La Cour suprême des États-Unis a invalidé l’arrêt Roe v. Wade qui, depuis 1973, protège constitutionnellement le droit des femmes à se faire avorter. Des dizaines d’États devraient annoncer des interdictions et des restrictions de l’avortement à des degrés divers dans les jours et les semaines à venir.

Cette attaque vicieuse contre un droit démocratique élémentaire, annoncée il y a plusieurs mois par une fuite d’un projet de décision, s’inscrit dans le cadre d’une « guerre culturelle » réactionnaire menée par une section particulièrement dégénérée de la classe dirigeante américaine. Elle cherche à exciter les couches les plus arriérées de la société américaine qui, en cette période de crise économique profonde, s’est fortement polarisée alors que la vie de millions de personnes devient insupportable.

Les démocrates se sont montrés totalement impuissants à résister à cette nouvelle dérive vers la barbarie, bien qu’ils contrôlent la Maison Blanche, le Congrès et le Sénat. La classe ouvrière doit maintenant passer à l’offensive pour défendre le droit des femmes à l’autonomie corporelle ainsi que toutes les libertés fondamentales conquises de haute lutte dans le passé.

Attiser la réaction

Comme annoncé par le projet de décision qui a fuité en mai dernier, ce nouveau jugement, rédigé par le juge de la Cour suprême Samuel Alito, soutient que puisque « la Constitution ne fait aucune référence à l’avortement […] aucun droit de ce type n’est implicitement protégé par une disposition constitutionnelle ».

Roe v. Wade a toujours été un bouclier fragile pour le droit d’accéder légalement aux avortements, car il ne repose pas sur la protection constitutionelle de l’autonomie corporelle ou des droits des femmes, mais sur la protection de la « vie privée » (c’est-à-dire que l’État n’a pas le droit de connaître les décisions d’une femme concernant sa santé reproductive).

Mais la question fondamentale ici ne concerne pas les subtilités juridiques. Le système juridique bourgeois n’est pas un arbitre neutre de la justice, mais d’abord et avant tout un appareil destiné à protéger les intérêts bourgeois. Et la Cour suprême actuelle s’est révélée représenter l’aile la plus arriérée, la plus myope et la plus brutale de la classe dirigeante américaine.

Cette section, qui s’est regroupée autour de l’ancien président Donald Trump, est désormais totalement dominante au sein du Parti républicain et s’acharne à faire appel aux préjugés les plus bas de la société (sexisme, racisme, homophobie, fondamentalisme religieux, etc.) pour animer sa base sociale et détourner l’attention des difficultés économiques et des troubles sociaux qui s’abattent sur le capitalisme américain.

Treize États (dont le Texas, le Missouri et la Louisiane) ont déjà mis en place des lois interdisant l’avortement, qui entreront immédiatement en vigueur dès l’annulation officielle de l’arrêt Roe v. Wade. Au total, on s’attend à ce que 26 États « rouges » déclarent de nouvelles restrictions au droit à l’avortement, dont la Floride, l’Alabama et l’Arizona.

Cela signifie que, dans plus de la moitié des États-Unis d’Amérique, au gré des caprices d’un organe non démocratique et non élu composé de neuf juges réactionnaires, des dizaines de millions de femmes seront privées d’accès à l’avortement légal d’un seul coup.

Une décision en faveur de la misère et de la mort

Bien sûr, cela n’empêchera pas les avortements de se produire, mais obligera simplement les femmes, en particulier les pauvres et les femmes de la classe ouvrière, à rechercher des avortements dangereux et illégaux.

L’avortement légal est une procédure relativement sécuritaire, avec un taux de mortalité d’environ 0,4 pour 100 000 aux États-Unis (selon une étude de 2018). 

Cela se compare favorablement au taux de mortalité maternelle lié à l’accouchement, qui est plus élevé aux États-Unis que dans toute autre nation industrialisée, soit 17 pour 100 000 naissances (et 37 pour 100 000 pour les femmes noires). Ce taux est à comparer aux trois décès ou moins pour 100 000 naissances enregistrés en Norvège, en Suède et en Nouvelle-Zélande.

Parallèlement, selon l’Organisation mondiale de la santé, les avortements illégaux ont un taux de mortalité moyen de 8%. Avec le tsunami d’interdictions d’avortement qui s’apprête à déferler sur les États du Sud en particulier, des millions de femmes seront contraintes de se tourner vers des avortements dangereux, insalubres et clandestins, ce qui fera monter en flèche le nombre de décès liés à l’avortement.

Les femmes pauvres et de la classe ouvrière qui ne souhaitent pas risquer leur vie dans une procédure aussi risquée mettront leurs enfants au monde dans une société écrasée par une crise croissante du coût de la vie. Alors que le président Joe Biden consacre des dizaines de milliards de dollars et des montagnes de matériel militaire à la guerre par procuration que les États-Unis mènent contre la Russie en Ukraine, des dizaines de millions d’Américains luttent pour leur survie.

L’inflation a atteint 8,6% en juin, engloutissant les chèques de paie et laissant les familles ouvrières dans l’incapacité de se procurer les produits de première nécessité.

Les prix des denrées alimentaires devraient augmenter de plus de 9% en 2022, tandis que le prix de l’essence a atteint en juin 5 dollars le gallon, un record en 40 ans. Par ailleurs, une pénurie de lait maternisé en mai a plongé d’innombrables parents dans un véritable cauchemar, et le coût de la garde d’enfants a augmenté de 5 à 15% cette année.

En bref, le coût pour se chauffer, aller reconduire ses enfants à l’école, se rendre au travail et nourrir ses enfants atteint des niveaux intolérables pour les parents de la classe ouvrière.

Combiné à une série de nouvelles restrictions draconiennes sur l’avortement légal, la conséquence inévitable sera que des millions d’Américains, et les femmes en particulier, seront poussés encore plus loin dans la pauvreté extrême. Cela signifiera également qu’une génération d’enfants sera élevée dans des conditions de grande précarité.

C’est le seul avenir que le capitalisme promet à la classe ouvrière du pays le plus riche du monde.

La passivité des démocrates 

Les politiciens républicains occupant divers postes dans l’État ont accueilli la décision de la Cour suprême avec joie. Le gouverneur du Mississippi, Tate Reeves, a salué une décision qui « aura comme conséquence directe que plus de coeurs battront, plus de poussettes circuleront, plus de bulletins de notes seront distribués, plus de matchs de petite ligue seront joués et plus de vies bien remplies seront vécues. C’est un jour joyeux! »

Pendant ce temps, l’ancien vice-président Mike Pence a déclaré : « Ayant reçu cette seconde chance pour la vie, nous ne devons pas nous reposer et ne devons pas relâcher nos efforts jusqu’à ce que le caractère sacré de la vie soit rétabli au centre de la loi américaine dans chaque État du pays. »

Pour leur part, les démocrates se sont lamentés et ont secoué la tête de désespoir. Dans un dégoûtant moment d’hypocrisie, même le sénateur particulièrement à droite et ouvertement anti-avortement de la Virginie-Occidentale, Joe Manchin, s’est dit « alarmé » et « déçu » par la décision de la Cour suprême.

La cheffe du groupe parlementaire démocrate, Nancy Pelosi, a vivement accusé « la Cour suprême contrôlée par les républicains » d’avoir atteint « l’objectif sombre et extrême » de son parti. 

« Les femmes américaines ont aujourd’hui moins de liberté que leurs mères », a-t-elle ajouté. « Cette décision cruelle est scandaleuse et déchirante. »

Quant à lui, le président Biden a précédemment fait des commentaires tièdes selon lesquels il s’opposait à la démarche « radicale » de renverser Roe v. Wade, et a souligné la nécessité d’élire « plus de sénateurs pro-choix et une majorité pro-choix à la Chambre pour adopter une loi qui codifie Roe v. Wade ».

Il s’agit du même Joe Biden qui avait déjà voté en faveur de l’annulation de l’arrêt Roe v. Wade, qu’il avait décrit en 1974 comme allant « trop loin », affirmant que les femmes ne devraient pas avoir le droit exclusif de décider de ce qu’il advient de leur corps. 

Il avait également soutenu l’amendement Hyde en 1981, interdisant l’utilisation de fonds fédéraux pour financer l’avortement (il n’est revenu sur cette décision qu’en 2019), et prête même son nom à l’amendement dit « Biden » qui a interdit l’utilisation de l’aide étrangère pour la recherche biomédicale liée à l’avortement.

Malgré toutes leurs prétentions à représenter une solution « progressiste » aux républicains, et toute la pression exercée sur les travailleurs et les jeunes américains pour qu’ils soutiennent Joe Biden, ce dinosaure de l’establishment, afin de battre le « fasciste » Trump, les démocrates ont à peine levé le petit doigt pour protéger les droits les plus fondamentaux des femmes.

Joe Biden a même résisté aux appels à prendre des mesures aussi élémentaires que de fournir des ressources aux femmes pour qu’elles puissent se rendre dans des États où l’avortement restera légal.

Comparez la résistance molle des démocrates à la décision de la Cour suprême avec leur détermination à faire en sorte qu’un flot d’armes parvienne à l’Ukraine, prolongeant un conflit brutal qui a des effets catastrophiques dans le monde entier, simplement pour servir les intérêts de l’impérialisme américain.

Comme nous l’avons dit à maintes reprises : il n’y a pas une once de contenu progressiste dans le Parti démocrate, qui est entièrement au service du capitalisme américain, et implacablement opposé aux intérêts des travailleurs, femmes et hommes.

Le problème ne concerne toutefois pas seulement les démocrates, mais l’ensemble de l’appareil d’État capitaliste aux États-Unis, qui contient plusieurs mécanismes extrêmement antidémocratiques, notamment le collège électoral et la Cour suprême. Comme l’ont écrit précédemment nos camarades américains du journal Socialist Revolution 

« Après des décennies à se soumettre aux règles du jeu, il devrait être clair comme de l’eau de roche que les règles du jeu sont truquées depuis le début. Le fait que même Roe risque d’être renversé devrait faire voler en éclats toute illusion sur la Cour suprême, la Constitution, les démocrates et toute la structure de la démocratie bourgeoise américaine. Ce sont les institutions d’une classe exploiteuse et oppressive dont les intérêts sont diamétralement opposés à ceux des travailleurs. C’est le résultat de la confiance dans la légalité bourgeoise au lieu de la lutte des classes. C’est le fruit de la politique du “moindre mal” et de la collaboration de classe. La réponse n’est pas de se battre pour un “moindre” mal pour la classe ouvrière, mais de mettre fin à tous les maux de la société de classe! La voie à suivre ne passe pas par la collaboration entre les classes, mais par l’indépendance de classe et la formation d’un parti ouvrier de masse. »

Il faut riposter!

L’invalidation de Roe v. Wade est un symptôme de la décadence sénile du capitalisme américain. Ses dirigeants sont désespérément divisés, et une grande partie de la classe dirigeante américaine cherche à mobiliser les bas-fonds de la société américaine dans sa quête étroite de pouvoir, même au prix d’un discrédit total des principales institutions de l’État.

Déjà, Trump se prépare à une campagne de réélection, qu’il a toutes les chances de remporter contre la piètre figure de Joe Biden, dont le taux d’approbation s’est effondré à seulement 36%.

Celui-ci a déçu même les faibles attentes qu’il a suscitées lors de l’élection de 2020, et Trump se prépare à surfer sur une vague de colère, de désespoir et de chauvinisme réactionnaire pour reconquérir la Maison Blanche, en ciblant les personnes de couleur, les personnes LGBT, les migrants et les femmes.

Le capitalisme est incapable de garantir ne serait-ce que les victoires et concessions de base obtenues par la lutte des classes dans le passé. Dans ces conditions de crise historique, seule la classe ouvrière, mobilisée par ses organisations de masse et prête à se battre, est capable de défendre les droits des femmes, ainsi que toutes ses conquêtes démocratiques. 

Au-delà de cela, ce n’est que par une lutte concertée pour abattre ce système infâme et établir une société socialiste que nous pourrons mettre fin aux conditions barbares auxquelles les travailleurs aux États-Unis et au-delà sont de plus en plus soumis.

Des manifestations d’urgence sont déjà organisées dans tout le pays. En lançant un assaut contre les droits des femmes, la Cour suprême risque de provoquer une opposition aux proportions énormes.

Nous devrions nous rappeler que l’accès à des avortements légaux a été l’un des accomplissements de la révolution russe de 1917. Et ce sera une nouvelle révolution socialiste, aux États-Unis et dans le monde entier, qui mettra fin à l’oppression une fois pour toutes, et assurera une existence décente et digne à l’humanité.

Comme nous l’avons écrit en mai dernier :

« La nouvelle de la position majoritaire de la Cour suprême est un signal d’alarme brutal pour tous les travailleurs. C’est la “nouvelle normalité” de la vie sous le capitalisme (en réalité, un retour à l’“ancienne normalité”) aggravée par les convulsions d’un système en phase terminale qui ne peut temporairement contrer sa chute qu’en reprenant tous les acquis gagnés par les luttes passées de la classe ouvrière. Alors oui, nous devons manifester, mais avant tout, nous devons nous préparer à la lutte des classes, à la guerre des classes et à la révolution socialiste. La route ne sera pas facile, mais il n’y a pas de plus grande cause – et pas d’autre solution. »

« Le principal défi pour une grève réussie dans l’éducation est de fermer les écoles en construisant et en préservant l’unité d’action parmi les enseignants, tout en obtenant le soutien du public. »

C’est ce que conclut Eric Blanc à partir de son enquête « Red State » qui porte sur les grandes grèves de l’éducation en 2018 dans certains États sous contrôle républicain[1]. Le contexte social dans ces Etats est extrêmement défavorable aux organisations syndicales. Mais malgré cela, à partir de réseaux de militants convaincus et persévérants, plusieurs grèves de masse ont été préparées en quelques mois, avec des résultats impressionnants.

« Les conditions économiques avaient d’abord transformé la masse du pays en travailleurs. La domination du capital a créé à cette masse une situation commune, des intérêts communs. Ainsi cette masse est déjà une classe vis-à-vis du capital, mais pas encore pour elle-même. Dans la lutte… cette masse se réunit, elle se constitue en classe pour elle-même. Les intérêts qu’elle défend deviennent des intérêts de classe. » -Karl Marx, 1847

Une nouvelle crise est venue secouer la politique américaine, pourtant déjà bien polarisée. Une fuite vient de rendre public un projet rédigé par le juge Samuel Alito au nom de la majorité de la Cour suprême. Il révèle que cette institution réactionnaire se prépare à invalider l’arrêt historique « Roe contre Wade ». Cet arrêt de 1973 avait déclaré que la Constitution américaine protégeait la liberté pour une femme enceinte de recourir à une IVG sans avoir à subir de restrictions gouvernementales excessives. L’argument du juge Alito est simple : puisque la question de l’avortement n’est pas explicitement désignée comme une prérogative fédérale dans la Constitution, elle relève des droits des différents Etats et le pouvoir fédéral ne doit pas avoir son mot à dire à ce sujet. Roe v. Wade est donc d’après lui « inconstitutionnel » et le droit à l’avortement ne devrait pas être protégé par l’Etat fédéral.

Une question de classe

Le fait que ce projet, théoriquement secret, ait été rendu public par un lanceur d’alerte illustre les profondes divisions qui existent au sommet de la société américaine. La classe dirigeante se déchire en cherchant un moyen de résoudre les insolubles contradictions inhérentes au capitalisme. Une partie de la classe dirigeante cherche à enrayer la poussée de la lutte des classes en mettant en scène une soi-disant « guerre culturelle » sur des questions comme l’avortement ou le racisme. Une autre craint les mobilisations de masse que cela pourrait susciter. Cette division est un signe de faiblesse de la part des défenseurs du statu-quo capitaliste. Pour autant, cela ne change rien au fait que, pratiquement du jour au lendemain, des dizaines de millions de femmes vivant dans le pays le plus riche du monde pourraient être projetées dans une barbarie digne des siècles passés.

Sans cette protection fédérale, les femmes enceintes qui choisiront de se faire avorter devront recourir à des établissements souvent très chers, peu sûrs et non réglementés, mettant en danger leur santé, voire leur vie, mais aussi leurs économies. Les femmes riches pourront toujours trouver un moyen d’avoir accès à des médecins privés de qualité, hors de l’Etat ou même à l’étranger si nécessaire. Mais pour les femmes pauvres de la classe ouvrière, c’est une autre histoire. Et elles ne seront pas les seules à en souffrir. Leurs compagnons, leurs enfants, etc. devront aussi payer le prix de ce recul social. Cette attaque particulièrement odieuse contre les femmes de la classe ouvrière est en fait une attaque contre tous les travailleurs.

Le rôle nuisible des démocrates

Malgré tous leurs beaux discours sur les droits des femmes, les démocrates ont joué un rôle particulièrement nuisible sur cette question. Ils ont facilité les reculs subis depuis des décennies par le droit à l’avortement. En 1973, l’actuel président Joe Biden, qui n’était alors qu’un sénateur démocrate parmi d’autres, avait déclaré publiquement qu’il ne pensait pas qu’« une femme a un droit exclusif de choisir ce qui doit arriver à son corps ». En 1977, il a même pesé de tout son poids pour empêcher que le gouvernement fédéral ne puisse aider au financement des avortements, spécifiquement dans les cas de viol et d’inceste. De manière plus générale, Obama et Biden ont tous deux promis durant leurs campagnes électorales (en 2008 pour Obama et en 2020 pour Biden) que, s’ils étaient élus, ils feraient du droit à l’avortement une loi fédérale, afin d’empêcher que la Cour suprême ne puisse revenir sur l’arrêt « Roe contreWade ». Ils ne l’ont jamais fait, alors même qu’ils contrôlaient (et contrôlent encore) la Chambre des représentants, le Sénat et la Maison-Blanche.

Après des décennies à se soumettre aux règles du jeu, il est clair que celles-ci sont truquées depuis le début. Le fait même que « Roe contre Wade » risque d’être annulé montre à quel point est futile cette confiance dans la légalité bourgeoise au lieu de la lutte de classe et tous les espoirs placés dans la Cour suprême, la Constitution, le parti démocrate et toutes les structures de la démocratie bourgeoise américaine. Ces espoirs déçus sont le fruit de la politique du « moindre mal » et de la collaboration de classe que prône une bonne partie de la gauche américaine. Ces institutions sont au service de la classe des exploiteurs dont les intérêts sont diamétralement opposés à ceux des travailleurs. Aucun droit n’est véritablement garanti pour la majorité de la classe ouvrière si leur défense repose entre les mains de la classe dirigeante et de ses institutions. Il faut en tirer les leçons : la voie à suivre ne passe pas par la collaboration entre les classes, mais par l’indépendance de classe et la formation d’un parti ouvrier de masse.

Le droit de choisir ce que l’on fait de son corps est un droit démocratique fondamental. En ce sens, nous défendons l’arrêt « Roe contre Wade ». Mais nous pensons qu’un droit aussi important ne devrait pas dépendre de juges, de tribunaux et de fonctionnaires non élus, pas plus que de l’interprétation forcément subjective et souvent fluctuante d’un document rédigé il y a plus de 200 ans par des esclavagistes. De plus, nous ne voulons pas juste avoir le « droit » à l’avortement. Le « droit » de devoir conduire 12 heures d’affilée jusqu’au centre d’avortement le plus proche de chez soi, le « droit » de payer une procédure très cher, en perdant une journée de travail, et peut-être même son emploi, n’est pas un vrai « droit ». C’est pourquoi la TMI se bat non seulement pour que les droits reproductifs complets, y compris l’avortement soient protégés, mais aussi pour un accès réel et universel à ces droits, pour que toutes celles qui le souhaitent puissent y recourir gratuitement, dans des hôpitaux en bonne condition, là où elles vivent et dans le cadre d’un système de santé socialisé et organisé à l’échelle nationale.

Devons-nous descendre dans la rue pour manifester et faire la démonstration de notre colère ? Les dirigeants des syndicats doivent-ils mobiliser leurs membres pour soutenir nos sœurs de classe qui sont attaquées ? Oui, évidemment. Mais manifester ne suffira pas. En fin de compte, les droits ne valent pas plus que le papier sur lequel ils sont écrits, s’ils ne sont pas soutenus par une force – en l’occurrence, par la mobilisation de la classe ouvrière en lutte pour le pouvoir politique et économique. S’ils voulaient vraiment défendre leurs membres et le reste de la classe ouvrière, les dirigeants syndicaux appelleraient à une grève générale et mobiliseraient toutes leurs ressources pour qu’elle devienne réalité.

Cette nouvelle en provenance de la Cour suprême doit être un signal d’alarme pour tous les travailleurs. Voici la « nouvelle normalité » de la vie sous le capitalisme (qui est, en réalité, un retour à l’« ancienne normalité »). Ce système en phase terminale ne peut ralentir sa chute qu’en reprenant tous les acquis que la classe ouvrière avait conquis dans ses luttes du passé. Alors oui, nous devons manifester, mais avant tout, nous devons nous préparer à la lutte des classes, à la guerre de classes et à la révolution socialiste. La route ne sera pas facile, mais il n’y en a pas d’autres.

A l’aube du 1er avril, la classe ouvrière américaine a remporté une victoire historique. Elle a porté un coup très dur à Amazon, le deuxième plus gros employeur des Etats-Unis, propriété de Jeff Bezos, deuxième homme le plus riche du monde, et bastion de l’hostilité patronale aux syndicats.

L’été dernier, des dizaines de millions de personnes aux États-Unis ont participé au mouvement Black Lives Matter, déclenché par le meurtre de George Floyd par la police raciste. Près d’un an plus tard, le 20 avril 2021, son meurtrier Derek Chauvin a été reconnu coupable de trois chefs d’accusation : homicide involontaire au deuxième degré, meurtre au troisième degré avec « esprit dépravé » et homicide involontaire au deuxième degré.

Ce mercredi 20 janvier 2021 a eu lieu l'investiture de Joe Biden faisant, officiellement, de lui le 46e président des Etats-Unis. Il prend alors ses fonctions présidentielles à une heure où le pays traverse une des plus grosses crises économiques et sociales de son histoire.

Les événements du 6 janvier, à Washington, ont souligné la gravité de la crise de régime qui frappe le capitalisme américain. En surface, ses institutions semblent solides. En réalité, elles sont rongées par une pourriture qui se développe rapidement.

Les  candidats américains sont faits et défaits en fonction des dons de gros donateurs privés : c’est un secret de polichinelle. Ce qui est moins souvent analysé, en revanche, ce sont les différences entre les donateurs du parti Républicain et ceux du parti Démocrate, et leurs intérêts divergents. Si les deux partis sont reliés dans nos imaginaires à une frange de la population américaine, il serait illusoire de penser qu’ils défendent réellement les intérêts de cette population.

Cet article est une version abrégée de l’éditorial publié le 3 novembre sur le site de nos camarades américains de Socialist Revolution. Bien qu’il ait été publié avant que les résultats des élections soient connus, il explique les processus généraux qui ont mené au chaos dans lequel nous nous trouvons, alors que personne n’a encore été sacré vainqueur.

Les prochaines élections présidentielles, aux Etats-Unis, se tiendront le 3 novembre. Elles se dérouleront dans le contexte d’une crise majeure de la première puissance mondiale

Crises économique, sanitaire, écologique et politique

La crise économique mondiale frappe les Etats-Unis de plein fouet. Pour sa campagne électorale, Donald Trump avait prévu de mettre en avant ses « succès économiques », notamment en matière d’emplois. Il y avait moins de 4 % de chômeurs, dans le pays, en janvier 2020. Mais depuis, le taux de chômage a bondi à 8,4 % – et même à 16,1 % chez les jeunes.

Cela prépare – entre autres – une crise du logement sans précédent. Sur fond de flambée du chômage, 28 millions d’Américains risquent d’être expulsés de leur logement. La situation est si grave que le gouvernement fédéral a été contraint de décréter l’interdiction des expulsions jusqu’au 31 décembre.

La crise sanitaire n’est toujours pas contrôlée. Les Etats-Unis cumulent le plus grand nombre de morts : 200 000 depuis le début de la pandémie. Malgré cela, il n’y a toujours pas de stratégie cohérente et unifiée, à l’échelle nationale, pour lutter contre l’épidémie.

Comme si cela ne suffisait pas, de gigantesques incendies ravagent la Californie. Mais le réchauffement climatique, qui est en cause, est le cadet des soucis de Donald Trump. Il a même osé déclarer publiquement : « ça finira par se refroidir, vous verrez ». Mais que n’ose-t-il pas ?

Enfin, le pays s’enfonce dans une crise politique majeure. Le gouvernement actuel est contesté comme aucun ne l’avait été depuis des décennies. Le meurtre de Georges Floyd par des policiers, au printemps dernier, a fait éclater à la surface toute la colère qui bouillonnait dans les profondeurs de la société. A Portland, un commissariat de police a été incendié. Ce mouvement de masse a accentué les lignes de faille au sein de l’appareil d’Etat. Par exemple, le gouvernement fédéral a envoyé en Oregon des officiers fédéraux, alors que le gouverneur de l’Etat s’y opposait. Finalement, après quelques semaines de présence, les 114 officiers ont dû quitter une ville encore plus révoltée qu’à leur arrivée.

Faux choix

Les deux partis en lice aux élections – les Démocrates et les Républicains – dépensent des fortunes considérables pour la campagne électorale, tout en s’accusant mutuellement de vouloir truquer l’élection. Trump menace même de ne pas reconnaître le résultat, s’il lui est défavorable.

Ceci dit, cette élection ne pourra pas exprimer l’humeur et les aspirations réelles de la masse des Américains. Face à Trump, le candidat démocrate, Joe Biden, est incapable d’incarner la fulgurante radicalisation politique qui s’est développée dans ce pays, ces dernières années. Par exemple, des sondages ont montré que près de 70 % des jeunes se déclarent prêts à voter pour un « candidat socialiste ». Or Joe Biden est un politicien bourgeois – et son parti un parti bourgeois.

La radicalisation politique d’une importante fraction de la jeunesse et du salariat s’est exprimée à travers l’émergence de Bernie Sanders et d’autres politiciens « socialistes ». Avec son programme de réformes sociales progressistes et ses appels à une « révolution politique contre la classe des milliardaires », Sanders a accumulé un soutien colossal dans la jeunesse et les couches les plus exploitées de la société.

Malheureusement, Sanders a choisi (comme en 2016) de briguer l’investiture du Parti Démocrate. En 2016, après avoir perdu des primaires frauduleuses, Sanders a renoncé à se présenter comme « indépendant » ; il a soutenu Hillary Clinton. On connaît la suite : Clinton, la candidate de Wall Street, a perdu l’élection, car Trump est parvenu à capter, à sa manière, le rejet du « système ». Mais Sanders n’en a tiré aucune leçon. Après avoir perdu les primaires démocrates de 2020, il s’est rallié à la candidature de Joe Biden, le poulain de la bourgeoisie américaine.

Du fait de la capitulation de Bernie Sanders, aucun candidat ne portera, à l’échelle nationale, les aspirations socialistes de millions de jeunes et de travailleurs américains. Les deux grands partis en lice représentent exclusivement la classe dirigeante – dont la majorité, cependant, redoute une nouvelle victoire de Trump, qui est à ses yeux trop instable et imprévisible.

Joe Biden : un « moindre mal » ?

Plus les élections approchent, plus les dirigeants de la gauche réformiste américaine (dont Sanders et son entourage) multiplient les appels à voter pour Joe Biden. Ils exigent des jeunes et des travailleurs de gauche qu’ils votent pour le prétendu « moindre mal». Voter Biden, expliquent-ils, c’est sauver la démocratie, voire écarter la menace du « fascisme ».

Nos camarades de Socialist Revolution, aux Etats-Unis, rejettent ces arguments absurdes et, au final, réactionnaires. Ce sont les politiques anti-sociales et impérialistes des différents gouvernements démocrates, ces dernières décennies, qui ont préparé la victoire de Donald Trump en 2016. Or, on n’éteint pas un feu en votant pour le pyromane !

Par exemple, le racisme de la police américaine ne date pas de l’élection de Donald Trump. Joe Biden en sait quelque chose : après avoir milité pour la ségrégation raciale dans les années 1970, il a été l’architecte, en 1994, du Crime Bill, qui a mené à l’incarcération massive des noirs américains. Quant au mouvement Black Lives Matter, il a commencé sous la présidence d’Obama, dont le vice-président était Joe Biden. Le mouvement fut lourdement réprimé par la police.

Certains réformistes de gauche, dont Alexandria Ocasio-Cortez, expliquent qu’il faut voter Biden pour, ensuite, le « pousser vers la gauche ». Cela n’a aucun sens. Biden et son parti représentent la grande bourgeoisie américaine : ils seront exclusivement sensibles à la pression de Wall Street. Pour clarifier les choses, Joe Biden a récemment déclaré qu’il avait « vaincu les socialistes ». De fait, la crise économique poussera Biden à mettre en œuvre des politiques d’austérité drastiques.

En elle-même, la défaite de Donald Trump n’empêchera pas la progression de l’extrême-droite aux Etats-Unis. Pendant sa campagne, Biden a renvoyé dos à dos les manifestants antiracistes et les miliciens racistes qui attaquent les manifestations. En soutenant Biden au lieu de construire une alternative de gauche au Parti Démocrate, les partisans du « moindre mal » ouvrent la voie à l’extrême-droite, qui pourra se présenter comme la « seule alternative radicale » au système.

De fait, Joe Biden n’inspire aucune confiance à la majorité des Américains les plus pauvres. Aussi n’est-il pas certain qu’il remporte l’élection, le 3 novembre prochain, malgré le rejet massif de Trump dans la population.

Pour un parti de la classe ouvrière !

Au lieu de soutenir un parti de la classe dirigeante, les militants de gauche américains doivent s’atteler à la construction d’un véritable parti des travailleurs. C’est la perspective et la stratégie que défendent nos camarades de Socialist Revolution.

L’appel à voter pour le Parti Démocrate ne peut mener qu’à la démoralisation et à la défaite. Par ailleurs, la mobilisation des jeunes et des travailleurs est la seule voie pour vaincre à la fois les politiques réactionnaires de Trump et les attaques d’un éventuel gouvernement Biden. Aucune confiance dans les deux partis des milliardaires ! La classe ouvrière américaine doit avoir son propre parti – un parti socialiste – pour défendre ses propres intérêts !

Le mouvement déclenché par le meurtre de George Floyd a largement dépassé la ville de Minneapolis. Des manifestations contre le racisme et les violences policières ont eu lieu dans des centaines de villes à travers le monde, mobilisant des centaines de milliers de jeunes et de travailleurs.

Le 3 janvier au matin, dans un acte de suprême arrogance, l’administration Trump a assassiné le général iranien Qassem Soleimani, ainsi que le chef paramilitaire irakien Abu Mahdi al-Mohandes à l’aéroport de Bagdad. Une fois de plus, l’impérialisme américain ajoute à l’instabilité au Moyen-Orient.

Aux Etats-Unis, Bernie Sanders, Alexandria Ocasio-Cortez et d’autres « démocrates socialistes » font de plus en plus fureur. Nous avons interrogé Tom Trottier, rédacteur de notre journal frère aux Etats-Unis, au sujet du rôle de ces nouveaux porteurs d’espoir à gauche.

Cet article date du 8 juillet. Depuis, Bernie Sanders a officiellement apporté son soutien à la candidature d’Hillary Clinton.

Le 28 juin 2016, Bernie Sanders a rédigé une tribune dans le New York Times intitulée « Les Démocrates doivent se réveiller ». Il y a rappelé les faits suivants : les 62 personnes les plus riches de la planète pos sèdent autant que les 3,6 milliards les plus pauvres ; les 1 % plus que les 99 % ; et le dixième le plus riche de ce 1 % presque autant que les 90% les plus pauvres.

Dans sa campagne pour l’investiture démocrate, Hillary Clinton tente de se présenter comme la championne des droits de femmes. Elle fait appel à la solidarité féminine (« sisterhood ») et à la possibilité de devenir la première Présidente américaine. Bien qu’il y ait effectivement une couche de la jeunesse qui la perçoit comme la candidate la plus progressiste du fait de son genre, beaucoup de jeunes femmes et hommes américains voient clair dans son jeu. Ils la considèrent comme faisant partie d’un establishment qu’ils haïssent de plus en plus.

Le 1er octobre, le shutdown (la fermeture) de plusieurs administrations et services fédéraux a placé le gouvernement américain au bord de la faillite pendant 16 jours, jusqu’à ce qu’un accord soit trouvé au niveau du Sénat et de la Chambre des représentants sur le vote du budget de l’Etat.

La crise générale du capitalisme trouve son expression dans les violents bouleversements des relations internationales. Toutes sortes de fissures apparaissent dans des institutions qui ont été soigneusement mises sur pied après 1945 dans le but d’assurer la stabilité de l’ordre capitaliste mondial et l’hégémonie des Etats-Unis sur ses « alliés ».

Depuis que George Bush est entré (par effraction) à la Maison Blanche, de nombreux documentaires ont été produits et diffusés qui mettaient l’accent sur le caractère ultra-réactionnaire des dirigeants de la première puissance mondiale. Il semblait donc qu’avec Farheineit 9/11, Michael Moore courrait le risque de faire dans le « déjà-vu ». Il n’en est rien.

« Il est donc manifeste que la bourgeoisie est incapable de remplir plus longtemps son rôle de classe dirigeante et d'imposer à la société, comme loi régulatrice, les conditions d'existence de sa classe. Elle ne peut plus régner, parce qu'elle est incapable d'assurer l'existence de son esclave dans le cadre de son esclavage, parce qu'elle est obligée de le laisser déchoir au point de devoir le nourrir au lieu de se faire nourrir par lui. La société ne peut plus vivre sous sa domination, ce qui revient à dire que l'existence de la bourgeoisie n'est plus compatible avec celle de la société.» (K. Marx - F. Engels, Manifeste du Parti communiste)

Notre revue


 

  Révolution 41 layout page 001

Facebook