La course au vaccin contre le covid-19 a commencé. Aujourd'hui, toutes les grandes entreprises pharmaceutiques demandent le soutien des gouvernements car le vaccin contre le covid19 est devenu une priorité. Les experts affirment qu'un vaccin ne sera pas disponible avant la fin de cette année. La science ne serait-elle pas encore prête à faire face à un tel virus ? Nous ne le pensons pas.

En réalité, dès 2016, le Dr Peter Hotez, co-directeur du Centre pour le développement des vaccins à l'hôpital pour enfants du Texas et doyen de l'École nationale de médecine tropicale au Collège Baylor de Médicine de Houston, était en train de développer un vaccin contre certains coronavirus.

Cela faisait 10 ans que le SARS (syndrome respiratoire aigu sévère, un coronavirus similaire à celui qui balaie actuellement le globe) s'était répandu en Chine, tuant plus de 770 personnes. Cependant, les recherches du docteur ne suscitaient pas beaucoup d'intérêt, précisément parce qu'en 2016, une pandémie était totalement exclue : « cela ne concerne que les films dystopiques ou les pays d'Asie », disait l’ensemble des gouvernements européens. En 2016, lorsque Hotez et son équipe cherchaient des fonds pour tester l’efficacité de leur vaccin sur l’homme, le SARS n'était plus qu'un lointain souvenir.

Rentabilité avant la santé publique

L’industrie pharmaceutique n'investit que dans ce qu'elle considère comme un vaccin rentable. Dépenser des millions d'euros dans une maladie qui pourrait ne pas se propager est considéré comme un gaspillage d’argent pour les actionnaires. La pandémie actuelle est une preuve vivante du gaspillage du capitalisme. Quel que soit le coût du développement du vaccin du Dr Hotez, il n'est rien en comparaison de l'impact économique de la crise actuelle.

Bien évidemment, maintenant qu'un vaccin contre le covid-19 semble être l'affaire du siècle, on voit comment les gouvernements et les sociétés pharmaceutiques se précipitent pour être les premiers à le trouver.

En Europe, où l'Agence médicale européenne doit autoriser le brevet pour l'ensemble de l’Union, la course a aussi lieu à Bruxelles : toutes les entreprises essaient d'être la première à l’obtenir en organisant des réunions avec les responsables politiques européens.

BioNTech, une entreprise de biotechnologie basée en Allemagne (Mayence) et qui développe un vaccin contre les coronavirus en Europe, a rejoint le registre de transparence de l'UE le lundi 4 mai pour tenter d'obtenir le droit de vendre son produit. L'entreprise vit grâce à une subvention de l'Union européenne de 20 millions d'euros. Cette petite entreprise s'est associée à la firme pharmaceutique Pfizer pour produire ses quatre candidats vaccins. BioNTech et Pfizer ont commencé les essais cliniques en Allemagne fin avril - les deuxièmes en Europe après ceux de l'université d'Oxford. Ils ont également annoncé qu'ils avaient commencé les essais cliniques aux États-Unis au cours de la première semaine de mai avec leur filiale américaine.

CureVac, une autre société allemande de biotechnologie travaillant sur un vaccin contre les coronavirus (située à Tubingen), a rejoint le registre de transparence le mois dernier - un mois après avoir rencontré la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, en violation des règles de transparence…   Mais cela n'a pas d'importance car les règles de l'UE sont apparemment là pour être contournées ! Qui peut penser que la présidente allemande de la Commission fera un traitement de faveur à son pays [1]?

De l'autre côté de l'Atlantique, Gilead Sciences, la société pharmaceutique à l'origine du remdesivir, traitement expérimental contre le covid-19, a dépensé plus que jamais pour faire pression sur le Congrès américain au cours du premier trimestre 2020, selon un rapport de la chaine NPR[2] : l’entreprise a ainsi dépensé 2,45 millions de dollars en lobbying au cours des trois premiers mois de l'année, soit une augmentation de 32 % par rapport aux 1,86 millions de dollars dépensés au cours du premier trimestre 2019. Il faut investir dans le futur, on dirait !

Lobbying

Des représentants de Gilead Sciences ont rencontré la commissaire européenne à la santé et les membres de son cabinet au début du mois d'avril. Gilead Sciences est une société très critiquée aux États-Unis. Les critiques ont commencé lorsqu'elle a lancé son traitement contre l'hépatite C en 2013, car la pilule coûtait environ 1 000 dollars. De plus, l'entreprise est en procès avec le gouvernement fédéral américain au sujet des brevets de Truvada, un médicament contre le VIH dont la FDA (agence des médicaments aux Etats-Unis)  a également approuvé l'utilisation pour protéger les personnes à haut risque d'infection.

On trouve dans la recherche de vaccins contre le covid-19 les plus puissantes compagnies pharmaceutiques, parmi lesquelles Regeneron Pharmaceutica, Johnson & Johnson, Roche, Sanofi ainsi que celles mentionnées ci-dessus telles que Pfizer. Les ressources qu'elles possèdent doivent être placées sous gestion publique.

L’argent ou la vie

Ces grandes entreprises pharmaceutiques ne voulaient pas de mesure préventive contre le corona et nous devons maintenant les financer pour qu’elles trouvent un remède contre le virus. Mais cela ne suffit pas : elles affirment que les pénuries apparues pendant la pandémie n'ont pas été causées par leur incapacité à fournir des médicaments. Ainsi, selon leur lobby européen (EFPIA), ces pénuries ont été causées par la répartition des médicaments entre les pays « en raison des obstacles causés par le stockage, les interdictions et les restrictions à l'exportation ». Pour elles, il faut que le marché exerce un contrôle accru sur les décisions en matière de santé.

Rappelons-nous que le gouvernement belge a détruit un stock de 6 millions de masques FFP2 (de haute protection), réservés aux professionnels en 2017 et qu’il n’a pas été remplacé. La cause : le manque de prévision et le fait que la logique du capitalisme ne voit pas d’intérêt à acheter régulièrement quelque chose qui n’est pas utile à  court terme. C’est à cela que mènent la logique d’austérité et les coupes budgétaires. Cette logique capitaliste détruit notre santé.

Il est temps d'arrêter le contrôle qu’a le marché sur nos autorités sanitaires en raison de sa capacité financière et de son lobbying. Les entreprises pharmaceutiques doivent être nationalisées sous le contrôle des travailleurs. Les instituts de santé publique de tous les pays doivent collaborer dans une logique non-lucrative. Les  laboratoires privés doivent être expropriés et intégrés au système de recherche publique et tous les laboratoires publics doivent relever d'une autorité publique unique sous contrôle public  ; toutes les décisions sanitaires doivent être prises dans l'intérêt de la population.

 

[1]https://ec.europa.eu/transparencyregister/public/consultation/displaylobbyist.do?id=798772637872-28&utm_source=POLITICO.EU&utm_campaign=bc638d888f-EMAIL_CAMPAIGN_2020_04_22_02_23&utm_medium=email&utm_term=0_10959edeb5-bc638d888f-189026085&fbclid=IwAR2ffvkVZqm4noIWgM7l2ari40KFa5joWz5FuNXKrS_n2Wm8Vns9JAU8SyA

[2]https://www.wgbh.org/news/national-news/2020/05/02/gilead-lobbying-increased-as-interest-in-covid-19-treatment-climbed

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