Pendant plusieurs mois, les étudiants se sont mobilisés contre l’augmentation du minerval, une attaque directe contre l’accès à l’enseignement supérieur. Les manifestations organisées par la Fédération des Étudiant·e·s Francophones (FEF) ont rassemblé des milliers de jeunes, aussi bien dans les écoles secondaires que dans les universités. Déjà lors de la grève de 48 heures des services publics en novembre dernier, cette revendication s’était naturellement intégrée aux mots d’ordre du mouvement, montrant que la lutte contre le minerval s’inscrivait dans un mécontentement plus large face aux politiques d’austérité.
La réforme votée : une attaque contre les jeunes de la classe ouvrière
Début juin, la réforme a été adoptée au Parlement de la Fédération Wallonie‑Bruxelles. Dès la rentrée 2026, les étudiants devront débourser près de 1 200 € pour pouvoir étudier, un montant qui frappera de plein fouet les jeunes issus des familles de la classe ouvrière. Dans son dernier communiqué, la FEF rappelait que cette réforme alourdit encore la pression financière qui pèse déjà sur les étudiants. Elle forcera nombre d’entre eux à travailler davantage pour financer leurs études, au détriment de leur réussite académique, de leur santé mentale et de leurs conditions de vie.
On sait que l’objectif du gouvernement de la Fédération Wallonie‑Bruxelles est de rendre l’accès à l’université plus restrictif et d’en faire une source de financement supplémentaire, plutôt qu’un véritable service public. En augmentant le minerval, il pousse mécaniquement un maximum de jeunes vers le marché du travail, élargissant ainsi la masse de candidats aux jobs étudiants.
Cet afflux de main‑d’œuvre bon marché ne précarise pas seulement les étudiants : il entre directement en concurrence avec les contrats classiques, permettant aux employeurs de remplacer des postes stables par des jobs flexibles et sous‑payés. Autrement dit, la hausse du minerval n’est pas une mesure budgétaire neutre : c’est un outil pour normaliser la précarité chez les jeunes, tirer l’ensemble des salaires vers le bas, affaiblir les conditions de travail et, sous couvert d’améliorer la compétitivité, renforcer la précarité dans tout le marché du travail belge.
Un mouvement affaibli par les choix tactiques de ses directions
Après dix-huit mois de mobilisation contre les mesures du gouvernement dans les écoles, les lycées et les universités, il est nécessaire d’établir un bilan honnête. Cela implique d’examiner la tactique adoptée par les organisations qui ont dirigé le mouvement, en particulier la FEF, mais aussi la jeunesse du PTB (Comac), qui a refusé d’élargir la mobilisation par des occupations, des assemblées générales et des formes d’organisation plus larges.
Cette stratégie a limité la capacité du mouvement à se massifier, à s’enraciner dans les établissements et à imposer un véritable rapport de force face au gouvernement.
À la mi‑mai, le PTB annonçait « une nouvelle victoire des profs et des jeunes : le vote du décret sur le minerval à 1 200 € et les attaques contre l’enseignement étaient à nouveau reportés ». Il est vrai que le gouvernement MR‑Engagés a reculé sous la pression de la rue et des manœuvres parlementaires de l’opposition PS-PTB-Ecolo, notamment le 22 mai lorsqu’il a repoussé le vote. Mais ce report n’était qu’une tactique dilatoire, que les directions du mouvement n’ont jamais expliquée clairement aux étudiants et aux enseignants mobilisés.
Cette ligne stratégique a entretenu une confusion entre la lutte contre le gouvernement et la nécessité d’élargir la mobilisation contre le minerval. Le mouvement universitaire aurait pu renforcer sa base et créer les conditions d’une véritable victoire, mais la FEF (craignant d’apparaître trop radicale) et Comac, principale organisation politique de gauche dans les universités francophones, ont choisi de suivre une orientation prudente. Par ailleurs, la focalisation sur le minerval a empêché de comprendre que le programme du gouvernement Arizona forme un tout. Pour gagner, la lutte aurait dû, et devra viser l’ensemble des mesures, pas seulement la hausse du minerval. Cette stratégie crée une fausse division dans le mouvement et empêche la construction du rapport de force nécessaire pour gagner. Cette stratégie, visant en partie à isoler une mesure des autres, prend l’eau avec la mobilisation depuis le mois de mai des élèves du secondaire, qui ont également repris cette revendication à côté du rejet complet du décret.
Pour gagner : reconstruire une mobilisation de masse
Même si Amandine Pavet, cheffe de groupe PTB au Parlement de la Fédération Wallonie‑Bruxelles, affirmait sur les réseaux sociaux : « Le message envoyé au gouvernement est clair : nous ne laisserons pas casser l’école pour faire payer la crise aux étudiants, aux professeurs et aux jeunes. Tant que cette réforme ne sera pas retirée, la mobilisation continuera et s’intensifiera. ». Une question demeure : comment cette mobilisation pourrait-elle réellement s’intensifier sans assemblées de masse, sans occupations, sans structures d’organisation dans les universités ? Surtout sans la que les parents participent en tant que travailleurs, c’est-à-dire en faisant grève dans leur entreprise.
La réforme a été votée. Mais l’opposition a déposé deux nouveaux décrets (supprimant le minerval à 1200 euros et les 2 heures supplémentaires de cours pour les profs) forçant le parlement à passer à nouveau au vote dans les semaines qui viennent. Pour espérer faire reculer le gouvernement, le mouvement étudiant doit désormais préparer une mobilisation d’un tout autre niveau, capable de rassembler largement, de coordonner démocratiquement et de construire un rapport de force réel.
Les cercles étudiants de l’OCR seront présents dans cette bataille : nous appelons à ouvrir ce débat dès maintenant pour élaborer un plan de lutte à la hauteur des attaques contre l’enseignement.


