Dans un continuum déjà saturé de violences policières, les populations les plus précarisées de Namur connaissent depuis longtemps les risques d’insultes, de coups, d’humiliations et d’abus qui accompagnent trop souvent les rencontres avec la police, dans une ville où la gentrification des quartiers populaires s’accentue sans relâche. Si la récurrence de ces violences n’a malheureusement plus rien d’exceptionnel, le meurtre d’Adama Condé, 34 ans, jeune père d’origine guinéenne, marque un nouvel approfondissement du fossé qui oppose le prolétariat au bras armé du pouvoir bourgeois.
Un rappel des faits s’impose. Dans la nuit du 14 décembre 2025, suite au signalement d’une bagarre aux couteaux, la police namuroise affirme avoir été contrainte d’abattre Adama Condé, décrit comme incontrôlable et ayant, selon elle, grièvement blessé plusieurs agents. Or, les images filmées par des témoins contredisent ce narratif. On y voit des policiers mettre en joue une personne dissimulée derrière un véhicule. Deux coups de feu retentissent. Adamo apparaît ensuite, marchant péniblement, visiblement exténué. Il tourne le dos aux policiers, comme s’il cherchait simplement à s’éloigner, s’écroule, se relève, toujours dos tourné, lorsqu’un troisième tir l’abat.
L’intervention ne s’arrête pas là. Les forces de l’ordre se ruent sur son corps déjà refroidissant, lui portant de multiples coups alors qu’il gît au sol. Un détail, pourtant essentiel, saute aux yeux : les mains d’Adamo étaient vides de toute arme.
Face à cet acte de barbarie, la colère s’organise. Une partie importante de la communauté africaine, des antifascistes namurois et des activistes des JOC se rassemblent devant l’hôtel de ville. Les revendications sont sans ambiguïté : justice et vérité pour Adamo.
Pendant plusieurs jours, la foule se réunit chaque soir à 18h. Le Haut Conseil des Africains de Namur accompagne le mouvement, tentant de canaliser la colère et réclame paradoxalement justice tout en relayant la ligne de la bourgmestre des Engagés, Charlotte Bazelaire, appelant à la compassion envers la police et justifiant les « bavures ». Une posture qui ne fait pas l’unanimité.
Sur le plan politique, l’attitude de l’ancien cdH ne surprend guère. Plus problématique, en revanche, est la prudence affichée par le PTB namurois. Sur sa page Facebook, le parti écrit : « Adama est décédé à la suite d’une intervention policière, laissant derrière lui des proches endeuillés, des policiers blessés et marqués par les événements. »
Cette mise sur le même plan des victimes et des agents armés participe à une inversion indécente des responsabilités.
Ce procédé n’est ni nouveau ni cantonné à la classe politique. Rapidement, une vidéo datant de 2023 refait surface, montrant ce qui par les forces de l'ordre, sera qualifié de violences contre la police. Les témoignages et la vidéo sont pourtant clairs : Adamo y est attaqué, mordu par un chien, puis emmené… pour ne pas s’être levé.
L’indignation grandit. Une jeunesse refuse l’injonction au calme et à l’oubli. Elle s’organise, échangeant des feux d’artifice aux détenus de la prison en signe de soutien, puis traverse la ville malgré l’interdiction, du marché de Noël jusqu’au commissariat. La police répond par la force après avoir essuyé des dizaines de tirs de pétards : autopompe, charges et dispersion dans le centre de la capitale wallonne.
Le mouvement entend se poursuivre, semaine après semaine, rassemblant toujours plus largement celles et ceux qui savent que la Police ne protège ni la veuve ni l'orphelin, mais bien qu'elle en crée chaque année bien trop...
