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La chute des trois grandes institutions financières Fortis, Dexia et KBC a été un tournant, pas seulement sur le plan financier, mais aussi sur le plan politique. Les conséquences déferlent sur le monde politique, comme les vagues causées par une pierre lourde qui tombe dans l’eau.

Fortisgate est le scandale concernant l’influence de la politique sur la justice dans le dossier Fortis. Une atteinte claire à la séparation des pouvoirs de l’état, selon un rapport de Cassation. Leterme I s’y est heurté, et a fini par sombrer. Cette crise nous informe du fonctionnement réel de l’appareil d’état. Fortisgate déchire également le voile de neutralité, drapé sur les institutions de l’état.

La banque qui ne pouvait pas sombrer

Fortis était un des joyaux du capitalisme belge. C’était également un géant européen. On disait que Fortis était bien trop important, pour qu’on le laisse un jour s’effondrer. Cependant, Fortis vient en effet de tomber. La crise « subprime » a très lourdement touché la Belgique. Selon Fons Verplaetse, ancien président de la Banque Nationale, notre pays est, derrière l’Islande, le pays le plus vulnérable de l’Union européenne.
Fortis ne s’est pas seulement effondré, mais a été très vite démantelé et mis à la vente, notamment aux Pays Bas, mais surtout à la banque française BNP Paribas. Ceci est la prochaine étape dans l’évaporation lente des fondements nationaux belges du capitalisme dans notre pays. Autant pour nos grands hommes d’état, et l’aptitude de l’équipe Leterme-Reynders à prendre des décisions.
Cela annonce la fin du capitalisme belge ‘à papa’. Ce qui reste de la banque, n’est qu’une ombre de l’imposant navire financier qu’elle était autrefois. Les conséquences sont dramatiques. L’action Fortis vaut à peine le papier sur lequel elle a été imprimé. La valeur a chuté de 90 %. A un certain moment, l’action, pour laquelle on avait jadis payé 32 euro, se vendait à 20 centimes ! Le taux de cette action reste très bas encore aujourd’hui.

Un investissement chez Fortis était typiquement considéré comme un devoir de bon père de famille. Le nombre d’investisseurs auprès de Fortis semble être un secret bien gardé. Les analystes boursiers estiment le nombre à environ un demi million. Un investissement du peuple, on dirait. Beaucoup de brave gens, des citoyens modestes belges, ont vu disparaître leur argent d’épargne. Mais pas seulement les citoyens modestes belges. Un certain nombres de riches étrangers –situés aux Pays Bas et en Russie- se font également remarquer. Surtout beaucoup de familles riches issues de la bourgeoisie belge, et un nombre de grandes sociétés, ont perdu une somme énorme d’argent. Cependant, ces derniers ne se laisse pas dérober impunément. Ils exigent que leur argent leur soit rendu. Car beaucoup de millions d’euros sont partis en fumée.

Un déploiement de force juridique en est la conséquence. Par le biais du groupe d’investisseurs Deminor, et les clients particulièrement puissant de l’avocat Modrikamen, une procédure a été lancée pour arrêter la vente à BNP Paribas. Finalement, et malgré l’intervention maladroite du gouvernement Leterme, le deal concernant Fortis a été gelé par la Cour de Cassation. Ceci a causé un tremblement de terre sur le plan politique et économique. Qui aurait cru que la justice serait prête à contrer une décision si importante ? Différents articles parus dans le magazine Trends/Tendances nous aident à comprendre tout ceci. Trends/Tendances à pu jeter un oeil sur la liste des clients de Modrikamen et de Deminor. Outre un fonctionnaire, un paysan ou une infirmière ici et là, il y a des noms très remarquables qui sautent aux yeux. Des noms qui font partis des familles et des sociétés les plus riches et les plus puissantes en Belgique.

Les riches ne se laissent pas spolier impunément.

« Outre les familles ‘t Serstevens et de Jonghe d’Ardoye, on trouve sur la liste également un nombre de descendants des familles De Marnix, van der Straten Waillet, de Selliers, de Lannoy et de Broqueville. Sont aussi à l’appel : les noms de familles Waucquez, Dasier et la société Immoran, de la famille de Broux … liée à l’ancien AG. » (Trends/Tendances 18 octobre 2008).

Les premiers noms font partis des investisseurs familiaux historiques de AG (aujourd’hui Fortis). Le nom de Piet Van Wayenberge se fait remarquer dans cette liste. Qui est cet homme ? Piet Van Wayenberge a fondé en 1988 la société Asphales. Après la tentative de rachat de la Société Générale de Belgique par Carlo De Benedeti, cet homme a souhaité créer un instrument d’investissement, qui apporterait de l’argent aux entreprises belges. De cette façon il a tenté d’éviter les rachats étrangers. Dans ce groupe on trouve des entrepreneurs comme le défunt Paul Janssen (Janssen Pharmaceutica), et la famille Santens, connu du monde du textile. Le groupe Holdifima, des familles Plouvier-Kreglinger, s’est également laissé inviter pour ce baptême. Plus tards ils ont été rejoints par, entre autres, les familles Debaillie, Sabbe (ancien Prado), Moortgat et Versele.

De Tijd a appris de source fiable que les plus grandes sociétés belges se sont discrètement rencontrées pour se concerter sur la situation dans laquelle se trouvait le groupe Fortis. Ont pris part à cette réunion : la société Sofina, Brederode, Bois Sauvage et Cobepa. Piet Van Wayenberge était également présent. Sofina, Bois Sauvage et Brederode détenaient ensemble, fin juin, 17,3 million de parts Fortis, ayant, à ce moment, une valeur de 175,7 million d’euros. Ces sociétés-là ont donc été très affaiblies par la chute de Fortis. « Aucune décision formelle a été prise à ce moment, mais, ‘ils se sentent tous menacés’ », analyse une personne externe.

La crise jusque dans les institutions de l’état

Il est clair que Modrikamen et aussi Deminor sont en faite devenus les portes paroles d’intérêts capitalistes puissants. Une crise se fermentait donc au sein du groupe qui détient le pouvoir économique. Leterme I, porte parole d’autres intérêts plus généraux de la bourgeoisie, se trouvait sur un trajectoire d’affrontement avec ces familles et ces sociétés. Des membres importants du cabinet ont tenté –sur ordre du gouvernement bien sur- de changer l’arrêt final de la Cour de Cassation. Une atteinte flagrante à la séparation des pouvoirs ! Mais, soyants honêtes, c’est chose courante dans un appareil d’état capitaliste. Maintenant cela mène à une des plus grandes confrontations entre la justice et la politique qu’on ait jamais vues.

Les plus hauts politiciens ont gravement bafouillés. Les hommes de mains politiques de la bourgeoisie ne sont plus ce qu’ils étaient autrefois, sur ce point comme sur les autres. Cela explique le retour de vieux dinosaures politiques comme Wilfried Martens, dans le rôle d’informateur royal (disons plutôt démineur), et Herman Van Rompuy, premier ministre hésitant, et la nostalgie envers Jean-Luc Dehaene et Guy Verhofstadt. Ils ont plus d’expérience, savent mieux se retenir, et connaissent mieux les finesses de la mécanique des institutions et de la politique.
Probablement les Letermes et les Reynders croyaient que leur bafouilles politique et juridiques n’allaient jamais voir la lumière du jour. Mais si on se heurte à des familles et à des sociétés puissantes, il faut faire très attention. Elles connaissent tout aussi bien le fonctionnement de l’appareil d’état, et disposent également de suffisamment de points d’appuis. Elles sont surtout très furieuses et en colère. Alors un certain nombre de leviers ont été mis en marche, dont Leterme c’est maintenant trouvé la victime.

Entre nous, on se connaît

Les institutions de l’état ne sont donc pas neutres. La séparation des pouvoirs n’est chaque fois qu’une illusion quand il s’agit d’affaires importantes. Les hommes de mains politiques de la bourgeoisie, la bourgeoisie elle-même, les rédacteurs en chef, les hauts-fonctionaires et les magistrats appartiennent en général aux mêmes groupes sociaux, ou ont du moins très envie d’y appartenir. Fréquemment ils se connaissent en personne. Grâce à des liens familiaux ou d’amitié, et à des intérêts financiers et économiques qui se croisent, il règne dans ces sphères un fort sentiment de communauté. Cela mène à des services mutuels. Ils se rencontrent dans toute sorte de clubs fermés. Pensons par exemple au Cercle de Lorraine, ou la Warande, mais il y en a beaucoup d’autres. Ils y apprennent à mieux se connaître, et s’estiment à leur vraie valeur.

Au milieu de la tempête politique autour du Fortisgate, tout le monde semblait d’accord qu’une commission parlementaire était nécessaire. Il n’y en aura pas, sont convenus les cinq partis de la majorité. Au lieu, il y aura une soi-disant commission d’experts, ou les membres du parlement ne pouront pas eux-mêmes questionner les concernés. Certains experts pouront le faire, après quoi rédigeront un rapport pour les parlementaires. Il n’y aura donc pas d’enquête qui aille jusqu’au fond. Le contrôle démocratique des propres institutions est donc mis à la poubelle. De cette façon Leterme, Vandeurzen et Reynders se sont mis plus ou moins hors d’atteinte. On appelle ça ‘assurer ses arrières’ dans la politique. C’est surtout une grande leçon sur le fonctionnement des institutions bourgeoises de l’état.