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« À bas l’État policier » ! Pour un État des travailleurs !

Le ministre belge de l’Intérieur, Bernard Quintin (MR), a récemment remis en question certains plans élaborés par la police belge. S’agit-il des projets visant à fusionner les six zones de police bruxelloises en une seule ? Sont-ils liés à la hausse de la violence policière cette dernière année ? Pas du tout. Quintin a critiqué le plan visant à fournir aux plus de 45 000 policiers un nouvel uniforme à partir de l’année prochaine. Il est mécontent des couleurs, jugées « trop flamandes », ainsi que du fait que l’uniforme ne porte que le mot « Politie » plutôt que la version bilingue « Police/Politie ». Voilà quelles sont les préoccupations politiques de la classe bourgeoise lorsqu’il est question de la police.

Un niveau de violences policières en hausse

Malgré les tentatives de diversions de M. Quintin, ce qui préoccupe de plus en plus de gens est la montée de la violence policière observée dans tout le pays. À mesure que la lutte des classes s’intensifie en Belgique, la réaction violente exercée par la police s’est, elle aussi, accrue. Cela a été particulièrement visible lors des manifestations de masse du mois d’octobre 2025 : d’abord lors des actions à Bruxelles contre l’interception de la Global Sumud Flotilla au large de Gaza par l’armée israélienne, puis lors de la grève générale du 14 octobre qui a vu plus de 140 000 personnes se mobiliser contre l’austérité imposée par le gouvernement Arizona. Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux à ces occasions ont révélé des passages à tabac sauvages infligés à des manifestants non armés ainsi que l’usage indiscriminé de canons à eau contre des grévistes pacifiques. La police belge a poursuivi sa tendance violente en octobre lorsqu’elle a expulsé, le 17 octobre, des personnes sans papiers du collectif Zone Neutre situé square de l’Aviation à Anderlecht. Plus de 400 travailleurs et étudiants s’étaient rassemblés le matin de l’expulsion pour résister et empêcher les évictions, ce qui a conduit la police à intensifier sa violence à coups de canons à eau, de chiens policiers, de brigades anti-émeutes, de matraques et de gaz lacrymogène pour vider la place. Non seulement soixante-dix habitants — dont des familles avec des enfants — ont été expulsés violemment, mais ils doivent désormais endurer les mois d’hiver sans toit, tout cela au nom de l’inviolabilité supposée de la propriété privée.

Un agriculteur grièvement blessé lors de la manifestation des agriculteurs d’Europe à Bruxelles le 18 décembre 2025 pour dénoncer leurs conditions de vie et de travail ainsi que la signature de l’accord Mercosur

Police fédérale, milice du capital !

Cette hausse de la violence policière ne se limite cependant pas à la Belgique. Au sein même de l’Union européenne, où la Charte des droits fondamentaux est censée protéger tous les résidents contre les traitements inhumains et garantir les droits à la liberté et à la sécurité, des actes de violence brutale et l’impunité continuent d’être observés dans tout le bloc. La France a vu une augmentation d’actes de violence graves qui restent presque toujours impunis. D’innombrables incidents ont été rapportés en Allemagne, où la police a attaqué et blessé brutalement des travailleurs et étudiants participant à des manifestations contre le génocide en cours à Gaza, des vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrant la brutalité de la police allemande. En Espagne, des groupes de la société civile ont signalé des dizaines d’incidents de violences policières racistes commises en toute impunité, visant des travailleurs et des familles d’origine africaine. La liste continue, et pas seulement en Europe : des violences policières sont rapportées dans tous les coins du globe, ciblant presque exclusivement les pauvres, les minorités raciales et ethniques, ainsi que les travailleurs et étudiants qui protestent et font grève pour une vie et un avenir meilleur. De la Cisjordanie aux rues de New York, les forces de police et les forces dites de « sécurité » continuent de blesser, mutiler et tuer des personnes sans défense à volonté. Mais comment expliquer cela, et que faire pour mettre fin à cette brutalité insensée ?

Le profit et la propriété avant les personnes

L’explosion de la colère de masse de la classe ouvrière lors des manifestations mondiales de 2020 suite au meurtre de George Floyd à Minneapolis (États-Unis) a popularisé les slogans appelant à « defund » la police dans le monde entier. Mais ce slogan laisse sous-entendre qu’il peut exister un capitalisme avec une autre police ou une police moins surarmée qu’elle ne l’est actuellement. Pour les marxistes cette position n’est pas vraiment tenable. Comme l’explique Friedrich Engels, en dernière analyse, l’État est en réalité une bande d’hommes « en arme » défendant les intérêts de propriété de la classe dominante (typiquement la police et, au besoin, l’armée). Mais cela inclut également les tribunaux, les prisons qui existent pour maintenir « la loi et l’ordre ». L’État aux mains de la bourgeoisie signifie la défense de la propriété de la classe capitaliste sur les moyens de production, les leviers clés de l’économie. Et cette même classe sociale extrêmement minoritaire dans la société sait pertinemment qu’elle a besoin de maintenir les pauvres et les travailleurs « à leur place » et pour cela elle réprime les mouvements sociaux, mais aussi utilise le racisme, le sexisme, l’homophobie… pour monter une partie de la population et des policiers contre les personnes issues de l’immigration et/ou marginalisées.

À long terme, la dégradation des conditions de vie de la majorité fait augmenter délinquance et criminalité, qu’on sait liés au problème structurel de la pauvreté. Parallèlement et à court terme, lorsque cette délinquance/criminalité augmente, l’État bourgeois réagit par durcissement policier, niant ainsi ces liens pourtant exposés mille fois dans des études scientifiques. La classe capitaliste privilégie la réponse immédiate sécuritaire : au lieu de s’attaquer aux causes du problème, elle ne s’attaque hypocritement qu’aux conséquences, dans le but de maintenir l’exploitation puisque ces nouvelles forces et méthodes répressives serviront à mater les mouvements sociaux et les grèves. Au final, elle prétend le faire en réaction aux crimes, alors que ce sont les crimes qui sont une réaction structurelle à l’exploitation et à la baisse du niveau de vie.

C’est pourquoi, dans un système capitaliste, il n’est pas possible de simplement « réduire » la police ou de la rendre moins violente : la classe dominante ne permettrait jamais que les gardiens de sa propriété soient affaiblis puis laissés sans défense face à une classe ouvrière nombreuse et mobilisée. En outre, il est dans l’intérêt de la classe capitaliste de maintenir la classe ouvrière dispersée, divisée et désorganisée — ce qui explique également l’augmentation des violences contre les groupes déjà opprimés et la rhétorique divisante des partis politiques bourgeois et de ses relais médiatiques.

Cependant, lorsqu’elle est mobilisée et organisée, aucune force répressive ne peut subjuguer la classe ouvrière. Il n’y a que 338 policiers pour 100 000 Belges. Ce n’est qu’en liant la lutte contre la violence policière à celle contre le système capitaliste, en utilisant des méthodes de lutte propres à la classe des travailleurs et travailleuses, qu’une véritable liberté pourra être conquise face à cette barbarie. Pour ce faire, les travailleurs belges et ceux du monde entier ont besoin d’une organisation politique capable de relier ces combats et ces méthodes tout en fournissant une direction politique et tactique aux masses.

C’est pourquoi construire l’Organisation Communiste Révolutionnaire (OCR) et l’Internationale Communiste Révolutionnaire (ICR) constitue notre tâche la plus urgente.

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