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Pedro Sanchez : un modèle pour la gauche ?

Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez est souvent présenté comme une alternative progressiste à la crise du capitalisme et aux politiciens réactionnaires comme Donald Trump. Est-ce vraiment le cas ?

Un anti-impérialisme de façade

Sanchez a beaucoup mis en scène son opposition à Israël et à Trump, et notamment son embargo sur le commerce des armes avec Israël. En réalité, l’embargo annoncé en 2024 ne concernait que les exportations d’armes vers Israël. Or, l’Etat espagnol achetait beaucoup plus d’armes à Israël qu’il n’en vendait. Sous la pression des masses, Sanchez a fini par annoncer à l’automne dernier un embargo sur les importations d’armes et a annulé plusieurs contrats d’achats d’armements israéliens. Mais ce nouvel embargo ne concerne ni les achats de licences ou de pièces détachées (qui continuent à grande échelle), ni les filiales européennes des entreprises israéliennes de l’armement. En juin dernier, le gouvernement espagnol a ainsi annulé un contrat d’achat de missiles antichars « Spike » fabriqués par l’entreprise israélienne Rafael. Mais, pour les remplacer, il s’est tourné vers le joint-venture EuroSpike qui associe des entreprises allemandes à… Rafael ! Malgré les promesses de Sanchez, l’Etat espagnol continue donc bel et bien d’acheter des armes israéliennes et de financer ainsi le génocide de Gaza.

Sur la guerre en Iran, le gouvernement espagnol a bruyamment refusé que ses bases et son espace aérien soient utilisés par les Américains. Mais il a néanmoins envoyé une frégate défendre la base britannique de Chypre, qui était utilisée par l’armée américaine pour frapper l’Iran. Ce faisant, il apportait un appui direct à l’agression impérialiste au Moyen-Orient !

Le « pacifisme » de Sanchez n’est qu’une façade hypocrite, destinée avant tout à tromper les électeurs. Depuis qu’il est au pouvoir, le budget militaire espagnol a augmenté de 70 %. S’il critique Trump plus que les autres dirigeants européens, c’est parce que l’Espagne est le seul pays d’Europe à faire plus de commerce avec la Chine qu’avec les Etats-Unis et qu’elle est donc moins vulnérable aux menaces de sanctions du président américain. Cela permet à Sanchez de se présenter comme un anti-impérialiste, tout en continuant à apporter discrètement son aide à Trump ou Netanyahou lorsque cela sert les intérêts de la bourgeoisie espagnole.

Politique économique

La régularisation massive de migrants annoncée récemment par le gouvernement espagnol a aussi fait beaucoup de bruit. Régulariser des travailleurs sans papiers est évidemment une mesure progressiste. Mais les conditions prévues sont très restrictives et pourraient bien déboucher sur beaucoup moins de régularisations que les 500 000 annoncés par Sanchez. Surtout, il ne s’agit pas d’accorder la citoyenneté espagnole, mais uniquement des permis de séjour d’un an, non-renouvelables notamment en cas de « trouble à l’ordre public ». Or, on sait que cette notion a une définition élastique pour la police et la justice des Etats bourgeois, qui l’étendent parfois jusqu’à la grève ! En réalité, cette initiative vise essentiellement à fournir une main d’œuvre docile, car vulnérable, au patronat espagnol.

Contrairement à la plupart des pays d’Europe, l’Espagne connaît une forte croissance économique. Malgré ce que prétendent nombre de réformistes, cela est essentiellement dû au développement du tourisme, qui s’accompagne d’une spéculation immobilière effrénée. En dix ans, le prix des logements a bondi de 81 % en Espagne, contre 27 % en France et 16 % en Italie. Le taux de chômage reste aussi l’un des plus élevés d’Europe, et touche plus de 10 % de la population active et plus de 24 % des jeunes. Face à cela, toutes les mesures du gouvernement Sanchez (notamment l’augmentation du salaire minimum) sont parfaitement insuffisantes et la précarité frappe jusqu’à 54,6 % des familles de Madrid et Barcelone !

Derrière son « progressisme » hypocrite, les timides réformes du gouvernement Sanchez ne changent rien aux dynamiques fondamentales du capitalisme, qui font peser le poids de la crise sur les épaules de la classe ouvrière. En l’absence d’alternative à gauche, les démagogues réactionnaires du parti d’extrême droite Vox peuvent capter une partie croissante de la colère des masses. Loin d’un modèle, la politique de Pedro Sanchez est une nouvelle démonstration de l’impuissance du réformisme face à la crise du capitalisme !

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