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Les travailleurs du Minnesota montrent toute l’ingéniosité de la classe ouvrière

(Traduction d’un article paru le 5 février sur le site de nos camarades américains : Revolutionary Communists of America – Revolutionary Communists of America)

Les travailleurs du Minnesota ont montré au monde entier que la lutte des classes est bien vivante aux États-Unis.

Au-delà des scènes dignes d’une zone de guerre, avec leurs barricades et leurs affrontements dans les rues contre les forces militarisées, au-delà des nuages blancs de gaz lacrymogène qui se fondent dans le paysage hivernal de la ville, il y a comme un parfum de révolution dans l’air.

Sans véritable direction, sans parti politique, sans organisation syndicale véritablement combative, des dizaines de milliers de travailleurs ordinaires se sont auto-organisés pour passer à l’action.

La créativité des masses

La multitude vertigineuse de groupes de discussion Signal et autres groupes de messagerie numérique qui ont vu le jour est sans précédent dans l’histoire des États-Unis. Certains de ces réseaux trouvent leurs origines dans les organisations de quartier qui ont émergé en 2020 après le meurtre de George Floyd. Beaucoup d’autres se multiplient jour après jour. Les rassemblements communautaires spontanés et les veillées au coin des rues se terminent souvent par des sessions informelles permettant à chacun de trouver ses voisins et de se rencontrer sur place.

Les groupes Signal fonctionnent comme une sorte de centre névralgique numérique du mouvement, organisant des réunions en personne, envoyant des convois de patrouille, partageant des rapports et des mises à jour. Il existe même des chats audio, similaires à une fréquence radio de la police, pour partager les observations de l’ICE et signaler leurs mouvements en temps réel.

Dans les heures qui ont suivi le meurtre d’Alex Pretti, au lendemain de la grève générale du 23 janvier, des dizaines de réseaux de quartier ont immédiatement commencé à organiser des veillées dans tous les coins de la ville. Un camarade de notre organisation aux USA, à Minneapolis, a décrit la manière fluide, presque automatique, la façon dont cette activité a été orchestrée.

En un clic, un groupe de discussion se forme et attire des dizaines de voisins. Très vite, une équipe se met à coller des affiches et distribuer des tracts, un comité de coordination se réunit dans un resto du coin, où les serveurs les accueillent et les remercient.

Ce soir-là, des centaines de voisins venus de tous les horizons se rassemblent au lieu de rendez-vous. Comme le dit le camarade : « Tout ce qui était nécessaire pour l’événement s’est trouvé là sans aucune planification bureaucratique. On s’est installés sur une table au parc pour disposer bougies et chocolat chaud, des passants ont apporté un brasero, d’autres ont fait passer des feuilles avec des chansons. »

Les chansons étaient des chants de protestation comme Bella Ciao. Un participant italien s’est avancé pour expliquer ses origines et entraîner la foule dans le chant. Une autre personne a apporté une réserve de sifflets. Un camarade de la RCA (notre organisation aux USA, Révolutionary Communists of America) a prononcé un discours sur la grève des Teamsters de 1934. À la fin de la soirée, six personnes l’ont approché pour adhérer au parti.

Des scènes comme celle-ci illustrent la créativité, l’innovation et l’auto-organisation spontanée qui émergent dans chaque révolution. L’ingéniosité tactique est la marque d’un véritable mouvement de masse qui attire la participation, les talents et la réflexion d’innombrables participants. Des travailleurs sans expérience des manifestations, des personnes de tous âges qui n’ont jamais tenu de mégaphone auparavant, se demandent soudainement ce qu’ils peuvent faire pour le mouvement. Le résultat est impressionnant.

Dans un essai intitulé « The Minneapolis Uprising » (Le soulèvement de Minneapolis), un journaliste de The Atlantic l’a décrit comme « une chorégraphie urbaine méticuleuse de protestation civique… Par moments, Minneapolis m’a rappelé ce que j’ai vu pendant le Printemps arabe en 2011, une série d’affrontements de rue entre les manifestants et la police qui ont rapidement dégénéré en une lutte beaucoup plus large contre l’autocratie ».

Les travailleurs du Minnesota ont montré au monde entier que la lutte des classes est bien vivante aux États-Unis. / Image : News Talk 830 WCCO, X

Intensifier la lutte avec des comités d’action sur le lieu de travail

Le 23 janvier a révélé le profond élan de soutien en faveur d’une grève massive pour chasser l’ICE parmi la population active de Minneapolis-Saint Paul. Alors, que faire maintenant ?

Des réseaux organisés ont émergé spontanément dans les quartiers populaires de Minneapolis-Saint Paul. La prochaine étape consiste à étendre ce type de formation directement sur le lieu de travail.

La participation du 23 janvier ne laisse aucun doute sur le fait que la lutte contre l’ICE a des partisans sur tous les lieux de travail. Si les collègues se réunissaient en comités d’action, ils pourraient donner une structure et une continuité aux discussions politiques qui animent déjà les salles de pause et les ateliers.

Idéalement, cet effort serait coordonné de manière systématique par le mouvement syndical, qui dispose des ressources nécessaires pour lui donner une structure et une orientation. Compte tenu de la docilité de la bureaucratie syndicale – qui a accepté à contrecœur de participer à la journée d’action du 23 janvier, mais n’a même pas osé utiliser le mot « grève » dans ses communiqués de presse –, c’est peut-être à l’énergie créative des travailleurs eux-mêmes qu’il reviendra de s’organiser.

En plus de créer un cadre propice à une discussion continue entre collègues, ainsi qu’une ligne de communication entre différents lieux de travail, les comités d’action serviraient avant tout d’organes décisionnels pour s’attaquer aux tâches pratiques du mouvement. Si les travailleurs sont alertés d’une activité de l’ICE à proximité, le comité peut désigner des équipes pour sécuriser les entrées, informer les clients, communiquer avec les lieux de travail voisins, etc.

Élire des délégués pour former un comité d’action à l’échelle municipale !

Si chacune de ces formations élisait un délégué pour représenter chaque lieu de travail à l’échelle municipale, cela constituerait l’épine dorsale d’un comité de grève de masse capable de prendre des décisions et de coordonner des actions de masse au nom des travailleurs de Minneapolis-Saint-Paul. Face à un tel niveau d’auto-organisation, les dirigeants syndicaux seraient soumis à une pression énorme pour se joindre au mouvement, non seulement en paroles, mais aussi en actes, lors de la prochaine grève générale.

La nécessité pratique d’une telle organisation s’est manifestée lorsque des manifestants ont tenté de bloquer l’aéroport international de Minneapolis-St. Paul (MSP) lors de la grève du 23 janvier. Ce qui s’est rapproché le plus d’une arrestation massive ce jour-là s’est produit lorsque des centaines de manifestants ont formé un piquet de grève, bloquant l’entrée du terminal utilisé par Delta, la plus grande compagnie aérienne opérant à MSP.

Les manifestants avaient compris que l’arrêt du transport aérien augmenterait les chances de succès de la grève générale. Cependant le piquet de grève était formé principalement par des militants, dont un grand nombre de membres du clergé, et non par les employés de l’aéroport.

Les forces de police de plusieurs juridictions ont coordonné leurs efforts avec les autorités fédérales pour disperser le piquet de grève, arrêtant plus de 100 personnes. Mais si des comités d’action des employés de l’aéroport avaient été organisés au sein de l’aéroport avant la grève, l’histoire aurait été différente. L’aéroport ne pourrait pas fonctionner sans bagagistes, agents de bord et contrôleurs aériens.

Arrestation de dizaines de responsables du Clergé à l’aéroport de Minneapolis.

Grève dans les entreprises du Fortune 500 et chez les plus grands employeurs !

Parmi les quelque 800 lieux de travail qui ont fermé leurs portes le 23 janvier, presque tous étaient des petites entreprises. C’est un signe positif de la sympathie d’une partie des chefs d’entreprise, ainsi que de la détermination de leur personnel à agir.

Mais la force d’une véritable grève générale réside dans sa capacité à avoir un impact sur les profits des couches supérieures du capitalisme. Le Minnesota compte environ 20 des plus grands employeurs des États-Unis (Fortune 500 ou Forbes Largest Private Companies List), qui génèrent des milliards de dollars de bénéfices annuels et emploient des centaines de milliers de travailleurs.

Parmi eux figurent le célèbre UnitedHealth Group, des géants de la distribution comme Target et Best Buy, et des entreprises de fabrication et de transformation alimentaire comme 3M, General Mills et Cargill, en plus des grandes sociétés financières, énergétiques et de services publics.

Au-delà de ces géants nationaux dont le siège social se trouve dans la région Minneapolis-Saint-Paul, il existe d’autres grandes entreprises qui emploient un nombre considérable de personnes dans la région, comme Walmart, Home Depot, Delta et Enterprise. Les trois plus grands employeurs du centre-ville de Minneapolis – Hennepin Healthcare, Target et Wells Fargo – emploient à eux seuls au total plus de 20 000 travailleurs. Il y a ensuite l’aéroport MSP, qui emploie plus de 21 000 personnes.

Ce sont les « bataillons lourds » de la classe ouvrière de Minneapolis-Saint-Paul. S’ils décidaient de montrer collectivement leur force, la classe dirigeante américaine en ressentirait les effets dans tout le pays.

Pas de coopération avec l’ICE ! Grève à chaque point de contact avec les agents fédéraux !

Les voyous masqués qui terrorisent la ville dépendent chaque jour des services fournis par d’autres travailleurs : des repas qu’ils mangent aux chambres d’hôtel où ils dorment, en passant par les véhicules qu’ils louent et le carburant qu’ils achètent. En d’autres termes, à chaque instant, ils dépendent de la bienveillance de la classe ouvrière pour mener à bien leurs activités brutales.

Cela signifie également que les travailleurs ont collectivement le pouvoir de refuser de servir ces criminels. Les serveurs des restaurants et des cafés peuvent leur refuser une table dans leur établissement — beaucoup ont déjà affiché des pancartes à cet effet dans leur vitrine. De même, les employés des magasins et des supermarchés peuvent refuser de les servir à la caisse, ou mieux encore, leur refuser l’entrée dans le magasin.

Les « manifestations bruyantes » nocturnes sont une autre tactique que le mouvement anti-ICE a spontanément adoptée, non seulement à Minneapolis-Saint-Paul, mais aussi dans d’autres villes. Les militants se rassemblent devant les hôtels où les agents de l’ICE séjournent et tentent de les priver d’une nuit de sommeil décente en utilisant des casseroles et des poêles, des sifflets, des tambours, des cornes de brume, des klaxons de voiture, des sirènes, etc.

Ces manifestations peuvent rendre la vie des agents de l’ICE particulièrement pénible, mais les employés des hôtels peuvent aussi priver l’ICE non seulement de paix et de tranquillité, mais aussi d’un toit au-dessus de leur tête. Les employés des hôtels organisés pourraient refuser de louer des chambres aux agents de l’ICE et changer les clés électroniques des chambres qu’ils ont déjà louées. S’il existait un comité d’action dans chaque agence Enterprise, les employés pourraient facilement empêcher les agents de l’ICE de prendre le volant d’un véhicule de location.

Des comités de quartier répertorient les plaques d’immatriculation des voitures déjà utilisées par l’ICE. S’ils s’associaient aux comités d’action des employés de stations-service, ceux-ci pourraient couper les pompes chaque fois qu’un véhicule connu de l’ICE tenterait de faire le plein.

Aucune de ces actions ne peut, à elle seule, empêcher l’ICE de terroriser les travailleurs immigrés. Mais les comités d’action des lieux de travail, des écoles et des quartiers pourraient élire des délégués à un organisme de coordination à l’échelle de la ville. Celui-ci pourrait servir de base organisationnelle à une grève générale plus profonde et plus efficace, suffisamment puissante pour chasser l’ICE du Minnesota.

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