La Danse des bombes
(Extrait)
Amis, il pleut de la mitraille.
En avant tous ! Volons, Volons !
Le tonnerre de la bataille
Gronde sur nous… Amis, chantons !
Versailles, Montmartre salue.
Garde à vous ! Voici les lions !
La mer des révolutions
Vous emportera dans sa crue.
En avant, en avant sous les rouges drapeaux !
Vie ou tombeaux !
Les horizons aujourd’hui sont tous beaux.
Frères nous lèguerons nos mères
À ceux de nous qui survivront.
Sur nous point de larmes amères !
Tout en mourant nous chanterons.
Ainsi dans la lutte géante,
Montmartre, j’aime tes enfants.
La flamme est dans leurs yeux ardents,
Ils sont à l’aise dans la tourmente.
En avant, en avant sous les rouges drapeaux !
Vie ou tombeaux !
Les horizons aujourd’hui sont tous beaux.
C’est un brillant levé d’étoiles.
Oui, tout aujourd’hui dit Espoir !
Le dix-huit mars gonfle les voiles,
Ô fleur, dis-lui bien au revoir.
Louise Michel

Inachevé, ce poème/chanson révolutionnaire est inspiré par les événements de la Commune de Paris. Il est probable que Louise Michel l’ait conçu pour être chanté sur l’air de La Marseillaise. Dans une note ajoutée dans la marge plus tard, elle dédie ce texte à ses camarades déportés après la semaine sanglante qui marqua la fin de l’héroïque insurrection ouvrière.
Daté d’avril 1871, le poème fait précisément référence au soulèvement du 18 mars 1871 qui marque le début des événements de la Commune. Dans ce texte, on trouve tout l’optimisme qui caractérise les révolutionnaires. Ce jour-là, le gouvernement bourgeois d’Adolphe Thiers, qui ira bientôt se réfugier à Versailles pour fuir le courroux révolutionnaire parisien, a décidé de livrer Paris à l’envahisseur prussien en ôtant les canons défensifs de la butte Montmartre. Mais les ouvriers de Paris, qui ont payé ces canons de leur poche grâce à une grande souscription populaire, refusent de se les laisser voler. Femmes en première ligne, elles et ils montent sur la butte pour appeler les soldats à résister aux ordres du général Lecomte qui finit par hurler sur ses soldats d’ouvrir le feu sur les insurgés.

Dans ce qui est sûrement l’un des plus beaux moments de l’histoire ouvrière, les soldats refusent d’obéir, mettent crosse en l’air et se joignent aux insurgés pour défendre Paris face à l’envahisseur. Très vite cette lutte défensive devient offensive : les Communards et les Communardes lient la défense de Paris à une transformation en profondeur de la société française grâce à l’application d’un programme socialiste et la mise en place d’une démocratie ouvrière participative. La Commune promulguera et appliquera bien des mesures largement en avance sur son temps :
Réquisition et collectivisation des ateliers abandonnés par les patrons
Contrôle ouvrier de la production via la création de coopératives
Moratoire sur les loyers et les dettes
Révocabilité des élus et salaire normal pour les représentants
Séparation de l’Église et de l’État
Abolition de la conscription de l’armée permanente
Instruction gratuite, laïque et obligatoire, pour les filles également
Mise en place de nouvelles pédagogies en classe
Reconnaissance de l’union libre, pension pour les veuves non mariées
Salaires H/F égaux dans certaines administrations
…
Les Communards auraient certainement pu appliquer bien d’autres mesures progressistes si la Commune avait vaincu, mais du fait des erreurs commises par les dirigeants de l’insurrection, tout s’arrête brusquement en mai 1871 lors de la répression extrêmement brutale des ouvriers par la bourgeoisie, qui fera entre 15 000 et 20 000 morts, potentiellement davantage.

Pour en entendre davantage sur l’histoire de cette première prise de pouvoir du prolétariat dans l’histoire et ses précieuses leçons, vous pouvez regarder cette vidéo.
Ou lire cet article.


