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Les migrants, otages de la bataille navale des dirigeants européens

Un nouvel épisode de la crise migratoire a secoué l’été européen. Les dirigeants des pays de l’UE ont donné le lamentable spectacle de leurs négociations interminables pour savoir où allaient accoster les navires ayant secouru des migrants en Méditerranée. A chaque fois, les nouveaux « pestiférés », épuisés, traumatisés, sans vivres, sont priés d’attendre que se concluent les comptes d’apothicaire et les calculs politiciens. Cette gestion cynique révèle à nouveau la profonde crise politique de l’UE.

Le rôle de Salvini

Le principal changement dans la situation migratoire en Europe, ces derniers mois, c’est la plus grande fermeté de l’Italie, incarnée par son nouveau ministre de l’intérieur, Matteo Salvini. Depuis sa prise de fonction en juin dernier, le chef de la Ligue (extrême-droite) refuse le droit d’accoster dans des ports italiens à certains bateaux d’ong, mais aussi à des bateaux de la marine italienne ayant secouru des migrants. En réalité, Salvini n’a pas l’intention de fermer tous les ports de manière permanente. Certains navires ont été autorisés à débarquer en toute discrétion. En campagne électorale permanente, Salvini instrumentalise certains cas à des fins de propagande. C’est de la pure démagogie. Il a par exemple « créé » le cas du navire militaire Diciotti, fin août, en refusant aux migrants qu’il transportait de débarquer. Ce faisant, il cherchait à détourner l’attention du débat sur la renationalisation des autoroutes qui prenait forme en Italie, suite à l’effondrement du viaduc de Gênes. Salvini n’est que le chien de garde de la bourgeoisie italienne, un rôle que l’extrême-droite endosse à merveille chaque fois qu’elle accède au pouvoir. Il sait que son « gouvernement du changement » ne pourra pas répondre aux fortes attentes sociales des travailleurs italiens, qui ont voulu « renverser la table » aux dernières élections. Il utilise le racisme comme une arme de diversion massive. Mais le succès de cette démarche ne peut être que provisoire.

Rivalités

Pour Salvini comme pour ses alliés (et rivaux) du Mouvement 5 Etoiles (M5S), la politique des coups d’éclat sert aussi à donner plus de force à l’Italie dans les négociations au sein de l’UE sur la question des migrants. Ils défendent – en vain – un système permanent de répartition des migrants. Ils demandent la renégociation du Règlement de Dublin, qui impose l’accueil initial des migrants aux seuls pays méditerranéens. Cependant, le groupe des pays d’Europe centrale est fermé au principe même d’accueillir des migrants. Et en 2016, l’Allemagne, véritable arbitre et payeur, avait obtenu du régime turc d’Erdogan – contre 6 milliards d’euros – qu’il coupe la route migratoire des Balkans à la source. A présent qu’elle est affaiblie et sous pression de l’extrême droite, Angela Merkel est encore moins disposée à rechercher un système permanent d’accueil, a fortiori si cela implique de nouvelles dépenses. Elle renvoie pour le moment les solutions « viables » à un hypothétique avenir meilleur. C’est pourquoi le sommet européen du 29 juin dernier n’a rien réglé. La « crise migratoire » confirme le constat d’une fracturation de l’UE, qui est incapable de surmonter le moindre déséquilibre dans ses fondations.

Inhumanité partagée

Un point les met tous d’accord : ils veulent renforcer la fermeture des frontières extérieures de l’UE. En conséquence, plus de 600 migrants se sont noyés en juillet – et près de 17000 depuis 2014, selon l’Organisation Internationale pour les Migrations. Mais cela ne trouble pas la conscience des bourgeoisies européennes, qui répètent ne pas pouvoir « accueillir toute la misère du monde » – qu’elles ont pourtant contribué à créer.

Le mouvement ouvrier ne peut pas se contenter d’une dénonciation morale. Au-delà de leurs rivalités, c’est un même système que défendent toutes les bourgeoisies européennes. Les Salvini ou Orban ne se distinguent des libéraux à la Charles Michel que parce qu’ils ont séché depuis longtemps leurs larmes de crocodile. Quant à nous, nous devons promouvoir l’unité de classe entre travailleurs « locaux » et immigrés. Par exemple, il y a 11 millions de logements vides en Europe. Cela suffirait à garantir des logements bon marché aussi bien pour les pauvres et les SDF d’Europe que pour les migrants. La question n’est pas : « des logements pour nous ou pour eux ». Il y en a assez pour tous. Il faut donc s’en prendre à la spéculation immobilière et à la course aux profits en général. L’antiracisme est un anticapitalisme !