Les manifestations d’hier, 6 octobre, étaient à la fois massives et très radicales. Les centaines de milliers de jeunes mobilisés, dans tout le pays, ont démontré que leur mouvement est loin d’avoir épuisé ses réserves de combativité. Les salariés et parents d’élèves présents, dans les cortèges, ont contribué à faire de cette journée une véritable démonstration de force.
Une nouvelle mobilisation générale est prévue demain. De son côté, le gouvernement exige l’organisation rapide d’une « demi-journée banalisée », dans les lycées, afin d’y faire vivre la « démocratie lycéenne ». Révoltés par la sauvagerie policière des deux dernières semaines, nombre d’enseignants et de proviseurs n’apprécient pas du tout ces injonctions « démocratiques » de Lecornu et Geffray. Une demi-journée de « démocratie lycéenne » imposée à coups des matraques et de flashballs, à la sortie des établissements, serait une provocation absolument inédite. Si des discussions sont effectivement organisées dans certains lycées, elles prendront souvent le caractère d’assemblées générales préparant les prochaines étapes de la lutte.
Dans les jours qui viennent, le gouvernement combinera ce type de manœuvres avec des promesses creuses, des « concessions » symboliques et une répression policière implacable. Autrement dit, il jouera la carte de l’usure du mouvement jusqu’aux vacances scolaires.
Il faut regarder les choses en face et prendre toute la mesure du rapport de forces requis. Soit le mouvement lycéen et étudiant se double d’une mobilisation de la classe ouvrière sous la forme d’un puissant mouvement de grèves reconductibles, soit cette magnifique mobilisation de la jeunesse finira par refluer, tôt ou tard, sans avoir obtenu satisfaction sur une seule de ses revendications fondamentales. Toute autre perspective est illusoire dans un contexte où le gouvernement n’a qu’une idée en tête : essayer de contenir la crise de la dette publique en démontrant aux marchés financiers qu’il est capable de nous imposer une cure d’austérité drastique.
La balle est donc dans le camp des grandes organisations du mouvement ouvrier. Or leurs dirigeants officiels, une fois de plus, font tout ce qu’ils peuvent pour ne pas mobiliser les travailleurs. La veille du 6 octobre, les chefs des principales confédérations syndicales signaient un appel commun à « faire grève et manifester » le… 5 novembre prochain ! C’est exactement ce que le gouvernement attendait d’eux : l’appel à une mobilisation interprofessionnelle suffisamment lointaine pour isoler le mouvement de la jeunesse, dans l’immédiat. Autre service rendu au gouvernement : les communiqués des dirigeants syndicaux ne mentionnent toujours pas la date du 17 octobre – que tout le monde a en tête, pourtant, et qui pourrait marquer une étape fondamentale dans le développement de la lutte.
La direction de la CGT affirme que, d’ici le 5 novembre, elle « continuera à être aux côtés des jeunes et à multiplier les mobilisations ». Autrement dit, elle appellera les travailleurs à rejoindre telle ou telle manifestation des lycéens et des étudiants. Mais comment les travailleurs – et non seulement les militants et permanents syndicaux – pourront-ils participer en masse aux mobilisations de la jeunesse s’ils ne sont pas eux-mêmes en grève ? Sophie Binet (CGT) ne pose pas cette question, car le fait est qu’elle ne veut pas mobiliser les travailleurs.
La date du 5 novembre n’a qu’un sens : tenter de prévenir l’extension du mouvement de la jeunesse aux gros bataillons de la classe ouvrière, ces prochains jours. De nombreux jeunes, travailleurs et militants syndicaux comprennent qu’il s’agit là d’un sabotage pur et simple. Ils en ont déjà fait l’amère expérience en septembre 2025, lorsque les dirigeants syndicaux ont tout fait pour contenir le mouvement « Bloquons tout ! ». Ils y sont d’ailleurs parvenus. Le seul moyen de les empêcher d’y parvenir à nouveau, c’est le développement d’organes de luttes à la base, à l’initiative des éléments les plus combatifs de la jeunesse, de la gauche et du mouvement syndical.
Face au sabotage délibéré des sommets syndicaux, des AG interprofessionnelles impliquant la jeunesse mobilisée permettraient d’engager dans la lutte un nombre croissant de travailleurs. Dans les universités, des AG ouvertes aux lycéens et aux travailleurs doivent viser la massification du mouvement et organiser concrètement la mobilisation des jeunes en direction des lieux de travail, des gares, des services publics, etc., dans le but d’encourager les salariés à se mettre en mouvement. Lors du grand mouvement contre le Contrat Première Embauche (CPE), en 2006, cette stratégie fut l’une des clés de la victoire. Le mouvement étudiant doit urgemment renouer avec ces méthodes de lutte !


