

Il est vrai que pour constituer la NUPES, les dirigeants des Verts et du PS ont dû signer des « accords » dont le contenu programmatique est plus à gauche que les programmes présidentiels de Jadot et Hidalgo. Cependant, l’unique raison de ce « virage à gauche » est évidente : sans la NUPES, le PS et les Verts auraient subi une déroute aux élections législatives, compte tenu de leurs scores respectifs à la présidentielle (1,7 % et 4,6 %) et du score de la FI (22 %). La NUPES offre aux Verts et au PS de bien meilleures perspectives, en termes de sièges « gagnables », que n’en aurait offertes une campagne sans alliance nationale avec la FI, dès le premier tour.

Lors des négociations avec les Verts et le PS, la direction de la FI était donc en position de force pour les contraindre de signer des « accords » contenant plusieurs mesures clés de L’Avenir en commun. [1] Cependant, supposons que la NUPES remporte les élections législatives. La classe dirigeante s’opposera immédiatement, et très fermement, à la mise en œuvre de son programme. Elle exercera différents types de pressions, notamment économiques : chantage à l’emploi, fuite des capitaux, etc. De l’Elysée, Macron fera tout ce qui est en son pouvoir pour s’opposer aux réformes sociales du gouvernement. Enfin, la pression de la classe dirigeante trouvera de solides relais parmi les députés Verts et PS. Forts de leur poids dans la majorité parlementaire, ces derniers seront en position d’exiger de la FI qu’elle renonce à la mise en œuvre de son programme. Autrement dit, la pression de la bourgeoisie trouvera une expression directe dans cette composante de la majorité parlementaire.

Pour éviter la fracturation de cette majorité, et donc la chute du gouvernement, la FI serait poussée à réviser à la baisse ses objectifs programmatiques. Mais la pression de la bourgeoisie ne cesserait pas de s’exercer : elle exigerait sans cesse de nouvelles concessions, ce qui entraînerait la FI sur la trajectoire parcourue par Podemos, en Espagne, dans le cadre de sa participation au gouvernement du PSOE. A force de concessions programmatiques, Podemos a détruit une bonne partie du soutien qu’il avait conquis dans les couches les plus radicalisées de la jeunesse et de la classe ouvrière espagnoles.

On pourrait nous objecter que le PSOE, en Espagne, compte beaucoup plus de députés que Podemos, alors que la FI s’est réservée une large majorité des sièges « gagnables ». Mais cela ne règle pas le problème que nous soulevons, car en vertu de l’accord constitutif de la NUPES, il est absolument exclu que les députés de la FI soient majoritaires à l’Assemblée nationale, en juin prochain. Si la NUPES remporte les élections, la majorité parlementaire dépendra, mathématiquement, des députés du PS et des Verts. Or, une fois élus, ces derniers évoqueront des circonstances « impérieuses » pour remettre en cause le programme de la NUPES.

Nous ne sommes pas opposés à tout type d’accord de la FI avec le PS et les Verts. Par exemple, des accords de désistement, au deuxième tour, auraient pu être justifiés dans certains cas. Mais l’ampleur de l’accord constitutif de la NUPES place la FI dans une situation telle que, si elle dirige le prochain gouvernement, elle subira des pressions droitières venant d’une fraction décisive de sa propre majorité. C’est la raison fondamentale de notre opposition à cet accord.

Démobilisation

Ceci dit, une victoire de la NUPES est loin d’être évidente. Dans la masse de la jeunesse et du salariat, le PS et les Verts sont énormément discrédités. Il est vrai que des millions d’entre eux voteront quand même pour la NUPES, car celle-ci est dominée par la FI et reprend des mesures clés de son programme. Mais il est possible qu’une importante fraction de la jeunesse et du salariat s’abstienne – ou, comme à la présidentielle, vote pour le RN.

C’est l’autre problème que pose la NUPES : une alliance avec les Verts et le PS n’est pas de nature à mobiliser les millions d’exploités et d’opprimés qui, face aux trahisons successives de ces deux partis, se sont réfugiés dans l’abstention ou dans le vote RN. Par ailleurs, une fraction de l’électorat de Mélenchon à la présidentielle se démobilisera, pour les mêmes raisons. Compte tenu de la lamentable campagne présidentielle de Fabien Roussel, même la participation du PCF à la NUPES n’est pas de nature à susciter beaucoup d’enthousiasme dans l’électorat de Mélenchon.

Sur le terrain, on constate une certaine démobilisation des militants de la FI dans des circonscriptions qui ont été attribuées au PS, aux Verts et au PCF. C’était prévisible.

Electoralisme

Parmi les militants de la FI circule un argument « pragmatique » qui peut se formuler ainsi : « Certes, la NUPES ne suscite peut-être pas un enthousiasme général, en particulier dans les 220 circonscriptions réservées au PS, aux Verts et au PCF. Mais grâce à cet accord, la FI remportera davantage de sièges qu’elle n’en aurait gagnés à l’issue d’une campagne électorale menée sous son propre drapeau. Tactiquement, c’est bien joué ». Cela ne nous semble pas évident. Compte tenu des scores respectifs des composantes de la NUPES à l’élection présidentielle, une campagne radicale de la FI, sous son propre drapeau, aurait certainement obtenu de bons résultats.

Mais l’essentiel est ailleurs. Même si on le suppose exact, le calcul « pragmatique » en question pose problème : il subordonne entièrement la stratégie de la FI au seul et unique objectif d’obtenir un maximum de députés – à l’exclusion de toute autre considération. Or il y a bien d’autres considérations en jeu dans la lutte contre la droite et la classe dirigeante.

Premièrement, la NUPES affaiblit la FI sur le plan organisationnel : dans les circonscriptions réservées à ses partenaires, de nombreux militants jettent l’éponge. C’est d’autant plus regrettable que la FI a enregistré une vague d’adhésions significative avant et après le premier tour de la présidentielle.

Deuxièmement, la NUPES est un obstacle à la progression de la FI parmi les millions de travailleurs, de chômeurs et de pauvres qui, suite aux trahisons de la « vieille gauche », s’abstiennent ou votent pour le RN.

Enfin, la direction de la FI devrait expliquer la nécessité de préparer de grandes mobilisations sociales sous la forme de manifestations et de grèves, sans lesquelles aucune victoire de notre classe ne sera possible.

[1] Le plus significatif, à cet égard, ce n’est pas ce que les Verts et le PS ont accepté de signer ; c’est plutôt la résistance qu’ils ont opposée à certaines formulations de la FI. Par exemple, dans l’accord signé avec le PS, la « planification écologique » a été transformée en « démarche de planification ». Pour le dirigeant « socialiste » moyen, l’idée de « planification » évoque un monde infernal dans lequel l’économie de marché ne pourrait plus se déployer librement. La « démarche » vers l’enfer ouvre au moins la possibilité de faire demi-tour avant d’en franchir le seuil.

À mesure que les résultats des élections présidentielles françaises étaient publiés, on pouvait sentir que les nerfs se calmaient dans les conseils d’administration des entreprises, non seulement en France, mais dans toute l’Europe et au-delà. Les messages de félicitations des présidents et des premiers ministres ont afflué. Comme le commente le Financial Times : « Les alliés européens et de l’OTAN de la France ont poussé un soupir de soulagement après la victoire très nette d’Emmanuel Macron sur son adversaire d’extrême droite Marine Le Pen lors du dernier tour de l’élection présidentielle dimanche. Le statut de la France en tant que pilier de l’UE et contributrice importante à l’OTAN dans son soutien à l’Ukraine contre la Russie a été assuré pour cinq années supplémentaires. »

Dans son discours de victoire, Emmanuel Macron a annoncé qu’il n’était plus « le candidat » mais le « président de tous les Français ». Comme cela doit sonner creux pour l’immense majorité des travailleurs et des jeunes français qui n’ont pas voté pour lui et le détestent ardemment! En 2017, il avait promis de « travailler pour tout le monde ». Par tout le monde, il entendait clairement tous les riches! Ses objectifs étaient de stimuler l’investissement et de construire un « nouveau modèle de croissance ». Concrètement, cela s’est traduit par des réductions massives des dépenses publiques, dont une partie a consisté à réduire le nombre de fonctionnaires par dizaines de milliers. Il s’est également donné le mandat d’accroître la « flexibilité » du marché du travail, c’est-à-dire d’attaquer les droits des travailleurs.

Il a mené des politiques qui ont frappé les travailleurs, parmi lesquelles un assaut constant et implacable contre les retraites, dans le but de forcer les travailleurs français à travailler plus longtemps avant de pouvoir prendre leur retraite. La haine ressentie à l’égard de cet agent du capital financier était telle que nous avons assisté à une expression massive et généralisée de colère, sous la forme du mouvement des Gilets Jaunes, moins d’un an après son arrivée au pouvoir la première fois.

La haine des institutions grandit

Les résultats de cette course à deux cachent en fait la véritable situation sur le terrain. Le véritable équilibre des forces en France s’est exprimé lors du premier tour, et il convient de se pencher sur ces résultats pour faire ressortir ce qui se passe réellement en France.

Ces résultats montrent que Macron a remporté un peu moins de 28% des suffrages exprimés. Mais 28% de l’électorat n’a pas pris la peine de voter, et si l’on ajoute les bulletins blancs et nuls, le chiffre atteint 34%. Nous avons ensuite assisté au plus haut niveau d’abstention pour le second tour d’une élection présidentielle depuis plus de 50 ans.

Par conséquent, le soutien actif réel de Macron (ce qu’il a reçu au premier tour) représente à peine 20% de l’électorat total de la France, ce qui confirme que la grande majorité des Français ne le considèrent pas du tout comme « leur président ».

Ce que nous avons vu au premier tour était précisément le contraire de ce que les médias essaient de nous vendre maintenant. Plutôt qu’une unité nationale, nous avons un processus clair de polarisation de la société à gauche et à droite, et une méfiance généralisée envers l’establishment. Plutôt qu’une stabilité sociale, cela indique une instabilité croissante, qui se révélera dans la période à venir.

Le fait est que le second tour aurait pu être très différent – il aurait pu s’agir d’un second tour entre la gauche et Macron. Seule une poignée de voix a fait pencher la balance en faveur de Le Pen. Elle a obtenu 23,2% des voix (à peine 16% de l’électorat total) et aurait pu être battue par Mélenchon, qui a obtenu 22% des voix, si la gauche avait présenté un seul candidat. Les votes combinés du Parti communiste et de deux petites formations de gauche (le Nouveau parti anticapitaliste et Lutte ouvrière) se sont élevés à 3,7%. Si ces derniers s’étaient retirés et avaient appelé leurs partisans à voter pour Mélenchon, Macron aurait peut-être tenu un discours très différent hier soir.

À droite, Le Pen a également crié victoire, et en effet, par rapport aux élections précédentes, elle a fait beaucoup mieux. Si l’on considère qu’en 2002, son père, Jean-Marie Le Pen, a perdu contre Chirac au second tour à 82% contre 18%, et que plus récemment, en 2017, Marine Le Pen a perdu contre Macron à 66% contre 34%, les 42% d’hier peuvent être considérés comme une grande amélioration. Cependant, ce résultat cache également ce qui se passe réellement.

Deux candidats bourgeois

En raison de l’échec de la gauche, l’électorat français s’est retrouvé avec deux candidats bourgeois, l’un étant le représentant détesté des riches, un soi-disant libéral, et l’autre une nationaliste raciste connue pour attiser ses discours anti-immigrants. L’ironie de la situation, bien sûr, est que Macron a lui-même mis en œuvre des politiques anti-immigrants. Lors de la campagne électorale de 2017, il a promis de renforcer le nombre de gardes-frontières, de rendre plus difficile l’obtention de la nationalité française pour les immigrants et de rapatrier immédiatement les demandeurs d’asile déboutés. Voilà pour l’homme de la France « raisonnable, décente, civilisée »!

Face à ce choix, beaucoup se sont abstenus ou ont voté en se bouchant le nez. En fait, plus de personnes se sont abstenues (13,6 millions) que de personnes ont voté pour Le Pen (13,3 millions). En outre, comme nous l’avons vu, plus de trois millions (8,5%) de personnes qui sont allées voter ont décidé d’annuler leur bulletin ou de voter blanc. 

Il faut aussi regarder de plus près ceux qui ont voté pour Le Pen. Parmi eux, il y a une couche qui a voté contre Macron, plutôt que pour Le Pen – de la même manière que beaucoup ont voté contre Le Pen, plutôt que pour Macron. Le Pen était consciente de cela et a mis l’accent de sa campagne électorale davantage sur les questions qui concernaient les travailleurs, comme le projet de Macron d’augmenter l’âge de la retraite à 65 ans et la crise du coût de la vie. Cela a dû trouver un écho auprès de nombreux électeurs français.

En fait, un sondage d’opinion IPSOS pour Le Parisien a révélé comment, parmi les personnes qui ont voté au second tour, Macron a gagné parmi les cadres et les professions libérales, ainsi que parmi ceux qui gagnent plus de 3000 euros par mois, tandis que Le Pen a remporté une majorité parmi les cols bleus et blancs, ainsi que parmi ceux qui gagnent moins de 1250 euros par mois. 

Ces électeurs auraient pu être gagnés par Mélenchon, mais n’auraient jamais voté pour Macron. Si Mélenchon avait présenté un programme plus combatif, et si la gauche avait présenté un front uni, qui peut douter qu’il aurait pu battre Macron au second tour?

Macron est de nouveau aux commandes, mais il doit affronter les élections législatives de juin, qui pourraient se dérouler très différemment pour lui. Là, le choix ne sera pas celui, peu appétissant, entre un libéral bourgeois ou une conservatrice bourgeoise de droite. Le résultat de ces élections déterminera la composition du gouvernement sur lequel Macron devra s’appuyer pour réaliser son « chamboulement sans précédent de l’État-providence français », comme le dit Reuters.

Normalement, le président nouvellement élu est capable d’obtenir une majorité au Parlement, car l’abstention est généralement plus forte parmi ceux qui n’ont pas voté pour lui lors des élections présidentielles. Mais compte tenu de la colère des 57% qui ont voté soit pour les candidats à sa droite, soit pour ceux à sa gauche, il n’est pas certain que Macron obtienne la solide majorité parlementaire dont il a besoin pour faire passer son programme draconien. Il pourrait se retrouver avec un parlement fragmenté, ce qui ajouterait à son manque évident d’autorité.

Les analystes de la classe dirigeante sont très inquiets. Macron était censé inaugurer une nouvelle ère de politique libérale. Mais en fait, il a détruit les partis traditionnels de droite et de gauche sur lesquels reposait la stabilité du système, et maintenant il a détruit sa propre crédibilité, disent-ils – ce qui rendra plus difficile sa tâche de faire passer progressivement l’âge de la retraite de 62 à 65 ans, ainsi que de mener à bien toutes ses autres politiques anti-ouvrières. 

La période la plus mouvementée de l’histoire de la France se prépare

Cela signifie que plutôt que la paix et la stabilité sociale, le second mandat de Macron déclenchera une vague de mécontentement encore plus grande que son premier mandat. Toute période de lune de miel immédiate sera très courte, si tant est qu’elle existe. En plus de la question des retraites, il y a le coût de la vie. L’inflation a atteint 4,5% en mars, le taux le plus élevé depuis 1985, et la hausse vertigineuse des prix du gaz, de l’électricité et du carburant frappe des millions de familles modestes à travers la France. En 2018, la hausse du prix du carburant a déclenché la rébellion des Gilets jaunes. Ce n’était qu’un avant-goût de ce qui nous attend dans la prochaine période. 

Mais que se passera-t-il sur le front électoral? Il est évident que le retour de Macron au pouvoir signifiera une nouvelle érosion de sa base électorale. Il préparera le terrain pour une polarisation encore plus forte de la société française, tant à gauche qu’à droite. Dans ces conditions, Le Pen pourrait même gagner la prochaine fois, ce qui poserait un sérieux problème à l’establishment français et européen. Le Pen au pouvoir pourrait devenir un élément déstabilisateur majeur au sein de l’Union européenne, cherchant à placer les intérêts nationaux français au-dessus de ceux de leurs partenaires européens.

Les bourgeois européens veulent poursuivre leur politique de démantèlement de l’État-providence dans tous les pays européens, de privatisation de ce qui reste de la propriété publique, de destruction des systèmes de santé afin de promouvoir les intérêts privés, et généralement de destruction du peu qui reste des conquêtes de la classe ouvrière, mais sans la lutte des classes et l’instabilité sociale que tout cela implique. Pour l’instant, leur homme est Macron.

Le Pen n’est pas l’amie de la classe ouvrière française, et si elle accédait au pouvoir, cela deviendrait tout à fait clair. Elle abandonnerait très rapidement toutes les promesses faites aux travailleurs français et appliquerait plus ou moins le même programme que Macron en matière de droits des travailleurs, de dépenses publiques et ainsi de suite, mais il serait parsemé de rhétorique raciste et de politiques anti-immigrants.

Lors de la récente campagne électorale, sentant l’humeur colérique de larges couches de travailleurs aujourd’hui, elle a déplacé sa propagande vers des questions telles que les retraites et l’inflation. L’un de ses slogans était « Rendre l’argent aux Français » et elle a promis de protéger les gens de l’inflation et de réduire les impôts. Bien sûr, elle a combiné cela avec du vitriol raciste contre les immigrants. Elle parle de contrôler davantage l’immigration, de « patriotisme économique », de protectionnisme « rationnel et raisonnable », de donner la priorité aux Français dans les logements sociaux et les emplois, et elle évoque l’idée de supprimer les allocations aux immigrés, ainsi que l’interdiction du voile en public. Son message aux Français est que les problèmes de la France sont dus à la présence de trop d’immigrés, et que par conséquent, pour défendre les intérêts des travailleurs français, il faut s’attaquer à ceux des immigrants. Son objectif est clairement de diviser les travailleurs français dans l’espoir de les affaiblir en tant que force.

Son nationalisme est également considéré par l’establishment comme une menace pour le capital européen. Ses appels à protéger l’industrie française, à placer la loi française au-dessus des lois de l’Union européenne, à se retirer du commandement central de l’OTAN, ont suscité l’inquiétude des commentateurs bourgeois sérieux et des gouvernements à travers l’Europe. La France est un acteur clé de l’Union européenne avec l’Allemagne, et voir la France s’engager dans une voie similaire à celle empruntée par Boris Johnson en Grande-Bretagne, et avant lui par Trump aux États-Unis, soulevait la perspective d’un éclatement de la cohésion au sommet de l’UE. C’est ce qu’ils craignaient d’une éventuelle victoire de Le Pen, mais ce danger n’a pas été éliminé, il a simplement été repoussé à plus tard.

Les tâches de la gauche française

La polarisation ne signifie cependant pas qu’une victoire de Le Pen est acquise aux prochaines élections présidentielles. Nous avons vu comment, aujourd’hui encore, la gauche en France aurait pu gagner. Elle va continuer à se renforcer dans la période à venir. Mais sa force ne découlera pas de quelque habile manœuvre électorale au sommet – même si un véritable front uni de toute la gauche serait un immense progrès. 

Il y a maintenant des discussions entre le Parti communiste et le NPA pour une stratégie commune avec la France insoumise de Mélenchon aux élections législatives. C’est une approche correcte, qui inquiète d’ailleurs le camp de Macron, qui voit bien la menace potentielle de la gauche. Cependant, on peut aussi se demander pourquoi ces deux petits partis n’ont pas soutenu Mélenchon au premier tour de l’élection présidentielle. Ces tentatives de rapprochement maintenant relèvent pour beaucoup de l’opportunisme, car les petits partis auront plus de mal à obtenir une représentation parlementaire s’ils font cavalier seul.

La force de la gauche viendra des mobilisations des travailleurs et de la jeunesse de France dans la période à venir. Bloquée sur le front électoral, la classe ouvrière française sera obligée de compter sur ses propres forces. Nous verrons des grèves et des manifestations dans les rues, voire des occupations d’usines à un moment donné. Nous verrons des mobilisations massives de la jeunesse dans les rues et sous la forme d’occupations d’universités.

Si Mélenchon adoptait un véritable programme socialiste, un programme de nationalisations sous contrôle ouvrier, d’expropriation des banques et des grands monopoles, il pourrait expliquer aux travailleurs et à la jeunesse française que les ressources pour réduire l’âge de la retraite, pour fournir des salaires décents à tous, pour fournir un logement à tous, pour fournir un système de santé public entièrement financé existent. 

Cela couperait court au racisme et à la xénophobie de Le Pen et rassemblerait tous les travailleurs de France dans un bloc uni pour transformer la société de la tête aux pieds. Cela convaincrait également les millions d’abstentionnistes de soutenir un tel programme. Et cela inspirerait les travailleurs de toute l’Europe qui sont confrontés aux mêmes problèmes que leurs frères et sœurs français.

Malheureusement, Mélenchon ne présente pas un tel programme. Il se limite à chercher des solutions dans les limites du capitalisme. S’il continue sur cette voie, il contribuera au renforcement de la droite.

Dans cette situation, notre tâche n’est ni de rire, ni de pleurer, mais de comprendre. Il est possible en France de construire un puissant mouvement de la classe ouvrière et de la jeunesse, et de changer radicalement la société. Mais cela dépend de la direction de la classe ouvrière qui, jusqu’à présent, a fait défaut. Les marxistes sont les seuls à avoir les réponses aux problèmes de la classe ouvrière. Mais ils sont trop peu nombreux. La prochaine période, cependant, offre un terrain très fertile sur lequel nos idées peuvent se développer, en particulier parmi les jeunes, mais aussi parmi les couches croissantes de la classe ouvrière. Notre tâche immédiate, par conséquent, est de renforcer les forces du marxisme authentique et de préparer le terrain pour l’émergence d’un puissant courant révolutionnaire parmi les travailleurs et la jeunesse de France. Il n’y a pas d’autre voie!

La réélection d’Emmanuel Macron marque une nouvelle étape de la crise de régime du capitalisme français. Au deuxième tour, compte tenu de l’abstention et des bulletins blancs ou nuls, Jupiter II n’a recueilli les suffrages que de 38,5 % des inscrits. C’est 5 % et 2 millions de voix de moins qu’en 2017. En outre, près d’une moitié de ses 18,8 millions d’électeurs n’ont absolument aucune confiance en lui. Au total, Macron l’emporte dans un océan d’amertume, de défiance et de haine – de cette haine sociale, de cette haine de classe dont les révolutions sont le fruit mûr.


Marine Le Pen est largement battue, mais recueille 2,7 millions de voix de plus qu’en 2017. La mécanique du « barrage contre l’extrême droite » atteint ses limites. Chacun a pu constater la vaste manœuvre qui consiste à « normaliser » le Rassemblement National, pendant des années, à l’inviter sur tous les plateaux de télévision, à relayer toutes ses idées réactionnaires – pour lui découvrir soudainement, entre les deux tours, de secrètes intentions dictatoriales, au regard desquelles nous sommes sommés de voter pour la Démocratie, pour la République, pour la Liberté, l’Egalité, la Fraternité : pour Emmanuel Macron.


Malheureusement, comme en 2017, cette mauvaise farce a reçu le soutien enthousiaste de la plupart des dirigeants de la gauche et du mouvement syndical, sous couvert de « front républicain » contre l’extrême droite. Celle-ci en sort battue dans les urnes, certes, mais politiquement renforcée.

Les élections législatives


D’ici les élections législatives des 12 et 19 juin, Macron s’efforcera de masquer l’ampleur de son programme réactionnaire. En 2017, il avait raflé une nette majorité de sièges à l’Assemblée nationale. Il est possible qu’il y parvienne à nouveau. Cela dépendra d’un certain nombre de facteurs, et en particulier de la plus ou moins grande mobilisation de l’électorat de gauche. En juin 2017, il s’était massivement démobilisé.


Jean-Luc Mélenchon annonce viser la victoire de l’Union Populaire « élargie », le 19 juin. Au cours des huit prochaines semaines, des dizaines de milliers de militants et de sympathisants de la France insoumise (FI) œuvreront dans ce sens. Révolution appelle à s’investir dans cette campagne pour faire élire un maximum de députés de la FI. Ceci dit, il faut regarder les choses en face : une victoire de l’Union Populaire suppose une très nette amplification de la dynamique qui a porté Mélenchon à 22 % des voix, le 10 avril dernier – soit l’exact contraire de ce qui s’est produit lors des législatives de 2017, marquées par une abstention record (51,3 %). Une victoire de l’Union Populaire semble donc peu probable. Par contre, il est tout à fait possible que la FI remporte des dizaines de sièges supplémentaires, ce qui renforcerait sa position dans les luttes à venir contre la politique réactionnaire du gouvernement.

Casse sociale et crise économique


Au soir de sa réélection, Macron formulait le premier mensonge éhonté de son nouveau mandat : « Cette ère nouvelle ne sera pas la continuité du quinquennat qui s’achève, mais l’invention collective d’une méthode refondée pour cinq années de mieux au service de notre pays, de notre jeunesse ». Cette déclaration vise à endormir l’électorat populaire au seuil des élections législatives. En réalité, Macron va poursuivre et intensifier la destruction de nos acquis sociaux. Toute sa politique restera subordonnée aux intérêts de cette poignée de capitalistes richissimes qui possèdent les grands leviers de l’économie.


Dans sa course aux profits, la classe dirigeante française exigera la destruction de l’assurance maladie, de l’assurance chômage et de notre système de retraites, la baisse du « coût du travail » (c’est-à-dire des salaires nets et des cotisations patronales), le « conditionnement » du RSA, le saccage de la Fonction publique, des coupes drastiques dans les dépenses sociales, la privatisation de tout ce qui peut s’avérer profitable – et, bien sûr, des dizaines de milliards d’euros de subventions aux entreprises pour « défendre leur compétitivité », lesquels dizaines de milliards iront directement gonfler les dividendes versés aux actionnaires des grands groupes capitalistes, chaque année.


Macron parviendra-t-il à mettre en œuvre cette politique ? Tout dépendra de la résistance que notre classe lui opposera. Une chose est sûre : cette fois-ci, le chef de l’Etat ne bénéficiera pas du moindre état de grâce. D’emblée, il fera face à une solide hostilité d’une large majorité de la jeunesse et du salariat, dont l’expérience a été enrichie par les luttes de ces cinq dernières années. Par ailleurs, Macron ne pourra absolument pas compter sur une situation économique favorable. La crise et son impact social alimenteront le brasier de la colère et de la révolte.


L’inflation, en particulier, sera un élément central de l’équation sociale. La plupart des économistes bourgeois sont contraints de reconnaître, désormais, que la hausse des prix n’est pas un phénomène passager. Elle s’installe et accélère. En mars, elle a atteint 8,5 % aux Etats-Unis (un record depuis décembre 1981), 7,5 % dans la zone euro (du jamais vu) et 4,5 % en France (un record depuis décembre 1985). L’augmentation des « prix à la production » – qui, à terme, se répercutent sur les prix des marchandises courantes – atteint des sommets, eux aussi : + 22,4 % en février, en France, ce qui est sans précédent. Les prix des matières premières – notamment alimentaires – flambent, ce qui menace de famine des dizaines de millions de personnes, à travers le monde, et pèse sur le pouvoir d’achat des ménages des pays les plus développés. Enfin, la chute de l’euro renchérit les biens importés.


Dans ce contexte, auquel s’ajoute la guerre en Ukraine, les perspectives de croissance ne cessent d’être révisées à la baisse, en France et ailleurs. La presse bourgeoise craint le retour d’un phénomène qui avait marqué les années 70 : la « stagflation », c’est-à-dire la combinaison d’une stagnation économique et d’une inflation élevée. Ces craintes sont d’autant plus justifiées que l’économie chinoise – l’un des principaux moteurs de la croissance mondiale – poursuit son ralentissement. L’économie française, qui accuse 113 % de dette publique et d’énormes déficits commerciaux, serait frappée de plein fouet par un tel scénario.

Un problème à régler


L’inflation stimulera les grèves pour des augmentations de salaire. De manière générale, la combinaison des effets sociaux de la crise et d’une politique de contre-réformes ouvrira une nouvelle phase – explosive – de la vie politique et sociale de notre pays.


Ceci dit, il faut voir les choses en face : les meilleurs alliés de Macron, ces cinq dernières années, furent les dirigeants officiels du mouvement ouvrier, et en particulier les dirigeants syndicaux. Ils ont été incapables de s’appuyer sur la colère croissante des masses pour organiser une lutte sérieuse contre la politique du gouvernement. Ils ont regardé passer le mouvement des Gilets jaunes comme les vaches regardent passer les trains. Ils nous ont baladés d’inutiles « journées d’action » en « journées d’action » inutiles, dans l’indifférence royale du gouvernement, qui n’a pas reculé et ne reculera jamais face à de simples « journées d’action », aussi massives soient-elles. S’il est une seule leçon à retenir des dernières mobilisations interprofessionnelles, c’est celle-là. Une conclusion en découle : pour faire échec au gouvernement, nous devrons préparer et organiser soigneusement, de longue main, un mouvement de grèves reconductibles embrassant un nombre croissant de secteurs clés de l’économie. Autrement dit, nous devrons paralyser le pays.


Nos ennemis de classe, Macron en tête, ont bien des défauts, mais une chose est sûre : ils sont fermement déterminés à placer tout le poids de la crise sur nos épaules. Malheureusement, les dirigeants officiels de notre classe sont loin d’être aussi déterminés à défendre nos droits et nos conditions de travail, sans parler d’engager une lutte décisive contre le capitalisme. La vérité, c’est qu’ils se sont adaptés à ce système. Ils n’imaginent pas un instant – même en rêve – qu’il puisse être remplacé par un autre système économique et social, dans lequel les travailleurs dirigeraient l’économie au profit du plus grand nombre. C’est le cœur du problème. Et tant que ce problème ne sera pas réglé, notre classe ne cessera de s’y heurter.

 Depuis le premier tour de l’élection présidentielle, les dirigeants de la plupart des syndicats et partis de gauche appellent à « faire barrage au Rassemblement National », le 24 avril prochain. Certains appellent explicitement à voter pour Macron. D’autres appellent à ne pas voter pour Le Pen. D’autres, enfin, appellent à « battre Le Pen ».

Le résultat du premier tour de l’élection présidentielle est conforme à ce que la Macronie souhaitait et préparait de longue date. En 2017, Macron recueillait 66 % des voix face à Le Pen, au deuxième tour. Des millions d’électeurs ayant voté Mélenchon ou Hamon, au premier tour, s’étaient mobilisés au deuxième pour « faire barrage à l’extrême droite ». Depuis cinq ans, le chef de l’Etat vise la répétition de ce scénario.

A six jours du premier tour de l’élection présidentielle, une chose est certaine : Jean-Luc Mélenchon est le seul candidat de gauche susceptible d’accéder au second tour. En quelques semaines, il est passé de 10 à 16 % des intentions de vote. Cependant, les mêmes sondages placent Marine Le Pen en deuxième position (derrière Macron), avec une avance sur Mélenchon qui varie de 4 à 6 points.

Lors de l’élection présidentielle d’avril 2017, les militants de Révolution – section française de la Tendance Marxiste Internationale – ont soutenu la candidature de Jean-Luc Mélenchon. Cinq ans plus tard, nous renouvelons ce soutien.

Le 17 octobre 1961, deux à trois cents Algériens et Français d’origine algérienne, qui manifestaient contre le couvre-feu que le Préfet de police Papon leur avait imposé, ont été tués et jetés dans la Seine par des policiers déchaînés.

 

Fin février, l’Assemblée nationale a adopté la loi « séparatisme » dans un vaste concert de provocations racistes et islamophobes. C’est bien le premier objectif de cette loi : nourrir le soi-disant « débat sur l’islam », qui vire immanquablement à la stigmatisation des musulmans. La bourgeoisie française et ses politiciens franchissent sans cesse de nouveaux seuils dans cette opération de diversion et de division de notre classe.

 

En France, un mouvement se mobilise depuis novembre contre la loi « Sécurité globale » du gouvernement d’Emmanuel Macron, qui vise à donner plus de pouvoir de répression à l’État. Cette loi, avec son fameux article 24, aurait notamment pour effet d’interdire de filmer les policiers. Il s’agit d’une tentative évidente de permettre aux forces de l’ordre d’agir en toute impunité, après de nombreux scandales de violences policières au cours des dernières années.

Les images du passage à tabac de Michel Zecler, le 21 novembre, et l’énorme succès des « marches des libertés », le samedi suivant, ont accentué la crise gouvernementale. Macron exprime publiquement sa « honte », exige une « police exemplaire » et nous fait savoir que l’Elysée a contacté Michel Zecler pour l’assurer de son amitié. Bref, le chef de l’Etat brasse un maximum d’air pour, dès que possible, passer à autre chose.

PaxMediterranea : « Paix méditerranéenne ». Tels sont les mots utilisés par Macron pour expliquer l’envoi de navires de guerre français en Méditerranée orientale. La Grèce, le « droit international » et « la paix » y seraient menacés par les provocations de la Turquie. Comme à chaque fois que les impérialistes agitent de grandes « valeurs » pour justifier leurs manœuvres, il est important de distinguer clairement les intérêts des capitalistes de ceux des travailleurs.

L’assassinat de Samuel Paty, vendredi dernier, a soulevé une vague d’indignation à travers le pays. C’est la première fois qu’un attentat de cette nature vise un enseignant. Le personnel de l’Education nationale est sous le choc, partagé entre le dégoût, l’angoisse et la colère.

Le dernier discours de Macron l’a confirmé : sa priorité n’est pas de sauver un maximum de vies humaines, mais de sauvegarder les profits des capitalistes. Ce qu’il a annoncé est uniquement motivé par la défense des intérêts matériels de la classe dirigeante. Le Medef s’en est d’ailleurs félicité.

A l’heure où nous écrivons ces lignes, l’issue de la lutte engagée le 5 décembre est incertaine. Le gouvernement affiche sa détermination à maintenir les éléments fondamentaux de sa « réforme » (en réalité, une contre-réforme). En face, les travailleurs mobilisés font preuve d’un courage et d’une combativité exemplaires.

Le 5 décembre peut marquer un tournant dans le développement de la lutte des classes en France. Depuis que des syndicats de la RATP et de la SNCF ont fait de cette journée le point de départ d’une grève reconductible, les appels syndicaux se multiplient, dans d’autres secteurs, pour rejoindre et renforcer ce mouvement, y compris sous la forme de grèves reconductibles.

Le 52e Congrès de la CGT se tiendra du 13 au 17 mai, dans un contexte qui met la confédération face à de grandes responsabilités. Crise du capitalisme, menace d’une nouvelle récession, offensives brutales du gouvernement contre la jeunesse et les salariés, impuissance des mobilisations syndicales à enrayer ces offensives, explosion sociale des Gilets jaunes : tout ceci appelle une discussion sérieuse, approfondie, puis des conclusions programmatiques et stratégiques offensives.

Malheureusement, le Document d’orientation présenté par la direction sortante, en amont du Congrès, n’est pas à la hauteur de cet objectif. Il est bien trop long, au regard de son contenu : 551 paragraphes, dont un grand nombre se contentent de décrire la régression sociale qui frappe la masse de la population. Or cette régression sociale, les militants de la CGT la connaissent déjà ; ils la subissent eux-mêmes. Ce qu’ils veulent surtout comprendre, c’est pourquoi la CGT va de défaite en défaite au niveau national, depuis plus de dix ans, et comment y remédier.

« Ce qui augmente le plus ce sont les accidents de travail et les divorces ! »

A l’heure où la France se révolte à travers le mouvement populaire des gilets jaunes, voici la répercussion des lois Travail, adoptées ces dernières années par de nombreux pays européens, sur la vie des travailleurs et de leur famille.

Le témoignage de Juan, ouvrier dans le domaine de l’événementiel, nous ouvre les yeux sur la dure réalité du monde du travail en France.

Le mouvement des gilets jaunes est un séisme social d’une puissance exceptionnelle. C’est un tournant majeur dans le cours de la lutte des classes en France – et une source d’inspiration pour les travailleurs du monde entier. Il aura un impact profond et durable sur la vie politique du pays.

Au lendemain du discours télévisé de Macron, son contenu est examiné à la loupe et débattu parmi tous ceux qui se sont mobilisés, ces dernières semaines. Verdict : « enfumage ». En particulier, « l’augmentation du SMIC de 100 euros » n’en est pas une : elle comprend la revalorisation automatique du SMIC prévue en janvier 2019 ; et pour le reste, elle consiste en une augmentation de la « prime d’activité », qui ne coûtera pas un centime au patronat – et ne sera pas prise en compte dans le calcul des droits à la retraite.

La situation sociale et politique, en France, évolue à une vitesse vertigineuse. En moins d’un mois, le développement du mouvement des gilets jaunes a placé le pays au seuil d’une crise révolutionnaire. Dans les jours qui viennent, ce seuil peut être franchi. Qu’est-ce qui en décidera ?

Depuis le 1er décembre, les journaux télévisés passent en boucle les images des affrontements qui ont embrasé Paris. Journalistes et politiciens se relayent, jour et nuit, pour « condamner les violences » – à l’exception notable des violences policières, qui ont fait au moins un mort, de nombreux blessés et visent sans cesse des rassemblements pacifiques. Les manifestations de lycéens sont brutalement dispersées. Lundi, les ambulanciers mobilisés ont subi le même sort. Pendant que la société officielle baigne l’Arc de Triomphe de ses larmes hypocrites, les grenades lacrymogènes et les coups de matraque pleuvent aux quatre coins du pays.

Le discours de Macron, mardi matin, était une longue, une interminable provocation. Alors que les gilets jaunes exigent, au minimum, des mesures immédiates contre la vie chère, le Président a surtout parlé de la situation du monde à l’horizon 2050. Il ne nous a épargné aucune considération de « méthode » et de « pédagogie ». Mais pas une seule mesure concrète n’a été annoncée. La modulation des taxes en fonction du cours du pétrole n’est pas une mesure concrète : c’est une hypothèse vague, non chiffrée et sans échéance.

La mobilisation des gilets jaunes marque une étape importante dans le développement de la lutte des classes en France. Sans parti, sans syndicat, sans organisation préexistante, des centaines de milliers de personnes ont participé à des actions de blocage, balayant d’un revers de main les pseudo-concessions et les menaces du gouvernement. Ils sont soutenus par une grande majorité de la population. 

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