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Pedro Sanchez, leader du mouvement contre la guerre ?

L’Espagne (avec son Premier ministre Pedro Sanchez) s’est placée au centre de l’attention mondiale dans le contexte de la guerre impérialiste menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran. Après s’être publiquement élevée contre la campagne génocidaire de Netanyahu à Gaza et contre l’enlèvement de Nicolas Maduro au Venezuela, Pedro Sanchez et le gouvernement espagnol se sont fermement opposés à la campagne militaire criminelle contre l’Iran. Comme cela s’était déjà produit lors de la campagne militaire contre Gaza concernant Israël, Sanchez est présenté par une partie de l’opinion publique internationale comme le dirigeant occidental le plus courageux et le plus audacieux à s’opposer ouvertement à la guerre de Trump et de Netanyahu.

La semaine passée, lors d’une conférence de presse à la Maison-Blanche avec le chancelier allemand Friedrich Merz, Trump a vivement critiqué la position espagnole. Il a déclaré que « l’Espagne est un allié terrible » et a même menacé de rompre tout commerce et toute relation avec l’Espagne. Il a ajouté : « Nous pourrions utiliser leurs bases si nous le voulions. Nous pouvons nous y rendre et les utiliser. Personne ne va nous dire de ne pas les utiliser. Mais ils se sont montrés hostiles, alors je leur ai dit que nous ne voulions pas le faire ».

Trump a également reproché à Sanchez de ne pas accepter l’augmentation des dépenses militaires à 5 % du PIB, essentiellement pour acheter davantage d’armes aux États-Unis. Merz, qui était présent, a fait preuve de lâcheté en restant silencieux pendant que Trump attaquait un partenaire de l’Union européenne, et s’est même permis de se joindre au reproche en déclarant qu’il essayait de convaincre le gouvernement espagnol d’augmenter ses dépenses militaires d’au moins 3,5 %, contre les 2,1 % officiellement reconnus aujourd’hui par le gouvernement espagnol.

Cela a fait de Pedro Sanchez et de son gouvernement un point de ralliement pour une partie de la gauche à travers le monde. Les termes « Espagne », « Sanchez » et d’autres mots liés à cette crise ont été très recherchés sur les moteurs de recherche. Nous avons même vu Paul Magnette, leader du PS francophone, déclarer que le gouvernement belge devrait suivre la voie tracée par Pedro Sanchez. Or, la position du leader du PSOE (le parti socialiste espagnol) et celle du PTB, par exemple, ne sont pas très éloignées : défendre la légalité internationale.

Lors de son intervention du 4 mars, Sanchez a déclaré : « La position du gouvernement espagnol peut se résumer en quatre mots : “non à la guerre” ». « Nous ne soutiendrons pas ce désastre » a-t-il ajouté.

Il ne s’agit donc pas de dire que Sanchez est particulièrement courageux, mais plutôt de constater que nous n’avions jamais connu un tel niveau de servilité, de lâcheté et d’indolence de la part des gouvernements occidentaux — et européens en particulier (GLB et De Wever compris) — envers leur « ami » américain comme c’est le cas aujourd’hui, même après les menaces de Trump de s’emparer du Groenland.

La position de Sanchez ne découle pas uniquement de son caractère. Elle reflète, et il le sait très bien, la longue et combative tradition d’opposition irréconciliable des masses de la classe ouvrière et de la jeunesse espagnoles aux guerres impérialistes et aux injustices commises contre les opprimés du monde entier, à commencer par la cause palestinienne, qui a poussé le gouvernement à aller plus loin que d’autres en Europe.

Mais il est également très conscient de la nécessité de rallier l’électorat de gauche après deux défaites écrasantes dans des régions où les socialistes avaient gouverné par le passé (Estrémadure et Aragon). Il doit aussi « satisfaire » les partis de gauche qui permettent à son gouvernement de rester à flot. Magnette surfe sur le succès des déclarations de Sanchez à gauche, mais le PS (et Vooruit) préfère pourtant, depuis des décennies, s’allier aux libéraux et aux nationalistes de droite plutôt qu’au PTB.

Cette opposition est-elle réelle ?

Quelques heures après la conférence de presse susmentionnée, les choses ont commencé à se compliquer.

En l’espace de 24 heures, on est passé d’un « Non à la guerre » catégorique à un « Oui » assorti de conditions. Les faits apparaissent désormais clairs et limpides, ce qui nous oblige, en tant que communistes, à clarifier notre position à ce sujet.

Le 2 mars dernier, un drone a été lancé contre la base militaire britannique d’Akrotiri. Bien que l’Iran ait été initialement accusé, le Royaume-Uni a écarté la possibilité que le drone ait été lancé depuis le territoire iranien. L’Iran a également nié avoir lancé un missile sur la Turquie. Certaines sources attribuent la responsabilité de ces attaques sous faux pavillon à la coalition israélo-américaine, dans le but d’entraîner davantage de pays occidentaux dans la guerre contre l’Iran.

Entre-temps, deux autres explosions à Chypre et l’attentat d’Oslo du 8 mars ont conduit à un rassemblement de navires de guerre autour de l’île pour « la défendre », c’est-à-dire pour être prêts à participer à un conflit.

Chypre et le Royaume-Uni ont demandé un soutien militaire afin de défendre cette base contre de futures attaques. Le gouvernement espagnol s’est joint à cette initiative en envoyant des navires — le Cristóbal Colón et le Cantabria. Il faut noter que le Royaume-Uni a autorisé les États-Unis à utiliser cette base militaire dans leur guerre contre l’Iran « à des fins défensives ».

Quelques jours après la conférence de Trump, la porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, a déclaré (le 4 mars) que « ces dernières heures, l’Espagne a décidé de coopérer militairement avec les États-Unis ». Le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a catégoriquement démenti ces propos, ce qui a entraîné un véritable ping-pong de déclarations entre les États-Unis et l’Espagne.

Mais les propos de Leavitt ont été tenus parallèlement à une réunion entre la ministre espagnole de la Défense, Margarita Robles, et l’ambassadeur américain à Madrid, Benjamin León. Il est très révélateur que pratiquement rien n’ait filtré de cette rencontre. Qu’est-ce que le gouvernement Sanchez a à cacher à ce sujet ? Quelques heures plus tard, le gouvernement annonçait l’envoi de navires.

Les dirigeants espagnols tiennent un discours pour le moins ambivalent : d’un côté, des déclarations grandiloquentes pour se démarquer et rallier le soutien des partis de gauche ; de l’autre, la volonté de ne pas rompre avec l’OTAN et les « alliés » qui soutiennent la guerre contre l’Iran, car le risque d’isolement serait trop grand.

Soyons clairs. Nous soutenons toute initiative qui s’oppose à cette guerre et qui rompt avec les impérialistes. Mais nous devons également dénoncer le soutien tiède apporté aux mesures dites « défensives ».

Pour cela, nous avons besoin d’un mouvement mondial contre la guerre qui place les syndicats à l’avant-garde de cette opposition. Nous devons aussi être très clairs sur le fait que nous ne soutenons pas un changement de régime imposé par les impérialistes et que nous sommes solidaires du mouvement révolutionnaire iranien qui lutte contre le régime islamique. Mais pour nous, communistes des pays membres de l’OTAN — alliés des États-Unis et d’Israël — l’ennemi principal est chez nous !

Pas une balle, pas un sou pour les guerres impérialistes !
Tous contre le gouvernement Arizona, qui en est complice !

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