Les résultats du 1er tour des élections municipales ont confirmé le désaveu massif qui frappe le PS au pouvoir.

Comparées aux municipales de 2008, les listes dirigées par le PS s’effondrent. Dans bien des villes, elles font même un plus mauvais score que lors des municipales de 2001. A l’époque, déjà, le gouvernement « socialiste » de Lionel Jospin avait été lourdement sanctionné par l’électorat de gauche. Et cette fois encore, la droite va gagner de nombreuses villes par défaut, sur fond d’abstention massive.

Le gouvernement dit avoir « entendu le message » et s’engage à « accélérer » sa politique de « redressement du pays ». Autrement dit, il s’engage à poursuivre et intensifier la politique d’austérité qui a été rejetée dans les urnes, dimanche dernier. Le 26 mars, le Ministère du Travail annonçait une nouvelle augmentation du nombre de chômeurs, particulièrement forte, en février : autant pour le « redressement du pays ». Ce décalage entre les discours optimistes du gouvernement et la réalité brutale de la situation sociale est une insulte aux millions de victimes de la crise du capitalisme.

Le Front National

Dans ce contexte, le Front National réalise des scores importants. Ville après ville, le parti de Marine Le Pen fait ses meilleurs résultats lors d’une élection municipale, en pourcentage comme en nombre de voix. Jean-Luc Mélenchon et le PG ont raison de dénoncer l’omniprésence du FN, dans les commentaires des grands médias, et l’omerta qui frappe les listes du Front de Gauche. Mais ce n’est pas une raison pour minimiser le score du FN au moyen de telle ou telle trouvaille statistique. Il faut avant tout comprendre les raisons de ce score.

Comme La Riposte l’explique régulièrement, la crise du capitalisme entraîne une polarisation et une volatilité politiques croissantes. De brusques mouvements d’opinion – vers la gauche et vers la droite – sont inévitables. Ce processus n’en est qu’à ses débuts, en France. En Grèce, où la crise est plus profonde (pour le moment), on a assisté à des poussées électorales des fascistes d’Aube Dorée – mais aussi, sur la gauche, à l’ascension rapide de Syriza (de 5 à 30 % des voix) au détriment du PASOK, qui avait mené des plans de rigueur drastiques.

En France, le discrédit qui frappe le PS et l’UMP s’est manifesté, lors de ce premier tour, par une abstention record (38,6 %) et, à droite, par une poussée du FN. Outre les couches des classes moyennes qui forment le socle traditionnel du vote FN, celui-ci a réussi à capter les voix de centaines de milliers de travailleurs, chômeurs et retraités écrasés par la crise et ulcérés par le spectacle d’une classe politique incapable d’apporter un début de solution à leurs problèmes. Le FN n’a jamais gouverné au plan national. Sa démagogie « anti-système », dans un contexte où le système frappe la masse de la population, marque des points. Quant à la stratégie des prétendus « fronts républicains » avec la droite, elle ne peut qu’apporter de l’eau au moulin du FN, qui a beau jeu de se poser en « victime du système UMPS ».

Le Front de gauche

Les résultats du Front de Gauche, avec ou sans le PCF, ne marquent pas de percée sur la gauche du PS. Ils ont certes montré la capacité des listes du Front de gauche à laisser loin derrière LO et le NPA, même lorsque le PCF était allié au PS, ce qui prouve que le PG a réussi à se constituer une certaine base électorale (mince et fragile). Ces résultats rappellent aussi l’enracinement local du PCF, qui lui permet d’avoir des candidats et de faire de bons scores dans de nombreuses petites communes. Mais le Front de gauche fait en moyenne 8,2 % des voix dans les 259 communes de plus de 20 000 habitants où il avait des listes. Or dans ces mêmes communes, Mélenchon avait recueilli 12,4 % des voix à la présidentielle de 2012 [1]. La colère qui gronde, dans le pays, n’a pas trouvé d’expression claire sur la gauche de l’échiquier politique. C’est un avertissement qui doit être pris au sérieux et dont il faut tirer les leçons.

Ces résultats du Front de gauche ne sont pas surprenants. Dans un article publié avant les élections, nous écrivions : « La plus grande faiblesse du Front de Gauche, c’est son programme réformiste. Plus la crise du capitalisme s’intensifie et frappe la masse de la population, plus le chômage et le désespoir augmentent, moins les mots d’ordre tels que "révolution fiscale" ou "VIe République" sont à la hauteur de la situation. Ils ne répondent pas concrètement aux problèmes brûlants de millions de travailleurs – et en particulier à la flambée du chômage, à la multiplication des plans sociaux, à la baisse du pouvoir d’achat et à la casse des services publics. […] L’"opposition de gauche" au gouvernement doit s’incarner dans un programme offensif qui s’attaque à la racine de la crise, c’est-à-dire à la domination et au saccage de l’économie par une poignée de grands capitalistes. Les revendications "immédiates" – sur les salaires, les conditions de travail, la fiscalité, etc. – doivent être liées à l’objectif clairement affiché de "prendre le pouvoir" à la classe capitaliste et de reconstruire la société sur des bases socialistes.  »

A cela s’ajoute la division du PCF et du PG, dont nous écrivions dans le même article qu’elle « ne repose sur aucune divergence programmatique ou de principe. Des deux côtés, le conflit repose sur des logiques d’appareil. Cette division se double d’une tactique opportuniste. Pendant que le PCF fait de nombreuses alliances au premier tour avec le PS, principal parti gouvernemental, le PG se félicite de ses alliances au premier tour avec les Verts, deuxième parti gouvernemental. Et dans le même temps, les dirigeants du Front de Gauche se présentent comme une "opposition de gauche" au gouvernement ! Ce n’est pas crédible. »

Le PG et les Verts

Les dirigeants du PG insistent, depuis dimanche, sur le « succès » de leurs alliances avec les Verts. « Voyez nos scores à Grenoble (29,4 %), Rennes (15,1 %), Poitiers (15,3 %) et ailleurs ! ». Et ils se félicitent du fait que, dans certaines circonstances, « les voix des Verts s’additionnent aux nôtres ». C’est la formule de l’opportunisme électoral par excellence. Or en matière d’opportunisme, les Verts sont de très bons partenaires. Machine électorale bien rodée, ils font des voix aux marges de la droite et de la gauche. Ils n’ont qu’un principe solide : la conquête de postes – au gouvernement, dans les municipalités, les régions, les départements, au Parlement européen, partout, au prix d’alliances très diverses.

La perspective de constituer une « nouvelle majorité électorale » avec les Verts est un dangereux mirage opportuniste. La tâche fondamentale du Front de Gauche n’est pas de chercher à « additionner » des suffrages au moyen d’alliances électorales sans principes ; c’est de s’enraciner chez les jeunes, les travailleurs et les syndicalistes sur la base d’un programme de rupture avec le système capitaliste, ce qui éloignerait immédiatement les Verts. La direction du PG substitue la recherche d’une majorité arithmétique à l’élaboration et à la popularisation d’un programme visant à en finir avec la dictature des banquiers et des grandes multinationales. La base idéologique et programmatique des alliances avec les Verts, c’est le réformisme, qui n’a lui-même plus aucune base matérielle, du fait de la crise. Sur le papier d’un résultat électoral, de telles alliances peuvent sembler efficaces. Mais dans la dynamique à venir de la lutte des classes, cela ne pèsera strictement rien.

 Battre la droite !

Dimanche, il faut partout voter pour des listes de gauche afin de battre la droite. Aucun soi-disant « front républicain » avec la droite ! Mieux vaut se battre, perdre la mairie, mais gagner quelques élus de gauche au Conseil municipal que laisser tous les élus à la droite et l’extrême droite au nom d’une logique soi-disant « républicaine » qui, au final, fait le jeu du FN.

En refusant d’appeler à battre la droite dans certaines villes, par exemple à Toulouse et Paris, le PG est dans une posture revancharde et objectivement ultra-gauchiste. Il n’y gagnera rien, si ce n’est le mépris d’électeurs redoutant la victoire de la droite. Quant aux dirigeants locaux du PCF qui ont fait obstacle à la fusion des listes avec le PG, ils ne jouent pas un rôle plus brillant. Toutes ces mesquineries bureaucratiques entre le PCF et le PG ont une base commune : le réformisme et l’opportunisme de leurs directions. C’est d’abord cela qu’il faut corriger, si nous voulons que le Front de gauche devienne un relais efficace de la colère croissante des masses.

[1] Source : Municipales 2014 : le Front de gauche à la loupe

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