Gilets Jaunes, rouges, verts, bleus, TOUS ENSEMBLE - POUR GAGNER il faut BLOQUER L’ECONOMIE
En savoir plus
France - Petites carottes et gros bâton
En savoir plus
Critique du "Populisme de gauche"
En savoir plus
La "révolution mondiale": une utopie ?
En savoir plus
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • Gilets Jaunes, rouges, verts, bleus, TOUS ENSEMBLE - POUR GAGNER il faut BLOQUER L’ECONOMIE
  • France - Petites carottes et gros bâton
  • Critique du "Populisme de gauche"
  • La "révolution mondiale": une utopie ?
Comme nous l’avions prévu, la Belgique a connu le vendredi 7 octobre une grève générale massive a l’appel du syndicat socialiste FGTB-ABVV. Elle fut la première en 12 ans. Malgré de nombreuses tentatives de vouer la grève à l’échec, cette dernière fut suivie par un grand nombre de travailleurs aussi bien Flandres qu’en Wallonie.

« Economie paralysée, transports immobiles, supermarchés déserts, écoliers en congé. (…) L’ampleur de la grève a surpris. Elle n’a pas touché que cette Wallonie que la Flandre décrit idéologique et grèvicultrice. Elle a aussi bloqué le Nord, ses ports, ses bus, ses zonings. Quoi ? Une grève si mal préparée, si tardive, si mal expliquée ? Une grève lancée para la seule FGTB, désavouée par le syndicat chrétien (le plus important du pays) et par le syndicat libéral. La colère a flambé parce que le feu n’attendait que l’allumette »

Cet extrait du Soir Le lendemain de la grève représente la seule réaction de la part de presse bourgeoise révélant une compréhension plus ou moins juste de ce que signifie la grève lancée par la FGTB-ABVV contre la pacte de ‘dégénération’ du gouvernement.

Dans un sondage publié le jour avant la grève par deux journaux de droite, nous pouvions lire que 4 personnes sur dix y étaient favorables. Dans ce même sondage trois quart de la population étaient opposé aux mesures gouvernementales. Malgré cela les patrons maintiennent que la grève ne fut suivie que par dix pour-cent des salariés. Selon l’avis de patrons la grève n’est pas le fruit d’un mouvement de masses. Un éditorial de la presse bourgeoise est allé jusqu'à insister que cette grève « ne valait même pas une note au bas des pages d’histoire. » (De Standaard 08-09/10/05). En lisant ces quelques lignes nous n’avons pas besoin de nous creuser la tête pour deviner pourquoi la Belgique est considérée comme le berceau du surréalisme. Elle nous rappelle le célèbre tableau de Magritte qui, bien qu’il représente une pipe, est doté d’un sous-titre qui précise que « Ceci n’est pas une pipe ». S’il était en vie, Magritte serait certainement tenté de peindre un tableau nouveau, représentant cette fois-ci la grève générale, pour ainsi indiquer que « Ceci n’est pas une grève générale ».

« Un succès incontestable ! »

Cette première grève générale depuis 12 ans lancée le vendredi 7 fut un succès considérable pour la classe ouvrière. Maintenant, il n’y a plus de doute possible. La colère et la frustration ressentie par la classe ouvrière sont, pour la première depuis des années, exprimées par le biais de l’action collective et unitaire.

Dans un sens ce fut probablement la plus grande grève générale convoquée par la FGTB-ABVV depuis 25 ans. Les dirigeants du syndicat rouge l’ont qualifiée de « succès incontestable » et ont ajoutés qu’elle fut même « au-delà de nos prévisions" La participation est encore plus impressionnante si l’on prend en compte la coalition auquel faisaient face les travailleurs : celle de tous les grands partis politiques, des institutions et des médias qui ensembles ont attaqué l’appel a la grève générale. Contrairement aux habitudes, les coups bas les plus durs portés contre le syndicat socialiste sont venus cette fois-ci des médias dit de gauche.

En faisant grève, les ouvriers concernés ont donc de fait affronté la puissante machine de propagande orchestrée par l’idéologie dominante. Les médias bourgeois et le gouvernement, dirigeants des partis socialistes compris, ont solennellement déclarés que la FGTB-ABVV n’a réussi qu’à s’isoler et qu’elle serait maintenant disqualifiée des négociations avec les autres « partenaires sociaux ». C’est au contraire le réalisme et la « stratégie intelligente» du syndicat chrétien CSC-ACV qui a reçu tous les éloges, y compris du Parti Socialiste qui a sévèrement critiqué le syndicat socialiste. Mais la grève générale démontrera que ce n’est pas la FGTB-ABVV qui est isolée, mais au contraire le gouvernement, les dirigeants réformistes, ceux du syndicat chrétien et les patrons. Ils vivent dans le même pays certes, mais dans deux mondes différents.

La grève s’est axée sur l’industrie (paralysie des grandes usines, fermeture des zones industrielles, des moyennes et petites entreprises ainsi que des ports d’Anvers et des Gand), les transports en commun (trains, bus, tramways et métro) et sur le commerce (boutiques et supermarchés). D’autres services publics n’ont été touchés que partiellement. Un grand nombre de bureaux de poste étaient néanmoins fermé. L’enseigne fut lui aussi largement perturbé. Ce jour là, grâce à la grève du rail, pas un seul train n’a bougé. Les ministères ont eux aussi souffert son impact.

L’envergure de la grève ne peut s’expliquer que par le fait que de nombreux délégués d’entreprises de la CSC-ACV avaient désobéit à leurs dirigeants et se sont mis en grève. Que ce fut passivement ou activement, la base de la CSC-ACV a suivi l’appel de grève. La campagne nationale « Dix raisons pour ne pas faire grève » distribuée en feuillet dans tous les lieux de travail du pays par la direction de la ACV et publiée un jour avant la grève dans tous les journaux nationaux comme ultime tentative de briser la grève, eu un effet complètement opposé a celui qui avait été prévu. Elle n’a fait que persuader une encore plus grande partie des travailleurs de rester chez eux. Dans l’une des grandes chocolateries de Bruxelles les membres du syndicat chrétiens qui distribuèrent ces feuillets on fait face à critique dure de la part d’autres membres de ce même syndicat qui eux refusaient de s’associer à son contenu. Dans une autre usine, cette fois-ci dans le secteur métallurgique (Atlas Copco), le dirigeant local de la CSC-ACV essaya à la dernière minute d’organiser des réunions pour expliquer aux travailleurs pourquoi ne pas faire grève. Pendant ces réunions, il avait à ses cotés l’un des grands patrons de l’usine.

L’unité à la base

Le résultat fut qu’un nombre encore plus important de syndicalistes chrétiens participèrent à la grève ! Ceux-ci ne sont d’autre part que quelques exemples d’un même évènement dans plusieurs entreprises de part le pays. Malgré la directive des dirigeants du syndicat chrétien appelant à ne pas faire grève ils ont ajoutés, en tant que petite mesure de sécurité, que les travailleurs ayants participés a l’arrêt toucheraient l'indemnité de grève ! Dans l’usine Caterpillar de Charleroi, la CSC s’est vue forcée d’organiser, pour lundi, sa propre grève contre les plans du gouvernement. Tout cela, représente clairement une tentative d’empêcher un exode des membres du syndicat chrétien vers la FGTB.

Devant les usines principales les piquets n'étaient que symboliques. Bien que beaucoup de syndicalistes de la CSC aient choisi de ne pas porter leurs couleurs vertes par peur des sanctions, ils étaient bel et bien présents aux piquets. Contrairement à la division au sein de la direction, l’union à la base ne pourrait avoir été plus évidente.

Un autre aspect important de cette grève était le taux égale de participation au niveau fédéral. Les ouvriers flamands ont décidé de participer à un nombre massif pour mettre fin au mythe d’une « grève générale wallonne ». Aux piquets nous avons aussi pu constater le niveau élevé de jeunes travailleurs grévistes. Ces derniers font partie de la génération qui est entré à l’usine à la fin des années 90, celle qui n’a pas encore connu la défaite. Si d’un coté ils ne possèdent pas l’expérience des luttes de leurs aînés, ils ne savent que trop bien ce que sont l’augmentation de la flexibilité et des cadences Ces conditions forment leur conscience. Maintenant ils ont fait l’expérience de la puissance d’une grève générale. Les piquets volants, majoritairement organisés par les délégués de base, étaient eux aussi un trait spécifique de cette grève. La tâche de ce genre de piquets consiste à aider les travailleurs des petites entreprises dans leur effort de grève en bloquant les zones industrielles principales du pays dès le petit matin. Cette méthode fut développée par les travailleurs lors de la grève générale de 1993.

Malgré leur apparente préparation face à l’éventualité d’une grève générale, les patrons furent néanmoins surpris par le grand nombre de piquets et la détermination des travailleurs qui s’y trouvaient. En dernière instance les patrons firent pression sur les bourgmestres pour qu’ils envoient leurs forces de police pour briser les piquets volants. La plupart des bourgmestres n’ont finalement rien fait de la sorte par crainte d’entrer en conflit avec les syndicats.

Mais à Haasrode près de Louvain, le tribunal saisi par les patrons interdit le piquet de grève devant le zoning industriel sous la menace d’une astreinte. C’est une menace contre le droit de grève. Malgré cette provocation, pratiquement aucun incident ne fut rapporté tout au long de la journée. L’usage massif de piquets volants sérieusement fâché les patrons qui aujourd’hui font face à la détermination de la base syndicale et non plus avec l’attitude conciliante de la plupart des dirigeants syndicaux.

L’un des moteurs de cette grève est la détérioration continue des conditions de travail. Les ouvriers belges sont mondialement renommés pour leur haute productivité. Il n’y a pas de quoi en être fier !

La déléguée principale du syndicat socialiste d’une usine d’alimentation nous a expliqué pendant la grève que la productivité de son usine a augmenté dramatiquement durant ses dernières années. Lorsque nous lui avons demandé si cela résultait d’un investissemnt dans de nouvelles machines, elle et ses collègues se sont mis à rire. « De nouvelles machines ? Non, nous n’avons pas vu de nouvelles machines depuis un long moment. Ils négligent même de maintenir les anciennes ! Non, nous et nous seuls sommes responsables de la hausse de productivité. On travaille de plus en plus en plus dur ! On en a marre ! »

Dans cette usine les travailleurs ont entre 40 et 50 ans. La plupart sont des femmes. Ils conçoivent la réforme des retraites comme une véritable menace à leur santé. De récentes études démontrent comment ayant arrivés à la cinquantaine (voire plus) s’usent physiquement et mentalement à l’usine. Deux travailleurs sur trois entre 40 et 50 ans souffrent de troubles chroniques qui rend impossible pour eux de poursuivre leur travail.

Un nombre important des ouvriers présents aux piquets étaient critiques des ministres socialistes au gouvernement. Les dirigeants de la FGTB-ABVV ont du avouer leur désillusion en ce qui concernait « l’attitude des ministres socialistes ». Une partie assez importante de syndicalistes, membres du Parti Socialiste, ont à juste titre choisis de participer à la grève et on parfois même montré l’exemple à leur lieu de travail. Ceci va créer de nouvelles tensions entre le PS et les syndicats et également au sein même du Parti Socialiste. Tout comme en France et en Allemagne, le nouveau cycle de la lutte de classes ne fera pas qu’augmenter la polarisation gauche-droite entre réformistes et patrons mais aussi celle à l’intérieur des syndicats et des partis socialistes et communistes d’Europe.

La politique belge du consensus n’existe plus !

Le gouvernement à donc unilatéralement décidé de poursuivre ses plans cherchant à faire travailler plus longtemps les travailleurs. Pour l’instant aucun accord officiel n’a été signé avec les syndicats et les patrons. Les patrons ont d’ailleurs déjà exprimé leur satisfaction concernant la décision d’augmenter à 60 ans l’age de préretraite. Cette mesure sera pleinement affectée en 2012. Le nombre d’années nécessaires pour pouvoir obtenir la pré-pension sera lui aussi successivement augmenté de 25 à 35 ans peut-être même 40. Bientôt, entre 50 et 70 pourcent des travailleurs n’auront plus la possibilité de toucher la pré-pension. La majorité écrasante des femmes ne pourra plus bénéficier de la préretraite. En faisant cela, le gouvernement va crée une armée de travailleurs âgés sans emploi qui dorénavant feront la compétition aux jeunes travailleurs sur le marché du travail. C’est par le biais de ceci que les patrons espèrent augmenter la détérioration des conditions de travail et de la sécurité sociale.

Les dirigeants du syndicat chrétien sont moyennement satisfaits par ces décisions. Le syndicat socialiste est lui au contraire furieux. Mais sous la pression de la base de la CSC-ACV les dirigeants du syndicat chrétien ont été obligé de rejeter l’accord et de passer à l’action. Une plan d’action a été décidé qui commence avec une nouvelle grève générale le vendredi 28 octobre et une manifestation nationale à Bruxelles le même jour.

Depuis deux semaines les débrayages de suivent dans le Sud du pays, à Bruxelles avec la grève de Volkswagen pendant près de deux jours et aussi dans quelques usines en Flandre comme a Case New Holland.

Les Carolos ont aussi démarrer très fort avec une grève de 24 heures accompagnée d’une manifestation de 15.000 travailleurs.

Avec la nouvelle grève de ce vendredi et la manifestation nationale à Bruxelles la lutte sociale arrive proche du point d’ébullition.

Quels que soient les résultats à court terme de la grève, ils n’auront aucun effet sur la tendance générale à la confrontation sociale en Belgique. La bonne veille méthode belge visant à contenir la lutte de classes (par le biais de négociations avec les dirigeants syndicaux) est en train de s’effriter et présente déjà des signes d’épuisement, voire d’agonie. Les conditions matérielles sur lesquelles reposait le système, la capacité du capitalisme de faire des concessions, s’évaporent très vite. Nous entrons à présent de pleins pieds dans une période de lutte de classes plus ouverte. La lutte des classes en Belgique franchi maintenant une nouvelle étape.