Lors de la manifestation qui s’est tenue ce 28 février à Mons en solidarité avec tous les peuples opprimés du monde, nos jeunes militants ont été sommés par l’un des organisateurs et responsable de la CSC régionale de ne pas porter leurs couleurs politiques. Il leur a été demandé de cacher le drapeau de notre organisation durant la marche.
D’abord pris d’incompréhension, puis de déception, ils se sont pourtant exécutés sans protester.
Après en avoir été informée, toute notre organisation déplore cette attitude antidémocratique et inadmissible. Pour nous, cette tentative d’entraver notre travail politique de construction s’inscrit pleinement dans une dynamique qui va à l’encontre des droits les plus fondamentaux : le droit de s’organiser, de s’exprimer librement et de défendre un programme d’opposition ainsi que les idées de progrès social, d’égalité, de solidarité et de lutte contre l’oppression.
Des droits pour lesquels des travailleurs sont morts dans la rue, sous les balles de la police, au cours des siècles passés.
Nous sommes une organisation révolutionnaire nouvelle qui cherche à grandir et à se faire connaître, et qui lutte par ailleurs corps et âme contre l’injustice capitaliste et contre le danger impérialiste partout dans le monde. Nous l’avons prouvé à de nombreuses reprises, et particulièrement à Mons, où nous avons été très actifs et de quasiment tous les combats récents pour faire entendre la voix des opprimés et dénoncer la complicité des institutions belges et des universités dans les génocides à travers le monde (pour preuve : un ancien tract distribué à Mons sur la situation au congo, ici des articles sur la Palestine).
Nous étions d’ailleurs encore une fois signataires de l’appel à cette manifestation et, en plus d’y participer, nous en avons fait la promotion publiquement sur nos réseaux et nous avons appelé nos membres et sympathisants à y participer.
En tant que nouvelle organisation révolutionnaire qui a déjà du mal à se faire connaître, et qui subit par ailleurs de nombreuses pressions et interdictions — venant par exemple des universités et des hautes écoles de la région de Mons, comme ailleurs en Belgique — nous trouvons particulièrement inapproprié que la CSC, une organisation aussi puissante et reconnue, nous demande de nous cacher. Cela revient, au passage, à aligner ce grand syndicat sur les positions liberticides des institutions bourgeoises en matière de liberté d’expression.
L’O.C.R., même si elle formule des critiques sur la stratégie syndicale, place également au cœur de son travail quotidien la défense des travailleurs, et donc des syndicats belges, face aux gouvernements bourgeois et à la récurrence des attaques de la droite à leur encontre. En retour, nous avons pourtant droit à ce type de traitement…
Les « justifications » de cette attaque contre l’OCR
Cette interdiction d’arborer nos drapeaux a été justifiée par l’argument selon lequel, dans cette manifestation, il ne fallait « afficher que les drapeaux des peuples opprimés ». Pourtant, lors de cette même manifestation, une personne portait en toute liberté le drapeau de l’Iran impérial de la dynastie Pahlavi qui était un régime réactionnaire, autoritaire et répressif, ainsi qu’un complice et une marionnette des impérialistes occidentaux.
Ce régime a, par exemple, réprimé pendant des dizaines d’années toute opposition — et donc bien évidemment aussi les communistes révolutionnaires — en les torturant, en les emprisonnant ou en les exécutant sans procès, et ce par milliers. Dans le même temps, il opprimait également les minorités nationales, notamment les Kurdes, les Baloutches et les Azéris.

Cette photo a ensuite été retirée de la publication de la CSC Mons-La Louvière.

Ce drapeau est plus problématique que ce que beaucoup ne l’imaginent selon nous.
Si nous les interrogions à ce sujet, nous nous demandons comment les organisateurs de cette marche justifieraient cela. Peut-être diraient-ils qu’il est difficile de contrôler tout le monde. Or, visiblement, nos camarades n’ont pas eu la chance de passer outre un certain contrôle… Ou alors diraient-ils qu’il s’agit de liberté d’expression ? Là encore, nous aurions aimé qu’il en soit de même pour nous.
On nous rétorquera volontiers que nous sommes une organisation politique. Mais ce drapeau, comme tous les autres, est éminemment politique.
Par exemple, lorsqu’un manifestant brandit un drapeau de la République Démocratique du Congo, soutient-il le peuple congolais face à la souffrance de devoir vivre dans un pays dominé par le capitalisme néocolonial, ou soutient-il le gouvernement corrompu congolais de Félix Tshisekedi, qui n’est qu’un laquais des puissances impérialistes et qui opprime sa population depuis des années ?
Nous pensons que la réponse est évidente pour tout le monde.
De même, lorsqu’un manifestant porte un drapeau palestinien, on sait très bien de quel côté de la barricade anticoloniale il se trouve.
Alors, pour quelle raison saugrenue en serait-il autrement pour le drapeau d’une organisation comme la nôtre, qui ne se présente pas aux élections, qui participe à toutes les grèves et à tous les combats contre l’injustice, aux côtés des opprimées et des opprimés, aux côtés des travailleuses et des travailleurs syndiqués contre l’austérité, aux côtés des peuples massacrés par les impérialistes — et ce partout dans le monde ?
Rien qu’entre le début de l’organisation de cette marche et aujourd’hui, plusieurs de nos camarades, ailleurs dans le monde, ont été empêchés de s’exprimer librement par le pouvoir bourgeois alors qu’ils et elles dénonçaient les génocides en cours, notamment en Palestine. Masquer notre drapeau, c’est invisibiliser encore un peu plus leur combat.
Il est plus qu’évident que notre drapeau signifie, pour toute personne ayant un minimum de connaissances politiques et historiques, la libération des peuples opprimés et le renversement du système qui les opprime, l’égalité des droits et l’égalité matérielle, la démocratie en entreprise, etc. Il suffit d’ailleurs de lire, même au hasard, l’un de nos articles sur notre site Marxiste.be pour le comprendre rapidement. C’est précisément la raison pour laquelle nos jeunes sont si fiers de porter ce drapeau dans les manifestations auxquelles ils se joignent !
De deux choses l’une : soit les personnes qui nous ont demandé de cacher ce drapeau sont des hypocrites (ce que nous ne pensons pas), soit elles n’ont pas pleinement conscience de la portée de leurs pressions politiques et du préjudice que cela nous cause. Même si ces pressions « ne partent pas d’une mauvaise intention », le résultat final reste le même.
De plus, si l’on regarde honnêtement l’Histoire récente, on y trouvera de nombreux exemples où les communistes révolutionnaires, qui avaient pris la défense des peuples opprimés, ont connu le même sort qu’eux : le massacre de millions de communistes en Indonésie durant les années 1960, celui de centaines de milliers de communistes par les sociaux-démocrates et les fascistes en Allemagne, en Italie et en Espagne durant les années 1920-30-40, ou encore le massacre de dizaines de milliers de communistes en Chine dans les années 1920-30, etc.
Ainsi, même si des régimes staliniens ont usurpé le nom de communiste pour établir des régimes oppressifs (souvent en exterminant l’opposition communiste révolutionnaire d’ailleurs), il est difficile de ne pas considérer les communistes révolutionnaires comme un « groupe opprimé » dans l’Histoire.
Une dernière chose : nous comptons parmi nos membres et sympathisants des personnes qui sont également membres de la CSC et d’autres organisations de lutte. Elles n’ont, elles non plus, pas compris cette attaque contre nous, alors même qu’elles consacrent beaucoup d’énergie à construire un syndicat démocratique et combatif.
À l’avenir, nous aimerions ne plus devoir écrire ce genre de lettre et simplement pouvoir exercer nos droits démocratiques les plus fondamentaux, comme tout travailleur ou jeune de ce pays. Nous espérons ainsi pouvoir consacrer l’entièreté de notre temps et énergie à la construction d’une organisation qui permettra à la classe ouvrière mondiale de s’émanciper et de lutter efficacement contre ceux qui méritent d’être renversés et expropriés.
C’est dans l’espoir que les organisateurs de cette manifestation et la CSC Mons–La Louvière comprendront notre position que nous écrivons fraternellement cette lettre.


