Le mouvement Black Lives Matter aux Etats-Unis a remis à l’ordre du jour la question de la lutte contre le racisme. Comme une vague, les protestions se sont propagées à travers le monde. En Belgique, 20 000 personnes se sont levées contre le racisme, dont 10 000 à Bruxelles.

Le racisme fait partie intégrante de nos sociétés : violences policières, contrôle au faciès, inégalité à l’emploi, au logement, agressions… Il a une dimension systémique.

Les marxistes sont, et ont toujours été, en première ligne de la lutte contre le racisme. Mais que proposons nous pour combattre le racisme ?

Quelles sont les causes du racisme ?

Aujourd'hui, il existe un certain pessimisme qui consiste à penser que les problèmes que nous rencontrons aujourd'hui - notamment le racisme- existent depuis toujours et existeront pour toujours. Or, cette vision est fausse.

L’historienne Nell Irvin Painter explique ainsi dans son livre L’Histoire des Blancs que le racisme, tel que nous le connaissons aujourd'hui, basé sur le concept de race, n'a pas toujours existé. Le concept de race est en fait récent. Les Romains, par exemple, pensaient en termes de degré de civilisation et non de race.

Evidemment ce sont des oppressions, mais pas du racisme comme on l’entend au sens moderne du terme.

De son côté, l’historien Frank M. Snowden Jr. explique que l’interaction sociale entre les personnes de différentes couleurs de peau sous les Grecs et les Romains n’a pas donné lieu à des préjugés fondés sur des caractéristiques biologiques comme ce fut le cas plus tard.

En tant que marxistes, nous avons une vision matérialiste du monde, des hommes, de la société. Ceci signifie que nous ne pensons pas que les idées – comme celles qui structurent le racisme - flottent dans le ciel sans base matérielle. Les idées ne viennent pas de nulle part, elles ont des causes ancrées dans la réalité matérielle. Nous devons donc expliquer les causes de l’apparition d’idées racistes.

Dans son livre Invention de la Race blanche, l’historien Theodor Allen explique que les idées de suprématie blanche et de race blanche sont apparues à l’époque des grands propriétaires de plantations et d’esclaves en Amérique afin de justifier l’esclavage.

En fait, l’esclavage est avant tout une question de mode de production, que le racisme, dans ce cas-ci, a permis de justifier. Ce n’est pas le racisme qui a causé l’esclavage. D’ailleurs, l’esclavage n’a pas toujours été une question de couleur de peau. Au XIe siècle, 10% des anglais étaient esclaves, et pourtant blancs comme leurs maîtres.

Pourquoi l’esclavage dans les plantations coloniales en Amérique à partir du XVI et XVIIe siècles a donc t-il eu recours à la production d’une idéologie raciste, contrairement à l’esclavage antique ou celui du XIe siècle ?

En fait, l’esclavage colonial du XVIIe siècle correspond à ce que nous, marxistes, appelons « l’accumulation primitive du capital ». L’accumulation primitive du capital est le processus historique qui a permis à la bourgeoisie d’accumuler son premier capital et de débuter la révolution industrielle.

L’esclavage dans les plantations est donc lié au développement du capitalisme et à la montée de la bourgeoisie.

Or, la production capitaliste, contrairement à celles qui l’ont précédée, est basée sur l’exploitation du travail salarié, c’est-à-dire formellement libre. Ce n’est donc pas la subordination juridique ou politique qui est à la base de l’exploitation des travailleurs par les capitalistes, mais leur exclusion de la propriété des moyens de production et la vente de leur force de travail qui en résulte. Les travailleurs sont juridiquement libres de vendre ou non leur force de travail, mais ils y sont économiquement contraints pour pouvoir subvenir à leurs besoins. C’est pour cette raison, que la bourgeoisie, à cette époque-là, a mené les masses à travers les révolutions bourgeoises avec des slogans de liberté et d’égalité juridique.

Le capitalisme avait toutefois besoin de se développer grâce à l’esclavage des plantations. Et ce sera encore vrai pendant et après la révolution industrielle. Par exemple, les matières premières de l’industrie textile anglaise venaient des plantations de cotons en Amérique.

L’esclavage est donc devenu, avec le développement du capitalisme, un phénomène contradictoire qu’il fallait expliquer. Le racisme a joué ce rôle en expliquant qu’il existait des races et que certaines étaient inférieures et ne pouvaient pas bénéficier de cette égalité et liberté formelles. Il a surtout permis de délégitimer les révoltes d’esclaves, la plus connue étant la révolte des esclaves en Haïti en 1791.

Le racisme ne s’est pas éteint avec l’abolition de l’esclavage au XIXe siècle. Il s’est même développé pour justifier l’impérialisme et la colonisation du monde par les puissances occidentales. En Belgique, le racisme, et particulièrement le racisme anti-Noirs, est l’héritage du pillage colonial de l’Afrique Centrale par la Belgique. Pour les mêmes raisons que pour l’esclavage, la colonisation avait besoin d’une idéologie raciste pour justifier les pillages des ressources d’Afrique, d’Asie et d’Amérique du Sud et l’exploitation des peuples colonisés.

La colonisation n’a été que la forme prise par l’impérialisme à la fin du XIXe et au XXe siècle ; l’impérialisme continue aujourd’hui sous une forme moderne, que certains appellent néocolonialisme.

L’impérialisme est le stade monopoliste du capitalisme et de la domination du capital financier. Il est caractérisé par l’importance majeure de l’exportation des capitaux ainsi que par la division du monde entre trusts internationaux.

Au temps de la colonisation, l’impérialisme se manifestait par la domination directe des puissances impérialistes sur les colonies. L’impérialisme utilisait un contrôle bureaucratico-militaire direct. Cependant, au XXe siècle, des milliards d’êtres humains subissant l’oppression et l’exploitation coloniale se sont soulevés contre leurs maîtres dans une lutte pour la libération nationale. Bien que ces luttes aient été de grandes victoires, elles n’ont pas pu résoudre les problèmes des masses opprimées, ni renverser l’impérialisme.

Aujourd’hui la domination impérialiste est encore plus grande que par le passé, mais elle s’exerce de manière différente : par l’intermédiaire des mécanismes du marché mondial, de l’inégalité des échanges, de la soi-disant aide étrangère et des intérêts des prêts.Et cet impérialisme moderne perpétue toujours l’idéologie raciste produite du temps des colonies pour se justifier et justifier les interventions armées.

Outre ce rôle de justification de l’impérialisme des puissances occidentales, le racisme est aussi utilisé comme stabilisateur en leur sein. On pense souvent que Marx n’a que très peu parlé du racisme, mais c’est faux. Il est le premier à mettre en évidence ce rôle en expliquant que la faiblesse du mouvement ouvrier en Angleterre se trouve dans sa division en deux camps hostiles : les ouvriers anglais et les ouvriers irlandais. Pour Marx : « Cet antagonisme est le secret de l’impuissance de la classe ouvrière anglaise, malgré son organisation. C’est le secret du maintien au pouvoir de la classe capitaliste, et celle-ci en est parfaitement consciente. » (Karl Marx - Lettre à Sigfrid Meyer et August Vogt à New York – 1870)

La base matérielle du racisme se trouve dans la concurrence économique des travailleurs. Et comme il existe des différences de salaires entre les travailleurs sous le capitalisme, le patronat, particulièrement en tant de crise, chercher à remplacer les travailleurs mieux payés par des travailleurs moins bien payés et à faire du dumping salarial. Les capitalistes peuvent ainsi jouer sur le fait que certains travailleurs soient moins bien payés et aient moins de droits et de protection au travail pour diminuer les salaires et les conditions de travail de tous les travailleurs. Une étude réalisée par l'économiste Michael Reich dans les années 1970 sur 48 villes américaines a montré que plus l'inégalité salariale entre Noirs et Blancs est grande, plus l'écart socio-économique entre les Blancs est grand.

Reich explique que les conséquences économiques du racisme ne sont donc pas seulement des revenus inférieurs pour les Noirs, mais aussi des revenus supérieurs pour les capitalistes et inférieurs pour les travailleurs Blancs. Le racisme, par conséquent, est à l’avantage des vrais privilégiés, les capitalistes.

Le racisme monte deux fractions du salariat l’une contre l’autre : chacune voit l’autre comme la cause de ses soucis au lieu de voir que l’aliénation, l’exploitation et la pauvreté qu’elle subit sont dues au capitalisme.

Cependant, si le racisme agit sur le mouvement ouvrier, et que les travailleurs racistes en sont le vecteur, le racisme n’est pas le produit du mouvement ouvrier, mais celui des institutions de la classe dominante : presse, clergés religieux…

On voit donc - que ce soit pour la question de l’esclavage, de colonisation, de l’impérialisme ou encore de la tactique du « diviser pour mieux régner » - que les travailleurs blancs des pays occidentaux n’ont pas intérêt au racisme. Les seuls à bénéficier du racisme sont les capitalistes, quelle que soit leur couleur de peau.

Comment combattre le racisme ?

Souvent, la première révolte que l’on a face au racisme et à l’oppression est une révolte d’ordre moral. Cette révolte est importante, car elle peut être une source d’énergie énorme pour la lutte. Cependant, tant qu’elle n’est pas accompagnée d’une révolte politique, elle est stérile, car elle n’amène ni analyse, ni méthode de lutte, ni solution.

De l’analyse faite plus haut, on peut tirer que la lutte contre le racisme, pour être conséquente, doit être une lutte anti-impérialiste et anticapitaliste.

Or, la seule force sociale capable de renverser l’ordre capitaliste existant, étant donné les rapports de production qu’elle entretient avec les autres classes, c’est le prolétariat, le salariat, en un mot : le mouvement ouvrier. Les travailleurs salariés peuvent attaquer le capitalisme en faisant des grèves, c’est-à-dire en bloquant la production, ce qui signifie moins de profits pour les capitalistes.

Nous pensons donc que la méthode pour combattre l’oppression raciste est celle de l’unité de classe des travailleurs, s’armant d’un programme anticapitaliste qui pourrait contenir, entre autres, les revendications suivantes :

- construction massive de logement sociaux

- diminution collective du temps de travail sans perte de salaire

- refinancement des services publics

Plus forte sera l’unité de classe, plus il sera difficile à la bourgeoisie et à ses institutions d’utiliser l’oppression raciste pour diviser les travailleurs, de répandre le poison raciste en leur sein.

C’est à travers la lutte commune des travailleurs de couleurs de peau différentes que le travailleur blanc raciste se rendra compte que le travailleur noir n’est pas un ennemi mais un frère de classe, un frère d’armes dans la lutte, et que son racisme nuit de fait à la lutte et donc à ses propres intérêts.

Inversement, la lutte contre les oppressions fait partie intégrante de la lutte pour le socialisme, qui nécessite l’unité de classe. C’est d’ailleurs ce dernier point qu’il est nécessaire de faire comprendre aux travailleurs racistes : Ils n’ont aucun intérêt au racisme, aucun intérêt à ce qu’un autre travailleur ait moins de droits.

Cette méthode de lutte est valable pour les luttes révolutionnaires, mais aussi pour les luttes qui visent une amélioration partielle sous le capitalisme. Les marxistes sont les premiers dans les luttes pour une amélioration des conditions de vie au sein du système actuel. Cependant, nous savons que ces améliorations n’ont qu’un caractère limité et sont le résultat de luttes sociales fortes.

Nous pensons également que la lutte pour ces améliorations doit être liée à la lutte plus large pour le renversement révolutionnaire du capitalisme.

Il convient d’ajouter que le renversement du capitalisme ne fera pas disparaitre du jour au lendemain le racisme, mais créera plutôt de nouvelles bases pour un monde sans racisme ni oppression.

Sur la question de l’impérialisme, le mouvement ouvrier et la gauche belge doivent soutenir les travailleurs sous domination impérialiste dans leur lutte contre l’impérialisme et le capitalisme. Par exemple, en appelant à l’expropriation de ceux qui se sont enrichis grâce au Congo, tels que neuf des 23 familles les plus riches de Belgique, la dynastie Sax-Cobourg-Gotha, l’Eglise Catholique…

Ces capitalistes se sont aussi enrichis sur le dos des travailleurs belges. Par conséquent, les travailleurs belges ont autant intérêt à cette expropriation et cette décolonisation totale que les travailleurs congolais.

Les violences policières

Vu l’actualité, on ne peut pas aborder la question du racisme sans aborder celle des violences policières. En effet, bien que les violences policières ne soient pas un phénomène nouveau, le mouvement Black Lives Matter aux Etats-Unis et partout dans le monde s’est organisé autour de cette question.

Pour comprendre la cause des violences policières racistes, il faut comprendre la cause des violences policières en général.

La question de la police est inséparable de la question de l’Etat. On pense souvent l’inverse, mais pour les marxistes, la question de l’Etat est d’une extrême importance. En effet, les marxistes cherchent à répondre à la question de l’attitude à adopter face à l’Etat lors de crises révolutionnaires.

C’est un fait reconnu aujourd’hui que l’Etat n’a pas existé de tous temps : l’Homme a vécu 95% de son histoire sans Etat, sans pouvoir répressif placé au-dessus de la société.

L’Etat est apparu avec la division de la société en classes antagonistes, comme un pouvoir qui vient de la société mais qui se dresse au-dessus d’elle et tend à s’en éloigner, afin d’éviter que les classes en présence ne se déchirent en une lutte interne. Ce pouvoir repose notamment sur un détachement spécial d’hommes armés (police, armée) et de prisons, en défense des intérêts généraux de la classe dominante, c’est-à-dire, sous le capitalisme, de la propriété privée lucrative.

Ces corps d’hommes armés sont détachés du reste de la société, placés au-dessus d’elle. Par conséquent, les travailleurs, les pauvres, les opprimés n’ont aucun contrôle sur la police.

Le problème des violences policières n’est pas le résultat de quelques pommes pourries, mais l’effet direct de sa fonction sociale répressive en défense des intérêts des capitalistes, intérêts qui ont besoin du racisme.

Une des leçons tirée par le mouvement BLM aux Etats-Unis entre 2013 et aujourd’hui est que la police n’est pas réformable. On retrouve donc désormais des slogans comme « abolish the police » et « defund the police ».

Nous partageons entièrement ces conclusions. Des réformes sont incapables de changer le rôle social de la police, qui est le produit historique de rapports entre classes. Les violences policières sont les conséquences directes de l’institution policière comme maillon central de l’Etat capitaliste

Pour arrêter les violences policières et « abolir la police », nous devons produire nos propres forces d’autodéfense en organisant des comités de quartiers d’autodéfense. Cependant, ces comités ne peuvent être que le résultat organique d’un mouvement de masse insurrectionnel. Ces comités de quartier créeraient une situation de double pouvoir entre d’un côté l’Etat bourgeois et sa force armée, et de l’autre un nouveau pouvoir ouvrier révolutionnaire appuyés par les comités de quartier.

Cependant une situation de double pouvoir ne peut pas durer : soit ces nouveaux comités disparaissent ou sont cooptés par le pouvoir bourgeois, soit un renversement révolutionnaire a lieu et ces comités prennent le pouvoir.

Comme nous l’avons vu, l’Etat trouve son origine dans la société de classe, pour protéger les rapports de production existant et éviter une guerre civile entre les classes.

Les communistes sont pour une société sans classe, où, par conséquent, le pouvoir d’Etat n’est plus historiquement nécessaire et disparaît. Cependant, les classes ne disparaîtront pas d’elles-mêmes. Il est nécessaire que le prolétariat, c’est-à-dire les travailleurs salariés, prenne le pouvoir, lutte et réprime les forces réactionnaires et contre-révolutionnaires bourgeoises. En prenant le pouvoir, le prolétariat disparaîtra petit à petit en tant que classe, pour fonder un Etat ouvrier.

Cependant, il existe une énorme différence entre cet Etat et l’Etat bourgeois. L’Etat ouvrier est le pouvoir de répression de la grande majorité sur une petite minorité. Le corps spécial d’hommes armés de l’Etat bourgeois y est remplacé par une force de répression (car il faut pouvoir combattre les contre-révolutionnaires) sous contrôle total de la population, à travers des organes tels que les comités de quartiers. Ce type d’organe a d’ailleurs été la base de la révolution russe et des premières années de l’Etat russe soviétique, avant la contre-révolution stalinienne.

Cet Etat ouvrier est un Etat qui a pour but de disparaître : sous le communisme, ces forces de répression n’auront plus d’utilité.

A l’heure actuelle, pour beaucoup de gens, la police est un mal nécessaire et a un rôle de lutte contre la criminalité. Mais la criminalité est le résultat de la nécessité et de l’aliénation produite par la société capitaliste, qui traite les gens comme des marchandises. Sous le capitalisme, les rapports entre les personnes sont déformés et produisent de nombreux comportements criminels. Seule une société débarrassée du règne du besoin et de la nécessité, où les besoins de tout le monde seraient remplis, fera disparaitre la criminalité

Aux Etats-Unis, cette position sur les violences policières se développe à travers le mouvement BLM, mais, en Belgique, elle est encore très peu défendue. Par exemple, le PTB - avec qui nous avons une approche fraternelle et non-sectaire - défend l’idée de réformes de la police telles que : la mise en place d’un contrôle à travers des body-cams, des formulaires, des justifications d’interventions, la mise en place de structures de surveillance civile pouvant mener l’enquête en cas de violences policières, ou encore la réglementation des courses-poursuites.

Evidemment, en tant que marxistes, nous soutenons toute réforme acquise par un mouvement de masse. En revanche, il est complètement illusoire de croire que ces réformes permettront d’arrêter les violences policières. La police est l’essence de l’Etat bourgeois et a une fonction sociale produite par la société de classe : si nécessaire à la défense de l’Etat bourgeois, la police contournera la loi.

Pour nous, la lutte contre le racisme et les violences policières est donc une lutte de classes ; pour qu’elle soit victorieuse, nous devons lutter pour le socialisme révolutionnaire. Cependant, pour mener cette lutte, les travailleurs ont besoin de s’organiser en parti révolutionnaire et même en internationale révolutionnaire. C’est ce que nous tentons de construire, en Belgique, avec Vonk-Révolution et internationalement avec la TMI.

La théorie des privilèges

La principale autre théorie anti-raciste est celle des politiques identitaires. Les politiques identitaires sont fondées sur l’idée que la lutte contre une oppression ne peut être menée que par ceux qui souffrent directement de cette oppression. Les oppressions sont comprises comme des structures plus ou moins séparées du capitalisme ou de la société de classe.

Le racisme serait, selon cette théorie, dû aux privilèges blancs. Les privilèges blancs seraient des avantages non mérités, acquis arbitrairement, dont bénéficieraient les blancs qu’ils le veuillent ou non. Les blancs n’auraient donc aucune raison de lutter contre le racisme.

Ces privilèges sont le plus souvent représentés comme étant le résultat d’une série d’idées et de normes oppressives.

Parfois, les défenseurs de ces théories expliquent que ces idées et normes oppressives viennent du colonialisme ; celui serait dû à des idées de domination apparues avec les lumières ou dans le monde occidental.

Ce mode de raisonnement est ce que l’on appelle de l’idéalisme philosophique, qui est l’opposé du matérialisme. L’idéalisme considère que la cause des événements se trouve dans les idées, les morales et les normes que les gens ont.

La lutte contre le racisme se limite alors à une lutte culturelle, d’idées et de vocabulaire. Il suffirait qu’il n’y ait plus de Noirs chefs d’Etat ou patrons de grandes entreprises, ou alors qu’ils se disent antiracistes pour lutter contre le racisme. Or une multinationale qui exploite les pays pauvres n’arrêtera pas car elle a un CEO Noir. Cette volonté d’aller exploiter les pays pauvres a une cause matérielle : c’est l’impérialisme. On ne peut pas simplement convaincre les impérialistes d’arrêter, il faut lutter contre eux !

Le second problème avec la théorie des privilèges est qu’elle explique que les Noirs, les Nlancs et les personnes d’autres couleurs ont des intérêts singuliers et conflictuels. Premièrement, l’étude de Michael Reich citée précédemment montre que c’est faux. Deuxièmement, et encore plus grave, les politiques identitaires utilisent les mêmes arguments que les capitalistes : elles veulent que les travailleurs blancs croient qu’ils ont intérêt au racisme, et divisent ainsi les travailleurs sur une ligne identitaire.

Les quelques avantages journaliers que peuvent avoir les travailleurs blancs par le racisme (par exemple moins de concurrence lorsqu’on cherche un logement), n’ont rien à voir avec ce qu’ils gagneraient à travers l’unité des travailleurs, qui pourraient alors lutter pour l’expropriation des logements vides et leur transformation en logements publics et sociaux.

Enfin, ce qui est appelé « privilèges » n’en sont souvent pas : ce sont des droits individuels et collectifs (meilleurs salaires et conditions de travail, droit à un logement décent, respect par la police,) qui ont été acquis par des luttes difficiles et communes aux travailleurs de toutes les couleurs, et qui doivent être généralisés à toute la population.

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