La Commune de Paris, une inspiraton pour les révolutions d'aujourd'hui.

 

Entre le 18 mars et le 28 mai 1870, les parisiens inaugurent un nouveau modèle de gestion qui s'est affranchi du système étatique bourgeois. Les innovations apportées par la Commune sont fondamentales, car elles donnent vie aux principes généraux relatifs à la nature de l’État socialiste qui ont été énoncés par Marx. Les enseignements à tirer de cette expérience révolutionnaire sont multiples et recouvrent l'ensemble de la société. Toutefois, dans cet article, nous allons nous concentrer sur la transformation de l’État.

Tout d'abord, un petit rappel historique afin de bien situer le contexte de la Commune. En juillet 1870, l'empereur Napoléon III de France, attaque le royaume prussien dirigé par le chancelier Bismarck. Le casus belli fut la candidature d'un prince prussien pour le trône espagnol qui était vacant depuis 1868. Cette candidature a soulevé l'indignation des français qui se voyaient ainsi encerclés par les allemands au sud et à l'est.  À cotés de cela, Bismarck avait en tête la réunification de l'Allemagne et une agression française représentait à ses yeux le meilleur moyen de coaliser tous les allemands face à un ennemi commun, surtout que l'armée française n'était pas préparée à une guerre contre la Prusse (soldat mal équipé, armes désuètes, nombre insuffisant, …). Malgré le retrait de la candidature du prince allemand, la France attaque la Prusse à l'issue de la détérioration des relations franco-prussiennes qui a suivi l'abandon des prétentions prussiennes à la couronne espagnole.

Le 19 juillet 1870 la France entre en guerre. Cette campagne se terminera le 2 septembre 1870 avec la défaite de Sedan. Deux jours plus tard, le 4 septembre, la Troisième République Française est proclamée à Paris et Napoléon est destitué. Des élections sont organisées et Thiers devient chef de l'exécutif. Le gouvernement français s'installe à Versailles et en accord avec l'armée prussienne, il va assiéger la Commune de Paris qui ne s'est pas résignée à la défaite et se désolidarise de l'acte de capitulation du gouvernement français et de son état-major. Ainsi, les parisiens se soulèvent contre le gouvernement de Versailles et l'ennemi prussien par la proclamation de l'indépendance de la Commune (qui à l’époque était une des plus grandes villes au monde avec 1,8 million d’habitants dont 440.000 ouvriers) . Ce siège débouchera sur la semaine sanglante (21 au 28 mai 1871) où la Commune sera anéanti dans le sang.

Intéressons-nous maintenant à la Commune en tant qu'organisation politique. L'une des premières réformes fut celle des institutions politiques et donc de l’État. Ce besoin de modification étatique a été souligner par Marx qui considérait l’État comme un organisme de domination de classe qui légalise l'oppression de classe. Engels, quant à lui, ajoute que le développement du pouvoir étatique est un pouvoir issu de la société mais qui se place au-dessus d'elle et lui devient de plus en plus étranger. Ce pouvoir consiste principalement de détachements spéciaux d'hommes armés (policiers et soldats).

La démocratie bourgeoise actuelle est la meilleure forme politique possible pour le Capital car il assoit de manière pérenne son autorité, car le corps politique bourgeois n'appartient pas directement au Capital mais lui est totalement asservi. Les changements de partis politiques après les élections ne portent aucune atteinte à la suprématie de l'économie capitaliste, au contraire elle renforce son pouvoir en donnant une illusion d’alternance politique. Il est donc primordial de solutionner la question de l’État.

Ce pouvoir que l'on appelle État doit, à terme, disparaître. Le processus d’extinction de l’État se fait en trois étapes : 1) l’État bourgeois est renversé par la révolution prolétarienne 2) l'instauration d'un État prolétarien qui va constituer une période de transition 3) la dissolution de l’État prolétarien.

Durant la période de transition, il faut garder les concepts de démocratie et de représentativité mais en changeant de paradigme. En effet, il faut que le système démocratique soit plus simple afin de favoriser le contrôle du peuple, mais il faut aussi que cette démocratie soit plus complete en ajoutant à ce principe d’électivité celui de révocabilité, c'est-à-dire que tous les élus sont révocables à tout moment si une majorité de citoyens le désir. En ce qui concerne la fonction publique, il faut qu'elle soit dénudée de tous ses privilèges, par exemple, le salaire d'un élu ne peut pas dépasser celui d'un ouvrier. Ceci représente un tournant majeur car avec ces réformes on opère une triple modification du corps politique : la démocratie bourgeoise devient la démocratie prolétarienne, la démocratie des oppresseurs devient la démocratie des opprimés et l’État comme pouvoir spécial devient le pouvoir général  de la majorité du peuple.

L'idée sous-jacente à tout cela, c'est qu'au plus le pouvoir est exercé par un grand nombre de personnes au moins ce pouvoir est nécessaire puisque tout le monde peut l'exercer. Cette conception du politique est aux antipodes du système actuel qui considère le pouvoir étatique comme un privilège qui ne peut être exercé que par une minorité de spécialistes éclairés en excluant le citoyen moyen qui est revêtu d'une condition quasi animale, ne pouvant ni avoir conscience des enjeux politiques ni comprendre l’environnement dans lequel il évolue.

Or, la Commune de Paris est exemple du bon fonctionnement de ces réformes marxistes de l’État puisqu'elle y ont été appliquées avec succès. En effet, le système politique de la Commune était composé de conseillers municipaux élus au suffrage universel dans chaque arrondissement de la ville. Ces conseillers pouvaient être révoqués à tout moment et ceci s'appliquait aussi à tous les fonctionnaires. Cette expérience de la Commune a donné une traduction pratique du principe d'organisation du prolétariat en classe dominante. D'ailleurs, Marx considère la Commune comme une forme positive de république prolétarienne socialiste. La Commune est la première tentative faite par la révolution prolétarienne pour briser la machine d’État bourgeois, elle est la forme politique, enfin trouvée, qui peut mettre un terme à l'exploitation de l'homme par l'homme.

Toutefois, afin de réaliser pleinement la société socialiste, il ne faut pas oublier, et les communards ne l'ont pas oublié en réquisitionnant les ateliers laissés à l'abandon par les capitalistes, d'agir non seulement sur le corps politique du Capital mais aussi sur le cœur du système capitaliste qui est le pouvoir économique en transformant la propriété privée en propriété sociale et en se réappropriant les outils de production.  

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