Rouge vif ! C’est d’un rouge vif qu’est marquée la Belgique - en particulier Bruxelles et la Wallonie - sur la carte européenne de la contamination au Covid-19 : le pays se trouve à la première place du nombre de contaminations en Europe.

La Wallonie et Bruxelles sont les régions les plus touchées du continent ; elles sont devenues ce que la Lombardie en Italie représentait lors de la première vague au printemps : l’épicentre de la nouvelle vague de contamination. Il est désormais évident que, dans les hôpitaux bruxellois et wallons, cette deuxième vague va dépasser la première. Comme le virus ne fait pas de distinction régionale ou linguistique, la Flandre risque d’emboîter rapidement le pas. La capacité d’admission des hôpitaux va arriver à saturation dans les deux semaines. A Liège, c’est déjà le cas ; l’armée y déploie des hôpitaux de campagne pour accueillir de nouveaux patients. Les hôpitaux libèrent de plus en plus de lits pour les patients atteints du Covid-19 aux dépens des autres maladies et accidents. Il ne sera bientôt plus possible de se faire soigner correctement en cas de fracture ou autre maladie. Le personnel soignant est de nouveau à bout de souffle : il revit le cauchemar du printemps. Entre 10 à 30 % des soignants sont en arrêt maladie suite au Covid ou à des burn-out. Fait rare, les blouses blanches de l’hôpital universitaire Erasme ont arrêté le travail pour dénoncer le manque d’embauches : « Il y a des gants en suffisance, mais pas assez de mains » expliquent-elles. Sept mois après le début de la première vague, la Belgique n’est pas préparée à la recrudescence du virus, qui, conjuguée à l’arrivée de la grippe saisonnière, va rendre la situation pire qu’au printemps.

Impréparation totale

Au sein de la population les sentiments d’inquiétude et de colère se mêlent de plus en plus au dégoût face au manque de prévision des politiques. Rappelez-vous qu’au mois d’août le gouvernement Wilmès nous exhortait à « apprendre à vivre à le virus ». On nous assénait qu’on était passé d’une « gestion de crise » à une « gestion du risque ». Quelle légèreté, quelle irresponsabilité que celles du gouvernement ! Pendant l’été, le PTB demandait, à juste titre, d’investir massivement dans le testing et surtout dans le traçage et l’isolement actif des foyers de contamination pour circonscrire l’épidémie. Le gouvernement a ignoré ces propositions. Il s’est caché la tête dans le sable et a secrètement prié pour qu’une nouvelle vague n’arrive pas. Aujourd’hui, le traçage officiel est encore trop lent et inefficace. Les labos privés ne mettent pas non plus les moyens pour répondre à la forte demande de tests. Ce secteur privé, motivé par le gain financier, est incapable de fournir les services nécessaires en temps de crise. La médecine de première ligne (médecins de famille, maisons médicales, infirmières à domicile) n’est pas mobilisée comme elle le devrait pour endiguer la maladie.

De belles promesses ont été faites aux travailleurs des soins de santé mais rien n’a été concrétisé pour les préparer à une nouvelle vague. Certains ont cru (et croient toujours) en ces belles promesses et espèrent y voir la fin du « néolibéralisme ». La réalité est pourtant différente. Les hôpitaux se trouvent en général dans le même état actuellement qu’au mois de mars. Ce qui frappe dans la politique gouvernementale est son grand manque de prévision, son « court-termisme », sa focalisation sur la responsabilité individuelle et la volonté de « protéger l’économie » aux dépens de la santé publique. Cette politique était déjà fortement critiquée par certains experts scientifiques. Cela a poussé le gouvernement à changer la composition de la Cellule d’Evaluation, le Celeval. Les hauts fonctionnaires publics y ont désormais plus de poids, tout comme les représentants du monde économique (le patronat) et naturellement les experts « rassurants » comme le professeur gantois Annemans. Un nouveau rapport de force s’est alors installé, qui a abouti aux mesures d’assouplissement du 23 septembre dans un contexte de recrudescence de l’épidémie. Face à l’évidence d’une nouvelle vague, le gouvernement fédéral et les gouvernements régionaux viennent de prendre toute une série de nouvelles mesures de demi-confinement. L’impression de cacophonie qui en ressort a moins à voir avec une communication défaillante qu’avec une panique de l’appareil d’Etat à tous les échelons.

La santé des profits avant la santé publique

Mais le lieu de travail reste encore et toujours l’angle mort de la politique sanitaire. Contrairement à d’autres pays européens, la Belgique ne dispose pas et ne semble pas vouloir disposer de données statistiques sur les contaminations en milieu professionnel. Selon les études en France, un quart des « clusters » de contamination se situe au sein des entreprises. Une étude récente de médecins généralistes du Limbourg révèle que le « lieu de travail est le principal moteur de la contagion ». Depuis le début de la crise sanitaire, les gouvernement Wilmès et De Croo ont donné priorité à l’économie, c'est-à-dire à la santé des profits, aux dépens de la santé publique. La « sphère privée » est donc plus ciblée par les mesures de confinement que la « sphère professionnelle ». Dans une récente carte blanche, le directeur général de l’INAMI dénonce l’absence de véritable contrainte, la souplesse et la flexibilité de l’arsenal de mesures sanitaires qui concernent les entreprises. Ce n’est pas un hasard. Les intérêts des patrons pèsent nettement plus lourd que la santé des travailleurs dans les choix du gouvernement. Quelques conflits sociaux, comme chez AB-Inbev ou dans le commerce, ont mis en exergue l’opposition entre les intérêts des travailleurs et ceux de leurs patrons. Aujourd’hui, lors de cette deuxième vague, la préoccupation principale des patrons est d’assurer la « continuité de la production ». Si les écoles sont restées ouvertes trop longtemps, ce n’est pas tant par souci de « continuité pédagogique » mais surtout pour que les parents puissent continuer à travailler. En aucun cas la « continuité de la production » ne peut être perturbée.

Deuxième vague de lutte des classes

La lutte sociale, c'est-à-dire la lutte entre les intérêts des salariés et ceux des patrons, ne peut être mise en veilleuse durant cette nouvelle crise sanitaire. Au contraire, cette crise et le chaos de la gestion politique rendent les inégalités sociales encore plus criantes. Non, cette pandémie ne touche pas « universellement » toutes les classes sociales. Les rares chiffres dont on dispose en Belgique soulignent comment les quartiers populaires - plus denses démographiquement, avec des espaces de vie plus exigus et des habitants dans des emplois plus précaires - sont plus touchés par la maladie que les quartiers résidentiels.

De plus en plus de travailleurs sentent la pression de leur employeur pour rester au boulot en cas de maladie. On leur demande de choisir entre la sécurité de l’emploi et de revenu et la sécurité sanitaire. C’est totalement inadmissible.

Les licenciements collectifs prennent de l’ampleur, tout comme les fermetures d’entreprises. Le chômage temporaire amortit depuis le mois de mars en grande partie l’impact de la récession, mais ces aides prendront bientôt fin. Une deuxième vague de licenciements risque alors de déferler sur le pays. Dans un tel contexte, l’union nationale, prônée par le gouvernement et le patronat, sert à lier les mains du mouvement syndical : il s’agit d’assurer que les travailleurs ne se rebellent pas et n’arrêtent surtout pas la production. Une grande partie des dirigeants syndicaux joue ainsi le jeu de la conciliation sociale. Il y a un grand décalage entre les stratégies, le programme des dirigeants syndicaux et l’extrême aggravation de la situation sociale et économique du pays, en particulier depuis que le PS et le sp.a sont entrés dans la coalition Vivaldi. Ces partis s’alignent complètement sur la politique du gouvernement et prônent le « calme » et la « responsabilité ». Selon eux, tout s’arrangera grâce à la concertation entre « partenaires sociaux ». En revanche, une autre partie du mouvement syndical se rend bien compte du piège que représente cette « union nationale ». Plus proche du terrain, plus sensible à la pression des travailleurs, toute une série de permanents et de délégués syndicaux prend des initiatives pour relancer et améliorer les mesures de protection des travailleurs. Il s’agit, entre autres, d’obtenir de nouvelles conventions collectives dites  « Corona ». Mais le patronat rechigne à aller dans ce sens. Face à ce refus, chez Lidl, le Setca a annoncé qu’il soutenait toute action de grève du personnel pour protéger sa santé. On a vu aussi comment chez Inza à Schoten, près d’Anvers, les ouvriers ont occupé l’entreprise pendant une semaine pour obtenir des meilleures primes de départ. Nous pensons que l’heure n’est ni au calme ni à la prostration face à la catastrophe qui nous tombe dessus. L’heure est à la solidarité collective et à la lutte anticapitaliste !

Le mouvement syndical doit se ressaisir et passer à l’offensive. Parmi les revendications nécessaires à cette riposte, nous proposons les suivantes :

  • Il faut tout de suite débloquer les fonds nécessaires pour un engagement immédiat et massif de personnel dans les hôpitaux, maisons de repos etc.
  • Investir dans la médecine de première ligne
  • Jeter le privé hors du secteur de la santé. Pour un service national de santé publique, géré par les travailleurs de la santé, les usagers et plus largement par les représentants des travailleurs du pays.
  • Les entreprises pharmaceutiques doivent être nationalisées sous le contrôle des travailleurs
  • Les délégués aux Comités de Prévention et Protection au Travail (CPPT) doivent se donner le pouvoir, avec l’appui des travailleurs, d’imposer et de contrôler l’application des mesures sanitaires nécessaires. Ceci implique le pouvoir de mettre à l’arrêt la production, si besoin.
  • Compétences renforcées pour les CPPT (par exemple : un plan sanitaire spécial covid obligatoire soumis à l'accord des travailleurs).
  • Application du droit de retrait dans les entreprises avec l’appui des organisations syndicales.
  • En général, les secteurs non-essentiels doivent être mis à l’arrêt sous le contrôle des travailleurs et de leurs organisations syndicales.
  • En cas de chômage temporaire, les travailleurs doivent être payés à 100%
  • Réduction du temps de travail à 32 heures sans perte de salaire
  • Interdiction des licenciements
  • Nationalisation sous contrôle ouvrier de toutes les entreprises qui menacent de fermer.

La lutte pour ces revendications, en particulier pour le contrôle ouvrier et la nationalisation, doit ouvrir la voie vers une lutte plus générale contre le capitalisme, pour le pouvoir des travailleurs et pour une transformation socialiste de la société.

Notre revue

Révolution 34 layout 01small

 

Facebook