Nous l’avons tous ressenti : en mai dernier, une vague de chaleur est venue frapper de plein fouet la Belgique. En prenant les métros et les bus qui n’étaient pas climatisés pour aller travailler, on entrait comme dans un four.
Cette fournaise a battu un record historique : la station météorologique d’Uccle a mesuré plus de 29 degrés, une température jamais atteinte depuis 40 ans pour un 26 mai. En plus de devoir travailler sous cette chaleur, elle préparait l’orage à venir. L’eau s’est accumulée dans le ciel par évaporation, pour nous retomber dessus sous la forme de pluies diluviennes. Celles-ci ont, le 30 mai, inondé des caves, des routes et des centres-villes ; on pouvait voir l’eau monter jusqu’à 1,20 m. Des grêlons de la taille de balles de golf nous sont tombés dessus, fracassant les voitures et les toits. Les pompiers étaient submergés. Cette épreuve, courte mais intense, de moins de deux semaines, rappelle les inondations majeures de juillet 2021 qui avaient coûté la vie à 39 personnes.
Les travailleurs rôtissent sous la vague de chaleur
Les premières victimes des conditions climatiques difficiles sont les travailleurs et leurs familles : les personnes exerçant des métiers à risque, les personnes âgées, les enfants, les personnes handicapées, etc. Si vous souffrez d’une maladie, la chaleur peut devenir un calvaire. Il est nécessaire de prendre des mesures pour se protéger, surtout en ville où les nuits rafraîchissent très mal les appartements. Mais la climatisation peut coûter jusqu’à 1 800 euros pour une pièce de 25 mètres carrés, plus l’électricité : un appareil bon marché consomme davantage, jusqu’à 200 euros par été, faisant payer encore plus les plus pauvres. Ensuite vient s’ajouter l’isolation : les maisons ont été construites pour retenir la chaleur, afin de résister aux hivers difficiles, et non dans l’idée que le capitalisme réchaufferait la planète.
Les capitalistes augmentent la pression
Ce ne sont pas les capitalistes, ni leurs agents, qui doivent tenir des heures sous la chaleur, à suer à grosses gouttes en extérieur, en intérieur et dans les transports qui deviennent des fours. Ils ont largement de quoi se payer tous les climatiseurs grâce à l’argent obtenu de l’exploitation du travail. Les premières installations à être climatisées sont les datacenters, les bureaux des PDG, des ressources humaines, des managers, etc.
D’autant plus que les solutions qu’ils apportent ne font que rajouter de l’essence sur le feu en aggravant le réchauffement climatique. Une climatisation pollue lors de sa production et ses fluides frigorigènes sont de puissants gaz à effet de serre. En ville, où vivent la plupart des travailleurs, ils participent à un cercle vicieux. Un climatiseur ne « produit » pas du froid, il déplace de la chaleur. Pour ainsi dire : la chaleur pousse à climatiser, la climatisation réchauffe l’extérieur, ce qui pousse à climatiser davantage. Cette climatisation individuelle est une réponse marchande et inégalement accessible. Ceux qui peuvent se l’offrir externalisent leur confort thermique sur l’espace public, et ceux qui ne peuvent pas se l’offrir subissent une chaleur plus intense encore. Le coût thermique est socialisé, subi par tous puisqu’il est rejeté dans l’espace commun, tandis que le bénéfice est capté individuellement.
Cette chaleur intense que subissent les travailleurs n’est pas tombée du ciel : elle est produite par les mêmes rapports qui produisent le logement, la ville et les marchandises. C’est un problème de ce qu’on produit, de la manière dont on le produit et de ceux pour qui on le produit. Et si, effectivement, ce sont les travailleurs qui construisent les logements mal isolés, qui fabriquent les climatiseurs et qui produisent et distribuent l’énergie, c’est l’actionnaire, le capitaliste, qui décide de quoi construire et comment. C’est le capital du promoteur immobilier qui finance la construction et empoche le prix de vente ou le loyer. Si on prend par exemple l’isolation, c’est un surcoût immédiat pour lui, alors que l’économie d’énergie revient à l’occupant, des années plus tard. Comme ce n’est pas lui qui paiera les factures d’une mauvaise isolation, il n’a aucune raison économique d’isoler au-delà du minimum qui lui est imposé.
Et cette contrainte ne viendra pas de l’État belge. Il est occupé à augmenter le budget de l’armée, en projetant de le faire passer de 14 à 20 milliards en 2026. Le gouvernement wallon a baissé de 60 % en moyenne les primes à l’isolation en 2025. Et, plus généralement, il réduit toutes les dépenses publiques consacrées au social. Ce n’est que par notre propre lutte, par les syndicats et les organisations de travailleurs, que nous pourrons changer les choses.
Nous devons lutter pour :
Un plan public massif de rafraîchissement, de végétalisation et d’isolation, en priorité pour les logements les plus mal isolés, ceux des plus pauvres. Transformer la climatisation individuelle marchande en rafraîchissement collectif et planifié : lieux de travail, logements sociaux, espaces publics. Les solutions techniques existent déjà ; ce qui manque, ce sont les moyens publics, car le privé n’investira pas.
Un contrôle ouvrier sur l’arrêt du travail. Un droit de veto des travailleurs et de leurs organisations syndicales : pouvoir décider unilatéralement, sans autorisation patronale, d’arrêter le travail quand il fait trop chaud. La mesure et la vérification de l’indice WBGT passent sous leur contrôle.
Une réduction drastique du temps de travail. Des semaines de 20 à 30 heures afin de moduler les horaires, d’éviter le travail sous canicule et de préserver la santé des travailleurs.
L’arrêt indemnisé pour intempéries, étendu et payé par le capital. Étendre l’arrêt indemnisé à tous les secteurs salariés, notamment aux employés, en abaissant les seuils de déclenchement. Et transférer son coût vers le capital : ce n’est plus la caisse de chômage, donc les travailleurs, mais les capitalistes qui paient un risque produit par leur propre organisation du travail.
L’expropriation de ceux qui décident de la production. Nationalisation des cartels privés de l’énergie et des grandes entreprises de rénovation, expropriation des promoteurs immobiliers et des banques qui les financent. Pour une planification réelle de l’adaptation au réchauffement.


