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Le choc au sein des membres de l’aile droite du Parti travailliste était évident simplement en voyant leur regard en sortant de la conférence du parti de samedi [le 24 septembre]. Leur rêve d’une victoire d’Owen Smith, le soi-disant candidat de « l’unité », s’est envolé en poussière. Cela crée une situation de crise et de désarroi au sein de l’aile droite du parti. Malgré que plusieurs avaient déjà concédé la victoire à leur adversaire, ils espéraient tout de même pouvoir réduire la marge de victoire de Jeremy Corbyn. Malgré tout, ils ont échoué lamentablement.

CorbynWayForwardIl est difficile d’exagérer le niveau de défaitisme et de peur dans le camp de la droite, seulement trois mois après qu’une motion de blâme envers Jeremy Corbyn fut adoptée. Pour eux, l’avenir est de plus en plus sombre, avec Corbyn qui a renforcé le mandat que lui avait octroyé la base du parti. L’atmosphère est maintenant remplie d’appels à l’unité, et ces députés qui avaient démissionné du cabinet fantôme sont déchirés entre l’idée de revenir ou rester sur les lignes de côté.

La droite quitte le navire

Ces députés implorent leurs partisans de ne pas quitter le parti après qu’il y ait eu des signes que plusieurs déchiraient leur carte de membre en réponse à la réélection de Corbyn. Michael Dugher, un ancien membre du cabinet fantôme, a affirmé qu’il était « déprimant » de voir les gens déchirer leur carte de membre et le diffuser sur les réseaux sociaux. « Les gens qui en ont assez, candidats au Parlement, conseillers, gens honnêtes qui ont consacré leur vie au parti… vous devez rester, vous devez rester. » Quoi qu’il en soit, plusieurs membres anti-Corbyn vont quitter, comme ils l’ont fait il y a un an lorsqu’il avait gagné une première fois.

Certains ont déjà quitté le navire. Lord Mitchell, un « pair » travailliste, a quitté le parti, affirmant que le leader était entouré de gens ayant un « point de vue violemment anti-Israël ». Cet entrepreneur, qui était un porte-parole de la communauté d’affaires pour le parti dans la Chambre des lords sous Ed Miliband, a affirmé que « Jeremy n’a aucune qualité de leader que ce soit; le petit groupe autour de lui croit qu’il est le Messie, mais il ne deviendra jamais le leader et premier ministre de ce pays. »

À quoi pouvait-on s’attendre, venant d’un homme qui a aidé à fomenter la scission du SDP au début des années 1980, et qui s’est présenté contre le Parti travailliste en 1983 et 1987, mais qui a été réadmis au parti par Tony Blair? De tels conservateurs infiltrés ne sont pas les bienvenus dans le Parti travailliste et devraient se faire montrer la porte.

Scissionner ou ne pas scissionner?

Malgré les menaces du passé, les députés de droite tentent d’étouffer toute discussion sur une scission similaire à celle du SDP en 1981. « Nous ne voulons pas quitter ou scissionner, ce parti est notre parti », a dit Tom Blenkinsopp, député pour Middlesbrough South et East Cleveland, lors d’un rassemblement du groupe Labour First. L’ancien ministre fantôme de l’Éducation Tristram Hunt, entre-temps, a écrit : « Nous, modérés, ne demanderont pas asile, à Singapour ou ailleurs, de sitôt. »

D’autres ne pouvaient cacher leur rancœur devant le résultat. Le parti est « plus divisé que tout ce dont je peux me rappeler », a dit Lucy Powell, une autre ancienne ministre fantôme de l’Éducation. Chris Leslie, ancien Chancelier fantôme, a déclaré qu’il serait loyal au parti, qui existe pour gouverner tout le pays et non simplement un « petit groupe de personnes ».

Critiquant Corbyn pour sa position en faveur d’une augmentation des dépenses publiques, Leslie s’est moqué de « l’arbre à argent » qui permettrait des dépenses publiques illimitées et qui donnerait au leadership la possibilité de « faire de ses rêves une réalité ».

Bouillant de rage, un député a dit que « ces gens qui avaient l’habitude de se tenir à l’écart des conférences du parti sont maintenant à l’intérieur, contrôlant les choses. »

Lord Hain a dit au Newsnight que le parti faisait face à sa « plus grande crise » si la victoire de Corbyn était utilisée pour pousser en faveur de la désélection des députés. « L’extrême-gauche autour de Jeremy n’a jamais eu le contrôle du parti auparavant », a-t-il dit. « Ils n’ont jamais eu le contrôle du leadership et n’ont jamais eu le contrôle de l’organisation. S’ils l’obtiennent, ils auront obtenu ce qu’ils veulent, c’est-à-dire le contrôle du parti plutôt que la direction du pays. »

Les Blairistes sur la défensive

Quoi qu’il en soit, tandis qu’elle est forcée à se mettre sur la défensive, la droite n’a pas abandonné ses plans de se débarrasser de Corbyn. Mais elle aura à revoir sa stratégie. Elle espère regagner une majorité sur le Comité exécutif national (CEN) en amenant la proposition de pouvoir nommer des représentants de l’Écosse et du Pays-de-Galles.

Dans les faits, l’exécutif est finement équilibré entre membres pro et anti-Corbyn. Ces derniers ont été occupés avec leurs machinations dans les coulisses, utilisant McNicol, le secrétaire général de droite, et Tom Watson, le chef adjoint. Des courriels internes du parti ayant été divulgués ont révélé que le chef adjoint opérait un soi-disant « Projet Anaconda », soit un plan de promotion de changements au sein du Cabinet fantôme et sur le CEN.

« Le ‘’Projet Anaconda’’… impliquera l’isolement et l’affaiblissement de JC et ultimement la destruction de la vie dans son leadership », affirmait l’un de ces courriels. « Chaque concession faite par JC sera utilisée pour resserrer l’étau. » Watson a nié avoir employé ces mots.

« L’entrisme » des grandes entreprises

Ce n’est pas par hasard si McNicol, lors de la conférence, a utilisé son discours pour s’opposer par inadvertance à Corbyn,  utilisant sa « neutralité » de fonctionnaire du parti pour faire l’apologie de l’aile parlementaire et de la bureaucratie, citant par la suite la Clause 1 de la constitution, soit la nécessité d’établir le parti dans le parlement, comme étant la tâche principale des travaillistes. Clairement, c’était là un défi lancé à Corbyn. Mais la Clause 1 n’a pas été établie afin d’établir une aile parlementaire du parti pour les carriéristes et les opportunistes, mais pour établir une représentation ouvrière au sein du parlement. Nous sommes clairement en faveur de ceci, mais non de cela.

La droite utilise Progress et Labour First, qui disposent de réserves presque illimitées en argent des grandes entreprises, afin d’atteindre leurs objectifs. Ils ont exagéré leur efficacité à obtenir des délégués pour la conférence du parti. Ils vont employer toutes les manœuvres les plus diverses.

Leur plus récente acrobatie fut de demander à Jeremy Corbyn de rétablir l’unité du parti, un peu comme si c’était lui qui avait perdu l’élection! Ce sont eux qui devront s’adapter, et non Jeremy Corbyn; sans quoi, ils doivent être tassés par la base du parti.

Momentum paralysé

Malheureusement, la gauche autour de Momentum, plutôt que de réellement mener la lutte contre l’aile droite, tergiverse et évite d’aller de l’avant avec des enjeux comme la désélection. Plutôt que de s’organiser et de faire élire des délégué-es de gauche pour la conférence du parti, avec des résolutions de gauche provenant des sections locales, Momentum a consacré ses efforts à organiser un événement de quatre jours en marge de la conférence, avec de la musique, de la poésie et des ateliers. Tout cela est bien beau, mais cela n’a rien d’une stratégie pour défaire la droite.

Avec les députés blairistes qui continuent à poignarder Corbyn dans le dos, Momentum devrait lutter pour les balayer du parti. Le gouffre entre ces députés de droite et la base du parti est béant et grandit sans cesse. La gauche ne doit pas être douce devant les attaques de la droite. Comme l’a dit Len McCluskey, « ce sont eux [les députés de droite] qui l’ont cherché ». Et après tout, c’est un droit démocratique pour les membres que de pouvoir choisir leurs représentant-es.

Défendons Corbyn! Luttons pour le socialisme!

Ces députés de droite sous pression vont devoir baisser la tête pour un certain temps. Ils vont attendre des jours meilleurs et vont simplement continuer à miner le leadership de Corbyn derrière des portes closes. Ils vont continuer à bâtir leur « parti dans un parti », tant au parlement qu’à l’extérieur de celui-ci. Mais à un certain stade, ils vont aller de l’avant avec une lutte ouverte contre Corbyn sur des enjeux tels la défense ou la politique étrangère. Ils vont prendre l’offensive pour promouvoir les besoins du capitalisme.

Le Parti travailliste a été fondé afin de représenter les intérêts de la classe ouvrière. Le parti a été usurpé par les carriéristes de droite et les opportunistes, qui servent les intérêts non pas de la classe ouvrière, mais des grandes entreprises.

Avec la réélection de Corbyn et la régénérescence du parti, il est maintenant temps de se débarrasser de ces gens une fois pour toutes. Cela doit aller de pair avec la lutte pour un programme socialiste – afin de réarmer le parti pour faire face à la pire crise du capitalisme depuis les années 1930. Nous devons donc ramener la vieille Clause 4, soit l’engagement du parti à lutter pour la transformation socialiste de la société.

La seconde victoire de Corbyn est un tournant décisif. Mais la « révolution Corbyn » n’est pas complétée. Nous devons construire un Parti travailliste authentiquement socialiste pour le Royaume-Uni, afin de mettre fin au cauchemar du capitalisme et jeter les bases pour un réel avenir pour notre peuple.