Ce vendredi 29 mai, après avoir tenté d’intimider ses employés sur le piquet qu’ils tenaient devant l’entrée du site dans le cadre des négociations qui font suite à l’annonce de la fermeture du dépôt, initialement prévue pour octobre prochain, le patron du site H&M situé dans le zoning de Ghlin, dans le Hainaut, a perdu patience et a demandé au garde du corps déguisé en agent de sécurité qui lui sert de chauffeur de foncer avec sa grosse voiture sur le piquet de grève. Si aucun blessé n’est à déplorer, c’est uniquement parce que les quelques employés présents sur place se sont jetés de côté pour éviter la voiture. Sont ensuite arrivés des huissiers pour essayer de casser le piquet en menaçant d’une astreinte de 2 500 euros par travailleur en cas de blocage. Des méthodes de répression d’État de plus en plus courantes envers les grévistes… Les travailleurs, secoués, ont donc été forcés de mettre fin au piquet.

Des raisons douteuses évoquées pour la fermeture
L’annonce de la fermeture a été reçue comme un coup de poignard dans le dos par les 440 travailleurs et travailleuses du site. Généralement, lorsqu’un problème survenait dans l’usine, il y avait toujours des bruits de couloir, vrais ou faux, mais cette annonce est tombée sans prévenir.
Les raisons officielles de cette fermeture sont les coûts de production : le coût à la pièce est de plus ou moins 50 centimes en Belgique. En comparaison, en Italie et en Espagne, ce coût se situe entre 0,33 et 0,40 euro par pièce. La direction évoque aussi une « surcapacité » du bâtiment.
En raison de la fermeture de certains magasins H&M en Europe et de l’augmentation des ventes en ligne, les actionnaires et les dirigeants ont cherché à optimiser le stockage pour éviter une surcharge et améliorer le flux des marchandises. Mais visiblement, ce qu’ils cherchent surtout à optimiser, ce sont leurs profits, pourtant déjà faramineux…
Depuis son ouverture, l’usine a reçu de moins en moins de stocks à gérer, mais les patrons ont profité de cette baisse voulue pour dévier 40 % de la marchandise vers l’Espagne. Cette mise en « surcapacité » était donc totalement calculée, délibérée et contrôlée. Comme nous l’a confié un travailleur de l’usine, les dés étaient pipés d’avance. Il assure que l’usine était plus rentable avant cette déviation.
De plus, d’autres considérations sont entre-temps entrées en ligne de compte pour la direction, mais celles-ci n’ont jamais été évoquées officiellement. Notamment la construction d’une méga-usine ultramoderne en République tchèque, qui bénéficie d’un très haut niveau d’automatisation et qui ne nécessite que peu de personnel pour fonctionner, avec en outre des salaires encore plus bas que ceux pratiqués en Italie ou en Espagne.
Cerise sur le gâteau, lors de la création de l’entrepôt de Ghlin, des fonds européens ont été utilisés pour sa construction. Ce même fonds européen sert aujourd’hui à financer la création de cette méga-usine tchèque. On voit ici comment les multinationales marchent main dans la main avec les bureaucrates européens qui mènent ces politiques de dumping et de casse sociale.
Derrière ce que tous ces bourgeois voient comme de simples « variables d’ajustement » pour accroître les profits, il y a des centaines de vies, des centaines de familles, des travailleurs qui tombent malades, en dépression et/ou en burn-out. Ces fonds publics européens devraient au contraire servir à maintenir l’emploi au lieu d’être distribués aux actionnaires de grands groupes de la fast fashion selon leurs envies et leur soif de profits.
La direction a également évoqué un taux d’absentéisme élevé dans l’entreprise, ce à quoi les travailleurs ont répondu que cet absentéisme était avant tout dû au mal-être au travail et à la très mauvaise gestion managériale mise en place dans l’usine depuis sa création. Une autre maladie congénitale de ce système où l’exploitation est la norme et les rapports entre directions et subalternes sont on ne peut plus malsains.
Rupture unilatérale des négociations et fermeture brusque de l’usine
Fin mai, la direction du site décide de rompre les négociations et va jusqu’à prétendre qu’elle a été séquestrée par les travailleurs et travailleuses du site. Pour tenter de légitimer ses accusations bancales, la direction fait alors appel à la police, qui intervient avec une dizaine de véhicules !
Selon les travailleurs eux-mêmes, la police et l’huissier ont été contraints de constater qu’il n’y avait ni violence ni séquestration de la direction lors de ces « négociations », ce qu’ils ont consigné dans leurs rapports. Mais la direction s’offrait ainsi, par cette manigance, un prétexte pour rompre unilatéralement les négociations et fermer le site dès le mois de juin, en jetant à la poubelle un plan Renault.

Plusieurs faits sont choquants dans cette affaire et montrent non seulement à quel point nous régressons socialement depuis que nous ne luttons plus aussi fort et aussi collectivement que par le passé, mais aussi comment la répression s’abat sur ces travailleurs licenciés après une vie au service de l’entreprise.
D’abord, comment se fait-il que la police débarque avec dix véhicules sur un simple appel du patron alors qu’il ne s’est rien passé, si ce n’est un mot plus haut que l’autre ? Alors que, quelques jours plus tôt, lorsque le patron a foncé sur ses employés, ceux-ci n’ont pas eu droit à la même protection ?
Ensuite, comment se fait-il que la couverture médiatique de la presse traditionnelle soit si mensongère ? On peut par exemple lire dans la DH : « Les choses ont dégénéré, ce jeudi, entre la direction et les syndicats mobilisés aux côtés des travailleurs du site H&M Logistics, à Ghlin. À tel point que la police a dû être déployée en début d’après-midi. Selon Sudinfo, des délégués syndicaux n’ont pas hésité à séquestrer la direction et le personnel non gréviste. » Il n’y a strictement rien qui va dans cette phrase… La presse traditionnelle (qui, pour rappel, est subventionnée par la collectivité) en arrive à publier des articles complètement mensongers sur la base de rumeurs relayées par Sudinfo. On touche le fond, mais certains veulent encore creuser plus loin, visiblement.
Après cet épisode, la direction du site a opté pour un lock-out (ou grève patronale) afin d’empêcher le site de tourner et a annoncé dans la foulée qu’elle licencierait tout le monde au plus tôt. Comme quoi, la grève n’est pas un si mauvais outil que ça…
Où est le répondant syndical dans cette affaire ?
Une autre question mérite également d’être soulevée : comment se fait-il qu’il n’y ait pas davantage de répondant de la part des syndicats ? Ce n’est pas comme s’il s’agissait de la première fermeture en Wallonie. La période récente compte même un nombre record de fermetures…
Comme l’exprime bien un travailleur de la boîte : « [Les syndicalistes] ont eu une attitude très professionnelle, un langage très soutenu. Et les trois permanents de chaque syndicat on fait front commun, aucun souci là dessus. Mais ce qui me choque c’est que ces personnes-là ont connu d’innombrables fermetures d’usines. Donc je ne pense pas me tromper en disant que c’est une grosse partie de leur boulot. Et lors de l’annonce du plan Renault, ils se sont laissés attendrir par le directeur de l’usine et les belles promesses. Du coup, nous n’avons entamé aucune action pendant plus de deux mois. Pendant ce temps, la direction à réussi à programmer tout ce dont ils désiraient. Mais comment, pour des permanents habitués à voir cela, pas un seul pour dire “les gars, ne les croyez pas, ils vont vous la mettre ». Lorsqu’on leur a posé la question de pourquoi ils n’ont entamé aucune action, comme dit plus haut, ils nous ont fait comprendre qu’ils se sont faits avoir et ont cru aux belles paroles du directeur. On parle d’une multinationale là, merde quoi ».
Ce genre de témoignage parle de lui-même. L’O.C.R. le répète depuis un certain temps : les syndicats belges doivent arrêter de s’accrocher désespérément à une concertation fantôme. Cette tactique de collaboration de classe les discrédite aux yeux des travailleurs. L’idéal aurait été de lier la lutte des travailleurs et travailleuses du dépôt H&M à celle des magasins de la marque. Une ou plusieurs journées d’action et de fermeture des magasins augmenteraient le rapport de force. Aucune entreprise ne devrait se battre seule contre son patron.
Plus largement, il faut relier leur lutte pour la survie au combat plus général contre la casse sociale de l’Arizona. L’idéal aurait été de mettre en place ce piquet de grève beaucoup plus tôt et de le multiplier avec ceux des autres entreprises qui ferment afin de lancer un mouvement contre les fermetures d’usines et pour la préservation de l’emploi.
Face aux fermetures, nous demandons la nationalisation des entreprises sous le contrôle des travailleurs. Seule la lutte paye, et les travailleurs le savent…
Tandis qu’une avalanche d’austérité et de fermetures en cascade s’amoncelle, et que la colère de notre camp social atteint des sommets, les dirigeants syndicaux déçoivent et minent la lutte contre le gouvernement Arizona et les patrons en adoptant une attitude conciliante et trop passive. Ce n’est pas un hasard s’ils sont actuellement complètement dépassés sur leur gauche dans certains secteurs par des plateformes comme Mars Attacks, École en Lutte ou Commune Colère.
Il est grand temps de reléguer au passé ce syndicalisme de collaboration avec le patronat, hérité d’une période qui, de fait, n’existe plus. Les capitalistes sont à l’offensive et détruisent tout sur leur passage. Il est plus que temps que notre classe sociale montre sérieusement et collectivement les dents et fasse chuter ce gouvernement des patrons pour mettre en place un gouvernement des travailleurs qui ira dans le sens de nos intérêts de classe.
Le capitalisme ne nous amènera plus rien de bon !
Ce qui se passe en ce moment à Ghlin n’est qu’un des nombreux exemples de ce dont ce système est capable lorsqu’il s’agit de préserver les profits des capitalistes. D’un coup de baguette magique, tous les sbires de la classe bourgeoise — patrons, RH, policiers, journalistes… — sont mobilisés pour s’attaquer d’un même élan à celles et ceux qui ont pourtant permis tous ces profits par leur travail et leur sueur pendant des dizaines d’années. Et ce, pour s’assurer de les maintenir à leur place, tout en bas de l’échelle sociale.
Les travailleurs et les travailleuses ne méritent pas d’être traités ainsi. Nous sommes celles et ceux grâce à qui cette société fonctionne et tourne. À mesure que la crise du capitalisme s’approfondit, la bourgeoisie est de plus en plus arrogante et violente. Elle aura besoin d’un bon coup sur la tête pour se calmer, et c’est au mouvement ouvrier organisé de le lui porter. Mais pour cela, il nous faudra davantage que des actions de grève en saute-mouton et des balades Bruxelles-Nord – Bruxelles-Midi une fois tous les trente-six du mois, qui laissent complètement de glace le gouvernement Arizona.
Nous valons mieux que ce qu’ils essaient de faire de nous. Une autre façon de faire société est possible, une société où les travailleurs décident collectivement et empochent eux-mêmes les fruits de leur travail collectif pour investir dans l’avenir de leurs enfants. Mais tout cela ne se fera pas sous le capitalisme. Alors luttons dès maintenant pour changer de système par la révolution sociale !


