Les étudiants et le personnel de l’UMONS ont appris la semaine dernière que le comité d’administration de l’université avait voté à l’unanimité le non-renouvellement de Georges-Louis Bouchez en son sein. Il y a fort à parier qu’une grande partie des membres de la communauté universitaire aient appris à la même occasion qu’il en était membre. [1]
Et ce n’est pas un fait étonnant. GLB avait l’habitude de rester très discret sur ce sujet, tant dans ses prises de parole que dans sa présence physique : sur 26 réunions organisées depuis le 13 octobre 2022, date à laquelle il a rejoint le CA, il n’a été présent que cinq fois, alors que ces réunions sont théoriquement obligatoires. De plus, quand il ne vient pas, il ne prend pas non plus la peine de s’excuser : 4 demandes d’excuse enregistrées sur les 18 réunions qui ont eu lieu depuis octobre 2023, dernière fois qu’il a honoré le comité de sa présence. Ensuite, c’est le calme plat.
Mais son absentéisme n’est pas la seule raison de cette affaire. Philippe Dubois, recteur de l’UMONS, évoque des propos « dénigrants » et une attitude qui va à l’encontre de l’intérêt de l’université. En particulier, une attaque contre la faculté de psychologie et des sciences de l’éducation qui, selon le président du MR, produirait trop de diplômés. Ces étudiants seraient dès lors destinés au chômage ou au sous-emploi. En réponse, Philippe Dubois a tenu à rappeler qu’une majorité des étudiants de l’UMONS trouvent un emploi dans les mois qui suivent leur diplomation. Rappelons en passant qu’en 2023, GLB s’était déjà opposé à l’UMONS sur la question du master en médecine pour des raisons aussi douteuses.
Pourtant, il ne faudrait pas réduire cette affaire à une question de chiffres, d’organisation des études et de taux d’emploi. Cette attaque fait partie d’une stratégie idéologique plus large qui vise directement l’accessibilité à l’université, l’indépendance de la recherche et la manière dont l’éducation s’intègre plus largement à la société. L’actuel débat autour de la montée du minerval à 1200 €, réforme émanant bien évidemment de notre gouvernement, en est un signe de plus : une université trop accessible ne joue plus correctement son rôle de marqueur social.
La critique de l’université est devenue une ritournelle tristement habituelle chez les politiciens libéraux de tous bords. Les attaques de Trump sur les recherches en sciences sociales qui ne cadrent pas avec sa vision d’une société ultra-hiérarchisée ne sont que l’aspect le plus visible d’un mouvement qui traverse toute la bourgeoisie. Plus proche de nous, on pensera à l’affaire sur le prétendu « islamo-gauchisme » de l’université française, ou les plus récentes attaques contre des chercheurs étiquetés à gauche comme Johann Chapoutot [2], accusé par Marianne d’abandonner sa casquette de scientifique pour celle de militant. La démarche est toujours identique : toute idée qui sort de l’ordre hiérarchique capitaliste est discréditée, qualifiée d’« idéologique ». Par contraste, les capitalistes se présentent comme des personnes rationnelles, des gestionnaires pragmatiques possédant la capacité surnaturelle de regarder le réel droit dans les yeux.
GLB n’est jamais réticent à endosser ce rôle de Trump de pacotille, et l’idée que les intellectuels seraient tous membres de l’« extrême-gauche » est un des récits fantaisistes qu’il met en avant dès qu’il en a l’occasion. En comparaison, ses dernières sorties contre la faculté de psychologie sembleraient presque anodines. Mais à tant critiquer l’institution, un paradoxe pointe le bout de son nez : si l’université n’est qu’un nid de gauchistes, pourquoi tant s’attacher à son pouvoir symbolique en promettant de venir aux futures réunions du CA de l’UMONS afin d’y préserver son siège ? C’est bien entendu parce qu’il faut flatter d’un côté les élans réactionnaires de l’électorat bourgeois, affirmer la soi-disant dangereuse hégémonie de la gauche dans toutes les institutions publiques, tout en continuant à s’approprier un maximum de légitimité, partout où il pourra la trouver. Ce n’est pas sans rappeler l’attitude des plus ardents pseudoscientifiques qui dénoncent la médiocrité de la science mainstream tout en insistant pour se faire appeler « docteur » ou « professeur », puis en jouant la carte de la victimisation à la moindre critique.
Même si cette histoire entre GLB et l’UMONS n’est qu’un épiphénomène, il est important de souligner qu’elle s’ancre dans une démarche beaucoup plus large. Les structures de l’éducation ne sont pas envisagées par les libéraux comme des lieux d’apprentissage et d’émancipation, mais uniquement comme des lieux de formation des futurs travailleurs, qui doivent donc se plier à la loi du marché, et être rationalisées en conséquence. Nous ne devons pas être dupes de ce petit jeu. La destruction de l’université, et plus généralement de tous les services publics et institutions qui échappent à l’idéologie du marché, sont des attaques explicites d’une classe contre tout ce qui limite encore son pouvoir sur l’économie et la société. Les campus ont toujours été des lieux importants de politisation, c’est pourquoi nous devons lutter contre les limitations de l’accès à l’université et pour protéger la liberté de la recherche. C’est pour toutes ces raisons que nous étions dans la rue ce 24 mars contre l’augmentation du prix du minerval et que nous y serons également le 9 avril lors de la mobilisation des profs et des étudiants pour l’avenir de l’enseignement et pour contredire GLB et sa vision du monde archaïque !
Pour une université démocratique, qui appartient réellement à celles et ceux qui y étudient et travaillent ! Pour une gestion démocratique avec les représentants élus des étudiants/étudiantes, les employés de l’université mais aussi les organismes de travailleurs/travailleuses de l’extérieur de l’université – qui ont aussi des intérêts dans l’université – et ainsi que celles et ceux du ministère de l’Enseignement.
[1] https://web.umons.ac.be/fr/universite/pilotage-de-linstitution/conseil-dadministration/
[2] https://www.marianne.net/agora/humeurs/johann-chapoutot-l-historien-qui-devoie-sa-science-pour-la-politique


