Un discours alarmiste pour militariser plus rapidement

Depuis le début de la guerre en Ukraine, il est de plus en plus courant d’entendre parler de la menace que fait planer la Russie sur l’Europe. La Belgique se doit donc de faire les préparatifs nécessaires en vue d'un affrontement contre le "régime belliqueux" de Poutine. Mais le ton du discours se veut maintenant plus menaçant, et alarmiste ! Selon nos dirigeants, la guerre frappe aux portes de la Belgique, il faut s’y préparer.

Pour nous convaincre d’investir dans l’armement et les aventures militaires plutôt que dans la sécurité sociale, la classe dominante européenne et belge n’y va pas de main morte et utilise tous les canaux de propagande dont elle dispose.

Le 7 janvier 2025, dans son focus international présenté par Annick Capelle, la radio publique La Première relaye les propos de Donald Tusk, le premier ministre polonais : « [...] L'ère de l'après-guerre est révolue. Nous vivons aujourd'hui une période d'avant-guerre. Le danger se rapproche à toute vitesse. [...] Il est temps de passer à un état d'esprit de temps de guerre. »

Elle poursuit en développant ce en quoi consiste une « mentalité de guerre », il s’agit en fait pour les pays européens d’augmenter le budget de la défense de façon considérable, voire même de recourir à un endettement collectif comme pour la pandémie de Covid.

La suite du discours désigne la Chine et la Russie comme nos ennemis, en soulignant l'écart de croissance des dépenses militaires entre les pays européens et ces derniers, entre 1999 et 2021. Pour ensuite avancer l’idée qu’il faudrait consacrer 20% des budgets nationaux aux armées et services de renseignement, soit presque deux fois plus que la part des pensions dans le budget de la Belgique. Les animateurs concluent alors que c’est un sacrifice conséquent, mais que le coût de l’impréparation est plus élevé.

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La Belgique s'est procuré une série de A400M ces dernières années.

Dans une période “d’avant-guerre”, tout le monde devient un petit soldat ; les européens doivent réapprendre ce qu’est la guerre. Le 20 février 2025 sur la RTBF, le nouveau chef de la défense belge Frederik Vansina est arrivé sur le plateau en uniforme de combat pour dire que « l’armée est prête à soutenir la population et la défendre. [...] On n’est pas encore en temps de guerre, mais on est plus en temps de paix non plus. » Lors d’une interview au journal le soir le 21 février, il a encore affirmé que la population devait penser à constituer des provisions « si les réseaux bancaires ou d’approvisionnement en vivres sont paralysés par des cyberattaques ».

Des mots choisis pour bousculer l’opinion publique, semblant réagir à l'actualité, alors que cette communication est préparée depuis 1 an déjà. Hadja Lahbib avait alors été nommée par Ursula Von der Leyen commissaire chargée de l'« état de préparation » de l'Union européenne, pour que les États membres passent « de la réaction à une préparation proactive ». Pour cela, une véritable campagne de propagande militariste sera lancée dès le second semestre 2025.

La militarisation n’épargne aucun aspect de la société, le nouveau ministre de la Défense Theo Francken veut augmenter graduellement les budgets militaires de 1 milliard par an jusqu’en 2029 et parle même de convertir l’usine Audi en usine d’armement pour soutenir un potentiel effort de guerre. Afin de susciter l’adhésion auprès de la population, il met en avant qu’entre 2000 et 3000 emplois seraient ainsi créés. Le ministre parle aussi de réintroduire le service militaire de 1 an pour les jeunes de 18 ans sur base volontaire (pour le moment).

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Des machines de mort similaires pourraient être fariquées sur le site d'Audi Forest.

 Un discours élaboré de longue date

En apparence, le discours militariste est une réaction face aux récents développements dans le théâtre de la guerre en Ukraine et la mise en œuvre du “America first!“ de Trump, qui a pour conséquence le désengagement de la plus grande puissance impérialiste des zones trop éloignées des USA.

Mais on peut déjà voir la volonté de militariser la société depuis 2016 et ses actualisations en 2021. Ces documents soulignent la nécessité, du point de vue de la classe capitaliste belge, dans le contexte dynamique du passage vers un monde multipolaire, d'investir davantage dans l'armée et de promouvoir la création d'une armée européenne. Car le monde multipolaire remet en cause l’Ordre mondial libéral (jusque-là dominé par l’Occident) qui a fait la prospérité de la bourgeoisie belge après la seconde guerre mondiale. Dans leur perspective, il faut créer une armée capable d’intervenir dans le reste du monde au côté de puissances militaires supérieures pour sécuriser l’accès aux ressources (notamment en Afrique) dont l’économie capitaliste a besoin et assurer les exportations de façon musclée si nécessaire. À ces fins, l’armée belge se donne pour objectif de pouvoir déployer d’un seul coup une compagnie entière (soit entre 100 et 250 soldats) lors d’expéditions avec des avions A400M. L’acquisition de nouveau matériel illustre l’augmentation de la létalité de l’armement, visant à intervenir à terme dans des conflits de haute intensité. Cela se manifeste notamment par l’achat d’artillerie automotrice de type Caesar NG.

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Un milliard d'euros en plus a été débloqué sur la seule période 2022-2024. L'artillerie doit bénéficier de 429 millions d'euros, permettant notamment l'acquisition d'un total de 28 systèmes Caesar NG, dont quatre canons d'entraînement.

Guerre de classe et guerre contre le capitalisme

Ce discours a pour double objectif de faire accepter à la population belge le transfert de moyens, au détriment de leur niveau de vie, en faveur des dépenses militaires. La « mentalité de guerre » implique la nécessité d’accepter des privations et des souffrances, sans se plaindre et sans protester. Il ne fait aucun doute que nous verrons ce type d'argument être opposé à la colère sociale et qu’ils serviront pour justifier la répression des mouvements sociaux et syndicaux.

Pour nous les marxistes, le mouvement ouvrier se doit de contrer ces discours militaristes et la logique de collaboration de classe que sous-tendent l’impérialisme et la guerre. Les travailleurs n’ont strictement aucun intérêt dans le pillage d’autres pays ni dans l’exploitation inhumaine d’autres travailleurs, peu importe où sur la planète. La chute de l’URSS, si joyeusement voulue et applaudie par les dirigeants capitalistes occidentaux, a ouvert la voie dans ces régions du monde à des régimes capitalistes tout aussi ignobles que les nôtres et qui se transforment, pour certains, en nouvelles puissances impérialistes eux-aussi.

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Notre classe sociale n’a aucun intérêt à se voir restreindre ses droits et libertés, ou même à abandonner ses conquis sociaux pendant que les plus riches continuent de se gaver et conserver leurs privilèges. Les guerres militaires ne sont que les continuités, par d’autres moyens, des guerres économiques que se mènent tous ces Etats tous les jours sous le capitalisme. Si l’on regarde l’histoire du XXème siècle, on constate de manière évidente que bien souvent ce sont les mouvements révolutionnaires venant de notre classe sociale qui ont mis fin aux guerres voulues par des bourgeois qui n’ont jamais mis et ne mettrons jamais un pied sur les champs de bataille.

Alors n’attendons pas, ne nous laissons pas berner par la promesse de quelques emplois dans l’industrie militaire quant la guerre de son côté réduira tous nos espoirs démocratiques et de prospérité à néant ! Guerre à la guerre ! Ni patrie, ni patron, mais bien la Révolution !

 

Sources :

 

https://www.lesoir.be/657107/article/2025-02-21/cash-eau-medicaments-faut-il-vraiment-se-preparer-un-stock-de-guerre

https://www.cdsca-ocasc-website.be/wp-content/uploads/2020/organisation/vision_strategique-defense.pdf

https://www.defence-institute.be/wp-content/uploads/2021/06/200622-Strategic-Vision-2021-FR.pdf et https://www.defence-institute.be/wp-content/uploads/2021/06/200622-Security-environment-2021-2030-FR.pdf

https://www.youtube.com/watch?v=gwAK1hboXHY&t=2070s

 

 

Le poème America, de Claude McKay, dépeint la force et la résistance qui existent dans la société américaine, en dépit de la haine qui y règne.

Les premiers jours du second mandat de Trump ont été marqués par une guerre commerciale qui s'accélère, une inflation persistante et des attaques vicieuses contre les travailleurs immigrés. Aujourd'hui, il exige des coupes sombres dans les aides aux anciens combattants, l'éducation publique, Medicaid (sorte de sécurité sociale light pour les soins) et toute une série d'autres dépenses sociales sur lesquelles les travailleurs sont obligés de compter. Des millions de travailleurs rejettent ces attaques et ses flagrantes nouvelles discriminations et cherchent d'urgence une alternative à ce programme mortifère.

Récemment, nous avons projeté Afrique 50 de René Vautier à la Lanterne Rouge, notre ciné-club communiste à Mons. Il s’agit de ce qui est considéré comme le premier film anticolonial français, ce qui lui a valu d’être interdit pendant plus de 40 ans. C’était pourtant le contraire de ce que la Ligue française de l’enseignement  souhaitait quand, en 1950, elle demande à Vautier de se rendre en Afrique pour y tourner un documentaire sur la vie réelle là-bas – ce par quoi elle entendait un documentaire glorifiant la colonisation française de l’Afrique, présentant sa mission civilisatrice.

La Commune de Paris fut l’un des plus grands épisodes de l’histoire de la classe ouvrière française. Entre le soulèvement du 18 mars et la « Semaine sanglante », fin mai, Paris fut dirigé par les organes démocratiques des travailleurs, qui ont tenté de réorganiser la société sur des bases entièrement nouvelles – sans exploitation ni oppression. Les leçons de ces événements sont toujours d’une très grande actualité.

Vingt ans auparavant, Napoléon III avait pris le pouvoir lors du coup d’Etat militaire, le 2 décembre 1851. Au début, son régime semblait inébranlable. Les organisations ouvrières étaient réprimées. Mais vers la fin des années 1860, le régime impérial était sérieusement affaibli par l’épuisement de la croissance économique, les répercussions des guerres (en Italie, en Crimée, au Mexique) et la résurgence du mouvement ouvrier. Seule une nouvelle guerre – et une victoire rapide – pouvait retarder la chute de « Napoléon le Petit ». En juillet 1870, il déclara la guerre à la Prusse de Bismarck.

La guerre et la révolution

La guerre mène souvent à la révolution. Et pour cause : la guerre arrache subitement les peuples à leur routine quotidienne et les jette dans l’arène des grandes actions historiques. Les masses examinent beaucoup plus attentivement qu’en période de paix le comportement des chefs d’Etat, des généraux et des politiciens. C’est particulièrement vrai en cas de défaite. Or, l’offensive militaire lancée par Napoléon III tourna vite au fiasco. Le 2 septembre, près de Sedan, l’Empereur fut arrêté par l’armée de Bismarck, en même temps que 75 000 soldats. A Paris, des manifestations massives réclamaient la fin de l’Empire et la proclamation d’une République démocratique.

Sous cette pression de la rue, l’opposition républicaine « modérée » proclama la République le 4 septembre. Un « Gouvernement de Défense Nationale » fut installé. Ministre des Affaires étrangères, le républicain bourgeois Jules Favre déclara pompeusement que « pas un pouce de terrain et pas une pierre de nos forteresses » ne seraient cédés aux Prussiens.

Les troupes allemandes encerclèrent rapidement Paris et placèrent la ville en état de siège. Dans un premier temps, la classe ouvrière parisienne accorda son soutien au nouveau gouvernement, au nom de « l’unité » contre l’ennemi étranger. Mais le cours ultérieur des événements brisa cette unité et fit apparaître au grand jour les intérêts de classe contradictoires qu’elle recouvrait.

En réalité, le Gouvernement de Défense Nationale ne croyait ni possible, ni même désirable de défendre Paris. En dehors de l’armée régulière, une milice forte de 200 000 hommes, la Garde Nationale, se déclara prête à défendre la ville. Mais ces travailleurs armés à l’intérieur de Paris constituaient une menace bien plus grande pour les intérêts des capitalistes français que l’armée étrangère aux portes de la cité. Le gouvernement pensait qu’il était préférable de capituler dès que possible face à Bismarck. Cependant, étant donné l’état d’esprit combatif de la Garde Nationale, le gouvernement ne pouvait pas déclarer publiquement ses intentions. Le ministre et général Trochu comptait sur les effets économiques et sociaux du siège pour briser la résistance des travailleurs parisiens. Le gouvernement voulait gagner du temps ; tout en se déclarant favorable à la défense de Paris, il engagea des négociations secrètes avec Bismarck.

Les semaines passant, l’hostilité des travailleurs parisiens envers le gouvernement augmentait. Des rumeurs sur des négociations avec Bismarck circulaient. Le 8 octobre, la chute de Metz provoqua une nouvelle manifestation de masse. Le 31 octobre, plusieurs contingents de la Garde Nationale attaquèrent et occupèrent temporairement l’Hôtel de Ville. A ce stade, cependant, la masse des travailleurs n’était pas encore prête à une offensive décisive contre le gouvernement. Isolée, l’insurrection s’essouffla rapidement.

Dans Paris, le siège avait des conséquences désastreuses. Il était urgent de le briser. Après l’échec de la sortie en direction du village de Buzenval, le 19 janvier 1871, le général Trochu n’eut d’autre choix que de démissionner. Il fut remplacé par Vinoy, qui déclara d’emblée qu’il n’était plus possible de vaincre les Prussiens. Il était clair pour tous, désormais, que le gouvernement voulait capituler – ce qu’il fit le 27 janvier.

Parisiens et « ruraux »

Aux élections de l’Assemblée Nationale, en février, les votes de la paysannerie donnèrent une majorité écrasante aux candidats monarchistes et conservateurs. La nouvelle Assemblée nomma Adolphe Thiers – un réactionnaire endurci – à la tête du gouvernement. Un conflit entre Paris et l’Assemblée « rurale » était inévitable. Mais en relevant la tête, le danger contre-révolutionnaire donna une puissante impulsion à la révolution parisienne. Les manifestations armées de la Garde Nationale se multipliaient, massivement soutenues par les couches les plus pauvres de la population. Les travailleurs en armes dénonçaient Thiers et les monarchistes comme des traîtres et en appelaient à la « guerre à outrance » pour la défense de la République.

L’Assemblée Nationale provoquait constamment les Parisiens. Le siège avait mis de nombreux travailleurs au chômage ; les indemnités versées aux gardes nationaux étaient tout ce qui les séparait de la famine. Or, le gouvernement supprima les indemnités payées à chaque garde qui ne pouvait prouver qu’il était incapable de travailler. Il décréta également que les arriérés de loyer et toutes les créances devaient être réglés dans les 48 heures. Ces mesures, et d’autres encore, frappèrent de plein fouet les plus pauvres, mais aboutirent aussi à une radicalisation des classes moyennes.

La capitulation du gouvernement face à Bismarck et la menace d’une restauration monarchiste menèrent à une transformation de la Garde Nationale. Un « Comité Central de la Fédération de la Garde Nationale » fut élu, représentant 215 bataillons équipés de 2000 canons et 450 000 fusils. De nouveaux statuts furent adoptés, stipulant « le droit absolu des Gardes nationaux d’élire leurs dirigeants et de les révoquer aussitôt qu’ils perdraient la confiance de leurs électeurs ». Ce Comité Central et les structures correspondantes, au niveau des bataillons, préfiguraient les soviets de travailleurs et de soldats qui firent leur apparition, en Russie, au cours des révolutions de 1905 et 1917.

La nouvelle direction de la Garde Nationale eut rapidement l’occasion de tester son autorité. Alors que l’armée prussienne s’apprêtait à entrer dans Paris, des dizaines de milliers de Parisiens armés se rassemblèrent avec l’intention d’attaquer les envahisseurs. Le Comité Central intervint pour empêcher un combat inéquitable et pour lequel il n’était pas encore préparé. En imposant sa volonté sur cette question, le Comité Central démontrait que son autorité était reconnue par la majorité de la Garde Nationale et des Parisiens. Les forces prussiennes occupèrent une partie de la ville pendant deux jours, puis s’en retirèrent.

Le 18 mars

Aux « ruraux » de l’Assemblée, Thiers avait promis de restaurer la monarchie. Mais sa tâche immédiate était de mettre un terme à la situation de « double pouvoir » qui existait à Paris. Les canons sous le contrôle de la Garde Nationale – et en particulier ceux des hauteurs de Montmartre – symbolisaient la menace contre « l’ordre » capitaliste. Le 18 mars, à 3 heures du matin, 20 000 soldats et gendarmes furent envoyés, sous le commandement du général Lecomte, pour saisir ces canons. Cela se fit sans trop de difficultés. Cependant, les commandants de l’expédition n’avaient pas pensé aux attelages nécessaires pour déplacer les canons. A 7 heures, les attelages n’étaient toujours pas arrivés. Dans son Histoire de la Commune, Lepelletier décrit ce qui se passa : « Bientôt, le tocsin se mit à sonner et l’on entendait, dans la chaussée Clignancourt, les tambours battre la générale. Rapidement, ce fut comme un changement de décor dans un théâtre : toutes les rues menant à la Butte s’emplirent d’une foule frémissante. Les femmes formaient la majorité ; il y avait aussi des enfants. Des gardes nationaux isolés sortaient en armes et se dirigeaient vers le Château-Rouge. »

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Les soldats furent encerclés par une foule sans cesse croissante. Les habitants du quartier, les gardes nationaux et les hommes de Lecomte étaient pressés les uns contre les autres. Certains soldats fraternisaient ouvertement avec les gardes. Dans une tentative désespérée de réaffirmer son autorité, Lecomte ordonna à ses hommes de tirer sur la foule. Personne ne tira. Les soldats et les gardes nationaux poussèrent alors des acclamations et s’étreignirent mutuellement. Très vite, Lecomte et Clément Thomas furent arrêtés. Des soldats en colère les exécutèrent peu après. Clément Thomas était connu pour avoir fait tirer sur les travailleurs insurgés en juin 1848.

Thiers n’avait pas prévu la défection des troupes. Pris de panique, il s’enfuit de Paris. Il ordonna à l’armée et aux administrations d’évacuer complètement la ville et les forts environnants. Il voulait éloigner l’armée de la « contagion » révolutionnaire. Une partie des soldats – certains ouvertement insubordonnés, chantant et scandant des slogans révolutionnaires – se retirèrent dans le désordre vers Versailles.

Avec l’effondrement du vieil appareil d’Etat à Paris, la Garde Nationale prit tous les points stratégiques de la ville sans rencontrer de résistance significative. Le Comité Central n’avait joué aucun rôle dans ces événements. Et pourtant, le soir du 18 mars, il découvrit que, malgré lui, il était devenu le gouvernement de facto d’un nouveau régime révolutionnaire basé sur le pouvoir armé de la Garde Nationale.

Vacillations du Comité Central

La première tâche que la majorité des membres du Comité Central se fixa fut de se débarrasser du pouvoir. Après tout, disaient-ils, nous n’avons pas de « mandat légal » pour gouverner ! Au terme de longues discussions, le Comité Central accepta avec réticence de rester à l’Hôtel de Ville pour les « quelques jours » pendant lesquels des élections municipales (communales) pourraient être organisées.

Le problème immédiat auquel le Comité Central faisait face était l’armée en route pour Versailles, sous la direction de Thiers. Eudes et Duval proposèrent de faire immédiatement marcher la Garde Nationale sur Versailles, de façon à briser ce qui restait de force à la disposition de Thiers. Mais ils ne furent pas écoutés. La majorité du Comité Central jugeait préférable de ne pas « apparaître comme les agresseurs ». Le Comité Central était composé, dans sa majorité, d’hommes honnêtes mais très modérés, trop modérés.

L’énergie du Comité Central fut absorbée dans de longues négociations sur la date et les modalités des élections communales. Elles furent finalement fixées au 26 mars. Thiers utilisa ce temps précieux à son avantage. Avec l’aide de Bismarck, l’armée regroupée à Versailles fut massivement renforcée en effectifs et en armes, dans le but de lancer une attaque contre Paris.

A la veille des élections, le Comité Central de la Garde Nationale publia une déclaration remarquable qui résume l’esprit d’abnégation et de probité qui caractérisait le nouveau régime : « Notre mission est terminée. Nous allons céder la place dans notre Hôtel de Ville à vos nouveaux élus, à vos mandataires réguliers. » Le Comité Central n’avait qu’une seule consigne à donner aux électeurs : « Ne perdez pas de vue que les hommes qui vous serviront le mieux sont ceux que vous choisirez parmi vous, vivant votre propre vie, souffrant des mêmes maux. Défiez-vous des ambitieux et des parvenus [...] Défiez-vous des parleurs, incapables de passer à l’action [...] »

Le programme de la Commune

La Commune nouvellement élue remplaça le commandement de la Garde Nationale comme gouvernement officiel du Paris révolutionnaire. La majorité de ses 90 membres peut être décrite comme « républicaine de gauche ». Les militants de l’Association Internationale des Travailleurs (dirigée, entre autres, par Karl Marx) et les blanquistes (hommes énergiques, mais politiquement confus) représentaient ensemble près d’un quart des élus de la Commune. Les quelques élus de droite démissionnèrent de leurs postes sur divers prétextes.

Sous la Commune, tous les privilèges des hauts fonctionnaires de l’Etat furent abolis. On décréta notamment qu’ils ne devaient pas percevoir davantage, pour leur service, que le salaire d’un ouvrier qualifié. Ils étaient aussi révocables à tout moment.

Les loyers furent gelés. Les fabriques abandonnées furent placées sous le contrôle des travailleurs. Des mesures furent prises pour limiter le travail de nuit et garantir la subsistance des pauvres et des malades. La Commune déclara vouloir ainsi « mettre un terme à la concurrence anarchique et ruineuse entre les travailleurs au profit des capitalistes ». La Garde Nationale fut ouverte à tous les hommes aptes au service militaire – et organisée sur des principes strictement démocratiques. Les armées permanentes « séparées du peuple » furent déclarées illégales.

L’Eglise fut séparée de l’Etat et la religion déclarée « affaire privée ». Les logements et les bâtiments publics furent réquisitionnés pour les sans-logis, l’éducation publique ouverte à tous, de même que les lieux de culture et d’apprentissage. Les travailleurs étrangers étaient considérés comme des alliés dans la lutte pour une « république universelle ». Des réunions avaient lieu nuit et jour ; des milliers d’hommes et de femmes ordinaires y discutaient de la façon dont devaient être organisés les différents aspects de la vie sociale dans l’intérêt du « bien commun ». Les caractéristiques de la société nouvelle qui prenait forme, à Paris, étaient clairement socialistes.

La défaite

Il est vrai que les communards ont commis de nombreuses erreurs. Marx et Engels leur ont reproché – à juste titre – de ne pas avoir pris le contrôle de la Banque de France, qui continuait à verser des millions de francs à Thiers, lequel s’en servait pour armer et réorganiser ses forces.

De même, la menace des Versaillais fut clairement sous-estimée par la Commune, qui non seulement ne tenta pas de les attaquer – du moins jusqu’à la première semaine d’avril –, mais ne s’est même pas sérieusement préparée à se défendre. Le 2 avril, un détachement communard se dirigeant vers Courbevoie fut attaqué et repoussé vers Paris. Les prisonniers aux mains des forces de Thiers furent exécutés. Le jour suivant, sous la pression de la Garde Nationale, la Commune lança une attaque contre Versailles. Mais malgré l’enthousiasme des bataillons communards, le manque de préparation militaire et politique condamnait à l’échec cette sortie tardive. Les dirigeants de la Commune croyaient que, comme le 18 mars, l’armée de Versailles rallierait la Commune à la simple vue de la Garde Nationale. Il n’en fut rien.

Ce revers fit déferler sur Paris une vague de défaitisme. L’optimisme résolu des premières semaines fit place au pressentiment d’une défaite imminente, ce qui accentua les divisions à tous les niveaux du commandement militaire. Finalement, l’armée de Versailles entra dans Paris le 21 mai. A l’Hôtel de Ville, la Commune était dépourvue, au moment décisif, d’une stratégie militaire sérieuse. Elle cessa tout simplement d’exister, abdiquant toutes ses responsabilités au profit d’un Comité de Salut Public totalement inefficace.

Les Gardes nationaux furent postés au combat « dans leurs quartiers », sans commandement centralisé. Cette décision empêcha toute concentration de forces communardes capable de résister à la poussée des troupes versaillaises. Les communards combattirent avec un immense courage, mais furent graduellement repoussés vers l’est de la cité, et finalement vaincus le 28 mai. Les derniers communards qui résistaient furent fusillés dans le 20e arrondissement, devant le « Mur des Fédérés », que l’on peut encore voir au cimetière du Père-Lachaise. Au cours de la « Semaine sanglante », les forces de Thiers massacrèrent au moins 30 000 hommes, femmes et enfants, puis firent autour de 20 000 victimes supplémentaires dans les semaines suivantes.

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L’Etat ouvrier

La Commune de Paris fut le premier gouvernement ouvrier de l’histoire. Dans La Guerre Civile en France, Marx expliqua que la Commune avait prouvé la chose suivante : les travailleurs « ne peuvent pas (…) se contenter de prendre l’appareil d’Etat existant et de faire fonctionner cet instrument pour son propre compte. La première condition pour conserver le pouvoir politique, c’est de (…) détruire cet instrument de domination de classe ». Précisément, les communards ont tenté de construire un nouvel Etat – un Etat ouvrier – sur les ruines de l’Etat capitaliste (à Paris). Ce faisant, ils ont montré quelles sont les caractéristiques fondamentales d’un Etat ouvrier : pas de bureaucratie ; pas d’armée séparée du peuple ; pas de fonctionnaires privilégiés ; élection et révocabilité de tous les officiels, etc.

Les communards n’eurent pas le temps de consolider leur pouvoir. Leur isolement – dans une France encore largement paysanne – leur fut fatal. Aujourd’hui, à l’inverse, c’est le salariat qui domine d’une façon écrasante. Les bases économiques de la révolution socialiste sont beaucoup plus mûres qu’au XIXe siècle. A nous, donc, de faire advenir la société socialiste, libre et démocratique, pour laquelle les communards se battirent et moururent.

 

L’art a accompagné toute l’histoire de notre espèce. Et si son développement suit ses propres lois, il reflète aussi les changements révolutionnaires qui ont modelé la société. Dans cet article, publié dans le numéro 3 de Défense du marxisme, Alan Woods brosse un tableau général de l’histoire de l’art, ainsi que de la façon dont celui-ci a été influencé par la marche générale de l’histoire humaine et l’a influencé en retour.

Erik Demeester, rédacteur du journal marxiste "Révolution", retrace la tradition des grèves générales en Belgique.

Cela peut surprendre, mais la Belgique a une grande tradition de « grève générale ». Sous « grève générale », on entend aussi bien son expression la plus simple, telle que la grève nationale et interprofessionnelle de 24h du prochain 31 mars, que la grève nationale et interprofessionnelle de plusieurs jours, voire plusieurs semaines. Les objectifs de ces grèves sont à la fois politiques et économiques. Leur trait commun est qu’elles concernent toute la classe ouvrière dans son ensemble. L’exemple classique belge est la grève de 1960-1961, qui a duré 5 semaines. En fait, la première grève générale en Europe a eu lieu en Belgique. Et ce n'est pas un hasard, parce que c'est en Belgique que se concentre, à la fin du 19ème siècle début du 20ème siècle, une classe ouvrière industrielle très importante.

Karl Marx soulignait que « le gouvernement moderne n’est qu’un comité qui gère les affaires communes de la classe bourgeoise tout entière ». C’est toujours aussi vrai. Ceci dit, la classe dirigeante n’est pas homogène. Bien sûr, ses intérêts généraux sont diamétralement opposés à ceux des travailleurs, mais elle n’en demeure pas moins composée de différentes factions.

Le 5 février, les travailleurs de l'industrie ont manifesté à Bruxelles. Plusieurs milliers de travailleurs de différents pays ont protesté dans les rues du quartier européen. Les revendications portaient essentiellement sur l'utilisation de davantage de fonds publics pour sauver l'industrie automobile et sur l'utilisation des marchés publics pour s'assurer qu'il n'y ait plus de fermetures.

Issu d’une famille bourgeoise et protestante, André Gide (1869-1951) a longtemps navigué fort loin du mouvement communiste. C’est seulement à l’âge de 62 ans, en 1932, qu’il se rapproche du PCF et déclare son « amour » à l’URSS. La montée du fascisme en Allemagne fut l’un des principaux facteurs de cette évolution politique.

 

Le caractère réactionnaire de Trump ne s’exprime pas de manière plus évidente que sur la question du genre aux USA. Depuis qu’il est à nouveau au pouvoir, il n’a eu de cesse de multiplier les attaques contre les personnes trans. Ces politiques discriminatoires ont des conséquences dramatiques et doivent être combattues par le mouvement ouvrier et ses organisations. Cependant la situation des personnes transgenres aux USA était déjà catastrophique avant la nouvelle élection de Trump. Les républicains comme les démocrates n’ont eu de cesse d’instrumentaliser cette question par calculs électoraux, mais aussi et surtout pour diviser les masses travailleuses américaines, et ainsi mieux régner et mettre en place plus facilement un agenda politique réactionnaire et de casse sociale qui ne fait que s’accélérer lui aussi sous Trump.

Comme l’a dit lui-même le réalisateur lors d’un débat qui s’est tenu après une avant-première, les films/documentaires récents sur l’histoire du mouvement ouvrier, sur la condition ouvrière… se comptent sur les doigts de la main. C’est donc en commençant par souligner ce fait et en remerciant le réalisateur Mr Michel (auteur de « Pays Noir, Pays Rouge », de « L’empire du silence »…) que nous commencerons notre critique. D’autant plus que le film montre assez bien cette condition ouvrière, les difficultés et les risques qui sont liés à ces métiers dangereux. Pourtant le documentaire nous a laissé sur notre faim de révolutionnaire.

Avec le retour de Mme Glatigny l'été dernier, vient le retour du décret paysage en 2025. C'est un décret vicieux qui en substance, vise l'équilibrage du budget de l'enseignement supérieur par le refus de financer les étudiants les plus précaires.

Les élections allemandes marquent une nouvelle étape dans la crise du capitalisme européen. Précipité par la rupture de la coalition de « centre gauche » dirigée par Olaf Scholz (SPD) en novembre dernier, le scrutin a été une démonstration de l’instabilité croissante de la première puissance de l’UE.

La CDU, le parti traditionnel de la droite conservatrice, a remporté une victoire fragile, avec seulement 28,5 % des voix. C’est le deuxième pire score de son histoire. Son dirigeant, le futur chancelier Friedrich Merz, a un taux de popularité de 32 %, deux fois moins que Scholz au début de son mandat.

Edito du n°88 du journal de nos camarades français.

Tout le système politique et les actions de l'appareil d'État israélien cherchent la destruction des Palestiniens. L'attaque systématique des civils et la dégradation délibérée des conditions de vie sont une stratégie de génocide au « compte-gouttes ». L'objectif est la création d'un « Grand Israël » par l'élimination de tous les Palestiniens et la colonisation des terres. Les Palestiniens sont considérés comme étant des terroristes en puissance et, donc, ils sont tous éliminables, y compris les femmes et les enfants.

Révolution : Quelle est ton opinion sur l'état du mouvement des femmes aujourd'hui ?

Nous sommes à un stade intéressant : le mouvement pour les droits des femmes a repris depuis quelques années, en réponse au besoin de la population de trouver une solution à l'urgence des féminicides et du harcèlement sexuel qui augmentent partout d'année en année. À un stade précoce, la sensibilisation et le débat public peuvent déjà constituer un bon point de départ, mais je pense que nous devrions voir plus loin et reconnaître qu'aucune voie vers l'émancipation et la protection des femmes ne peut se faire en collaborant avec le système. Il est clair que la sensibilisation ne suffit pas à changer les conditions de vie des femmes aujourd'hui, et qu'une plateforme de lutte organisée est nécessaire pour que le gouvernement prenne sérieusement en compte nos demandes et agisse en conséquence.

Ceci est le texte d'un tract distribué par nos camarades américains lors des manifestations à travers les États-Unis.

Avec plus de 100,000 manifestants venus de toute la Belgique et de tous les secteurs, la manifestation syndicale du 13 février était historique. Il faut remonter à 2014, pour se rappeler d’un déferlement aussi massif dans les rues de Bruxelles. A l’époque, la manifestation représentait une rampe de lancement d’un plan d’action syndical d’envergure contre la gouvernement libéral de Charles Michel. Il a culminé dans la plus grande grève générale en 30 ans. Rien ne bougeait, sur terre, sur mer et dans l’air.

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