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Éradiquer l’oppression des femmes ? Un programme communiste est nécessaire !

Être femme en Belgique en 2026 : abaissée et précarisée, mais debout dans la lutte

En tant que marxistes, nous sommes convaincus que, bien que sous le capitalisme la situation des femmes puisse s’améliorer, l’oppression de genre ne peut pas être éliminée tant que le système économique actuel ne change pas. Nous pensons qu’il est essentiel de replacer la lutte pour les droits des femmes dans le contexte d’une lutte générale contre le système économique capitaliste.

Actuellement, en Belgique, la situation des femmes ne fait qu’empirer. À titre d’exemple, malgré de nombreuses promesses, l’avortement n’est pas totalement dépénalisé. De plus, l’année 2025 se clôture avec au moins 26 victimes de féminicides, selon le recensement de Stop Féminicide. Les agresseurs sont le plus souvent des (ex-)partenaires des victimes. D’après l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes, 16 % des femmes en Belgique déclarent avoir été victimes de viol. Le même institut affirme que 78 % des femmes ont subi au moins une forme de violence sexuelle sans contact physique au cours de leur vie, et 42 % ont été victimes de violences sexuelles avec contact. Selon l’Organisation mondiale de la Santé, une femme belge sur cinq a subi des violences conjugales, qu’elles soient physiques, psychologiques ou sexuelles. Malgré le nombre élevé de plaintes pour violences conjugales, 70 % sont classées sans suite.

Néanmoins, les violences sexistes ne se limitent pas aux féminicides, aux viols et aux violences sexuelles : selon une enquête, 83 % des femmes belges ont déjà subi du harcèlement de rue.

Pour dénoncer tout cela, chaque année sont organisées deux manifestations majeures. Le 8 mars 2025, 10 000 personnes ont manifesté à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes. Le 25 novembre, 3 000 personnes sont descendues dans les rues de Bruxelles à l’appel de la Plateforme Mirabal, à l’occasion de la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes. Ces chiffres montrent que la mobilisation autour de cette question se radicalise : beaucoup sont insatisfaits et veulent lutter pour changer la condition des femmes en Belgique. En tant qu’Organisation communiste internationale, nous dénonçons le fait que ces grands rassemblements se limitent à des actions symboliques et culturelles, sans véritable impact. Nous sommes convaincus que les batailles culturelles n’ont que des effets limités et nous proposons la grève comme instrument de lutte. Malheureusement, la grève s’est désormais vu attribuer une valeur symbolique qui la prive de son sens véritable : bloquer la production pour nuire aux patrons et créer des rapports de force dans la société afin d’atteindre ses objectifs. D’ailleurs, les syndicats ignorent l’appel des organisations féministes à faire grève le 9 mars : c’est une approche ratée et déplorable.

De surcroît, la coalition Arizona (N-VA, MR, Engagés, CD&V et Vooruit) a adopté une série de mesures antisociales dont les femmes sont les principales cibles. Pour comprendre pourquoi les mesures du gouvernement actuel, qui pénalisent les carrières précaires et les malades de longue durée et renforcent la flexibilité du travail, ont pour principales victimes les femmes, il suffit de savoir que 80 % des personnes qui travaillent à temps partiel sont des femmes, ainsi que 60 % des personnes en invalidité.

Dans la société capitaliste, les femmes sont chargées, dans la sphère privée du foyer, de ce qui devrait relever de fonctions sociales, comme l’entretien de la maison et la garde des enfants et des parents âgés. Les femmes ont davantage de carrières hachées, puisqu’elles prennent majoritairement en charge ce type de travail et que, de plus, nombreuses sont celles qui interrompent leur carrière pour s’occuper des enfants (en Belgique, seulement 46 % des enfants de moins de 3 ans sont inscrits à la crèche). Par conséquent, elles sont pénalisées par la réforme du chômage qui limite les allocations à un an maximum. De plus, les femmes sont exclues des aides du CPAS si leur conjoint travaille, ce qui ne fait que renforcer leur dépendance économique. Compte tenu de tout cela, nous pouvons affirmer que les femmes souffriront le plus des mesures prises par l’Arizona.

Les positions de la gauche belge

Quelles sont les déclarations et les propositions de la gauche belge vis-à-vis de l’oppression des femmes ? À notre avis, il s’agit de positions insuffisantes, voire parfois inefficaces.

À titre d’exemple, dans son programme, Écolo affirme que l’oppression des femmes est liée au patriarcat, aux violences sexistes et sexuelles et aux inégalités structurelles dans le travail, la vie quotidienne et l’accès aux fonctions de pouvoir. Le Parti socialiste, quant à lui, promeut une approche tout à fait réformiste et institutionnelle, centrée sur l’État social, le travail et la santé. La parité, la représentation politique et la féminisation de l’espace public occupent une place importante dans le programme du PS.

D’un point de vue marxiste, ces mesures bénéficient surtout aux femmes des classes moyennes et supérieures, sans changer la situation des femmes de la classe travailleuse, précaires, migrantes ou sans emploi, pour qui l’oppression est d’abord économique et matérielle. C’est parmi les femmes les plus précaires que les violences sexuelles sévissent le plus sur le lieu de travail. Notamment, dans le secteur des titres-services, une femme sur trois subit des violences sexuelles au travail. Tant pour Écolo que pour le PS, les écarts salariaux, la précarité et le temps partiel sont traités comme des dysfonctionnements à corriger, et non comme des conséquences logiques du système capitaliste.

En tant que marxistes, nous pensons que les approches féministes qui subordonnent la lutte des classes à la lutte contre le patriarcat ne combattent pas la cause qui génère l’oppression, à savoir la division de la société en classes. Écolo et le PS adoptent une approche intersectionnelle qui rejette la hiérarchie des oppressions et se concentre sur la manière dont celles-ci agissent de façon combinée sur l’individu. En ce sens, les femmes ne sont pas considérées comme une catégorie homogène et la réflexion passe de la dimension collective à la dimension individuelle. Cette conception, qui exclut par nature la possibilité de luttes générales, ne fournit pas les outils nécessaires pour se libérer du joug de la subordination.

En revanche, le Parti du Travail de Belgique identifie l’oppression des femmes comme ancrée dans le capitalisme : inégalités salariales et de pension, charge des soins et du travail domestique, violences de genre, discriminations systémiques. Le PTB propose des mesures concrètes et louables telles que la suppression des écarts salariaux et la réduction collective du temps de travail, ainsi que le renforcement des services publics pour réduire la charge de soins qui pèse sur les femmes. En revanche, fidèle à sa politique consistant à ne pas crisper de possibles soutiens électoraux, le PTB ne s’oppose pas à la légalisation de la prostitution, qui est en réalité, selon nous, la légalisation du viol en échange d’argent. Enfin, dans le programme du PTB, il est également question d’investissements dans les campagnes d’éducation sexuelle et relationnelle à l’école (EVRAS). À ce sujet, aussi important que soit le rôle de l’école, nous ne devons pas oublier le contexte global de la société capitaliste, dans laquelle l’oppression des femmes joue un rôle fondamental. Les campagnes de prévention sont mentionnées dans le programme du PTB tout comme dans celui du PS, mais nous sommes convaincus qu’on ne peut pas lutter contre les comportements sexistes en les traitant comme un simple problème culturel.

L’origine de l’oppression des femmes

Comme mentionné plus haut, la gauche débat souvent de ce sujet et peut s’éloigner de la solution définitive au problème. La question de l’origine de l’oppression des femmes est centrale afin de la supprimer, et nous avons une position claire sur ce point.

À partir des études de l’anthropologue L. Morgan, Engels tire d’importantes interprétations sur l’origine de la famille – d’où le livre du même titre – et sur l’oppression des femmes. Les rôles de genre ne sont pas biologiquement déterminés ni naturels : ils proviennent du développement historique de notre espèce et sont socialement déterminés. Une société sans oppression des femmes et sans patriarcat est possible : c’est une société sans propriété privée des richesses, donc sans transmission héréditaire et sans inégalités de classe. C’est une société qui administre collectivement les biens et les relations, loin des dynamiques de pouvoir économique qui ont empoisonné les relations sociales sous le capitalisme : une communauté unie pour satisfaire les besoins collectifs et individuels.

Il ne s’agit pas d’une utopie ni d’un retour à la vie précapitaliste, mais d’avancer vers une société gérée collectivement : le socialisme.

En tant que communistes révolutionnaires, nous n’avons pas l’intention d’abandonner la théorie d’Engels, car elle conserve encore aujourd’hui une analyse matérialiste dialectique authentique du développement de la société humaine. Nous ne nous arrêtons pas à cette théorie, mais nous la développons afin de la rendre contemporaine, tout en conservant la méthode d’analyse marxiste comme base.

La gauche débat également de la manière de lutter contre l’oppression des femmes aujourd’hui. À ce propos, notre question est la suivante : peut-on l’éradiquer sans abattre le système ?

Certainement, la culture joue un rôle important dans notre formation depuis la naissance, mais ce n’est pas tout. Dans la société capitaliste, la culture est déterminée par la classe dominante – la bourgeoisie – à travers son influence politique sur l’État et la possession des principaux médias.

Ainsi, ce n’est que dans un autre système économique qu’elle peut être modifiée à la racine, car seule la classe dominante a le pouvoir économique d’influencer la culture de masse. Marx l’explique dans Le Capital : il s’agit du rapport entre l’infrastructure (la base économique) et la superstructure (la politique, la loi, les institutions, la culture, l’éducation familiale, etc.). En dernière analyse, c’est l’infrastructure qui est déterminante. L’enrichissement d’une minorité – la bourgeoisie – grâce à l’exploitation d’une majorité – les travailleurs et les étudiants – détermine véritablement tous les aspects de la société. Cela ne signifie pas qu’une conscience individuelle avancée et radicale ou que l’initiative individuelle ne soient pas possibles – au contraire : il s’agit précisément des personnes que nous organisons collectivement pour lutter contre le système –, mais nous sommes très limités dans notre capacité à changer le monde en tant qu’individus. Cela signifie que seul un changement systémique peut abolir définitivement les héritages culturels contre lesquels nous luttons aujourd’hui, parmi lesquels le patriarcat.

Les revendications de notre Internationale

En tant qu’organisation communiste révolutionnaire, nous luttons pour :

l’égalité salariale et des salaires justes

l’individualisation des aides sociales

la création massive de centres d’accueil et d’hébergement pour les femmes victimes de violences

des services publics gratuits et de qualité pour la socialisation des tâches domestiques : crèches, écoles, cantines et blanchisseries…

Relativement à ce dernier point, le capitalisme fait peser sur les femmes le poids des tâches domestiques et des soins aux personnes âgées, aux enfants, aux personnes handicapées, etc. Cela permet de réduire les coûts des politiques sociales. Par conséquent, ce qui devrait être une responsabilité collective se transforme en un problème d’ordre privé. À l’inverse, une société socialiste telle que nous l’envisageons permettrait de libérer les femmes de cette charge de travail, parce qu’elle serait fondée sur la socialisation du travail domestique et des soins.

De plus, nous pensons que la lutte contre le patriarcat devrait être menée par des assemblées démocratiques, dans les lieux de travail, les universités, les quartiers, etc. Ces assemblées pourraient organiser la sécurité, gérer les centres d’accueil mais aussi servir de tribunaux populaires. Dans leur lutte, elles pourraient utiliser des moyens tels que la grève.

Bien que nous devions nous battre pour de nombreuses revendications immédiates, la lutte pour l’émancipation des femmes ne pourra pas être victorieuse tant que nous vivrons dans une société où la majorité de la population est dominée et exploitée par les capitalistes qui, en plus, instrumentalisent le sexisme pour nous maintenir divisés. On ne peut pas mettre fin à l’oppression des femmes sans mettre fin à l’oppression de classe elle-même. De même, sans la participation des femmes, il ne pourrait pas y avoir de révolution socialiste.

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