Rien ne dit mieux le caractère pourri et dépravé du cœur du capitalisme que l’affaire Epstein. Des milliardaires dilettantes qui violent et torturent des jeunes filles (« poor, stupid girls »), recrutées par une femme, Ghislaine Maxwell (ex-compagne du proxénète Jeffrey Epstein), dans les couches défavorisées du prolétariat un peu partout dans le monde. Ici s’étale toute la décadence morale des nantis et les relations inhumaines qu’ont les riches avec les plus pauvres, en particulier avec les femmes. Dans cette affaire réside une amplification extrême des relations patriarcales entre hommes et femmes et des rapports de classe entre riches et pauvres qui existent quotidiennement dans notre société. Tout y est réduit à l’état de marchandise, soumis aux désirs et aux intérêts des riches. Pour beaucoup de jeunes aujourd’hui, ce scandale apparaît comme quelque chose de « nouveau ». En réalité, il n’en est rien.
Société de classe et exploitation sexuelle
L’espèce humaine (sapiens sapiens) a vécu la plus grande partie de son temps sans classes sociales, ni patriarcat ni exploitation sexuelle. Les causes profondes de la domination patriarcale apparaissent dans l’Histoire avec le passage des sociétés dites communistes primitives à la société de classe vers moins 10 000. Cette période est caractérisée par la révolution néolithique, où apparaissent l’élevage, l’agriculture, la sédentarisation, la propriété privée… Les surplus qui vont être dégagés par ce nouveau mode de production seront rapidement accaparés par ceux qui deviendront les membres de la classe dominante, vivant de l’exploitation brutale des classes inférieures : la société de classe est née.
Très vite, dans la Grèce antique et dans la Rome antique (dont nos sociétés modernes ont beaucoup hérité), la famille nucléaire et le patriarcat deviennent la norme, et le contrôle des corps des femmes finit par être inscrit dans la loi. L’exploitation sexuelle, elle, devient institutionnelle, et nombre de filles pauvres ou esclaves, dès leur puberté, c’est-à-dire à 12 à 14 ans, devenaient meretrices (femmes « libres ») pour gagner leur vie en vendant leur corps dans des lupanars.
Au Moyen Âge, malgré les différentes interdictions et formes de pression (hypocrites) exercées par le pouvoir religieux chrétien, cette exploitation persiste malgré tout. Plus tard, sous le capitalisme, cette forme de domination s’accentue et prend des dimensions sans précédent. Loin d’avoir disparu, du fait de l’approfondissement de la crise du capitalisme, l’exploitation sexuelle, notamment des mineures, est même en augmentation ces dernières années, selon des études récentes sur le sujet.
Epstein était un rouage très utile du système actuel
Tout au long de sa vie, Jeffrey Epstein a tissé un réseau impressionnant impliquant, à bien des niveaux, des personnes extrêmement riches et importantes de la haute société mondiale : responsables politiques, milliardaires de la tech, chercheurs, célébrités… parmi lesquelles Trump, Bill Clinton, Bill Gates (Microsoft), la princesse norvégienne Mette-Marit, le prince Andrew, Lord Mandelson (dirigeant du Labour Party anglais et ancien commissaire européen au Commerce et à la Sécurité économique), Jes Staley (ex-PDG de la banque JP Morgan), Peter Thiel (PayPal, Palantir — une société d’analyse de données de la Silicon Valley), Jack Lang (ancien ministre PS français), Noam Chomsky (professeur d’université) et tant d’autres membres influents de la classe dirigeante capitaliste, comme Ehud Barak, ancien Premier ministre d’Israël, pour lequel Epstein a servi d’intermédiaire à de nombreuses reprises dans l’établissement de projets consistant à vendre des technologies de surveillance israéliennes de pointe à des États.
Cette combinaison faite de montagnes d’argent, de connexions et de discrétion ainsi que de chantage était la colonne vertébrale de son pouvoir.
Epstein était un agent du système qui facilitait l’accès à bien des services aux grands de ce monde, le tout dans des endroits sécurisés et confortables que seul l’argent pouvait garantir. Tous savaient qu’il était un pédocriminel multirécidiviste. Ce faisant, si ces bourgeois n’étaient pas directement complices, ils l’étaient en réalité tous par leur silence.
Le pourrissement du capitalisme fait trembler les hautes sphères
Récemment, plusieurs articles de la presse bourgeoise sonnaient l’alarme quant aux innombrables conséquences de l’éclatement d’une nouvelle affaire de ce type sur la place publique, suite à la publication (désastreuse) de millions de documents par le gouvernement américain, où, par ailleurs, le nom des victimes apparaît davantage que celui des personnalités impliquées (alors qu’elles avaient pourtant demandé à être protégées).
Dans un article intitulé « Le fantôme de Jeffrey Epstein hante les grands pontes du capitalisme (trad.) », le journal The Economist explique que : « La confiance dans les grandes entreprises, et par conséquent dans leurs dirigeants, s’est effondrée. Un pourcentage record de 43 % des personnes interrogées par l’institut de sondage Gallup (USA) déclarent avoir “très peu” confiance en elles. »
Visiblement, de plus en plus de gens comprennent à quel point pouvoir d’argent et pouvoir sur les femmes sont liés, autrement dit comment le patriarcat est imbriqué de manière séculaire dans le capitalisme et la société de classe, et comment ces deux systèmes se nourrissent l’un l’autre.
Cette méfiance ne s’explique pas uniquement par les suites de l’affaire Epstein, mais aussi par le nombre incalculable de scandales similaires qui ont éclaté et/ou ont été redécouverts dans l’histoire récente du capitalisme : affaire de Kincora (UK), affaire de Bétharram (FR), scandale des pensionnats pour Autochtones (CA), affaire P. Diddy (US)… Même lors de l’affaire Dutroux, des incohérences administratives et judiciaires ont secoué le pays et ont suscité suspicions et méfiance accrues envers les sphères dirigeantes de la société belge et envers un système et des institutions capitalistes visiblement incapables de prévenir et de protéger les plus vulnérables.
Et lorsque, sur un plateau de télé, un intervenant quelconque cherche à aller plus loin qu’à cantonner ces affaires à la monstruosité d’individus isolés, hypocritement, les chiens de garde des médias bourgeois s’inquiètent du fait que ce genre d’affaire « nourrit le complotisme » des masses. Mais ce qui transparaît en filigrane de leurs mises en garde idiotes est surtout la peur que l’accumulation de tous ces scandales ne finisse par discréditer à tel point le système qui garantit leurs privilèges que celui-ci ne soit renversé.
Détruire le capitalisme et le patriarcat, lutter pour le communisme
L’affaire Epstein montre une fois de plus toute la pourriture qui grouille aux sommets de la société capitaliste. Une société qui permet au moindre individu disposant de pouvoir de faire de telles choses à des jeunes toujours plus précarisés devrait être changée !
Nous, marxistes, expliquons depuis des siècles maintenant comment l’oppression des femmes et des pauvres est ancrée dans les sociétés de classe. Nous expliquons également que, pour faire advenir une société débarrassée de ces ignominies, il sera nécessaire de poser les bases matérielles d’une société nouvelle, égalitaire, réellement démocratique, où le bien-être de chacun et la protection des plus vulnérables seront réellement au cœur de nos interactions sociales et de nos relations économiques.
Ce type de société ne peut pas avoir pour base une concentration de la propriété privée, des richesses et du pouvoir telle que nous la connaissons aujourd’hui. Il est quasiment illusoire d’essayer de mettre fin au patriarcat à l’intérieur des limites du capitalisme. Même si des progrès peuvent être réalisés, il perdurera.
Si nous voulons réellement en finir avec l’exploitation des femmes et des plus faibles, le vieux monde doit être renversé ! Cela nécessitera une révolution qui abolira les inégalités de classe et qui arrachera définitivement le pouvoir économique et politique des mains des capitalistes pour le placer dans celles de la collectivité laborieuse. Nous devons nous préparer correctement à ces futurs événements dès aujourd’hui. Voilà pourquoi l’OCR construit l’Internationale communiste révolutionnaire (ICR). Si vous voulez changer le monde, si vous voulez vous battre à nos côtés pour mettre fin aux privilèges de classe qui permettent à ces gens de détruire la vie d’autrui, rejoignez-nous !


