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L’ULB dans un triangle des Bermudes du gauchisme ?

L’Université libre de Bruxelles (ULB) se refait une nouvelle peau. C’est le message que la rectrice de l’université, Annemie Schaus, a voulu faire passer dans un long article-interview publié dans Le Soir du lundi 9 février. Sous prétexte de nouvelles technologies, d’intelligence artificielle et de plateformes participatives, elle tente de répondre aux critiques de Georges-Louis Bouchez, qui accuse l’ULB de faire partie d’un prétendu « triangle des Bermudes de l’extrême gauche » avec le Parti socialiste et la RTBF. Une accusation absurde, qui ne résiste pas une seconde à l’examen des faits.

Car ces dernières années, loin d’être un bastion de gauche radicale, la direction de l’ULB s’est illustrée par une gestion profondément hypocrite et souvent répressive des mobilisations étudiantes. Depuis le début du génocide du peuple palestinien par l’État sioniste, les autorités universitaires ont multiplié les positions ambiguës. L’université a d’abord refusé d’adopter un boycott académique d’Israël, avant de céder sous la pression étudiante. Aujourd’hui, l’ULB reste partiellement engagée dans les accords Horizon liant Israël et l’UE, tout en affirmant boycotter « formellement » les universités israéliennes et palestiniennes.

Dans le même temps, l’ULB a adopté une ligne de fermeté contre les étudiants mobilisés. L’occupation d’un bâtiment par le mouvement Université populaire de Bruxelles s’est soldée par l’intervention de la police sur le campus, dans un climat marqué par des violences policières. Aujourd’hui encore, un étudiant est victime d’un acharnement disciplinaire, injustement accusé d’antisémitisme. La rectrice a fait appel d’une première décision, estimant la sanction trop légère, et réclame désormais son expulsion.

Sur d’autres fronts, l’ULB n’a pas montré la résistance que l’on pourrait attendre d’une institution prétendument progressiste. Face aux politiques austéritaires de l’Arizona, l’université est restée largement silencieuse. Le relancement du décret Paysage, l’augmentation du minerval pour les étudiants belges, européens et extracommunautaires, ou encore la loi Quintin (qui vise à restreindre la liberté politique des mouvements jugés radicaux) n’ont suscité aucune opposition ferme. Loin de constituer un rempart contre les attaques de la droite et de l’extrême droite, l’ULB s’est contentée d’accompagner ces mesures. À cela s’ajoute une politique interne de précarisation du personnel. Le recours accru à la sous-traitance pour le personnel d’entretien, la dégradation des perspectives professionnelles du personnel administratif, technique, de gestion et spécialisé (PATGS) à la suite de réformes budgétaires, ou encore la gestion managériale des équipes témoignent d’une université qui adopte de plus en plus les logiques d’une entreprise privée.

La direction de l’ULB est une opposition réactionnaire aux mouvements étudiants de gauche

Enfin, un autre phénomène inquiétant s’est développé sur le campus : la montée d’initiatives réactionnaires sous couvert de débats académiques. Le cycle de conférences « Sciences et Société », organisé par certains professeurs aux ambitions politiques douteuses, sous l’égide de la Faculté de médecine, a récemment accueilli Jacques Balthazar pour une intervention sur la « biologie de l’homosexualité », fondée sur des travaux pseudoscientifiques et véhiculant des idées LGBTphobes. Quelques mois plus tard, la journaliste Nora Bussigny, connue en France pour ses positions réactionnaires et islamophobes, est invitée pour une conférence portant sur « l’ingérence étrangère sur les campus et la radicalisation des étudiants ». Le choix de ces intervenants, et l’absence de contradiction institutionnelle, en disent long sur l’axe politique à l’ULB.

Au cours des deux dernières années, l’université a cependant connu une période de politisation intense. Les occupations en solidarité avec la Palestine, la campagne pour rompre les liens avec les institutions israéliennes, puis la grève de trois jours en novembre dernier ont réveillé une couche d’étudiants extrêmement critiques à l’égard de la situation actuelle à l’université, en Belgique, en Europe et dans le monde. Ces mobilisations ont mis en lumière une opposition à la dérive politique de l’ULB.

Nous, le Cercle communiste révolutionnaire de l’ULB, saluons ce processus. De plus en plus d’étudiants et de jeunes comprennent que, dans les conditions sociales et économiques actuelles, notre planète et notre société sont vouées à la destruction et à la barbarie si rien ne change. Beaucoup s’accordent à dire que nous avons besoin d’une refonte profonde de la société, et que les partis comme celui de G. L. Bouchez ne proposent que davantage de racisme, de pollution, de violence et de division.

L’ULB affirme aujourd’hui qu’elle a besoin d’un nouveau souffle. Nous sommes d’accord. Mais ce souffle ne viendra ni de l’IA, ni des plateformes participatives, ni des discours creux sur l’innovation. Il viendra d’un changement fondamental des règles de financement, des programmes et de l’implication des étudiants, des enseignants et du personnel. Une université réellement démocratique, participative et émancipatrice constituerait un changement révolutionnaire au sens étymologique du terme. Elle exigerait une implication massive de celles et ceux qui y vivent au quotidien, des moyens pour transformer réellement les cursus, et un rejet clair des intérêts privés qui cherchent à orienter l’université selon leurs besoins.

Nous comprenons bien sûr que cette vision n’est pas celle envisagée par G. L. Bouchez et les étudiants sous son influence malsaine. Cependant, nous sommes convaincus que la majorité des étudiants souhaitent une université meilleure, plus démocratique et plus participative. C’est ce changement que notre cercle s’efforce de construire, dans le cadre de sa lutte pour une société libérée de toute oppression et exploitation. Tel est le changement révolutionnaire pour lequel nous militons. Même si, pour G. L. Bouchez, cela nous place dans un triangle des Bermudes imaginaire.

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