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Leur guerre, notre facture : les barons de l’énergie doivent payer !

La guerre au Moyen-Orient est en voie de faire basculer l’économie mondiale vers une crise majeure et dévastatrice. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite un cinquième du pétrole mondial et du gaz naturel, est bloqué par la guerre. Le cessez-le-feu, très fragile après 40 jours de bombardements, ne réussira pas à rétablir rapidement, et dans les volumes nécessaires, l’approvisionnement en énergie.

Cet étroit passage maritime est une des principales routes commerciales approvisionnant le monde en énergie, vitale pour le fonctionnement d’une économie interconnectée comme jamais. Il ne s’agit pas seulement d’hydrocarbures, mais aussi d’autres produits stratégiques dérivés. Un tiers du commerce international de fertilisants est transporté par le détroit. La perturbation de ce trafic a rapidement provoqué une augmentation du prix des engrais dans de nombreux pays, ceci au début d’un nouveau cycle agricole.

Les pays les plus affectés sont aussi les plus pauvres, comme le Soudan ou la Somalie. Ensuite, il y a l’hélium, nécessaire à la production de semi-conducteurs. La région assure un tiers de la production mondiale de ce gaz. Les pays du Golfe assurent aussi une part importante de la production d’aluminium, un intrant décisif dans l’automobile, l’aéronautique et la construction.

Récession et inflation

L’Asie est principalement affectée par l’étranglement de cette voie. Mais l’Europe l’est également. C’est un choc énergétique plus grand encore que celui qui a précipité, en 1973, l’économie de la planète dans une récession. C’est d’ailleurs un tel scénario que redoutent les prévisionnistes. Jamie Dimon, directeur général de la plus importante banque américaine, JPMorgan Chase, est de ceux-là : « À présent, en raison de la guerre en Iran, nous sommes en outre confrontés à la possibilité de chocs importants et persistants sur les prix du pétrole et des matières premières, ainsi qu’à une restructuration des chaînes d’approvisionnement mondiales, ce qui pourrait entraîner une inflation plus tenace et, en fin de compte, des taux d’intérêt plus élevés que ce que les marchés anticipent actuellement ». Même si la guerre s’arrête aujourd’hui, la destruction de l’infrastructure dans la région n’augure pas un retour à la « normale » avant longtemps.

Le professeur d’économie belge Erik Buyst confirme ce diagnostic : « C’est un choc de grande ampleur. Une récession est inévitable. Nous ne voulons pas encore l’admettre, mais nous sommes en pleine stagflation ». Sous « stagflation », on entend une stagnation de la croissance du PIB avec une inflation des prix.

Une étude récente des grandes banques belges annonce une récession économique pour cette année, avec une inflation de plus de 3 % (quasi le double d’avant la guerre contre l’Iran).

Vulnérabilité belge

La Belgique est particulièrement vulnérable à cause d’une intensité énergétique plus importante que celle d’autres pays européens. En moyenne, cette intensité est un quart plus élevée. L’importance du secteur chimique et, en particulier, l’activité du cluster pétrochimique anversois contribuent à cette consommation énergétique supérieure. À cela, il faut ajouter que le pays dépend encore à 75 % des hydrocarbures pour son énergie. Ceux-ci sont donc massivement importés (près de 80 %).

Tout comme avec le fameux « choc pétrolier » de 1973, ce n’est pas tellement le choc en lui-même qui est responsable de la récession. Il s’agit là d’un choc supplémentaire pour une économie affaiblie et prête à entrer en récession avant le déclenchement de la guerre contre l’Iran.

L’effet immédiat pour la population est palpable dans la hausse de la facture de gaz naturel (+61 % à Bruxelles), l’essence à la pompe (2,15 euros le litre de mazout) et le coût du remplissage de la cuve à mazout (le niveau le plus élevé depuis longtemps).

Bénéfices records

Mais comme le dit le dicton : « le malheur des uns fait le bonheur des autres ». Les entreprises pétrolières européennes font 80 millions d’euros de bénéfices supplémentaires par jour depuis le début de cette guerre prédatrice contre l’Iran. Greenpeace annonce un total de 2,5 milliards de « surprofits » de ces entreprises dans le seul mois de mars.

Que fait l’Arizona ? Rien ou presque rien. Son regard est fixé sur un nouveau round de mesures austéritaires pour un montant de 5 milliards. Pas question alors d’agir pour protéger les ménages menacés par ces augmentations brutales.

Par contre, le patronat y voit l’occasion de relancer l’attaque contre l’indexation automatique des salaires. Le patronat flamand propose un saut d’index de 2 % pour « aider les entreprises »…

Les organisations syndicales dénoncent à juste titre les bénéfices faramineux des « pétroliers » et demandent, par communiqué de presse, des « mesures » sans trop les préciser. À vrai dire, l’attitude des directions syndicales est bien trop passive.

Le blocage des prix est la première mesure qu’il faut envisager face à la flambée des prix.

Exproprier les profiteurs !

Mais nous en arrivons là au cœur du problème : on ne peut pas contrôler ce que l’on ne possède pas. Nous ne pouvons pas faire confiance à des organismes étatiques qui échappent même au contrôle de la population pour appliquer ces mesures. Ce qu’il faut, c’est mettre en place des comités de contrôle des prix dans chaque région, composés de syndicats, d’employés de stations-service et d’associations de consommateurs, chargés de surveiller les prix de l’essence. Mais même cela, c’est insuffisant.

Le PTB propose de plafonner les prix des carburants face à ces pratiques abusives des compagnies pétrolières. Cela semble très bien, mais dans le monde de la « libre entreprise », les compagnies sont libres de proposer et de retirer des produits, et toute tentative de plafonnement des prix imposée par le haut se heurterait à des manœuvres de rétention et de retrait de carburant, menaçant de provoquer une pénurie d’approvisionnement.

Ce qu’il faut, c’est intervenir auprès de ces entreprises, les exproprier sans indemnisation sous contrôle ouvrier, afin que, de cette manière, le consommateur et les petits transporteurs puissent bénéficier de prix justes et bien moins chers qu’aujourd’hui. La seule alternative « raisonnable » est l’expropriation de ces énormes entreprises privées, comme nous l’avons souligné précédemment.

Il en va de même pour les grandes compagnies d’électricité, qui, avec la hausse attendue du prix de l’électricité due à l’augmentation du prix du gaz, verront également leurs bénéfices augmenter sensiblement.

Face à la crise énergétique provoquée par une guerre impérialiste dont nous, les travailleurs, ne sommes en rien responsables, nous affirmons : ce n’est pas notre guerre et nous n’avons pas à la payer. Que la paient ceux qui en tirent profit directement ou indirectement : les grandes entreprises, les banques et les monopoles énergétiques. C’est pourquoi nous proposons :

 – Que les syndicats et les associations de consommateurs encouragent la formation de comités des prix dans chaque ville et chaque quartier, afin de dénoncer les hausses de prix et de mobiliser la population locale contre celles-ci.

 – La création de comités de travailleurs dans toutes les entreprises qui reçoivent des aides de l’État afin d’éviter les licenciements déguisés. Si une entreprise a besoin d’une aide publique pour survivre, qu’elle soit nationalisée sans indemnisation, sous le contrôle de ses travailleurs.

– Face à la hausse des prix qui s’annonce, les syndicats doivent préparer un plan de lutte générale dont la revendication principale sera la défense de l’index et son amélioration.

– Expropriation sans indemnisation (sauf pour les petits actionnaires sans ressources) et sous contrôle ouvrier des grandes compagnies pétrolières et électriques, afin de réduire drastiquement la facture de l’électricité et des carburants, en affectant leurs bénéfices au bien-être social, à la transition écologique, aux infrastructures et à l’investissement productif.

– Expropriation sans indemnisation et sous contrôle ouvrier de toute l’industrie de l’armement et sa reconversion à des fins sociales utiles.

– Non aux budgets militaires, cet argent doit être consacré aux dépenses sociales.

– Contre la guerre impérialiste, sortie de l’OTAN et fermeture des installations américaines et renvoi des missiles nucléaires de Kleine Brogel.

– Se mobiliser contre la guerre impérialiste et contre le système capitaliste qui la promeut et la protège.

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