Les prochaines élections présidentielles, aux Etats-Unis, se tiendront le 3 novembre. Elles se dérouleront dans le contexte d’une crise majeure de la première puissance mondiale

Crises économique, sanitaire, écologique et politique

La crise économique mondiale frappe les Etats-Unis de plein fouet. Pour sa campagne électorale, Donald Trump avait prévu de mettre en avant ses « succès économiques », notamment en matière d’emplois. Il y avait moins de 4 % de chômeurs, dans le pays, en janvier 2020. Mais depuis, le taux de chômage a bondi à 8,4 % – et même à 16,1 % chez les jeunes.

Cela prépare – entre autres – une crise du logement sans précédent. Sur fond de flambée du chômage, 28 millions d’Américains risquent d’être expulsés de leur logement. La situation est si grave que le gouvernement fédéral a été contraint de décréter l’interdiction des expulsions jusqu’au 31 décembre.

La crise sanitaire n’est toujours pas contrôlée. Les Etats-Unis cumulent le plus grand nombre de morts : 200 000 depuis le début de la pandémie. Malgré cela, il n’y a toujours pas de stratégie cohérente et unifiée, à l’échelle nationale, pour lutter contre l’épidémie.

Comme si cela ne suffisait pas, de gigantesques incendies ravagent la Californie. Mais le réchauffement climatique, qui est en cause, est le cadet des soucis de Donald Trump. Il a même osé déclarer publiquement : « ça finira par se refroidir, vous verrez ». Mais que n’ose-t-il pas ?

Enfin, le pays s’enfonce dans une crise politique majeure. Le gouvernement actuel est contesté comme aucun ne l’avait été depuis des décennies. Le meurtre de Georges Floyd par des policiers, au printemps dernier, a fait éclater à la surface toute la colère qui bouillonnait dans les profondeurs de la société. A Portland, un commissariat de police a été incendié. Ce mouvement de masse a accentué les lignes de faille au sein de l’appareil d’Etat. Par exemple, le gouvernement fédéral a envoyé en Oregon des officiers fédéraux, alors que le gouverneur de l’Etat s’y opposait. Finalement, après quelques semaines de présence, les 114 officiers ont dû quitter une ville encore plus révoltée qu’à leur arrivée.

Faux choix

Les deux partis en lice aux élections – les Démocrates et les Républicains – dépensent des fortunes considérables pour la campagne électorale, tout en s’accusant mutuellement de vouloir truquer l’élection. Trump menace même de ne pas reconnaître le résultat, s’il lui est défavorable.

Ceci dit, cette élection ne pourra pas exprimer l’humeur et les aspirations réelles de la masse des Américains. Face à Trump, le candidat démocrate, Joe Biden, est incapable d’incarner la fulgurante radicalisation politique qui s’est développée dans ce pays, ces dernières années. Par exemple, des sondages ont montré que près de 70 % des jeunes se déclarent prêts à voter pour un « candidat socialiste ». Or Joe Biden est un politicien bourgeois – et son parti un parti bourgeois.

La radicalisation politique d’une importante fraction de la jeunesse et du salariat s’est exprimée à travers l’émergence de Bernie Sanders et d’autres politiciens « socialistes ». Avec son programme de réformes sociales progressistes et ses appels à une « révolution politique contre la classe des milliardaires », Sanders a accumulé un soutien colossal dans la jeunesse et les couches les plus exploitées de la société.

Malheureusement, Sanders a choisi (comme en 2016) de briguer l’investiture du Parti Démocrate. En 2016, après avoir perdu des primaires frauduleuses, Sanders a renoncé à se présenter comme « indépendant » ; il a soutenu Hillary Clinton. On connaît la suite : Clinton, la candidate de Wall Street, a perdu l’élection, car Trump est parvenu à capter, à sa manière, le rejet du « système ». Mais Sanders n’en a tiré aucune leçon. Après avoir perdu les primaires démocrates de 2020, il s’est rallié à la candidature de Joe Biden, le poulain de la bourgeoisie américaine.

Du fait de la capitulation de Bernie Sanders, aucun candidat ne portera, à l’échelle nationale, les aspirations socialistes de millions de jeunes et de travailleurs américains. Les deux grands partis en lice représentent exclusivement la classe dirigeante – dont la majorité, cependant, redoute une nouvelle victoire de Trump, qui est à ses yeux trop instable et imprévisible.

Joe Biden : un « moindre mal » ?

Plus les élections approchent, plus les dirigeants de la gauche réformiste américaine (dont Sanders et son entourage) multiplient les appels à voter pour Joe Biden. Ils exigent des jeunes et des travailleurs de gauche qu’ils votent pour le prétendu « moindre mal». Voter Biden, expliquent-ils, c’est sauver la démocratie, voire écarter la menace du « fascisme ».

Nos camarades de Socialist Revolution, aux Etats-Unis, rejettent ces arguments absurdes et, au final, réactionnaires. Ce sont les politiques anti-sociales et impérialistes des différents gouvernements démocrates, ces dernières décennies, qui ont préparé la victoire de Donald Trump en 2016. Or, on n’éteint pas un feu en votant pour le pyromane !

Par exemple, le racisme de la police américaine ne date pas de l’élection de Donald Trump. Joe Biden en sait quelque chose : après avoir milité pour la ségrégation raciale dans les années 1970, il a été l’architecte, en 1994, du Crime Bill, qui a mené à l’incarcération massive des noirs américains. Quant au mouvement Black Lives Matter, il a commencé sous la présidence d’Obama, dont le vice-président était Joe Biden. Le mouvement fut lourdement réprimé par la police.

Certains réformistes de gauche, dont Alexandria Ocasio-Cortez, expliquent qu’il faut voter Biden pour, ensuite, le « pousser vers la gauche ». Cela n’a aucun sens. Biden et son parti représentent la grande bourgeoisie américaine : ils seront exclusivement sensibles à la pression de Wall Street. Pour clarifier les choses, Joe Biden a récemment déclaré qu’il avait « vaincu les socialistes ». De fait, la crise économique poussera Biden à mettre en œuvre des politiques d’austérité drastiques.

En elle-même, la défaite de Donald Trump n’empêchera pas la progression de l’extrême-droite aux Etats-Unis. Pendant sa campagne, Biden a renvoyé dos à dos les manifestants antiracistes et les miliciens racistes qui attaquent les manifestations. En soutenant Biden au lieu de construire une alternative de gauche au Parti Démocrate, les partisans du « moindre mal » ouvrent la voie à l’extrême-droite, qui pourra se présenter comme la « seule alternative radicale » au système.

De fait, Joe Biden n’inspire aucune confiance à la majorité des Américains les plus pauvres. Aussi n’est-il pas certain qu’il remporte l’élection, le 3 novembre prochain, malgré le rejet massif de Trump dans la population.

Pour un parti de la classe ouvrière !

Au lieu de soutenir un parti de la classe dirigeante, les militants de gauche américains doivent s’atteler à la construction d’un véritable parti des travailleurs. C’est la perspective et la stratégie que défendent nos camarades de Socialist Revolution.

L’appel à voter pour le Parti Démocrate ne peut mener qu’à la démoralisation et à la défaite. Par ailleurs, la mobilisation des jeunes et des travailleurs est la seule voie pour vaincre à la fois les politiques réactionnaires de Trump et les attaques d’un éventuel gouvernement Biden. Aucune confiance dans les deux partis des milliardaires ! La classe ouvrière américaine doit avoir son propre parti – un parti socialiste – pour défendre ses propres intérêts !

Le mouvement déclenché par le meurtre de George Floyd a largement dépassé la ville de Minneapolis. Des manifestations contre le racisme et les violences policières ont eu lieu dans des centaines de villes à travers le monde, mobilisant des centaines de milliers de jeunes et de travailleurs.

Le 3 janvier au matin, dans un acte de suprême arrogance, l’administration Trump a assassiné le général iranien Qassem Soleimani, ainsi que le chef paramilitaire irakien Abu Mahdi al-Mohandes à l’aéroport de Bagdad. Une fois de plus, l’impérialisme américain ajoute à l’instabilité au Moyen-Orient.

Aux Etats-Unis, Bernie Sanders, Alexandria Ocasio-Cortez et d’autres « démocrates socialistes » font de plus en plus fureur. Nous avons interrogé Tom Trottier, rédacteur de notre journal frère aux Etats-Unis, au sujet du rôle de ces nouveaux porteurs d’espoir à gauche.

Cet article date du 8 juillet. Depuis, Bernie Sanders a officiellement apporté son soutien à la candidature d’Hillary Clinton.

Le 28 juin 2016, Bernie Sanders a rédigé une tribune dans le New York Times intitulée « Les Démocrates doivent se réveiller ». Il y a rappelé les faits suivants : les 62 personnes les plus riches de la planète pos sèdent autant que les 3,6 milliards les plus pauvres ; les 1 % plus que les 99 % ; et le dixième le plus riche de ce 1 % presque autant que les 90% les plus pauvres.

Dans sa campagne pour l’investiture démocrate, Hillary Clinton tente de se présenter comme la championne des droits de femmes. Elle fait appel à la solidarité féminine (« sisterhood ») et à la possibilité de devenir la première Présidente américaine. Bien qu’il y ait effectivement une couche de la jeunesse qui la perçoit comme la candidate la plus progressiste du fait de son genre, beaucoup de jeunes femmes et hommes américains voient clair dans son jeu. Ils la considèrent comme faisant partie d’un establishment qu’ils haïssent de plus en plus.

Le 1er octobre, le shutdown (la fermeture) de plusieurs administrations et services fédéraux a placé le gouvernement américain au bord de la faillite pendant 16 jours, jusqu’à ce qu’un accord soit trouvé au niveau du Sénat et de la Chambre des représentants sur le vote du budget de l’Etat.

La crise générale du capitalisme trouve son expression dans les violents bouleversements des relations internationales. Toutes sortes de fissures apparaissent dans des institutions qui ont été soigneusement mises sur pied après 1945 dans le but d’assurer la stabilité de l’ordre capitaliste mondial et l’hégémonie des Etats-Unis sur ses « alliés ».

Depuis que George Bush est entré (par effraction) à la Maison Blanche, de nombreux documentaires ont été produits et diffusés qui mettaient l’accent sur le caractère ultra-réactionnaire des dirigeants de la première puissance mondiale. Il semblait donc qu’avec Farheineit 9/11, Michael Moore courrait le risque de faire dans le « déjà-vu ». Il n’en est rien.

« Il est donc manifeste que la bourgeoisie est incapable de remplir plus longtemps son rôle de classe dirigeante et d'imposer à la société, comme loi régulatrice, les conditions d'existence de sa classe. Elle ne peut plus régner, parce qu'elle est incapable d'assurer l'existence de son esclave dans le cadre de son esclavage, parce qu'elle est obligée de le laisser déchoir au point de devoir le nourrir au lieu de se faire nourrir par lui. La société ne peut plus vivre sous sa domination, ce qui revient à dire que l'existence de la bourgeoisie n'est plus compatible avec celle de la société.» (K. Marx - F. Engels, Manifeste du Parti communiste)

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