La vague de chaleur du mois de mai a battu des records, avec des températures maximales atteignant 35 °C. Ces températures printanières sans précédent ont mis en évidence le manque de préparation de la Grande-Bretagne face à la menace du réchauffement climatique, ainsi que la répartition inégale des effets du changement climatique.
Partout dans le pays, de nombreuses personnes ont profité du soleil pendant ce week-end férié. La population britannique étant l’une des plus surmenées d’Europe, ce répit a été très apprécié.
Mais les températures de cette semaine – avec des maximales de 35 °C battant le record de chaleur pour un mois de mai – révèlent à quel point la Grande-Bretagne est mal préparée à la menace du réchauffement climatique, et à quel point les effets du changement climatique sont ressentis de manière inégale.
L’enfer sur terre
Au cours de la tristement célèbre vague de chaleur de 2022 – lorsque les températures ont atteint 40 °C – 3 000 décès supplémentaires ont été signalés. Les opérateurs du 999 ont signalé une hausse de 500 % des appels liés à la chaleur.

La vague de chaleur qui frappe la Grande-Bretagne a mis en évidence les divisions de classe au sein du pays.
Des études sur la « mortalité liée à la chaleur » montrent que les personnes les plus vulnérables aux températures élevées sont notamment celles qui vivent dans les foyers les plus défavorisés, les personnes âgées, celles souffrant de maladies chroniques, ainsi que les communautés noires et asiatiques.
Si vous avez la chance d’être en bonne santé, de vivre dans une grande maison climatisée en banlieue ou de vous rendre au travail en voiture, alors les vagues de chaleur sont un véritable paradis.
Mais si vous vivez dans un logement exigu, devez faire la navette dans des transports en commun étouffants ou souffrez d’une maladie chronique, les vagues de chaleur peuvent être un véritable enfer sur terre.
On estime que les ménages défavorisés sont sept fois plus susceptibles de souffrir de la chaleur que les plus aisés.
Les enfants sont également particulièrement vulnérables aux effets des conditions météorologiques défavorables.
Contrairement aux adultes, les enfants transpirent beaucoup moins et ne peuvent pas réguler leur température corporelle aussi facilement. Certaines estimations prévoient que les enfants passeront un tiers de leur année scolaire à souffrir de la chaleur si les températures augmentent encore de 2 °C.
À l’heure actuelle, cinq millions d’enfants vivent dans des foyers exposés au risque de surchauffe. Les nuits chaudes entraînent un mauvais sommeil, ce qui peut affecter les résultats scolaires et aggraver la crise de santé mentale qui touche de plus en plus les jeunes.
Des pièges mortels à domicile
Conçues pour conserver la chaleur pendant les hivers rigoureux, la plupart des habitations britanniques ne sont pas adaptées aux effets du réchauffement climatique. En effet, 92 % des logements britanniques risquent de souffrir de surchauffe d’ici 2050.
La promiscuité dans les logements joue également un rôle dangereux. Une construction neuve britannique offre en moyenne 38 mètres carrés par personne, contre 46 en Allemagne et 66 aux États-Unis.
Les promoteurs immobiliers se soucient davantage de vendre de nombreux petits logements à des prix exorbitants pour augmenter leurs profits que de la sécurité et du bien-être de leurs clients.
Cela a un impact tangible sur la santé des travailleurs. D’après une enquête réalisée en 2024 par Opinium, on estime que 4,5 millions d’adultes ont souffert d’une surchauffe au point de se sentir mal.
Laissés pour compte
Même si trois personnes sur quatre sont conscientes de la nécessité d’adapter leur logement face aux conditions météorologiques extrêmes, 40 % déclarent ne pas avoir les moyens de réaliser ces changements.
Ironie cruelle, la surchauffe des logements entraîne une augmentation des coûts énergétiques liés à la climatisation. En bref, les travailleurs n’ont pas les moyens d’adapter leur logement, mais ils ne peuvent pas non plus se permettre de ne pas le faire – surtout avec la menace imminente d’une flambée des prix de l’énergie plus tard dans l’année, due à la guerre en Iran.
Si le nouveau « Warm Homes Plan » du gouvernement prévoit des subventions pour aider les ménages à se tourner vers des énergies renouvelables moins coûteuses, comme les panneaux solaires, cette mesure ne va pas assez loin. De nombreuses habitations souffrent d’un manque d’isolation, ce qui contribue à la surchauffe.
Accablé par la dette publique et plus soucieux des avions de chasse que du bien-être des travailleurs, le gouvernement ne placera pas en tête de ses priorités les dépenses destinées à équiper les ménages en isolation, pompes à chaleur, climatisation, etc.
Un tel projet coûterait des dizaines, voire des centaines de milliards – une somme que le capitalisme britannique ne peut tout simplement pas se permettre.
Une bonne nouvelle pour les monopoles énergétiques
Alors que les travailleurs et leurs familles ont subi une augmentation vertigineuse de 4 800 £ de leurs factures d’énergie depuis 2021, les gros bonnets du secteur énergétique se sont vantés d’avoir engrangé 26,2 milliards de livres sterling de bénéfices – rien que pour les trois premiers mois de l’année.
Les attaques américaines contre l’Iran ont provoqué de nouvelles hausses des prix de l’énergie, enrichissant les nantis tout en appauvrissant les plus démunis.
Un exemple frappant : Linda Cook, PDG de Harbour Energy, a vu la valeur de son portefeuille d’actions grimper de 4 millions de livres sterling pour atteindre la somme colossale de 26 millions de livres sterling au cours des premiers mois de 2026.
Du point de vue des dirigeants du secteur de l’énergie, les travaux d’isolation des logements réduisent la consommation d’énergie, ce qui diminue les profits. Une maison bien isolée nécessite moins de chauffage ; une maison bien ventilée nécessite moins de climatisation. Il est plus rentable pour les personnes âgées et handicapées de souffrir du froid ou de la chaleur que de pouvoir vivre confortablement chez elles.
Protéger les travailleurs et la planète
Les projections concernant la mortalité liée à la chaleur sont alarmantes : jusqu’à 10 000 décès supplémentaires d’ici 2050 dus aux conditions météorologiques extrêmes.
Le NHS (le système public de santé du Royaume-Uni), à l’agonie du fait des 1000 et une coupes budgétaires subies, sera de moins en moins en mesure de prendre en charge les personnes souffrant de coups de chaleur, de déshydratation, de lésions rénales et d’autres maladies liées à la chaleur.

Pour protéger la planète, nous devons lutter contre le capitalisme – Image : RCP
Le capitalisme est littéralement en train de nous rôtir vivants. Les syndicats doivent se battre pour garantir des mesures de santé et de sécurité sur les lieux de travail et dans les espaces publics, y compris une température maximale légale. De plus, nous avons besoin d’un programme massif d’adaptation des logements britanniques à la hausse des températures mondiales.
Tout cela peut et doit être financé par l’expropriation des super-riches, notamment des monopoles énergétiques qui pratiquent des prix abusifs, qui s’enrichissent considérablement tout en plongeant le monde dans le chaos climatique.
Mais avant tout, nous devons nationaliser les services publics, les banques et les promoteurs immobiliers : afin de mener à bien un programme à grande échelle de construction et de rénovation de logements, sous le contrôle démocratique des travailleurs ; et pour mettre fin au système capitaliste qui est à l’origine même du chaos climatique.


