La crise économique liée au COVID19 a commencé. Les profits des capitalistes baissent mais des milliers de travailleurs perdent leur emploi. L’aéroport de Zaventem et ses opérations sont très fortement touchés : Swissport Belgique s’est déclaré en faillite hier et le futur de Brussels Airlines est en jeu. Il faut mobiliser contre les licenciements !

La direction de Brussels Airlines a annoncé le licenciement de 1000 employés et la suppression de 24 destinations. Mais Brussels Airlines n'est pas la seule compagnie aérienne à avoir un avenir compliqué, tout comme Zaventem n’est pas le seul aéroport à être touché par la crise. Ryanair aussi a annoncé 3000 licenciements : l’entreprise a déjà fermé sa filiale en Autriche (Lauda Motion) et licencié 300 employés. De son côté, Virgin Atlantic veut licencier plus de 3000 et British Airways annonce plus de 12.000 suppressions d’emplois.

Le trafic aérien a été réduit de 90% pendant la pandémie. Les licenciements peuvent, à première vue, sembler logiques, mais il faut s'opposer à cette vision simpliste de la situation qui fait payer les pots cassés aux travailleurs du secteur.

Si on regarde avec attention le secteur de l'aviation, on voit que le groupe Lufthansa, propriétaire de Brussels Airlines, a indiqué avoir réalisé un bénéfice de 2,8 milliards d'euros pendant l’année passée. Pour Ryanair, le profit de 2019 s’élevait à 87,8 millions d'euros. L’International Airlines Group (propriétaire de British Airways) avait, lui, annoncé un bénéfice avant impôt de 3,2 milliards d'euros pour l'année 2018, en hausse de 9,5% par rapport à l'année précédente. Les compagnies aériennes ont été extrêmement profitables, sauf celles qui ont fait faillite à cause de la forte concurrence présente dans le secteur. Il n’y a pas si longtemps, Thomas Cook fermait ses portes, mais ses affaires ont été rapidement reprises par d'autres opérateurs.

À Swissport (entreprise qui fournit des services pour les compagnies aériennes dans les aéroports), près de 1.500 emplois sont menacés. Depuis la mi-mars, les activités de services au sol pour les passagers ont été proches de zéro ce qui a considérablement fragilisé Swissport qui, comme beaucoup d’autres entreprises, souffre également de l’énorme concurrence dans le secteur. Depuis le boom des compagnies low cost, les services de « handling »1 des aéroports en Europe sont au bout de gouffre. D’ailleurs le secteur a connu plusieurs grèves spontanées (souvent appelées « sauvage » alors que ce qui est sauvage, c’est exploitation des travailleurs). La perspective immédiate pour l’aéroport de Bruxelles c’est que l’autre compagnie de « handling », Aviapartner, reprenne les contrats de Swissport mais dans des conditions de travail encore plus dégradées.

Beaucoup de sociétés aériennes sont d’anciennes sociétés nationales privatisées ou ouvertes au capital privé. Aujourd’hui, les capitalistes, qui ont touché leurs dividendes pendant des années, jouent la carte du chantage à l’emploi puisque leurs profits sont menacés. Lufthansa a par exemple reversé pour 1,2 milliards de dividendes (plus rachat d’actions) entre 2015 et 2019.2 Les différents gouvernements qui veulent, d’une part éviter un gros conflit social, et, d’autre part, sauvegarder leurs infrastructures industrielles, passent donc à la caisse en nationalisant les pertes. C’est ce qui est en train de se jouer avec Brussels Airlines, British Airways, etc. Même Ryanair terminera par demander de l’aide à l'Irlande. C’est également le scenario qui se présente pour de nombreuses entreprises de « handling ».

Les pilotes de Brussels Airlines ont proposé dans une lettre à l'entreprise de réduire leurs salaires de 45%. Ce n'est pas ça qui sauvera les emplois ! Il faut une lutte collective de tous les employés de Brussels Airlines.

Il faut nationaliser !

Les 290 millions que Lufthansa demande au gouvernement belge ne seront qu’une solution temporaire. Rappelons-nous que Brussels Airlines a été vendue pour 67,6 millions d'euros. En 2008, Lufthansa avait en effet payé 65 millions d'euros pour les premiers 45 % de l’entreprise, mais une « option d'achat » lui a permis de racheter le reste des actions à très bas prix par la suite : en 2016, elle a acquis les 55 % d’actions restantes de Brussels Airlines pour la ridicule somme de 2,6 millions d'euros. Comme l’Etat a déjà payé pour Brussels Airlines, nous demandons l’ouverture des comptes et le contrôle des comptes de l’entreprise par des représentants de travailleurs.

Pour sauver les 1000 emplois de Brussels Airlines et les 1500 emplois de Swissport à Zaventem, il faut nationaliser les entreprises sans indemnisation des grands actionnaires. Le PTB a une position généralement correcte à ce sujet et fait campagne parmi les travailleurs et les syndicats de l’aéroport pour la nationalisation de Brussels Airlines mais également de la BIAC, la société d’exploitation de l’aéroport. Il doit par contre rester fermement sur ses positions et ne pas proposer la nationalisation comme « moyen de pression » pour le gouvernement.3 La nationalisation et la planification socialistes du secteur sont les seules mesures qui peuvent résoudre les problèmes des dizaines de milliers de travailleurs en Belgique et en Europe.

Les syndicats doivent se mettre en réseau et appeler à la nationalisation sous contrôle des travailleurs du secteur. Une conférence doit avoir lieu pour organiser le combat avec des délégués de chaque entreprise et chaque aéroport ! Si une première entreprise est mise dans les mains publiques grâce à la lutte des travailleurs, la dynamique de lutte peut passer atteindre une toute autre ampleur. La crise du covid-19 demande des réponses sans ambiguïtés : pour sauver l'emploi, il faut nationaliser sous contrôle des travailleurs !

 

1) manutention dans les aéroports

2) https://www.transportenvironment.org/sites/te/files/Airline-bailout-tracker_8_May_2020.pdf

3) www.ptb.be/le_gouvernement_doit_refuser_la_suppression_d_emplois_brussels_airlines?utm_campaign=200516_newsletter_f&utm_content=html&utm_medium=email&utm_source=pvdaptb&fbclid=IwAR0z7Y6aTIwIntbZPUmHWUIGiD6zW3qIS7Yh6UXRuxlCCYTWLzKqzsNquL8

Notre revue

Révolution 34 layout 01small

 

Facebook