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Nous publions ci-dessous la première partie du Manifeste de la Tendance Marxiste Internationale (TMI) sur la révolution arabe. Pour l’essentiel, ce texte a été achevé le 14 mars dernier. Nous publierons prochainement les deuxième et troisième parties.

 

La révolution arabe est une grande source d’inspiration pour la jeunesse et les travailleurs du monde entier. Elle a affecté tous les pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Elle a des répercussions aux quatre coins du globe. C’est un tournant de l’histoire mondiale.

Ces événements ne sont pas des accidents isolés indépendants du processus révolutionnaire à l’échelle internationale. Nous assistons aux toutes premières phases de la révolution socialiste mondiale. Le même processus général se développera partout, à des rythmes différents. Inévitablement, il y aura des flux et des reflux, des défaites et des victoires, des déceptions et des succès. Nous devons nous y préparer. Mais la tendance générale sera marquée par une énorme accélération de la lutte des classes, à l’échelle internationale.

Le magnifique mouvement des masses, en Egypte et en Tunisie, n’est que le début. Des développements révolutionnaires sont à l’ordre du jour, partout, et aucun pays ne peut se considérer à l’abri du processus général. Les révolutions dans le monde arabe sont une manifestation de la crise mondiale du capitalisme. Elles montrent leur avenir aux pays capitalistes avancés.

La Tunisie

En apparence, la Tunisie était l’un des pays arabes les plus stables. Son économie se développait rapidement. Les investisseurs étrangers réalisaient de beaux profits. Le président Ben Ali dirigeait le pays d’une main de fer. Tout semblait aller pour le mieux dans le meilleur des mondes capitalistes.

Les commentateurs bourgeois ne voient que la surface de la société – et non les processus fondamentaux qui sont à l’œuvre dans les profondeurs. Ils n’ont pas vu venir les événements en Afrique du Nord. Ils niaient la possibilité d’une révolution en Tunisie. A présent, tous ces stratèges, économistes, académiciens et « experts » bourgeois étalent publiquement leur perplexité.

La Tunisie s’est soulevée après l’immolation d’un jeune chômeur, Mohamed Bouazizi. Hegel soulignait que la nécessité s’exprime à travers l’accident. Ce n’était pas la première fois qu’un jeune chômeur se suicidait de cette façon, en Tunisie. Mais cette fois-ci, cela a eu des effets inattendus. Les masses sont descendues dans la rue et ont commencé la révolution.

La première réaction du régime fut de réprimer brutalement le mouvement. Comme cela ne marchait pas, il a proposé des concessions, qui n’ont fait qu’ajouter de l’huile sur le feu. La répression policière n’a pas arrêté les masses. Le régime n’a pas utilisé l’armée parce qu’il ne le pouvait pas : il aurait suffi d’une seule confrontation sanglante pour que l’armée se brise.

La classe ouvrière tunisienne a lancé une vague de grèves régionales qui ont culminé dans une grève nationale. C’est à ce moment que Ben Ali est parti en Arabie Saoudite. C’était la première victoire de la révolution arabe. Elle a tout changé.

Lorsque Ben Ali s’est enfui, les comités révolutionnaires ont pris le pouvoir au niveau local – et, dans certains cas, au niveau régional. A Redeyef, dans le bassin minier de Gafsa, il n’y a pas d’autre autorité que les syndicats. Le commissariat a été incendié, le juge a fui et la mairie a été occupée par le syndicat local, qui y a établi son QG. Des meetings de masse sont régulièrement organisés sur la place principale, où les dirigeants syndicaux prennent la parole. Des comités ont été constitués pour gérer les transports, l’ordre public, les services publics locaux, etc.

Les masses ne se sont pas contentées de leur victoire initiale. Elles sont redescendues dans la rue pour s’opposer à toutes les tentatives de recréer l’ancien régime sous un autre nom. Tous les vieux partis ont été complètement discrédités. Lorsque Ghannouchi a tenté d’installer de nouveaux gouverneurs régionaux, le peuple les a balayés en se mobilisant par centaines de milliers.

En Tunisie, la lave révolutionnaire ne s’est toujours pas refroidie. Les travailleurs demandent la confiscation des richesses de la famille Ben Ali. Or, dans la mesure où elle contrôlait de larges sections de l’économie, c’est une menace directe contre la classe dirigeante tunisienne. La confiscation de la propriété de la clique de Ben Ali est une revendication socialiste.

Les travailleurs tunisiens ont expulsé des patrons impopulaires des entreprises. Le mouvement du 14 janvier s’est prononcé pour la convocation d’une Assemblée Constituante des Comités révolutionnaires. C’est une revendication correcte, mais qui n’a pas été suivie d’actes concrets pour la mettre en œuvre. Malgré l’absence de direction, la révolution tunisienne avance à grands pas. Elle a déjà reversé Ghannouchi. Notre mot d’ordre : « thawra hatta’l nasr ! » - Révolution jusqu’à la victoire !

La révolution égyptienne

La Tunisie a commencé la révolution arabe. Mais c’est un petit pays. L’Egypte, par contre, est un immense pays de 82 millions d’habitants situé au cœur du monde arabe. La classe ouvrière égyptienne, nombreuse et militante, a fait la preuve de son esprit révolutionnaire à de nombreuses reprises. La révolution égyptienne a indubitablement subi l’influence de la Tunisie. Mais elle avait d’autres facteurs : le chômage de masse, la dégradation des conditions de vie et la haine à l’égard d’un gouvernement corrompu et répressif.

La Tunisie a agi comme un catalyseur. Mais un catalyseur ne peut fonctionner que lorsque toutes les conditions nécessaires sont réunies. La révolution tunisienne a montré ce qui était possible. Mais il serait totalement faux de penser que l’exemple tunisien a été la seule, ou même la principale cause de la révolution égyptienne. Les conditions d’une explosion révolutionnaire étaient déjà mûres dans tous les pays de la région. Tout ce qu’il manquait, c’était l’étincelle mettant le feu aux poudres. La Tunisie a joué ce rôle.

Le mouvement en Egypte a montré l’incroyable héroïsme des masses. Les forces de sécurité ne pouvaient pas tirer à balles réelles contre les grandes manifestations de la place Tahrir, de peur qu’un scénario à la tunisienne ne se développe. Le régime imaginait qu’il serait suffisant, comme par le passé, de briser quelques crânes. Mais ça n’a pas été suffisant. L’humeur avait changé. La quantité s’était transformée en qualité. Les vieilles peurs avaient disparu. Cette fois-là, ce n’est pas le peuple qui a pris la fuite, mais la police.

Cela a conduit directement à l’occupation de la place Tahrir. Le régime a envoyé l’armée, mais les soldats ont fraternisé avec les masses. L’armée égyptienne est constituée de conscrits. Ses couches supérieures, ses généraux et officiers de haut rang, sont corrompus. Ils font partie intégrante du régime. Mais la base de l’armée est issue de la classe ouvrière et de la paysannerie pauvre. Enfin, les officiers les moins gradés viennent de la classe moyenne et sont exposés à la pression des masses.

Les partis d’opposition ont demandé des réformes, dont la dissolution du Parlement issu des élections frauduleuses de décembre, l’organisation de nouvelles élections et l’engagement de Moubarak – et de son fils – à ne pas se présenter à la présidentielle de septembre 2011. Mais en réalité, les dirigeants de l’opposition étaient très en retard sur le mouvement des masses, qui allait bien au delà de ces revendications. Le peuple révolutionnaire ne voulait accepter rien de moins que le départ immédiat de Moubarak et la complète dissolution de son régime.

Après avoir commencé par des revendications aussi élémentaires que la fin de l’état d’urgence, le limogeage du ministre de l’Intérieur et une augmentation du salaire minimum, les manifestants, enhardis par leur nombre, ont élevé leurs mots d’ordre à un niveau plus révolutionnaire : « A bas Moubarak », « Le peuple demande la chute du régime ! », ou simplement : « Dégage ! ». La conscience révolutionnaire des masses a avancé à pas de géant.

L’Etat et la révolution

Il serait futile de tenter d’expliquer les événements en Egypte et en Tunisie sans prendre en compte le rôle central des masses, qui en ont été la force motrice, du début à la fin. A présent, les « experts » bourgeois et petits-bourgeois essayent de minimiser le rôle des masses. Ils ne voient que ce qui se passe au sommet. Pour eux, il s’agit seulement d’un « coup », de « l’armée qui prend le pouvoir », etc. Les mêmes historiens bourgeois nous assurent que la révolution bolchevique en 1917 n’était qu’un « coup d’Etat ». Incapables de regarder l’Histoire en face, ils sont fascinés par son arrière-train.

Leur profonde « analyse » est superficielle, au sens le plus littéral du terme. Pour les philosophes bourgeois en général, les choses n’existent que dans leurs manifestations extérieures. C’est comme si on essayait de comprendre le mouvement des vagues sans prêter attention aux courants sous-marins des océans. Même après que les masses ont commencé à descendre dans les rues du Caire, Hilary Clinton a certifié que l’Egypte était stable. Elle se basait sur le fait que l’Etat et son appareil répressif demeuraient intacts. Mais deux semaines plus tard, ils étaient en ruine.

L’existence d’un puissant appareil d’Etat n’est pas une garantie absolue contre les révolutions. Cela peut même être le contraire. Dans une démocratie bourgeoise, la classe dirigeante dispose de certaines soupapes de sécurité qui permettent de l’alerter quand une situation menace d’échapper à son contrôle. Mais dans un régime dictatorial ou totalitaire, il n’y a pas d’opportunité, pour le peuple, de faire entendre sa voix à travers le système politique. C’est pourquoi des soulèvements peuvent se produire soudainement, sans prévenir, et prendre immédiatement une forme très radicale.

Les forces armées constituent la base principale du vieux régime égyptien. Mais comme n’importe quelle autre armée, elle reflète la société et subit l’influence des masses. Sur le papier, les armées d’Egypte et de Tunisie étaient de formidables forces. Mais une armée est composée d’être humains. Elle est sujette aux mêmes pressions que n’importe quelle autre couche sociale ou institution. Au moment de vérité, ni Moubarak, ni Ben Ali ne pouvaient utiliser l’armée contre le peuple.

Les armées de nombreux pays arabes sont différentes des armées du monde capitaliste avancé. Certes, comme toutes les armées capitalistes, elles sont en dernière analyse des corps d’hommes en armes pour défendre la propriété capitaliste. Mais elles sont aussi les produits de la révolution coloniale. Bien sûr, les généraux sont corrompus et réactionnaires. Mais la base des conscrits est issue de la classe ouvrière et de la paysannerie. La couche inférieure des officiers reflète la pression des masses, comme on l’a vu avec le coup d’Etat de Nasser en 1952.

La révolution a provoqué une crise de l’Etat. Les tensions étaient grandissantes entre l’armée et la police, comme entre la police et les manifestants. C’est pourquoi l’état-major de l’armée a finalement décidé de lâcher Moubarak. L’armée a été clairement secouée par les évènements. Sous la pression des masses, des fissures ont commencé à apparaître. Plusieurs officiers ont rejoint les manifestants, place Tahrir. Dans de telles circonstances, il ne peut être question d’utiliser l’armée contre le peuple révolutionnaire.

Le rôle de la classe ouvrière

Durant les deux premières semaines, la rue avait le pouvoir. Mais après l’avoir conquis, les dirigeants du mouvement ne savaient pas quoi en faire. L’idée selon laquelle il suffisait de rassembler le plus grand nombre de personnes place Tahrir était fausse. Premièrement, elle ignorait la question du pouvoir de l’Etat, alors qu’elle est centrale et décide des autres questions. Deuxièmement, c’était une stratégie passive, alors qu’une stratégie active et offensive était nécessaire.

En Tunisie, les manifestations de masse ont joué un rôle clé dans le renversement de Ben Ali. Cela a convaincu de nombreux Egyptiens que leur régime était aussi fragile. Le problème est que Moubarak refusait de partir. Malgré les efforts et le courage extraordinaires des manifestants, les rassemblements ne suffisaient pas à renverser Moubarak. Les manifestations de masse sont importantes, parce qu’elles arrachent le peuple à sa passivité, le remettent sur pieds et lui donnent conscience de sa propre force. Mais le mouvement ne pouvait pas être victorieux sans passer à un niveau de contestation supérieur. Cela ne pouvait être fait que par la classe ouvrière.

Le réveil de la classe ouvrière égyptienne s’est manifesté, ces dernières années, par une vague de grèves et de manifestations. C’est l’élément principal qui a préparé la révolution. C’est aussi la clé de ses futurs succès. L’entrée en scène de la classe ouvrière égyptienne a marqué un tournant dans le cours de la révolution. C’est ce qui l’a sauvée et a permis le renversement de Moubarak. A partir du 8 février, dans une ville après l’autre, les travailleurs égyptiens ont organisé des grèves et des occupations d’usines. Ils ont expulsé les patrons détestés et les dirigeants syndicaux corrompus.

La révolution est alors passée à la vitesse supérieure. Elle s’est transformée en une insurrection nationale. Que pouvons-nous en conclure ? Que les luttes pour la démocratie ne peuvent être victorieuses que si elles sont conduites par la classe ouvrière, par les millions de travailleurs qui produisent les richesses de la société, et sans lesquels pas une ampoule ne brille, pas un téléphone ne sonne et pas une roue ne tourne.

Le réveil de la nation égyptienne

Le marxisme n’a rien à voir avec le déterminisme économique. Certes, le chômage de masse et la pauvreté sont des questions explosives. Mais il y avait un autre élément dans l’équation révolutionnaire égyptienne, quelque chose de plus insaisissable, qui ne peut pas être quantifié, mais qui est une importante source de mécontentement : c’est le brûlant sentiment d’humiliation d’un ancien et grand peuple que l’impérialisme domine depuis des générations.

Le même sentiment général d’humiliation existe chez tous les peuples arabes. Ils ont été réduits en esclavage et opprimés par l’impérialisme – d’abord par l’impérialisme des puissances européennes, puis par le géant outre-Atlantique. Ce sentiment a trouvé une expression déformée dans le fondamentalisme islamique, qui désigne tout ce qui vient d’Occident comme diabolique. Mais la montée de l’islamisme était l’expression de l’incapacité de la gauche à offrir une authentique alternative socialiste aux problèmes brûlants des masses arabes.

Dans les années 50 et 60, le « socialisme arabe » et le pan-arabisme défendus par Gamal Abdel Nasser ont suscité, partout, l’enthousiasme des masses arabes. L’Egypte était une lueur d’espoir. Mais Nasser n’a pas poussé son programme jusqu’à sa conclusion logique. Puis, sous Anwar Sadat, le processus a fait marche arrière. L’Egypte est devenue un pion de la politique étrangère américaine. Pendant les trois décennies du règne de Moubarak, ces tendances se sont énormément accrues. Moubarak n’était que le valet des Etats-Unis et d’Israël. Il a honteusement trahi la cause palestinienne.

Ces 30 ou 40 dernières années, la psyché arabe était marquée par les déceptions, les défaites et les humiliations. Mais à présent, la roue de l’histoire a tourné de 180 degrés, et tout est en train de changer. L’idée de révolution prend une signification concrète. Elle saisit l’esprit de millions de travailleurs et devient une force matérielle. Des idées jusqu’alors très minoritaires mobilisent désormais des millions de personnes.

Les révolutions mettent toutes les tendances à l’épreuve. Elles clarifient énormément les choses. Du jour au lendemain, les idées du terrorisme individuel et du fondamentalisme islamique ont été balayées par le torrent révolutionnaire. La révolution a réveillé des idées à demi oubliées. Elle prépare un retour aux traditions du socialisme et du nationalisme pan-arabes, qui n’avaient jamais vraiment disparu de la conscience populaire. Ce n’est pas par hasard qu’on assiste au retour de vieux chants révolutionnaires. Des images de Nasser ont fait leur apparition sur les manifestations.

Nous assistons à une nouvelle renaissance arabe. Une nouvelle conscience est en train de se forger au cœur de la lutte. Dans de telles circonstances, les revendications démocratiques sont fondamentales. Un peuple longtemps asservi abandonne sa vieille mentalité passive et fataliste – et s’élève de toute sa véritable stature.

On peut voir le même processus dans toutes les grèves. De même qu’une grève est comme une révolution en miniature, une révolution est comme une grève de toute la société dirigée contre ses oppresseurs. Une fois qu’ils entrent en action, les hommes et les femmes redécouvrent leur dignité humaine. Ils prennent en main leur destin et luttent pour leurs droits. Ils disent : nous voulons être traités avec respect. C’est l’essence même de toute véritable révolution.

La révolution élève le niveau de conscience à un niveau supérieur. Elle coupe l’herbe sous le pied des réactionnaires qui ont désorienté les masses avec le poison du fondamentalisme religieux. Malgré la propagande mensongère des impérialistes, les islamistes n’ont joué pratiquement aucun rôle, sinon aucun, dans les révolutions égyptienne et tunisienne. La révolution méprise le sectarisme. Elle balaye les divisions nationales, ethniques et linguistiques. Elle unit les femmes et les hommes, les jeunes et les vieux, les musulmans et les chrétiens. Elle défend les minorités opprimées. Elle rassemble toutes les forces vives du monde arabe dans une lutte commune. Les hommes et les femmes peuvent alors relever la tête et dire avec fierté : « Nous ne serons plus des esclaves ».

Les limites de la spontanéité

Les révolutions tunisienne et égyptienne sont parties d’en bas. Elles n’ont été organisées par aucune des organisations politiques existantes. Celles-ci ont toutes été prises de court par un mouvement auquel elles ne s’étaient pas préparées. S’il y a bien une leçon à tirer de l’expérience de la révolution égyptienne, c’est que le peuple révolutionnaire ne peut compter que sur lui-même – sur ses propres forces, sa propre solidarité, son propre courage, sa propre organisation.

Face à la révolution égyptienne, la première comparaison qui vient à l’esprit, c’est l’insurrection de 1936 à Barcelone. Sans parti, sans direction, sans programme, les travailleurs espagnols ont marché sur les casernes avec un courage extraordinaire – et ont battu les fascistes. Ils ont sauvé la situation et auraient pu prendre le pouvoir. Mais précisément, la question est : pourquoi n’ont-ils pas pris le pouvoir ? La réponse, c’est qu’ils n’avaient pas de direction. Plus exactement, ils ont été abandonnés par les dirigeants anarchistes de la CNT en qui ils plaçaient leurs espoirs. Ceux qui ont des illusions dans l’anarchisme devraient étudier l’histoire de la révolution espagnole !

A première vue, les mouvements en Tunisie et en Egypte semblaient spontanés. Mais en réalité, ce n’est pas tout à fait exact. Ces mouvements n’étaient que partiellement spontanés. Ils ont été préparés par des groupes et des individus. Il y avait des dirigeants qui prenaient des initiatives, avançaient des mots d’ordre, organisaient des manifestations et des grèves.

On a beaucoup parlé du rôle de réseaux sociaux tels que Facebook et Twitter en Egypte, en Tunisie (et avant cela en Iran). Il est clair que les nouvelles technologies ont été extrêmement utiles aux révolutionnaires. Elles ont brisé le monopole de l’information dont jouissait l’Etat égyptien – entre autres. Mais ceux qui surestiment l’aspect purement technologique des choses défigurent l’essence réelle de la révolution, c’est-à-dire le rôle des masses et de la classe ouvrière en particulier. Certains veulent présenter la révolution comme l’affaire des classes moyennes, et comme exclusivement dirigée par des intellectuels et des spécialistes d’internet. Or c’est entièrement faux.

Premièrement, seule une petite partie de la population égyptienne a accès à internet. Deuxièmement, le régime a pratiquement mis hors service internet et les réseaux de téléphones portables pendant toute une période. Alors, le peuple a organisé des manifestations en utilisant une très vieille technologie : la parole humaine. C’est la même technologie qui fut utilisée lors des révolutions française et russe – qui, sans Facebook et Twitter, ont accompli un assez bon travail. Soit dit en passant, Al Jazeera a joué un rôle encore plus important que Facebook. Des millions de personnes pouvaient voir le déroulement des événements heure par heure.

Encore une fois, il n’est pas exact de dire que la révolution égyptienne n’avait pas de dirigeants. Il y avait une sorte de direction dès le début, qui consistait en une coalition informelle d’une douzaine de petits partis et de groupes de militants. Ce sont eux qui ont lancé l’appel à un « jour de colère » pour le 25 janvier. Sur Facebook, 80 000 internautes égyptiens ont répondu à l’appel et se sont engagés à manifester pour faire entendre leurs revendications.

En Egypte comme en Tunisie, les manifestations furent initialement convoquées par des groupes de jeunes. Ils ont joué le rôle dirigeant que l’opposition « officielle » ne jouait pas. Mais c’était seulement la partie immergée de l’iceberg. Les manifestants avaient la sympathie du public. Les manifestations se sont rapidement transformées en un soulèvement général contre le régime, à travers tout le pays. Il y avait donc une sorte de direction – sans idées très claires. Mais en Egypte comme en Tunisie, les organisateurs initiaux du mouvement ont été eux-mêmes surpris par l’ampleur du mouvement.

Il est vrai que le caractère « spontané » de la révolution lui assurait une certaine protection contre l’appareil d’Etat. Mais l’absence d’une direction adéquate est également une sérieuse faiblesse qui, par la suite, aura des effets très négatifs.

Le fait que les masses soient parvenues à renverser Ben Ali et Moubarak sans l’aide d’une direction consciente est une illustration frappante de l’énorme potentiel révolutionnaire de la classe ouvrière. Mais cela n’épuise pas la question de la direction. On a vu en Iran quelles étaient les faiblesses d’un mouvement spontané. Malgré l’héroïsme des masses iraniennes, le régime résiste – pour le moment.

L’argument selon lequel « nous n’avons pas besoin de dirigeants » ne résiste pas à l’analyse la plus simple. Même pour une grève d’une demi-heure, dans une usine, il faut une direction. Les travailleurs élisent des délégués, parmi eux, pour les représenter et organiser la grève. Ceux qui sont élus ne le sont pas par hasard, mais parce qu’ils sont généralement les plus courageux, les plus expérimentés et les plus intelligents. Ils sont sélectionnés suivant ces critères.

La direction est importante – tout comme le parti. Un enfant de 6 ans comprend cette vérité, qui relève de l’ABC du marxisme. Mais après A, B et C, l’alphabet compte d’autres lettres. Certains « marxistes » s’imaginent que tant qu’un parti marxiste ne dirige pas la classe ouvrière, il ne peut y avoir de révolution. Cette idée ridicule n’a rien à voir avec le marxisme.

En 1917, Lénine disait que la classe ouvrière est toujours beaucoup plus révolutionnaire que le parti le plus révolutionnaire. L’expérience de la révolution russe l’a montré. Souvenons-nous qu’en avril 1917, Lénine a dû en appeler aux travailleurs par-dessus la tête du Comité Central Bolchevik, qui avait adopté une attitude conservatrice.

On observe la même mentalité conservatrice et la même méfiance aristocratique à l’égard des masses chez nombre de ceux qui se considèrent comme « l’avant-garde » – mais qui, dans la pratique, agissent comme un frein au mouvement dans les situations décisives. Il suffit de rappeler le triste rôle de cette « avant-garde » iranienne qui, en 2009, est restée passive face aux puissantes manifestations des masses révolutionnaires qui défiaient le régime.

Est-ce que les marxistes prétendent qu’une révolution est impossible en l’absence d’un parti marxiste dirigeant la classe ouvrière. Non, nous n’avons jamais dit cela. La révolution se développe suivant ses propres lois, indépendamment de la volonté des révolutionnaires. Une révolution éclate lorsque toutes les conditions objectives sont réunies. Les masses ne peuvent pas attendre que le parti révolutionnaire soit construit. Ceci dit, une fois que les conditions objectives sont réunies, le facteur subjectif – la direction – est effectivement décisif. Très souvent, cela fait la différence entre une victoire ou une défaite.

La révolution est une lutte de forces vivantes. Sa victoire n’est pas prédéterminée. A un certain stade, la révolution égyptienne a failli être battue. D’un point de vue tactique, le fait de rester place Tahrir n’était pas la meilleure option. Cela soulignait les limites des organisateurs. Les manœuvres de Moubarak – et notamment la mobilisation d’éléments déclassés, qui attaquaient les manifestants – auraient pu réussir. Seule l’intervention des masses, et particulièrement de la classe ouvrière, à travers la grève, a permis d’éviter une défaite.

Le problème de la direction

Au début d’une révolution, les masses n’ont jamais de plan défini. Elles apprennent à travers l’expérience de la lutte. Elles ne savent pas exactement ce qu’elles veulent, mais elles savent très bien ce qu’elles ne veulent pas. Et c’est suffisant pour pousser le mouvement vers l’avant.

La direction est un élément très important, dans une guerre. Cela ne signifie pas que c’est le seul élément. Les plus brillants dirigeants ne peuvent pas garantir de victoire si les conditions objectives ne sont pas favorables. Et parfois il est possible de remporter une bataille avec de mauvais généraux. Dans une révolution, qui est l’expression la plus haute de la guerre entre classes, les travailleurs ont l’avantage du nombre et le contrôle des secteurs clés de l’appareil productif. Mais la classe dirigeante a bien d’autres avantages.

Le rôle de l’Etat capitaliste est d’assurer la dictature d’une minorité d’exploiteurs sur la masse des exploités. La classe dirigeante contrôle plusieurs puissants leviers : la presse, la radio, la télévision, les écoles, les universités, la bureaucratie d’Etat – mais aussi les bureaucrates et policiers spirituels, dans les mosquées et les églises. En outre, elle possède une armée de conseillers professionnels, de politiciens, d’économistes et autres spécialistes dans l’art de la manipulation et de la tromperie.

Pour combattre cet appareil de répression, qui a été construit et perfectionné pendant des décennies, la classe ouvrière doit développer ses propres organisations, avec à leur tête des directions expérimentées et déterminées qui ont assimilé les leçons de l’histoire et qui sont préparées à toutes les éventualités. Prétendre qu’il est possible de vaincre la classe dirigeante et son Etat sans organisation ni direction, cela revient à proposer à des soldats de livrer bataille – sans entraînement, ni préparation – à une armée professionnelle dirigée par des officiers expérimentés.

Dans la plupart des cas, un tel conflit se soldera par une défaite. Mais même lorsque la révolution réussit à dominer l’ennemi, au terme de la première charge, cela ne suffit pas à garantir la victoire définitive. L’ennemi se ressaisira, se réorganisera, changera de tactique et préparera une contre-offensive qui sera d’autant plus dangereuse que les masses se laisseront bercer par l’idée qu’elles ont gagné la guerre. La phase de triomphe et de joie fera place à une phase d’extrême danger pour le sort de la révolution. A ce moment, l’absence d’une direction adéquate se révèle être le talon d’Achille de la révolution – sa faiblesse fatale.

La direction du mouvement comprenait différents éléments et différentes tendances idéologiques. En dernière analyse, cela reflète différents intérêts de classe. Au début, ce fait est dissimulé par l’appel général à « l’unité ». Mais le développement de la révolution donnera inévitablement lieu à un processus de différentiation interne. Les éléments pro-capitalistes et les « démocrates » des classes moyennes accepteront les miettes offertes par le régime. A un certain stade, ils déserteront la révolution et passeront dans le camp de la réaction. Cela a déjà commencé.

Au final, ce sont les éléments révolutionnaires les plus déterminés qui peuvent garantir la victoire de la révolution : ceux qui ne sont pas prêts à faire des compromis et veulent aller jusqu’au bout. De nouvelles explosions sociales sont inévitables. En fin de compte, l’un des deux camps devra l’emporter. La situation objective est mûre pour la conquête du pouvoir par la classe ouvrière. Ce qui manque, c’est le facteur subjectif – le parti et la direction révolutionnaires. La solution de ce problème est la question centrale de la révolution.

Intrigues au sommet


C’est la grève et l’insurrection nationale qui ont persuadé les généraux égyptiens que seul le départ de Moubarak pourrait calmer la rue et restaurer l’« ordre ». C’était et cela demeure leur principale obsession. Tous leurs discours sur la démocratie ont pour but de cacher ce fait. Les généraux faisaient partie de l’ancien régime. Ils étaient impliqués dans la corruption et la répression. Ils ont peur de la révolution comme de la peste et ne rêvent que de retour à la « normalité » – c’est-à-dire à l’ancien régime sous un autre nom.

La classe dirigeante a différentes stratégies pour battre la révolution. Si elle ne peut le faire par la force, elle aura recours à la ruse. Lorsque la classe dirigeante est menacée de tout perdre, elle est toujours prête à faire des concessions. Le renversement de Ben Ali et de Moubarak étaient de grandes victoires, mais c’était seulement le premier acte de la révolution.

Les représentants de l’ancien régime ont conservé leur position au pouvoir. Le vieil appareil d’Etat, l’armée, la police et la bureaucratie sont toujours en place. Les impérialistes manœuvrent avec les sommets de l’armée et les vieux dirigeants pour reprendre aux masses tout ce qu’elles ont conquis. Ils proposent un compromis, mais c’est un compromis qui garantirait leur pouvoir et leurs privilèges.

Peu à peu, les hommes du régime recouvrent leurs esprits. Ils commencent à se sentir plus confiants. Les manœuvres et les intrigues redoublent d’intensité. Ils s’appuient sur les sections les plus modérées de l’opposition. Les masses, de leur côté, ne veulent pas que le mouvement soit détourné par des politiciens professionnels et des carriéristes qui négocient avec les généraux comme des marchands dans un bazar. Mais elles se posent la question : comment faire avancer la révolution ? Que faire ?

Au fur et à mesure que la révolution se radicalisera, des éléments qui ont joué un rôle dirigeant, au départ, quitteront l’arène – ou passeront à l’ennemi. Cela traduit les différents intérêts de classe qui sont en jeu. Les pauvres, les chômeurs et les travailleurs n’ont aucun intérêt à maintenir l’ordre établi. Ils veulent balayer, non seulement Moubarak, mais l’ensemble du régime d’oppression, d’exploitation et d’inégalité. Mais les libéraux bourgeois voient dans la lutte pour la démocratie un moyen d’accéder à une carrière confortable, au Parlement ou ailleurs. Ils n’ont aucun intérêt à mener la révolution jusqu’à son terme ou à bouleverser les rapports de propriété existants.

Pour les bourgeois libéraux, le mouvement de masse n’est qu’un élément de leur négociation avec le gouvernement, une force dont ils peuvent menacer le régime pour qu’il leur jette quelques miettes supplémentaires. Ils trahiront la révolution. On ne peut pas avoir confiance en ces gens. A présent, El Baradei dit qu’il s’oppose aux amendements constitutionnels, que les élections devraient être reportées, que les conditions ne sont pas mûres – et ainsi de suite. Pour ces gens, ce n’est jamais l’heure de la démocratie. Pour les masses qui ont versé leur sang pour la révolution, l’heure de la démocratie, c’est tout de suite !

Aucune confiance aux généraux !
Aucune confiance aux dirigeants autoproclamés qui appellent à restaurer la « normalité » !
Le mouvement de masse doit se poursuivre !
Organiser et renforcer les comités révolutionnaires !
Balayer tous les supporters de l’ancien régime !
Pour la convocation immédiate d’une Assemblée Constituante !


Les Frères Musulmans

Certains – dont Khamenei, en Iran – affirment que le mouvement en cours est de nature religieuse et qu’il s’agit d’un « réveil islamique ». C’est très clairement faux. Même les principales figures religieuses, en Egypte, le reconnaissent. Ils craignent d’être marginalisés s’ils présentent la révolution comme un mouvement religieux. C’est un mouvement de toutes les religions – et donc d’aucune. Il n’y avait pas d’agressivité contre les chrétiens, sur les manifestations. Il n’y avait pas même un atome d’anti-sémitisme.

Le sectarisme religieux est un outil des réactionnaires pour semer la confusion. Les attaques de décembre 2010 contre les coptes chrétiens étaient clairement organisées par la police secrète, dans le but de détourner l’attention des masses des véritables problèmes. Ils recourent à la même tactique aujourd’hui. Ils fomentent des conflits entre coptes et musulmans pour tenter de diviser le mouvement et miner la révolution.

En Tunisie et en Egypte, le mouvement révolutionnaire est très largement séculaire et démocratique. Souvent, les islamistes en ont été délibérément écartés. L’idée que les Frères Musulmans étaient la « seule opposition réelle » est complètement fausse. Les revendications fondamentales des manifestants égyptiens étaient – et demeurent – des emplois, des logements, de la nourriture et des droits démocratiques. Cela n’a rien à voir avec l’islamisme. Par contre, ces revendications sont un pont vers le socialisme, qui a de profondes racines dans les traditions des mouvements ouvriers d’Egypte et d’autres pays arabes.

A gauche, quelques esprits égarés ont décrit les mouvements en Egypte et en Tunisie comme des révolutions des « classes moyennes ». Les mêmes, parfois, ont longtemps flirté avec des groupes réactionnaires tels que le Hezbollah, le Hamas et les Frères Musulmans. Ils essayent de justifier cette trahison du marxisme en présentant les dirigeants de ces organisations comme « anti-impérialistes ». Mais c’est archi-faux. Les dirigeants islamistes ne sont « anti-impérialistes » qu’en parole. Dans la pratique, ils constituent une tendance réactionnaire. Ils sont la cinquième roue du carrosse de ces régimes.

Les impérialistes ont essayé d’utiliser les islamistes comme un épouvantail pour semer la confusion et cacher la véritable nature de la révolution arabe. Ils disaient : « Attention, si Moubarak s’en va, Al-Qaïda prendra sa place. » Moubarak lui-même a dit au peuple égyptien que s’il s’en allait, l’Egypte serait « comme l’Irak ». Autant de mensonges. Le rôle des fondamentalistes et d’organisations comme les Frères Musulmans a été exagéré de façon grotesque. Ces organisations ne représentent pas le progrès. Elles prennent une posture anti-impérialiste, mais soutiennent les intérêts des propriétaires terriens et des capitalistes. En fin de compte, elles trahiront toujours la cause des travailleurs et des paysans.

Il est vrai que les Frères Musulmans sont divisés suivant une ligne de classe. La direction est contrôlée par des éléments conservateurs, des capitalistes et d’importants hommes d’affaires, alors qu’il y a, à la base, des éléments plus militants et qui viennent des couches opprimées de la population. Cependant, pour gagner ces éléments à la cause de la révolution, il ne faut pas faire des alliances avec leurs dirigeants capitalistes, mais, au contraire, les soumettre à la plus implacable critique et démontrer que leur posture anti-impérialiste et « sociale » est complètement creuse.

Par le passé, les Frères Musulmans étaient soutenus par la CIA, dans l’objectif de saper le virage à gauche du nationalisme de Gamal Abdel Nasser. Le fondamentalisme musulman est une création de John Foster Dulles et du Département d’Etat américain, dans le but de faire contrepoids à la gauche après la guerre de Suez de 1956. Mais quand Sadat et Moubarak sont devenus des agents américains, Washington n’avait plus besoin des fondamentalistes. Hilary Clinton, entre autres, a déclaré que les Frères Musulmans ne sont pas une menace et qu’il est possible de travailler avec eux. C’est l’indication claire d’un nouveau tournant. Après s’en être servis comme des épouvantails, les impérialistes pourraient les utiliser, une fois de plus, pour miner la révolution.

A l’origine, le Hamas et le Hezbollah ont été mis en place, eux aussi, pour lutter contre le FPLP et d’autres tendances de gauche en Palestine. Plus tard, la CIA s’est servie d’Oussama Ben Laden contre les forces soviétiques en Afghanistan. Et voilà que de nouveau, les impérialistes intriguent avec les dirigeants des Frères Musulmans – contre la révolution égyptienne. Mais les Frères Musulmans ne sont pas un mouvement homogène. D’ores et déjà, ils se divisent en différentes fractions, suivant des lignes de classe.

Dans les années 80, les dirigeants des Frères Musulmans ont bénéficié de la libéralisation économique – le programme de l’infitah, « ouverture » – au cours duquel Sadat, puis Moubarak, ont démantelé le secteur public et favorisé le capital privé. D’après une étude, les hommes d’affaires qui dirigent les Frères Musulmans ont contrôlé jusqu’à 40 % de l’économie égyptienne. Ils font partie du système capitaliste et ont tout intérêt à le défendre. Leur conduite n’est pas déterminée par le Coran, mais par des intérêts de classe.

Les fondamentalistes étaient aussi effrayés par les masses révolutionnaires que le régime lui-même. Au départ, les Frères Musulmans ont déclaré qu’ils ne négocieraient pas tant que Moubarak ne serait pas parti. Mais dès que le régime leur a fait un signe du doigt, ils ont changé d’avis. Lorsque les manifestants empêchaient les tanks d’occuper la place Tahrir, en se couchant sur le sol, l’un des dirigeants des Frères Musulmans est allé tenter de les en dissuader.

Notre attitude à l’égard de ces mouvements a été expliquée il y a longtemps par Lénine, lors du Deuxième Congrès de l’internationale Communiste :

« En ce qui concerne les Etats et les pays les plus arriérés, où prédominent des institutions féodales ou patriarcales-rurales, il convient d’avoir en vue :

1) La nécessité du concours de tous les Partis communistes aux mouvements révolutionnaires d’émancipation dans ces pays. […] L’obligation de soutenir activement ce mouvement incombe naturellement en premier lieu aux travailleurs de la métropole ou du pays dans la dépendance financière duquel se trouve le peuple en question ;

2) La nécessité de combattre l’influence réactionnaire et moyenâgeuse du clergé, des missions chrétiennes et autres éléments ;

3) La nécessité, enfin, de combattre le panislamisme, le panasiatisme et autres mouvements similaires qui tâchent d’utiliser la lutte émancipatrice contre l’impérialisme européen et américain pour consolider le pouvoir […] de la noblesse, des grands propriétaires fonciers, du clergé, etc. ; » (Lénine, Thèses sur la question nationale et coloniale, le 5 juin 1920).


Telle est la véritable position du marxisme vis-à-vis de ces tendances réactionnaires. Telle est la position que la TMI défend.

Défendre l’unité du peuple révolutionnaire !
Contre toute discrimination fondée sur la religion !
Aucun compromis avec des tendances réactionnaires et obscurantistes !
Liberté absolue de croire en une religion ou de ne croire en aucune !
Complète séparation de la religion et de l’Etat !