Les sacrifices que la « troika » (BCE, UE, FMI) impose au peuple grec, avec la complicité du gouvernement de Papademos, mènent le pays tout droit vers une explosion révolutionnaire.

La question n’est plus de savoir si, mais quand la révolution grecque va commencer. Désormais, n’importe quel événement peut mettre le feu aux poudres.

Pour la cinquième année consécutive, l’économie du pays est en récession. Les petits magasins ferment les uns après les autres. Le nombre de gens qui fouillent les poubelles, dans les rues, augmente de jour en jour, tout comme le nombre de sans-abris, dont certains vivaient jusqu’alors confortablement. Des dizaines de milliers de vies se brisent sous le poids de la crise et des plans de rigueur. Les services publics sont à l’agonie. Faute d’argent, les hôpitaux manquent de médicaments et des fournitures de base, comme dans un pays du tiers-monde en guerre. De plus en plus de parents renoncent à vacciner leurs enfants : en perdant leur emploi, ils ont aussi perdu leur couverture maladie et ne peuvent s’en payer une. Le pays est en chute libre – à l’exception de la poignée de parasites qui possèdent les banques et les grandes entreprises.

Pour la masse de la population, ce huitième plan de rigueur se traduira par une baisse de ses revenus d’environ 25 %, en moyenne. C’est ce qu’exigeait la troïka pour accorder à l’État grec un prêt de 130 milliards d’euros. Où ira cet argent ? Les termes du prêt sont parfaitement clairs : pas un centime n’est destiné aux dépenses courantes de l’État, à la sécurité sociale, au payement des salaires des fonctionnaires, des retraites ou des allocations chômage. Non : cet argent sera entièrement consacré au remboursement de la dette – au payement des créanciers. Il ne s’agit pas de « sauver la Grèce », mais de nourrir le capital financier. De nouvelles coupes sociales seront imposées. D’après un institut de recherche syndical, l’État grec ne pourra plus payer les retraites dès le mois de juin. Il devra les réduire de 30 à 40 %.

L’« accord » trouvé à Bruxelles, le 21 février, renforce la tutelle de la troïka sur le gouvernement grec. Des fonctionnaires de l’UE devront occuper des positions clés dans les ministères. L’accord prévoit aussi que le parlement grec devra obligatoirement modifier sa constitution, en 2013, pour y insérer une clause donnant au remboursement des créanciers la priorité sur toute autre dépense de l’État. Le premier ministre grec, Lucas Papademos, n’y voit aucune atteinte à la souveraineté nationale du pays. Et pour cause : la classe dirigeante grecque et les spéculateurs internationaux s’accordent sur la nécessité de faire payer la crise au peuple grec. C’est bien d’abord et avant tout une question de classe.

La faillite de la Grèce semble inévitable. En minant davantage le pouvoir d’achat de millions de personnes, le dernier plan de rigueur va saper la demande, aggraver la récession, provoquer une nouvelle chute des recettes fiscales et donc un accroissement de la dette. Les capitalistes européens en sont conscients, même s’ils ne le disent pas ouvertement. Ce qui est à l’ordre du jour, désormais, c’est une « faillite contrôlée » de la Grèce. « Contrôlée » signifie : avec le moins de pertes possible pour les banquiers et les spéculateurs. Cela n’est possible qu’en transférant au maximum le poids de la crise sur les épaules du peuple grec.

Reste que les Etats européens sont profondément divisés sur cette question. L’Allemagne et ses satellites d’Europe du Nord voudraient accélérer le processus. Ils ne veulent plus jeter d’argent dans le puits sans fond de l’État grec et estiment – à tort – que leurs économies sont suffisamment solides et leurs finances suffisamment saines pour résister à l’onde de choc d’une faillite de la Grèce. Mais la France et d’autres Etats européens surendettés se sentent nettement plus exposés. Ils redoutent un « effet domino » qui les mènerait au bord du gouffre. Ils exhortent l’Allemagne à la générosité. Mais comme le dit le proverbe : « générosité bien ordonnée commence par soi-même » !

Élections

Papademos a annoncé des élections anticipées pour le mois d’avril. Cette décision n’a rien à voir avec de pieuses préoccupations démocratiques. La classe dirigeante grecque redoute la réaction des masses. Elle a besoin d’un gouvernement « légitime », issu des urnes, pour saigner le peuple. Or, plus tard ces élections seront organisées, plus il lui sera difficile de constituer une majorité gouvernementale. En effet, toutes les formations qui ont participé au gouvernement de Papademos sont en baisse dans les sondages. Le PASOK (socialiste) s’est effondré à 9 % d’intentions de vote. Nouvelle Démocratie (droite) est à 27 %, mais dégringole sans cesse. Le parti d’extrême droite Laos recule, lui aussi, ce qui a poussé sa direction à quitter le gouvernement. Dans l’immédiat, la classe dirigeante est contrainte de miser sur la Gauche Démocratique, un parti sans base de masse mais qui, n’ayant pas participé au gouvernement, recueille 15 à 18 % des intentions de vote.

Le fait le plus remarquable est l’ascension des deux partis qui se tiennent sur la gauche du PASOK : le Parti Communiste grec (KKE) et Syriza, une coalition emmenée par le parti Synaspismos, d’origine communiste. Ensemble, le KKE et Syriza totalisent plus de 30 % d’intentions de vote. Comme l’expliquent nos camarades grecs, ce chiffre pourrait être encore plus élevé si les deux partis constituaient un Front Unique reposant sur un programme clair de rupture avec le capitalisme. À ce stade, la direction du KKE rejette toute idée d’alliance avec Syriza. La pression de la base doit s’intensifier pour surmonter cette division funeste et imposer une lutte commune contre la droite et le capitalisme grecs.

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