Luis Zapata, leader du mouvement Jóvenes Por Patria (JPP, Jeunesse pour la patrie), membre du parti Patria Para Todos (PPT, Patrie pour tous) et proche collaborateur de la TMI au Venezuela, a été arrêté le dimanche 12 juillet à 16 heures, par des agents de la police nationale bolivarienne, près de la ville d'Ospino, dans l'État de Portuguesa.

Après 22 heures de détention, et suite aux manifestations de solidarité d'un grand nombre d'organisations politiques de gauche, la libération du camarade a été annoncée.

Il se rendait dans un camion agricole à la ville de Caracas, après avoir rencontré des membres de la communauté de l'Axe socialiste de Barinas et de l'équipe politique du PPT de la même région. Cette affaire révèle une réalité inquiétante pour tous les militants sociaux, les dirigeants syndicaux et les paysans : la criminalisation des luttes ouvrières et populaires de toutes sortes, et la violation des droits fondamentaux de ceux qui sont arrêtés alors qu'ils mènent leur lutte. On constate une forte augmentation des tendances répressives du gouvernement au cours de la dernière période, pour imposer à tout prix son paquet d'ajustement bourgeois antipopulaire.

La "raison" de l'arrestation était l'apparition surprise d'un mandat d'arrêt du bureau du procureur général de la République, qui ne précisait pas les faits reprochés à Zapata et qui n'avait pas le soutien d'un juge.

Il est clair que la comparution soudaine et inopportune d'une ordonnance du tribunal contre Zapata ne peut être autre chose qu'une manœuvre judiciaire. Cette aberration était tellement absurde et insoutenable que le procureur général de la République, Tarek William Saab, a dû ordonner la libération du camarade, suite aux démonstrations de solidarité et à la pression immédiate de nombreuses organisations de gauche (par le biais des médias sociaux) ; le secrétaire général du PPT, Rafael Uzcátegui, avait également demandé publiquement à ce que justice soit faite.

Intervention étatique dans la gauche chaviste révolutionnaire

Un autre fait doit être mentionné : le 21 août, la Cour suprême de justice vénézuélienne (TSJ) a décidé de destituer les dirigeants actuels du parti Patria Para Todos (PPT), en donnant le contrôle légal du parti à une faction minoritaire. Il s'agit là d'un autre cas scandaleux d'intervention de l'État dans les affaires d'organisations de gauche, qui ne peut être interprété que comme une réponse à la formation de l'Alternative Populaire Révolutionnaire, qui se présentera aux élections de décembre à l'Assemblée nationale.

Début août, une série de partis et d'organisations de gauche ont annoncé la création de l'Alternative Populaire Révolutionnaire (Alternativa Popular Revolucionaria), parmi lesquels : le Parti Communiste (PCV), Patria Para Todos (Patrie pour tous), le Parti Révolutionnaire du Travail (PRT), la section vénézuélienne de la TMI (Lucha de Clases). L'objectif est de concourir aux élections à l'Assemblée nationale du 6 décembre séparément du PSUV, sur la base d'un programme de défense des intérêts des ouvriers et des paysans et contre l'impérialisme. Le PCV et le PPT avaient auparavant fait partie d'une alliance avec le PSUV.

La décision de lancer l'APR avait été contestée par l'aile droite du PPT, qui s'était complètement adaptée aux politiques de la direction du PSUV.

Puis, le jeudi 20 août, l'aile droite du PPT a déposé une plainte devant la Cour suprême de justice. Ils allèguent que le processus interne de prise de décision au sein du parti a été brisé. La direction est censée prendre des décisions par consensus, mais dans ce cas, elle l'a fait par un vote à la majorité. Or l’aile droite du PPT est en minorité au sein de la direction et dans les rangs du parti…

Le TSJ (Cour suprême de justice) a donc décidé en moins de 24h que la direction actuelle du PPT était suspendue et a nommé un comité de direction ad hoc pour reprendre le parti. Le comité ad hoc est composé exclusivement de ceux qui ont déposé plainte !

En outre, deux autres partis de gauche ont vu leurs affaires internes prises en charge par des groupes rivaux grâce à l'intervention du TSJ. Le 18 août, le TSJ a démis de ses fonctions les dirigeants élus de Tupamaros (MRT), un parti qui participe au gouvernement, et a nommé un comité de direction ad hoc sous le contrôle d'un groupe rival. Le conflit au sein du Tupamaros oppose les partisans de Hipólito Abreu (ministre des transports) qui sont favorables à une alliance plus étroite avec le PSUV et soutiennent les politiques du gouvernement, et ceux qui ont une ligne plus critique.

Il est difficile de ne pas en conclure que l'appareil d'État agit pour empêcher ou rendre difficile la participation de l'APR aux élections.

Cette situation met en évidence le pourrissement de l'État bourgeois vénézuélien et de ses institutions, dirigées par la symbiose corrompue des bureaucrates et de la soi-disant « bourgeoisie révolutionnaire », en collusion avec l'oligarchie bourgeoise et les propriétaires fonciers. Pour les révolutionnaires, il faut d’urgence détruire la vieille machine étatique capitaliste ! Elle doit être remplacée par un nouvel État gouverné par les travailleurs eux-mêmes, basé sur les conseils des travailleurs et des communes coordonnés aux niveaux local, régional et national, avec des représentants élus depuis la base, révocables à tout moment. Toute politique et action doit être menée sous le contrôle de la classe ouvrière et des secteurs populaires organisés.

La lutte pour la construction d'une alternative révolutionnaire au Venezuela, pour la défense des droits des travailleurs, pour la réforme agraire, pour le socialisme et contre l'impérialisme se poursuit, indépendamment des menaces et de l'intervention de l'État.

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