Depuis la publication de cet article par Rivoluzione (journal de la TMI en Italie) jeudi 19 mars, dans un communiqué publié dans la nuit de samedi à dimanche, le Premier ministre italien a demandé aux entreprises de cesser toutes leurs activités, à l’exception des chaînes d’approvisionnement essentielles. Mais bons nombre de revendications exprimées dans cet appel sont toujours d'actualité et sont une source d'inspiration pour les travailleurs du monde entier.


Nous sommes au beau milieu d’une situation d’urgence sanitaire liée au coronavirus. Les réglementations gouvernementales obligent à rester à la maison et fournissent des mesures de protection et de sécurité maximales. C’est en effet une nécessité pour arrêter la propagation de l’infection – une pandémie, comme l’a déclaré l’Organisation Mondiale de la Santé.

Et pourtant ces règles ne s’appliquent pas à tout le monde. Des millions de travailleurs sont obligés d’aller travailler. Les décrets publiés au fur et à mesure par le gouvernement italien garantissent tous le maintien de la production de secteurs qui ne relèvent pas de services essentiels à la population. La santé des travailleurs est sacrifiée sur l’autel du profit. Même l’accord signé par les syndicats le 14 mars dernier, avec les associations patronales et le gouvernement, va malheureusement dans ce sens.

Les salariés de tous les services essentiels travaillent sans aucune sécurité, dans de nombreux cas sans dispositifs de protection ou avec des Equipements de Protection Individuelle (EPI) non conformes. Le cas des personnels de santé est particulièrement choquant. De lieux de soins, les hôpitaux se transforment en lieux de contagion. Les travailleurs de la santé constituent 8,3 % des personnes infectées selon les derniers chiffres, deux fois plus que la Chine ! Notre système de santé s’effondre littéralement, résultat de son démantèlement au cours de ces 30 dernières années. Si les professionnels de la santé et des pharmacies entrent en contact avec une personne infectée au COVID-19, selon le décret Speranza [Espoir] du 9 mars, ils ne sont plus mis pour autant en quarantaine et doivent continuer le service. Cette obligation est une conséquence du blocage des embauches au cours de ces 10 dernières années ! Ces travailleurs sont présentés comme des héros, mais dans la réalité ils sont maltraités.

Le maire de Brescia a dénoncé ce qui est évident pour tout le monde : les usines restées ouvertes ont constitué un terrain fertile pour que le virus continue de se répandre dans les provinces comme celles de Brescia ou Bergame [au Nord de l’Italie] qui se trouvent aujourd’hui dans la situation la plus dramatique. 

Nous sommes des dirigeants syndicaux, des délégués et des travailleurs qui, pour les raisons décrites ci-dessus, jugent nécessaire que la classe ouvrière agisse par elle-même, comme cela se produit déjà de nos jours, avec ses outils, ses compétences et un programme pour organiser la lutte. Nous considérons qu’il est erroné d’avoir signé l’accord du 14 mars, qui n’arrête pas la production, laisse les entreprises libres et n’introduit que des mesures de protection partielles. En conséquence nous revendiquons les points suivants :

1. Les travailleurs des services essentiels à la population doivent travailler en toute sécurité. Un plan extraordinaire d’acquisition d’EPI est nécessaire, comme des masques, des gants et des solutions hydroalcooliques adaptés à l’hygiène. Cela doit passer également par la nationalisation des grandes entreprises utiles à cet effet, sans compensation financière et en convertissant la production. 

2. Le recrutement immédiat de tous les professionnels de santé au chômage et réquisition sans compensation de structures privées pour le traitement des patients atteints de coronavirus et renforcement des soins intensifs dont les lits doivent être décuplés rapidement. 

3. L’extension du nombre de tests de dépistage afin de prévenir la propagation de l’infection, et non plus seulement pour recenser les patients déjà clairement malades. 

4. Les agents de la Fonction publique en contact avec des personnes infectées sans protection adéquate, comme tout citoyen, doivent être soumis à un dépistage et placés immédiatement en quarantaine pour éviter de propager l’infection. Le point 11 de l’accord qui attribue à l’entreprise l’évaluation de la poursuite ou non du travail des travailleurs à risque doit être supprimé. 

5. La production de biens non essentiels doit être arrêtée immédiatement, au nom de la sécurité des travailleurs et de la nécessité d’aider à stopper la pandémie.

6. La réduction des heures de travail avec garantie du salaire au même niveau, un plan d’embauche massif et une réduction des heures d’ouverture des magasins alimentaires et des entreprises qui vendent des produits de première nécessité, ainsi qu’une réduction de la charge de travail pour le secteur du transport de marchandises, de la logistique postale.

Le gouvernement annonce de nouveaux décrets restrictifs à venir. Les syndicats ont également le devoir d’exiger via la mobilisation et la grève que le premier point de ce décret soit la fermeture de toutes les usines, entreprises et services non essentiels et l’application rigide de mesures de sécurité pour ceux qui doivent continuer à fonctionner.

Il faut fermer les usines et toutes les entreprises qui ne produisent pas ou ne distribuent pas de produits primaires, avec une couverture à 100 % des salaires garantie par l’entreprise, comme cela est arrivé à Ferrari et à d’autres entreprises ! Si les patrons ne sont pas d’accord pour fermer les lieux de travail qui ne fournissent pas de services essentiels, que les travailleurs et leurs syndicats proclament la grève et l’arrêt de la production si les conditions existent. Les grèves qui éclatent également en Espagne, en France, aux États-Unis, au Canada et dans d’autres pays confirment que les travailleurs ont très bien compris la situation et ne souhaitent pas se rendre à l’abattoir au nom du profit.

Nous soutenons et participons à toute action, même partielle, visant à défendre la santé des travailleurs, et en particulier nous nous battrons pour que les « commissions d’application et de vérification des règles de l’accord », prévues dans l’accord du 14 mars lui-même, assurent effectivement la présence de délégués et travailleurs élus et révocables à tout moment. Ces délégués doivent constituer une épine dans le pied [du patronat et du gouvernement] qui permettra de garantir le respect de la sécurité des travailleurs, et d’obtenir un lieu où les travailleurs ont le pouvoir d’imposer l’assainissement des installations et des environnements et le respect de toutes les mesures de sécurité. Ce pouvoir doit aller jusqu’à imposer l’arrêt de la production en cas de danger réel, via la transmission d’informations à tous les travailleurs dans la plus grande transparence.

En même temps, nous n’acceptons pas que la responsabilité soit entièrement transférée aux travailleurs et aux délégués. Les syndicats doivent assumer pleinement leur tâche en unifiant les grèves et les protestations autour de la demande centrale de blocage des activités non essentielles.

Après cette période critique, nous devrons présenter l’addition. Il faudra récupérer ce qui a été perdu pendant ces mois d’arrêts forcés et de chômage partiel ou total. Une crise économique sans précédent approche et nous, les travailleurs, n’aurons pas à la payer.

Lorsque cette pandémie se résorbera, ce sera grâce au professionnalisme des travailleurs de la recherche, de la santé et des services essentiels. Cette expérience dramatique et tragique aura davantage mis en évidence à quel point le capitalisme est une catastrophe.

Premiers signataires :

Mario Iavazzi (Direttivo nazionale Cgil), Paolo Brini (Comitato Centrale Fiom-Cgil), Antonio Forlano (Rsu Ups Milano, direttivo nazionale Filt-Cgil), Irene Forno (Direttivo nazionale Nidil-Cgil), Gianplacido Ottaviano (Rsu Bonfiglioli Bologna Assemblea generale Fiom-Cgil), Paolo Grassi (Assemblea generali Nidil-Cgil), Margherita Colella (Assemblea generale Emilia Romagna), Davide Ledda (direttivo Regionale Fiom-Cgil Emilia Romagna), Federico Toscani (direttivo Filcams-Cgil Parma), Pierugo Sorbo (Assemblea generale Flai-Cgil Parma), Filippo Agazzi (Rsu Ggi Spa Fiom-Cgil Parma), Ferdinando De Marco (Er Sistemi Sano Polo di Torrile Fiom Parma), Daniele Chiavelli (Assemblea generale Flc-Cgil Mantova), Domenico Loffredo (Operaio Fca Pomigliano Direttivo Campania Fiom-Cgil), Vincenzo Chianese (delegato Ergom direttivo Campania Fiom-Cgil), Vittorio Saldutti (direttivo Flc-Cgil Napoli), Luca Paltrinieri (Rsu Netscout direttivo Fiom-Cgil Modena), Giuseppe Violante (delegato Rsu Maserati direttivo Fiom-Cgil Modena), Matteo Parlati (delegato Ferrari direttivo Fiom-Cgil Modena), Giuseppe Faillace (Rsu Motovario direttivo Fiom-Cgil Modena), Simona Leri (Rsu Coop Alleanza 3.0 direttivo Cgil Modena), Luca d’Angelo (Rsu TR direttivo Fiom-Cgil Modena), Davide Bacchelli (delegato Ima direttivo Fiom-Cgil Emilia Romagna), Gian Pietro Montanari (Rsu Toyota Fiom-Cgil Bologna), Gianluca Sita (Rsu Fiom-Cgil Ima assemblea generale Fiom Bologna), Domenico Minadeo (Rsu Fiom Metaltarghe Assemblea generale Fiom-Cgil Bologna), Massimo Pieri (Rsu Tas spa Casalecchio di Reno direttivo Fiom-Cgil Bologna), Nico Maman (direttivo Funzione Pubblica-Cgil Bologna), Laura Minadeo (assemblea generale Filcams-Cgil Bologna), Emanuele Miraglia (direttivo Nidil-Cgil Bologna), Luca Ibattici (Rsu Spal direttivo Fiom-Cgil Reggio Emilia), Marco Mussini (delegato Rsu Corghi Correggio, Dir. Fiom-Cgil Reggio Emilia), Davide Tognoni (Rsu FP-Cgil Comune di Rolo Reggio Emilia), Ilic Vezzosi (Dir. Cgil Emilia Romagna), Marco Paterlini (direttivo Flc-Cgil Reggio Emilia), Nensi Castro (delegata Rsa CNA Reggio Emilia), Gianluca Pietri (delegato RSU Istituto.Russell di Guastalla Reggio Emilia), Christian Febbraro (Rsu Dgs Spa direttivo Fiom-Cgil Genova), Giannantonio Currò (Direttivo Flc-Cgil Genova), Paola Agostrini (Assemblea generale Flc-Cgil Genova), Franco Ferrara (Spi-Cgil Genova), Diego Sabelli (delegato Rsu Elt Assemblea generale Fiom-Cgil Lazio), Giordano Amato (direttivo Nidil-Cgil Roma est), Marco Carletti (direttivo Fisac-Cgil Lazio), Irene Caporale (Assemblea generale Fisac-Cgil Lazio), Nicola Di Sarli (Assemblea generale Fisac-Cgil Roma Nord), Mirko Sighel (Direttivo Cgil Trentino), Davide Fiorini (Direttivo Nidil-Cgil Trieste), Chiara Massimello (Direttivo Nidil-Cgil Trentino), Angelo Raimondi (delegato Rsu Filcams-Cgil Esselunga Corbetta-Milano), Elena Mondini (Rsu Ups Vimodrone Milano direttivo Filt-Cgil), Cinzia Crespi (Rsu Ups Vimodrone Milano direttivo Filt-Cgil), Barbara Lietti (direttivo Lombardia Funzione pubblica-Cgil), Francesca Esposito (Direttivo regionale Lombardia Filt-Cgil), Joan Valdiviezo (delegato Filt-Cgil Italgroup Ups Milano), Jeisson Zuniga (delegato Filt-Cgil Planet Cantiere Ups Milano), Fiammetta Fossati (Rsu Fiom-Cgil Etipack Milano), Antonio Mangione (delegato Rls Appalti ferroviari Filt-Cgil Milano), Serenella Ricci (Assemblea generale Lombardia Fisac-Cgil), Lorenzo Esposito (Rsa Banca D’Italia Milano), Sergio Schneider (delegato Rsu scuola Direttivo Flc-Cgil Milano), Tomaso Perani (delegato Rsu Università Statale Milano, Assemblea generale Milano Flc-Cgil).

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